Voici une lecture pour la Masse Critique de BABELIO terminée. Je dois dire que tous les ingrédients étaient réunis pour me satisfaire. Cette année, j'ai découvert Curwood, qui n'a rien à envier à Jack London, alors pensez... Lire un roman qui me renvoie dans la montagne, une cabane et un homme solitaire, je me suis régalé !
Thomas a 40 ans, il est parisien et pas très heureux. Il quitte tout, famille (sa mère, personne d'autre n'est évoqué), sa situation d'architecte et surtout le bruit, les gens qui courent, hurlent, le bruit. Je crois qu'on rêve tous de faire pareil... Thomas a acheté une masure sur les hauteurs, à la frontière italo-franco-suisse. Et c'est un des points clés du roman. Mais avant d'aller plus loin, ce qui m'a le plus plu dans ce roman, c'est l'amour qui règne entre Thomas et Jésus. Oui, oui, mais pas le Jésus que nous connaissons, bien que cela ne m'aurait pas dérangé. Jésus est le chien que Thomas va recueillir une fois arrivé dans les montagnes. Ce dernier va se présenter à lui, squelettique, perdu, méfiant. Avec patience et douceur, ils vont devenir les meilleurs amis du monde, et c'est peu dire. Vous verrez.
Tout semble réuni pour raconter une histoire parfaitement banale, n'est-ce pas ? Ce qui va différencier ce roman d'une banalité, c'est que la masure de Thomas, à peine retapée (j'aurais aimé quelques passages de reconstruction, d'aménagements de la masure), se situe sur le passage... Mais pas n'importe quel passage. La nuit, Thomas, qui dort dans un sac de couchage (plus loin dans le roman, il brûle pourtant son lit pour ne pas mourir de froid) à même le sol, entend des bruits de pas dehors. Le matin, il observe ces traces de pas. Des petites, de plus grandes. Des gens passent là, durant la nuit, s'approchent de sa cabane. Vive la tranquillité recherchée... Jésus est toujours là pour l'alerter, se mettre sur ses gardes, prévenir. En réalité, Thomas va comprendre que des passeurs de migrants utilisent les montagnes et qu'il est sur leur passage. Le problème arrive le jour où Thomas va aider un homme prénommé Marco, lui ouvrir sa porte, l'accueillir. Car Marco reviendra avec des intentions moins bonnes, accompagné par des passeurs. Et voilà notre solitaire Thomas qui sera victime de sa bonté, embrigadé dans la fuite de passeurs à travers les montagnes en plein hiver où règne un froid qui peut se montrer mortel. Le roman va bien plus loin que ce que je décris, vous le verrez. Car je recommande sa lecture, je l'ai apprécié. J'ai cependant quelques réserves à soumettre à l'auteur, à l'éditeur. Réserves que je veux constructives.
Attention SPOIL :
Comme je le disais plus haut, je regrette que Thomas, qui semble avoir réfléchi à sa décision, ne profite pas de l'été pour arranger sa masure, la rendre plus confortable, sécurisée et à l'abri du froid. En réalité, il arrive là avec un sac de couchage et y dort... C'est dommage, je trouve que le roman va trop loin durant les dernières pages et montre une obstination de Thomas qui ne sert pas beaucoup le récit. Ces pages auraient pu être utilisées pour décrire l'environnement, une refonte de la cabane, décrire comment il chasse, fait du feu. Il dort dans un sac de couchage, jamais il n'est décrit la construction d'un lit qu'il brûle pourtant quand il craint de mourir de froid. Il y a quelques incohérences. Quand il se retrouve chez une Italienne et son fils, secouru d'une mort certaine, Thomas se réveille perfusé. OK, on comprend qu'il est sauvé, mais pourquoi perfusé ? Par qui ? Il est dans une maison, dans un village italien... Quand il part, il le fait sur un coup de tête et surprend la maman italienne qui a pourtant confectionné un sac pour y placer Jésus qui est blessé. Je trouve que le roman aurait dû s'arrêter après la survie de Thomas et Jésus, son sauvetage après avoir survécu au froid et la prise en otage dont il est victime. Il y avait possibilité de trouver là une fin sans aller plus loin, trop loin. La suite est bonne, mais de trop. Pour l'évasion, le confort de lecture, il m'aurait fallu plus de descriptions de survie, d'aménagements, d'explications aussi, concernant les raisons de son déracinement. Car après tout ce qu'il vit, il reste dans cette masure. Moi, à sa place, j'aurais été résigné et serais reparti pour une maison en province, par exemple. Lui, il reste dans ses montagnes, c'est qu'il a vraiment de bonnes raisons qu'on ne connaît pas vraiment.
Merci BABELIO pour la confiance accordée. J'espère ne pas avoir été trop dur avec mon analyse critique, car dans l'ensemble, le roman est très bon et la relation de Thomas avec Jésus me touche énormément.
Le plus beau passage à mes yeux :



