lundi 10 août 2020

Voyage au centre de la terre de Jules Verne par Vincent Vallée

 


Voyage au centre de la terre... Qui n'a pas lu ce roman célèbre  si ce n'est le plus connu, de Jules Verne?
Et bien moi pardi !
Mon fils de 19 ans m'a devancé et l'a lu, honte à moi direz-vous et pourquoi ?
J'aime découvrir les classiques qui me font de l’œil. Qui a décrété qu'il y avait un ordre de lecture et un chrono derrière nous ?

Alors ce roman ? Je n'ai pas de mots pour le décrire et pourtant je vais devoir en trouver. J'ai ouvert ce roman et suis tombé sur une description de l'objet livre par le personnage principal du roman, Otto Lidenbrock, professeur en minéralogie. Il trouve un livre très révélateur pour la suite de l'aventure et le décrit comme ceci :

« Vois, disait-il, en se faisant à lui-même demandes et réponses ; est-ce assez beau ? Oui, c’est admirable ! Et quelle reliure ! Ce livre s’ouvre-t-il facilement ? Oui, car il reste ouvert à n’importe quelle page ! Mais se ferme-t-il bien ? Oui, car la couverture et les feuilles forment un tout bien uni, sans se séparer ni bâiller en aucun endroit. Et ce dos qui n’offre pas une seule brisure après sept cents ans d’existence ! Ah ! voilà une reliure dont Bozerian, Closs ou Purgold eussent été fiers ! »

En parlant ainsi, mon oncle ouvrait et fermait successivement le vieux bouquin. 

C'est là que Jules Verne m'a happé. J'ai pourtant cru que j'allais me lasser mais c'était sans compter sur la découverte de ce cher Otto, le professeur Lidenbrock, un autre savant comme lui avait laissé un code dans ce livre, une sorte de message crypté que le professeur va en vain, tenter de déchiffrer. Fort heureusement il y a son neveu, Axel, et aussi son élève qui va lui, comprendre et aussi prendre peur car il connaît son oncle, fougueux, entreprenant, enthousiaste, fou ?

Cette découverte va donner naissance à l'entreprise d'un voyage, mais pas n'importe lequel, celui d'un périple au centre du globe. En effet, le professeur et oncle d'Axel est persuadé d'y parvenir, de faire là des découvertes énormes ! Axel est bien plus sceptique, prudent et il faut bien le dire, craintif.
Mais rien n'arrêtera Otto Lidenbrock, le voyage va alors débuter et nous conduire dans les entrailles du globe terrestre, avec tous les dangers que l'on peut imaginer, et pourtant, Jules Verne va imaginer une descente toute autre que celle que nous pourrions nous, imaginer.
Une foule de termes scientifiques vont égrener ce récit, des hauts et des bas (n'y voyez qu'un petit jeu de mots...) vont nous permettre de ressentir le voyage comme Axel et son oncle mais il ne faut pas oublier Hans le fidèle chasseur et guide de la belle aventure ! Sans lui...
C'est toute un monde qui se cache sous nos pieds selon Jules Verne, un monde sous marin ? Un feu dévorant ? Ou juste quelques grottes banales ? Il y a du vrai et du faux dans mes questions, mais il y a dans ce roman toute une série d'autres aspects que je n'aurais imaginé. La descente et ses aléas parfois plus que dangereux nous font frémir et rêver... La ténacité alternant avec le presque découragement du professeur est inquiétante, osée, folle ? La crainte et la réserve d'Axel, plus pragmatique et réservé quant à l'issue de cette expédition permettent le doute et nous incitent à tourner les pages pour savoir jusqu'où vont aller nos amis.
C'est en Islande qu'ils vont entamer cette aventure, mais y reviendront-ils ? Et si oui, est-ce en Islande qu'ils reverront le soleil ? 

Ce que je tiens à dire, c'est que je suis interpellé par ce roman, ce classique, et en l’occurrence de Jules Verne et je vais dire pourquoi :

Bon nombre de romans contemporains me sont conseillés, je les achète puis je déchante, je n'entre pas dans l'histoire, c'est fade et insipide, je laisse alors tomber, non sans avoir insisté pourtant.
Et puis voilà un roman de Jules Verne, rien que l'évocation de cet écrivain fait pousser de longs soupirs aux étudiant(es). Et pourtant... J'ai été happé, surpris et suis entré de suite dans le récit, aucun passage ne m'a lassé ou énervé, j'ai frissonné et même ri. Alors, je me répète, un roman c'est une évasion, une aventure, une histoire, des sentiments, de la tendresse, de l'horreur etc, quelques personnages, quelques !! De nombreux romans de nos jours, sont publiés sans être compris ou lu, je commence à me le demander.

Jules Verne :





Jules Verne, né le 8 février 1828 à Nantes et mort le 24 mars 1905 à Amiens, est un écrivain français dont l'œuvre est, pour la plus grande partie, constituée de romans d'aventures évoquant les progrès scientifiques du xixe siècle.


Bien qu'il ait d'abord écrit des pièces de théâtre, Verne ne rencontre le succès qu'en 1863 lorsque paraît, chez l'éditeur Pierre-Jules Hetzel (1814-1886), son premier roman, Cinq Semaines en ballon. Celui-ci connaît un très grand succès, y compris à l'étranger. À partir des Aventures du capitaine Hatteras, ses romans entreront dans le cadre des Voyages extraordinaires, qui comptent 62 romans et 18 nouvelles, parfois publiés en feuilleton dans le Magasin d'éducation et de récréation, revue destinée à la jeunesse, ou dans des périodiques destinés aux adultes comme Le Temps ou le Journal des débats.

jeudi 30 juillet 2020

La vie en chantier de Pete Fromm par Vincent Vallée




Je viens de terminer ce roman. Encore un de ces romans où l'on se sent bien avec les personnages, avec qui l'on aimerait faire quelques pas encore...
Pete Fromm m'avait déjà happé par un premier roman : Indian Creek Voir ma chronique ici , pourtant nous sommes ici avec cette seconde lecture, dans un tout autre genre. Fromm fait plus fort, il s'attaque avec humour et délicatesse à l'éducation, l'apprentissage du rôle de père, un père dépourvu pourtant, triste et abattu par le décès de son double, sa moitié, la mère de sa fille à peine née...

Taz et Marnie forment un couple heureux et s'amusent beaucoup l'un avec l'autre, Taz est plus léger, ne s'occupe pas trop des factures etc. c'est Marnie qui gère. Elle le lui reproche mais avec humour et délicatesse car elle l'aime tout autant que lui l'aime. Ensemble, ils ont un endroit rien qu'à eux, du moins c'est ce que laisse entendre l'auteur. Une espèce de crique, un lieu presque interdit, un lac ou un étang un lieu un peu paradisiaque où ils aiment patauger, nager, se retrouver seuls au monde.

Quand Marnie va l'abandonner après avoir mis au monde Midge, leur petite fille, c'est là que Taz va se réfugier pour se retrouver à nouveau seul avec Marnie. Puis, Midge va l'accompagner souvent, de plus en plus et va apprendre à nager comme un poisson dans l'eau, là il a la sensation d'être en famille avec Marnie et Midge...  Marnie veille depuis là où elle est. Tout le temps... Oui tout au long de ce récit, Marnie va "parler" à Taz, lui dire ce qu'elle pense de telle ou telle décision que prend Taz, elle va continuer de le secouer. Ce dialogue est surtout le fruit de l'imagination de Taz bien sûr, ce n'est pas glauque un seul instant et c'est d'ailleurs tout le contraire. Attendrissant, marrant, vrai, voilà quelques adjectifs qui conviennent à ce roman.

Puis va arriver Elmo, une jeune baby-sitter, un peu loufoque mais attachante, il y a le "Rude" également, Rudy donc, le meilleur ami de Taz qui, par sa présence, son manque de tact, sa bienveillance va veiller à ce que son ami remonte la pente.
Car oui il s'agit de ça, remonter la pente après une mort en couche... Taz a perdu l'amour de sa vie, sa moitié, sa comptable, sa sœur, sa mère de cœur, Marnie... Mais Midge est là elle, c'est un peu de Marnie qui va grandir durant plus d'une année, c'est le temps qui s'écoule avec ce roman magnifique.

Menuisier il va se réfugier dans le travail, tenter de sortir du trou dans lequel il s'est retrouvé plongé par un coup dur de la vie. La mère de Marnie, grand-mère de Midge va l'aider alors qu'il la pensait aigrie, pas très sympa, elle se révélera bien plus aimante et compréhensive que ce qu'il avait imaginé.

" Je ne crois pas, je veux dire...(Au dernier moment, de justesse, il parvient à transformer son"je" en "nous".)
Vous pensez que nous irons mieux un jour?
_"Un jour", c'est une expression dangereuse, Taz, dit-elle..."

Un passage qui en dit long sur ce que peut ressentir Taz, qui va se battre pour Midge, pour Rudy son ami, pour Elmo qui va petit à petit prendre une place importante dans la vie de Midge, mais pas que...

J'ai trouvé que Fromm s'était surpassé avec ce roman, il aborde une forme de deuil très douloureux et pourtant, pas de sensiblerie ni d'humour noir, encore moins de tragédie dans ce roman, c'est tout le contraire et c'est ce qui donne tant de cachet à cette lecture.

PETE FROMM:




mercredi 15 juillet 2020

La Vallée de Bernard Minier par Vincent Vallée



J'ai terminé ce roman en quelques temps, beaucoup moins de temps que je ne l'avais pensé puisque je l'ai terminé très vite pour une telle brique.

Un thriller, et quel thriller ! Bernard Minier m'a embarqué avec lui tout au long de ces quelques 400 pages. Ce qui m'a séduit ?
On y parle d'une vallée, d'un monastère retiré au creux des bois, des crimes étranges y sont perpétrés, et puis il y a cet appel à l'aide après 8 ans de disparition...
Servaz comme Minier aime l'appeler, à la façon des meilleurs films policiers, est un flic déchu, il attend de passer en conseil de discipline pour des fautes passées, donc là je comprend que ce roman est une suite si je puis dire, mais je n'ai pas lu les autres ouvrages de Minier. Et bien peu importe, je suis embarqué malgré tout, et force est de constater que celui-ci se lit sans avoir lu les précédents.

Il y a tout les ingrédients nécessaires, un flic coincé, menotté par une interdiction d'exercer, un appel à l'aide depuis des bois enfouis au fond d'une vallée, un monastère lugubre, un village au creux de cette histoire qui sera lui, coupé du monde extérieur et des crimes atroces et étranges...
Mais...

Oui y'a un "Mais", pour ma défense et parce que j'en suis fier, au milieu du roman, j'ai eu l'intuition de qui pouvait être le tueur.
Je n'étais pas bien loin de la vérité, j'avais juste une partie de la réponse, la clef ouvrant la porte aux autres explications qui terminent le roman.

Mais bon sang, voilà un thriller haletant, rondement mené, j'ai ainsi découvert la plume de Minier, et j'en redemande. Les précédents peut-être ?
Je recommande vivement et je peux vous assurer que vous n'allez pas vous ennuyer avec cette lecture.

Bernard Minier :


lundi 1 juin 2020

Lettre à Arthur Rimbaud par Vincent vallée


Dans tes pantalons usés et crasseux de poussière tu marchais au travers des villes et des champs.
Parmi les villageois, les citadins peu importe tu étais. Ton JE était mais l'autre ?
Les poches usées et lisses de les avoir remplies de tes mains à plumes tu fus, tu es, tu resteras le génie de la poésie, oui Arthur on les emmerde les élites!

Les godasses trouées, les semelles râpées tu foulais la merde et les pavés suintants. Puis plus tard c'est le sable chaud qui ondulait sous tes pieds, puis...ton pied.
Les cheveux hirsutes, en bagarre comme cette vie qui fut la tienne, tu affrontais les bourrasques, les pluies pénétrantes, et puis ce soleil de plomb, t'écrasant, t'harassant...
Mais ainsi, tu avanças ta vie durant, vaille que vaille.

Souvent tu quittais ta plaine, ta campagne française que tu disais puante, répugnante d'ennuis et puis tu y revins, sans cesse, sans discontinuer jusqu'à y reposer. Tu t'es bien fichu de nous...
Ta besace, ta valise, que de cabotages entre villes et villages. Les pays lointains ne te repoussèrent pas et toi, toi tu les adopta. Tu t'y fondis, tu t'y immergea en te faisant adopter et par les cultures et par les idées, les autres.

Mais cette poésie t'as vraiment quitté dis ? Tu t'es découragé de ne pas voir tes manuscrits sur des étagères n'est-ce pas ? Oh Arthur comme je me retrouve en toi, comme j'aime regarder mes godasses foulant la poussière. J'en arrive presque à aimer être refusé par un libraire tu sais ? C'est quoi la célébrité ? Non mais à quoi sert-elle quand on écrit ?

Tout comme toi j'écris pour me libérer... C'est imprimé et puis après ? Je rechausse mes godasses et de par les routes et les sentiers je repars un autre cahier vierge sous le bras. Je cherche un coin de tranquillité et je m'y repose pour vider mon bras...
J'ai en moi, et depuis toujours cette mélancolie... On l'associa souvent, et moi aussi, à de la mélancolie triste mais elle est heureuse. Parce qu'écrire m'est vital.

Tout comme toi j'ai tourné ma vie dans tous les sens pour savoir son sens... J'ai demandé l'avis des gens et puis quoi ? La vie ne vaut rien, mais moi j'y tiens. Tu y tenais aussi pas vrai ? Sinon pourquoi repartir dans cette France que tu avais fui ?
Mes mains se mettent à briller quand j'écris et se racrapotent quand je n'écris plus. Et puis lire, Diable lire ! Rien ne vaut l'acte de lire. J'ai parfois tant de mal parce que cette saleté de vie me vole même ces instants uniques en fermant mes paupières sous le poids de cette fatigue imposée, pas saine, oh non pas saine.

Tout porte à croire que tout nous échappe Arthur... Même l'écriture ! J'aime me laisser bercer par le pépiements des volatiles, mais que ce monde me laisse m'envoler, franchir les rivières de cette vie ruminante. La foi qui m'anime est un mensonge ? Dieu le sait non ? Et toi tu y croyais dis ? Verlaine croyait aussi tu penses ? Je ne crois pas.
Et l'éternité Arthur ? Cette mer halée avec le soleil ? Tu l'as aimée ? Tu l'as admirée c'est vrai ? Moi je l'aime cette éternité retrouvée, elle me parle, elle m'apaise, elle me punit avec sa grandeur et tout ce qui s'en échappe.

Alors c'est ça la vie d'un auteur non reconnu ? Un fin sans fin ? Des pulsions ? Ne pas écrire des jours entiers et puis tout à coup, comme une vague qui se soulève de l'océan, les mots viennent mourir en s'écrasant sur le sable de ma feuille ?
Il me faudra aussi m'exiler dis ? Il me faudra donc tout laisser tomber et tout quitter pour partir crever loin ? Oh tu sais, il y a parfois aussi pire que de perdre une jambe pour succomber.
Allez Arthur, je vais rechausser mes godasses comme toi, user mes poches lustrées et ramasser ma besace, j'y mettrais ma plume et quelque feuilles, oui, on ne sait jamais...


Putain d'élite ! Saleté de vie !  Fichue inspiration et putain de fainéantise !
Je tourne pourtant les pages et je vais continuer à chercher, à comprendre, je te cherche...
Je me cherche dans les yeux des enfants et leur façon de rire... Il disparaît à chaque réveil le mien... Je te cherche mais jamais ne te trouve.
J'ai ancré ma tête dans les cris et puis j'attends... Soleil Arthur... Jour sans fin... Marche libératrice, écriture salvatrice, lecture apaisante, oui c’est pour ça qu'elle m'emporte et clos mes yeux avides de lectures...
Allez Arthur explique moi, laisse toi trouver tu veux ?

dimanche 19 avril 2020

Ces silences entre les mots… ... ... Par Vincent Vallée




Ces silences entre les mots…

Oui, ces silences, car les mots, après tout, mis bout à bout, oui comme ça, sans modération, sans freiner, sans… s’arrêter, qu’ont-ils comme saveur ?
Les silences courts ou plus lancinants dame ! Ils sont importants, moi, j’en ai besoin. Écrire quelques mots qui feront une phrase, attendre la suite, elle ne vient pas, attendre encore, l’imaginer et puis ! La suite nous donne tort pour notre plus grand plaisir car, on recommence alors.

J’ai parfois tant de mal à exprimer, dire les choses de manière concise, les mots se bousculent dans ma bouche, écartent mes dents et jaillissent sans prévenir, donnant ainsi un monologue assourdissant.

Et pourtant…

Quand je me tais et que j’écris, j’arrive à freiner, formuler, parfois un peu gauchement certes, mais on m’apprécie alors, mieux, bien mieux…
Ces silences entre les mots, cette réflexion et ce temps que l’on prend pour faire une belle phrase, concise, mais intense alors, sont si importants. Les mots ont besoin de ces silences, j’en ai besoin aussi pour ressentir toute leur profondeur, leur intensité, leur prix !

Écoute le silence… écoute sa mélodie, son intensité, finalement quel vacarme fait ce silence, quel bruit, quel… Mais, qu’est-ce que le silence puisqu’on ne l’entend pas ? Oh c’est bien simple, le silence c’est le son d’une cloche au loin, le cri d’un coq enroué, le pépiement des moineaux, merles et autres enchanteurs sifflants. Le silence c’est aussi cette bise qui pousse nos tuiles, les caresse, ou encore le néant qui ressemble à la mort, quelques instants…

Le silence est si important, ne rien dire, ne rien écrire, puis recommencer pour mieux s’exprimer, donner davantage de puissance aux mots. Oui, les silences sont puissants entre les mots… Nécessaires, indispensables bien sûr. Je pourrais écrire des heures sur le silence entre les mots, le silence tout court… Oui, quand on se tait enfin, on s’entend. Céline lui, avait compris l’importance du silence, exprimé ainsi… simplement ainsi… … … …

« Je lui ai dit dès le premier jour quand elle a toussé :  Ne vous allongez pas, surtout ! … Restez assise dans votre lit !  Je me méfiais. Et puis voilà… Et puis tant pis. »


Il avait tout compris Céline, tout…

©Vincent Vallée

lundi 13 avril 2020

Notre conversation… Par Vincent Vallée




Comme un pauvre fou je me suis laissé avoir, rien ne m'a stoppé, pourtant tu le savais que je t'aimais.
Tu savais aussi que ma vie je te l'avais donnée, par immersion j'avais plongé dans cette eau qui m'a envahi, ou j'ai reconnu que tu étais le sauveur de ma propre vie.

Et il est arrivé, m'a tenté et tu m'as laissé succomber. Oh oui c'est facile pour moi de te blâmer alors que c'est moi qui ai fauté me diras-tu, aisé aussi de te rendre responsable de tout ce qui m'avait été annoncé, c'était pourtant écrit... Et je l’ai lu. Mais est-ce que c’est à moi que tu parlais en disant :

Rm 1, 18 ; 26-27 : « La colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et contre toute injustice des hommes qui, par leur injustice, font obstacle à la vérité. […] C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions déshonorantes. Chez eux, les femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature. De même, les hommes ont abandonné les rapports naturels avec les femmes pour brûler de désir les uns pour les autres ; les hommes font avec les hommes des choses infâmes, et ils reçoivent en retour dans leur propre personne le salaire dû à leur égarement. »

Mais… Tu n’avais aucune raison d’être en colère contre moi, aimer un homme serait donc une punition que tu m’inflige ? Je ne veux y croire et pour une simple raison : Je ne te trahissais pas pour recevoir cette punition. Pourtant j’ai été puni et ça c’est entre toi et moi.
Oh dieu, j'ai succombé et maintenant ou aller ? Que faire ? Que dire, comment vivre, survivre ?
J'avais si bien commencé cette vie, si bien débuté, Je me demandais qui et où tu étais, je te cherchais et j’aimais déjà les garçons, mais il est arrivé ce démon, ce fou, ce médiocre. Ah il les connait aussi tes saintes pages, je le savais bien…Mais ? Était-ce lui ?
Je me suis banni à toi, interdit de toi et de ton salut, je t'ai renié sans le vouloir et ne peux te demander pardon, je ne peux même pas m'agenouiller devant toi et pleurer ma servitude, étaler mon chagrin, crier mon pardon ?

Oh mon dieu comme je regrette mes jeunes années ou j'avais si peu, mais en y songeant j'avais tellement... Je croyais simplement, sans réfléchir et comme j’étais heureux, jamais le fait d’aimer un garçon m’aurait ennuyé, j’étais innocent et je croyais simplement. Ce sont les hommes qui se disent de toi qui on tout compliqué et vidé les tiroirs de mon cœur…
Oh oui j'avais en abondance dans mon cœur, et dans mon âme, j'étais alors pauvre d'esprit et si commun, mais je n'avais pas encore connu la tentation, ni le tentateur. Était-ce lui ? J'avais un seul ami et plein d'amours espérés, plein d'avenir, plein de projets, oh mon dieu qu'ai-je fait de mes années à tout foutre par terre, j'ai vraiment foiré mon Dieu, je ne sais comment faire car j'ai découvert une part de moi qui m'empêche d'aller à toi et de t'implorer, de te demander pardon seigneur.
Je ne peux que regarder de loin ta croix et la désirer ? Je ne suis plus rien même la poussière me parait immense à mes côtés.
Dieu que vas-tu faire de moi car il faut que tu me juge, que tu me condamne pour avoir trahi ton nom et ta parole, oui j'en suis conscient, oui je sais que je ne suis plus rien à tes yeux et je ne peux même pas te toucher, je ne peux pas t'implorer, je ne peux que te prier en vain et pleurer mon Dieu...
Tu es mon seigneur et à jamais je te sais et te reconnais pour vrai.
Mais moi à tes yeux je suis un leurre n’est-ce pas, je suis mauvais et je le sais, le mérite, et en crève.Je ne vais pas à l'église mais j'aime y entrer pour te parler, je ne vais pas dans les temples et les mosquées mais je ne suis pas contre y être invité pour te retrouver, toi mon Dieu, non pas le leur, mais le mien, car tu es partout pour moi, pour lui, pour elle. Et si allumer une bougie, un cierge ou que sais-je me permet de me rapprocher de toi et de penser à toi, alors j'aime à croire que c'est bien et que tu apprécies. Oui tu apprécies et te laisse approcher, en tous lieux et en toutes circonstances...

Je t'aime et te suis reconnaissant pour ta fidélité et ton amour, je sais que ton sang a coulé pour moi, mais je n'en suis pas digne, oh que non, pas digne... Mais… Ces gens qui se disent de toi le sont-ils ? N’ont-ils rien à se reprocher de m’avoir ainsi assommé avec tes paroles ? Ah ! Ils m’ont sonné, je suis KO, je suis à terre mais le combat… Il n’est pas fini, non. Mon adversaire, ce n’est pas lui ou elle, c’est moi, que moi. Ah ! JE est un autre… Oui mais qui ? Cette vie est un théâtre n’est-ce pas ? J’en suis un acteur, parfois bon, souvent mauvais. Mais pourtant, même si je doute souvent car je ne suis qu’un homme, je crois que je ne fais pas fausse route. Pourquoi ? Parce que c’est celle que tu m’as donnée, c’est la mienne. Et ta parole me parle à moi, elle est unique pour moi. Ne s’adresse pas aux autres puisque nous ne la comprenons pas de la même façon. Pour ce qui est de ma foi, mon voisin m’importe peu. C’est notre conversation qui me sied. Notre conversation…

dimanche 5 avril 2020

Il fallait bien que ça arrive. (Hommage à Marcel Moreau), par Vincent Vallée


Il fallait bien que ça arrive...

Marcel Moreau n'est plus, emporté par la vie tout simplement. Il y a un lourd bagage qu'il nous laisse, quelques valises emplies de mots, de phrases et de réflexions profondes. Il y a de la torture dans ces bagages, torture du verbe, du sens aigu, torture de la phrase. Marcel Moreau disait à propos de l'écriture:

Il ne suffit pas que l'écriture soit un chant, il faut qu'elle drogue, qu'elle enivre, qu'elle provoque chez le lecteur ces somptueuses titubations intimes sans lesquelles il n'est point de profondeur révélée. Il s'agit d'écrire un livre qui se boive, qui se danse plus qu'il se lise...

(Lettre à Anaïs Nin.)

Personnellement, j'ai lu "Quintes" et "La violencelliste"et j'en suis ressorti troublé, chamboulé, comme perdu, mais il y avait quelque chose de différent ensuite. Depuis ces lectures et la découverte de la plume de mon pays, puisque lui bien avant moi, a découvert ma ville, son village, et donc le Borinage, j'y reviendrai plus loin...
Après ces lectures donc, je n'ai plus lu un roman de la même façon, j'y recherche autre chose et en ce qui me concerne, Marcel Moreau m'a appris au travers de ses écrits à rechercher la phrase torturée, celle qui donne de la profondeur, du sens, une réflexion de quelques secondes... C'est à ça qu'on reconnait un écrivain. Dans "Quintes" j'avais relevé quelques passages que je cite ici :

" De la mort enfin, J'en voudrais dire deux mots, c'est qu'elle était là-bas, c'est qu'elle est ici, associée aux instants de bonheur, à la promenade le long de la Seine, à la trépidation même de ma seconde existence."

Mais aussi:

"Heureusement j'écris et j'aime, ce qui me permet de ne pas prêter une oreille absolue à cette morne « musique de l'ennui » qui suinte par tous les pores, désormais sans frontières, du discours contre l'être, le discours de la clôture de cet être."

Mais encore, et j'en viens à Boussu, notre village natal commun, à lui et moi mais aussi à ma payse Françoise Houdart, écrivain elle aussi de Boussu. L'évocation du métier de son père et de la région :



Moi je suis né à Boussu, toute boue sue... Il est obligatoire de constater que Marcel Moreau n'affectionnait pas particulièrement sa ville, mais pourtant il avouera lors d'une interview s'être peut-être trompé... Comment ne pas penser à Rimbaud, un autre bourreau des mots qui disait détester Charleville mais y revenait sans cesse ? Moreau écrira d'ailleurs dans "Quintes" ce passage au sujet de Boussu:

Je conserve de ce poussah urbain un souvenir presque ému, en tous cas fidèle... 

Et toi Boussu tu le laisses dehors aujourd'hui encore ? Je veux croire que pas cette fois, plus maintenant !
Marcel Moreau a habité la rue Jules Bonaventure de ma ville, et j'y passais chaque jour deux fois par jour et ce, durant sept années de mon enfance et en particulier à proximité de chez lui puisque j'allais à l'école Le collège sainte Marie de la même rue. Voici aujourd'hui, sa maison en avant-plan et l'école de mon enfance. 



Mais voilà, Marcel Moreau c'est autre chose que ce rapport à ma ville, commune, région: le Borinage, c'est aussi la vie à Paris, son oeuvre gigantesque et parfois si difficile à lire, à comprendre... Celui qui prétend avoir tout compris ou tout aimé et de suite est un usurpateur non ? Cependant, je me suis efforcé de le lire, le relire et le comprendre, je me suis accroché. Sa vie est intimement attachée à ses écrits, écorché, parfois mal dans sa peau, déprimé... Et puis âgé. Il écrira encore dans un autre ouvrage "La violencelliste" que j'ai lu également, ceci:



Son style lui appartenait, et il fut longtemps incompris par beaucoup et l'est encore aujourd'hui. Peut-être faut-il être un peu comme lui pour s'en approcher et y croire pour le comprendre lorsqu'on le lit. J'ai, pour ma part, écrit beaucoup de textes sombres et nostalgiques, tristes et à la limite du morbide, et ce me fut reproché d'ailleurs. Mais lorsque j'ai découvert les écrits de Marcel Moreau j'ai été rassuré. Il faut le lire comme une confession, un épanchement, de lui, de la vie, sa vie, celle des autres... Je le ressens comme ça, en tous les cas, moi.
Je suis boussutois et j'aime ma ville car c'est ma ville, ce sont mes racines et Dieu sait que beaucoup tentent aujourd'hui de mettre en valeur celle-ci par ce qu'il reste de notre château de Boussu, grâce à Marcel Capouillez et son équipe, ce qu'il reste de notre littérature grâce à Françoise Houdart et quelques autres personnes dans son sillon. Alors oui, Boussu,  je veux croire que tu vas mettre enfin à l'honneur l'enfant du pays, mon pays, lui ce fut durant son enfance et un peu plus, moi c'est ma vie durant. 
Il y a ce qu'il faut pour le faire Boussu, tu n'as rien à faire, juste ouvrir les portes de ta culture, entrouvrir ton esprit  et laisser y entrer le temps de quelques instants fugaces dans une vie, quelques acteurs qui ont eu à cœur de mettre en avant ton écrivain le plus illustre peut-être. Et c'est Stefan Thibeau, fils de Roland Thibeau de la Roulotte Théâtrale qui s'en est chargé par le biais d'un film, un court-métrage à son sujet et à la fin de sa vie, un spectacle existe aussi. Alors Boussu ? Où es-tu ?
Mais comme Boussu n'est pas seule dans le Borinage, d'autres ont pensé à mettre celui-ci en avant par le biais d'un spectacle nommé "Identité Boraine", Françoise Houdart, Annie Préaux, Daniel Charneux, Roland Thibeau et d'autres qui tentent ainsi de redorer le blason du Borinage, notre pays. Marcel Moreau n'y est pas oublié, certainement pas.
Je ne vais pas m'épancher plus longuement car, mon but au travers de cet hommage à Mr Moreau c'est de réveiller quelques consciences, de susciter la curiosité des boussutois(es) et les autres bien sûr. Découvrez Marcel Moreau, son oeuvre, sa vie. Ce sera je crois, une façon de le ressusciter ou tout du moins, de continuer à faire vivre son talent, sa profondeur...