samedi 13 juillet 2019

"Au fil de soi" de Patricia Duterne par Vincent Vallée



Avec ce roman, nous découvrons une pathologie la "Syllogomanie". Mais enfin, nous faisons surtout connaissance avec Olivia et son monde qu'on ne qualifiera pas de petit tant il est vaste et varié de par sa diversité et sa quantité matérielle.
La Syllogomanie donc, est une maladie qui s'exprime par un attachement démesuré aux objets, à tel point que si une tasse se casse, le malade peut éclater en sanglots ou déprimer des jours durant.

Ce que j'ai aimé dans ce petit roman, ce sont ses courts chapitres et les flashs-back d'Olivia retrouvée en crise sur le bord de la route. On découvre non seulement le monde vaste et compliqué de notre personnage en souffrance mais sa famille, sa fille, ses amis et puis son petit ami.

C'est à la campagne qu'Olivia va déménager pour rassembler et ses objets et ses idées, mais c'est aussi là qu'elle va subir sa pire crise, la plongeant dans une sorte de coma, de tétanie durant trois jours.
Trois jours durant lesquels sa famille va évoquer des solutions pour l'aider, mais aussi ce sera l'occasion pour la mère d'Olivia de parler de ces moments douloureux dû à cette pathologie qui a débuté alors qu'elle était toute petite. Il y a des évocations un peu dure parfois mais fidèles à la réalité de la maladie.
Patricia Duterne évoque avec fluidité et une douce légèreté son récit et nous tournons les pages assez rapidement. Patricia est éditée aux Éditions Acrodacrolivres, une maison simple, sérieuse, familiale et surtout, professionnelle.
La fin de ce roman, que je vous laisse découvrir est comme le titre : Sur le fil...

La maison d'Édition de Patricia Duterne : https://www.acrodacrolivres.com/

Le site pour découvrir l'auteure et son univers :https://www.leslivresdepatriciaduterne.be/


L'auteure :


mercredi 26 juin 2019

La crue de Amy Hassinger par Vincent Vallée




La crue

Je viens de terminer ce roman et je suis tiraillé entre plusieurs sentiments. En fermant le livre, j’avais envie de poursuivre. Pourquoi ?

Quand on tourne les premières pages, on fait connaissance de Rachel, de son mari et de son bébé Deirdre, qui vous le verrez au fil des pages, est très gourmande. On découvre une jeune femme mais aussi une jeune maman, perdue, fatiguée, lasse. Pourtant sollicitée malgré tout, par son père, inquiet pour Maddy la grand-mère de Rachel. Il craint pour sa santé et pour de mauvaises décisions qu’elle pourrait prendre étant en fin de vie et confuse. Peut-être mal entourée ?

Rachel est mise au pied du mur, culpabilisée, elle se sent poussée à rendre visite à sa grand-mère qui habite le Wisconsin, une ferme qui lui appartient depuis des années, une ferme familiale qui est bâtie sur les terres de la tribu amérindienne des Ojibwés. De plus, voilà plus de 8 ans qu’elle n’a pas rendu visite à sa mamy, elle culpabilise énormément, démesurément, mais aussi, elle a laissé là-bas, son premier grand amour : Joe. Le premier… on ne l’oublie jamais.

Ce roman me divise car il est long certes, ça peut paraître de trop, mais finalement tout est nécessaire à la compréhension de cette histoire familiale. Comme le barrage de Old Bend qui est construit depuis la tendre jeunesse de Maddy et qui, malgré les progrès humains, demeure sous surveillance permanente car les fortes pluies finissent toujours par avoir raison de l’homme et de sa machinerie.
En retrouvant Maddy, Rachel va fuir son mariage qui l’ennuie et l’Illinois. Mais aussi se rapprocher de l’homme qui a volé son cœur d’adolescente et qui a préféré la guerre en Irak que la fuite avec sa bien-aimée d’alors. Il reviendra de cette guerre, amoché. Le rejet de Rachel à l’époque aura le croit-il, détruit leur amour, mais en fait il n’était lui aussi, qu’amoché.

Auprès de Maddy, et ce, depuis des années, il y a Diane, mère de Joe, qui est son assistante de vie, sa dame de ménage et son amie. Cette ferme, cet endroit que Rachel redécouvrira après son retour, aimer tendrement, est aussi une partie de Diane puisque construite sur les terres de ses ancêtres. Maddy, confuse et vieille, sera sensible au sort des ancêtres de son amie Diane et trouvera que lui léguer la maison et les terres après sa mort, serait un juste retour des choses.

N’en disons pas plus, je vous invite à lire le roman, cependant, ce serait bien que le roman se poursuive, il y a encore tant de questions qui taraudent le lecteur en fermant ce roman…
Le roman est paru aux Éditions rue de l’échiquier fiction, son auteur est : Amy Hassinger.



vendredi 7 juin 2019

Dîner à Montréal  de Philippe Besson par Vincent Vallée.






Après « Arrête avec tes mensonges », et « Un certain Paul Darrigrand », Philippe Besson clôture une trilogie sentimentale même si, selon moi, c’est bien plus que ça.

En effet, Besson continue de mentir malgré les recommandations de sa mère. Si on connaît un peu l’auteur au travers de ses livres et autres interviews on sait tous que le mensonge c’est un des outils de l’écrivain. Mais tous les écrivains mentent, Besson lui aussi le fait, mais pour donner ce côté romanesque à son histoire ou pour brouiller les pistes, lui sait... Car après tout, c’est son intimité qu’il avait besoin de coucher sur le papier. En tant qu’écrivain, il est normal qu’il nous déforme un peu sa vérité, mais, dans les grandes lignes, dans la sincérité des sentiments, du vécu, rien ne nous est caché.

« Dîner à Montréal » est donc le dernier chapitre, le dernier plongeon dans ses souvenirs de jeunesse. Je lis souvent qu’on se retrouve dans ses récits, car, on a tous vécu des amourettes, qui vont plus loin que ça, plus loin qu’un flirt et qui sont plus sincères que ce que l’on vit depuis un mariage ou une union quelconque. Il ressort de ces amours fugaces, une nostalgie liée à la jeunesse des sentiments, mais aussi un souvenir vif, car le fruit de premiers émois. Et puis, pour beaucoup de lecteurs comme moi, encore plus d’attachement et de similitudes, car je me suis retrouvé chez Philippe, mais aussi chez Thomas et chez Paul…

La découverte de l’autre, l’attachement à une allure, une démarche, une mimique, un charisme. Sans oublier les odeurs, les sensations du toucher, la découverte d’un corps… Et puis, les sentiments si lourds de sens, si intenses, car nouveaux ou incontrôlables. Dans ce dernier roman au sujet de ses amours de jeunesse, il s’agit des retrouvailles avec l’une d’elles. Une sorte de mise au point après s’être retrouvé par hasard ? Lors d’une séance de dédicace. Un repas avec les conjoints respectifs, des regards, des allusions, et puis… Ces quelques moments de retrouvailles seul à seul quand les conjoints partent fumer, délibérément… Il veut savoir, Philippe veut savoir si Paul a souffert de leur rencontre, mais surtout de leur rupture, s’il a oublié tout de suite, s’il l’a réellement aimé aussi…

En lisant cette confrontation voulue, provoquée, d’avec des souvenirs amoureux, passionnels, il y a cette volonté de savoir bien entendu, mais aussi, cette évidence que rien ne pourrait reprendre là où on l’avait laissé. L’eau a coulé sous les ponts, on s’est éloigné, on a vécu, on a changé. Tenter de reprendre une histoire vieille de presque 20 ans serait une erreur et certainement impossible. La remettre sous la lumière pour comprendre certaines zones d’ombre par contre, c’est intéressant. Certes ça fera mal, ça ravivera les souvenirs qui parfois reviennent nous hanter depuis 20 ans et puis… On comprendra que l’un et l’autre on a souffert. Mais que l’un et l’autre on a survécu différemment à la rupture.

Philippe est touchant dans cette discussion autour d’un repas, car il se livre et analyse les réactions, les réponses. Il fait aussi son examen de conscience en quelque sorte. Paul lui, reste distant, mais se livre malgré tout. Il était marié, pour lui c’était encore plus difficile à gérer. Et puis, il a repris sa vie, il aime sa vie, mais… La perspective d’une autre reste une énigme. Philippe veut savoir si Paul a aimé d’autres garçons la réponse reste évasive. Ce qui est certain, c’est qu’il l’a aimé lui, Besson. Le repas se termine, chacun repart dans sa vie, les conjoints presque complices reprennent leurs mari ou amant à la garderie des sentiments enfouis. La table des sentiments déposés est nettoyée, l’analyse se termine.

Et puis, le soir, quand la nuit est tombée sur les amours vaincus, exorcisés le temps d’un repas, un SMS vient éclairer la chambre, Philippe le lit et il reçoit une dernière réponse à ses questions, touchante, inoubliable… que certainement quelques lecteurs aimeraient recevoir aussi.


Philippe Besson et moi à la Foire du livre de Bruxelles.




dimanche 2 juin 2019

Je veux me souvenir par Vincent Vallée





Il était une fois… Voilà comment débutent les belles histoires n’est-ce pas ?
Pour ma part, l’histoire dont je veux me souvenir ce soir, c’est l’histoire de ce jeune garçon qui lisait assis par terre dans une bibliothèque, des BD, des romans…
Je veux aussi me souvenir, même si ce fut dur alors, atroce même, de ce petit qui en l’espace d’une heure perd son unique repère, son pilier, son modèle, son premier spectateur… J’avais 8 ans, il était 16 h 45 et tu étais couché… Une heure avant j’étais sur tes genoux. Je veux me souvenir de ce grand dictionnaire que tu m’as donné Tintin, juste avant de partir là d’où on ne revient pas.

Car si je pouvais une heure seulement, te voir revenir, te tenir la main et te dire… non, te demander comment agir et réagir dans ce monde complètement fou, entendre tes réponses… Il y en a une que je connais déjà : Vincent… Tout ça a passé l’eau… Alors je serais apaisé et je te dirais combien, 34 ans plus tard tu comptes encore pour moi…
Je veux me souvenir de ces difficiles moments à l’école, ces échecs, ces difficultés, mais aussi ces craintes, ces chagrins et appréhensions chaque veille de jour d’école… chaque veille… Me souvenir de ma prof de première primaire qui me laisse seul pendant une récréation, moi plâtré, elle qui devait s’absenter… J’étais si horriblement seul. Ce jour-là, j’ai pris conscience que les adultes mentaient parfois aux enfants.

Je veux songer à mes efforts pour passer au-dessus de mes angoisses, de mes bobos imaginaires, et puis toi à qui j’ai fait tant de mal, tellement peur alors que j’étais en parfaite santé. Alors durant toutes ces années, j’ai loupé l’essentiel : L’école, apprendre, m’amuser…
Mais je veux pourtant me souvenir de ces quelques profs qui m’ont aidé, aimé même. Celui qui m’a pris dans ses bras pour rejoindre la classe chaque jour, car j’étais à nouveau dans le plâtre, chaque midi, chaque soir… C’est ce même prof qui a semé en moi la graine des mots. Mon Dieu comme je lui dois…

Je veux me rappeler de cet autre prof qui m’a annoncé que j’étais le seul à avoir raté mon examen cantonal. Il avait eu cette délicatesse, celle de m’isoler et de me dire que ce n’était pas un échec, mais qu’à partir de là j’allais me battre et surtout, que j’allais gagner. Alors monsieur… Je n’ai pas tout gagné non, mais ça vous le saviez n’est-ce pas, mais j’ai gagné beaucoup de bataille, contre moi, contre ça, contre eux…
Je veux me souvenir de ces histoires que j’écrivais, ces poèmes au marqueur de couleur, ces lettres d’amour que j’écrivais… Cette machine à écrire que j’ai apprivoisée pour « jouer à l’écrivain » je me suis pris au jeu. Je veux me souvenir de ce roman énorme qui me disait de le lire, que je regardais en me disant je ne sais pourquoi que je devais m’y plonger. Je l’ai fait… 3 fois.
Des pages entières, des carnets entiers, des fardes remplies, des mots d’amour, de haine, de chagrin puis des histoires comme « Le château de Cheron, Emeline la poupée oubliée, Mon ami Dicky », et puis dans ces histoires une dernière qui s’intitulait Le grand voyage… Mes petites histoires, mes premières tentatives.

Je veux me souvenir de mes débuts d’auteur, gauche, maladroit, berné par un pseudo éditeur français en 2010, puis un autre en 2012, puis un passage à vide… mais jamais je n’ai lâché ma plume, toujours j’ai travaillé à m’améliorer. Je me rappelle avoir persévéré, repris des cours à distance, et puis j’y ai cru, vraiment cru… Quelle déception ! Alors que je m’étais battu, tellement battu contre moi, je croyais y être arrivé car il me le disait: tu n’es plus ceci, cela, tu es un écrivain édité. Il(s) me le dir(ent)… Cet épisode m’a renvoyé à cette fois où mon institutrice m’a laissé seul dans cette grande classe...
Mais… Je veux me souvenir que je suis en train d’oublier et tant pis pour mes deux poètes… Je les abandonne, mais je me souviendrai que grâce à eux, uniquement eux, j’ai pu oublier une mauvaise rencontre de 2005, car en me reconnaissant en eux, j’ai pu obtenir un petit lectorat, une petite reconnaissance, j’ai un pied dans la porte entrouverte, grâce à eux je m'épanouis en écriture. Alors oui, tant pis je les abandonne réellement mais moi j’avance, parce que j’ai gagné. Mon pire ennemi, c’est moi. Aujourd’hui, et j’ai gagné une bataille contre lui.

« JE est un autre » pas vrai Arthur ?

Je veux me souvenir que tout ça, fait que je suis moi aujourd’hui, que je suis un auteur publié qui se bat chaque jour pour faire aboutir ses rêves, tant pis pour ceux qui se sont en-volés, la route est longue on y laisse parfois une roue, un pare-chocs et alors ? Seul mais fier, seul mais conforté par mon choix, seul mais je peux me regarder en face et comprendre que je fais des erreurs, je me conduis mal parfois, je suis têtu, provocant. Cependant, au-delà de ça, je suis fier de ce que je suis devenu, malgré tout et en dépit de tous ces souvenirs pénibles ou tendres, difficiles ou angoissants.

Aujourd’hui je cherche ce petit garçon assis sur les épaules de son grand-père qui respire l’odeur du fumier de la ferme et qui dit à celui-ci :

— On va s’enfoncer dans la boue, y’en a trop Tintin, on voit plus tes pieds !
— Mais non Vincent, avec moi tu ne crains rien, et puis à deux on est les plus forts !

J’ai souri mais il ne l’a pas vu. Aujourd’hui je souris encore Tintin, parce que tu es là, invisible mais présent et tu veilles sur moi.
J’oublie tout ça et à nouveau je grimpe sur tes épaules pour ne plus m’enfoncer… Oui, à deux on est les plus forts !

lundi 27 mai 2019

L’Hôtel Littéraire Arthur Rimbaud. Par Vincent Vallée.





Après avoir écrit au sujet de Verlaine et Rimbaud, j’ai découvert la naissance d’un hôtel dédié à Arthur Rimbaud, situé dans le dixième arrondissement de Paris : L’Hôtel Littéraire Arthur Rimbaud.



Que dire si ce n’est que, étant donné que j’écris en ce moment au sujet du jeune poète ce fut évident pour moi de me rendre dans cet hôtel pour le découvrir et me plonger dans une ambiance purement rimbaldienne.
Arrivé à Paris, je suis monté dans le métro, un homme jouait de la trompette, j’étais dans l’ambiance parisienne. Arrivé devant la façade de L’Hôtel Littéraire Arthur Rimbaud, j’ai avant toute chose regardé la façade qui ma foi est simple et classe. L’essentiel, on sait qu’on est arrivé à l’hôtel qui lui est consacré.


L’accueil fut agréable, chaleureux et première surprise : Des livres, des recueils, des copies de lettres de l’homme aux semelles de vent. Un hall chaleureux tout comme notre prise en charge.
Petite attention propre à ma réservation, étant donné que je suis belge, on me confie la chambre qui porte le nom : Bruxelles. C’est peu de choses, mais c’est une preuve d’attention et de souci de bien faire.
La chambre est étonnante ! Moderne et chic, un lit bien fait et garni d’un dessus-de-lit au nom d’Arthur Rimbaud. Un petit bureau, une machine à café (c’est important pour moi) une armoire garnie de la célèbre photo prise par Carjat du jeune éphèbe. Mais aussi une salle de bain modeste, mais pratique et moderne, tout y est dont des échantillons aux saveurs de miel, j’adore ça ! 




Il faut noter une anecdote, sur internet je lis, une fois installé sur le lit confortable en plus d’être bien fait, qu’un homme de passage à l’Hôtel littéraire se plaint de la chambre qu’il a eue, car sous les combles. Les poutres et le plafond incliné l’auraient gêné. C’est donc quelqu’un qui ne connaît pas bien le poète, en effet, Arthur Rimbaud, une fois arrivé à Paris pour commencer son aventure avec Paul Verlaine, va régulièrement dormir sous des combles avec vue sur les toits parisiens. Quelle belle immersion selon-moi, j’avais une chambre de ce style et j’ai adoré ce petit point commun. Arthur disait :

 Le rêve maternel, c’est le tiède tapis,
C’est le nid cotonneux où les enfants tapis,
Comme de beaux oiseaux que balancent les branches,
Dorment leur doux sommeil plein de visions blanches ! ...

J’ai pu poursuivre l’écriture de mon tapuscrit au sujet de Rimbaud dans une ambiance où je n’aurais pas pu être distrait ou sorti du contexte et puis j’ai aussi pu me délecter d’un petit-déjeuner parfait, bien préparé, bien garni et géré par une jeune dame souriante et soucieuse du travail bien fait. 


Depuis ma table, une vue sur la jolie bibliothèque Rimbaldienne, sur quelques cadres qui reprennent lettres et autres dessins du poète. Un buffet garni de viennoiseries me rappelle ces quelques vers de Rimbaud :

C’est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants...

Avant de m’en aller, j’ai pu offrir mon roman au sujet de Verlaine et Rimbaud à la sympathique directrice, ce cadeau me semblait évident.


Pour conclure, si vous désirez une chambre à Paris située à proximité de tous les moyens faciles pour parcourir la capitale, confortable et classe et qui plus est vous plonge dans la littérature et en particulier la poésie, une seule adresse :
L’Hôtel Littéraire Arthur Rimbaud, 6 rue Gustave Goublier
75010 Paris.

samedi 25 mai 2019

Écrire, Éditer = Sincérité, Liberté par Vincent Vallée





Écrire, Éditer = Sincérité, Liberté

Parfois, du haut de ma petite expérience d’auteur autoédité je lis et je vois aussi, des comportements qui m’indignent.
Je veux parler du monde dans lequel j’évolue en tant que petit auteur régional. Avant de décrier certain(es) auteurs/éditeurs je veux dire tout le bien des autres, les mêmes, mais sincères eux.

Citons-les dans l’ordre : les auteurs autoédités et les édités de notre petite Belgique et d’ailleurs. Ceux qui sont plus ou moins connus, mais qui, on s’entend, ne sont pas des Levy, Schmitt et autres (que je ne dénigre pas attention). Ceux dont je veux dire du bien, ce sont ceux qui m’ont motivé, donné envie de poursuivre, guidé pour certains. Ceux-là, ces auteur(es) ont en eux cette soif de partager, de conseiller. Et puis surtout, ce besoin d’écrire. Un vécu, une romance ou encore exploiter un style bien à eux. Que ce soit du Fantasy, du Thriller, de l’historique et autres peu importe, tous m’ont donné beaucoup. Certes ils ne sont pas nombreux, mais ils sont là et ça rassure. Ces auteurs se fichent pas mal de votre talent ou de votre vie, encore plus de ce que vous ferez de leurs conseils, ils donnent, parce que pour eux c’est un juste retour des choses. Ils sont passés par là. Beaucoup ont déchanté… Et fort heureusement, ils ne sont pas nombreux, mais tout de même plus nombreux que ceux qui m’ont déçu fait peur parfois.

Ces auteurs sont comme moi, des « apprentis auteurs » ils s’essaient, ils tâtent le terrain, ils écrivent et parfois de manière gauche et mauvaise. Alors en soi ce n’est pas grave d’écrire de travers, si on l’admet et qu’on se remet en question, car c’est ainsi qu’on avance qu’on se corrige. Comprenez-moi bien car je n’accepte pas les remarques méchantes et autres affronts concernant l’effort d’écrire, ceux qui jouent à ça ne doivent pas être cités ici, ils n’y sont d’ailleurs pas à leur place parce que je suis sérieux avec cet article. J’accepte tout au plus de les croiser aux urinoirs et encore… Pour en revenir à ces auteur(es) qui m’ont déçu, voire fait peur. Ce que je veux dénoncer c’est leur ignorance, leur manque d’humilité, leur prétention à être ce qu’ils ne sont pas. Écrire c’est toute une affaire, et certainement que dans cet article vous trouverez des erreurs, de mauvaises formulations, une ponctuation bancale oui oui ! Mais ce que vous devez savoir, c’est que j’en suis conscient et qu’en plus ça me conforte ! Pourquoi ? Parce que ça prouve une chose : Je ne suis arrivé qu’à un certain stade du chemin, du parcours d’auteur, romancier. J’ai beaucoup à apprendre encore, et j’en suis heureux. Ce qu’il faut savoir encore, et c’est pour moi le plus surprenant, c’est que parmi ces auteurs peu humbles, il y a des journalistes, des professeurs, des auteurs édités, des éditeurs oui oui je vous assure ! Vous allez me répondre que je suis encore bancale comme auteur et que je suis pourtant édité. Mais non, car éditer un auteur c’est quoi ?

C’est là que j’en viens à ces éditeurs rencontrés depuis… 2009 et qui m’ont fait bonne impression ! Là on entre dans un autre domaine : L’édition. Qu’est-ce que c’est un éditeur ? Je me permets de vous confier mon point de vue si vous le voulez bien.
Un éditeur, si petit soit-il dans sa démarche, c’est avant tout un auteur, car selon-moi il faut savoir de quoi on parle quand on se lance dans l’édition, il faut comprendre les auteurs, avoir ressenti ce qu’ils vont ressentir après avoir confié un manuscrit. Il faut aussi, avoir le souci de faire ce job sérieusement et modestement, pas à pas. Pour éditer, il faut avoir le sens de la famille, car un éditeur ce n’est pas le père du roman qu’il édite, ni le frère, ni le porteur, c’est le parrain. Le parrain d’un enfant, dans notre cas, un enfant de papier. L'éditeur c’est celui qui va garantir la pérennité de l'écrit, décharger le père de celui-ci, de toute une foule de choses qui sont fastidieuses, compliquées à gérer, des exemples : La correction orthographique, grammaticale, etc. la mise en page, la construction du livre (impression, mise au format PDF, les démarches administratives comme l’ISBN et autres mention légales) Ensuite, éditer c’est dénicher des séances de dédicaces, envoyer des dossiers presse (que l’auteur peut réaliser lui-même quand même, faut pas exagérer), aux réseaux des médias tels que les journaux, les télés locales, car l’éditeur, quand il se lance, doit s’être constitué un petit carnet d’adresses. Il doit aussi encourager, en mettant un peu la main à la poche en offrant les marque-pages et autres flyers, s’il a un bon imprimeur il peut se les procurer gratuitement, car, une bonne relation de travail apporte des cadeaux qui l’entretienne, CQFD… Voilà pourquoi je considère ne pas être édité, je n'ai encore rien connu de tout ce que je vous explique ci-dessus.

Mais encore, un éditeur, modeste, se doit d’être honnête, il est, n'oublions pas, le parrain, il aide des romans à faire leurs premiers pas, mais, si le père du bébé de papier, l’ouvrage, trouve mieux ailleurs et que celui-ci demande à récupérer ses droits afin d’aller plus loin, et ce dans un respect mutuel, alors il faut lui rendre sa liberté l’ouvrage a trouvé un parrain avec plus d’expérience, plus de moyens peut-être, tout ceci dans le respect des contrats signés, il peut évoluer et c'est tout à l'honneur de son premier éditeur de le laisser voler vers d'autres horizons, de le revendiquer même !Les contrats disions-nous, parlons-en, ils doivent être simples et concrets, lisibles aussi ! Et surtout, pareils pour tous les auteurs de la même maison, excepté quelques détails techniques attenants à l’ouvrage en question. Un éditeur à compte d’auteur ou à compte participatif c’est tout à fait honorable aussi, je tenais à le dire, à condition d’être encore plus respectueux et honnête que celui qui prend tout à sa charge. Demander à ses auteurs d’acheter leurs exemplaires dans un cadre participatif afin d’être viable et d’aider la jeune maison à démarrer c’est tout à fait honorable et compréhensible, si c'est clair dès le départ, avant la signature du contrat. Ce qui l’est moins, c’est par exemple, de faire des contrats différents à ses auteurs, à l’un on octroie 40 % à l’autre parce qu’il vendra plus et qu’on le sait, on n’octroie que 20 % ou 30… et selon les quantités commandées c’est régressif.

En somme, des éditeurs modestes j’en connais bien plus que d’autres, ceux qui font peur, heureusement. Ceux-là, on les connaît à peine, parfois on ne sait même pas qu’ils éditent… Pourquoi ? Parce qu’ils ont compris qu’un éditeur est derrière ses auteurs, occupé à les pousser des deux mains, et des deux pieds, appelant à droite et à gauche tous les moyens (honnêtes) qui passent, afin qu’ils soient mis en lumière. Un éditeur ne se sert JAMAIS de ses auteurs pour prendre de la hauteur ou se faire du pognon, JAMAIS ! J’ai vu des éditeurs en pleurs parce qu’ils avaient mis tant et tant d’heures à concevoir un événement, à se battre pour leur passion, la littérature. Malheureusement les livres ne se vendant pas comme des paquets de frites on ne parvient pas toujours à attirer le public qu’on mérite, qu'on espère. Ces éditeurs ont tout mon respect.

Puisqu’on parle de respect, j’en reviens aux éditeurs véreux, ceux qui sont vénaux, qui pensent « pognon, lumières et projecteurs » sous tous les angles, ceux qui font des contrats bidons qui disent tout et son contraire, ceux qui proposent des contrats où la mention «  l’auteur se doit de… » est bien plus présente que « l’éditeur s’engage à… » ceux qui, comme je le disais plus haut, font des contrats en fonction des chevaux de leur écurie, car des éditeurs qui passent de 8 auteurs disons, à 30 et même plus, en à peine 2 ans voire moins, ce n’est pas sérieux. Éditer c’est un métier, mais avant tout une passion, un don de soi. Certes ils ne sont pas là pour perdre des plumes, alors quand ça débute, il y a le compte participatif honnête qui peut aider, et puis la sagesse d’y aller pas à pas en étant conscient que les auteurs sont avec le capitaine, dans le même bateau. Et là, je veux citer une maison d’édition, ce sera la seule et afin de lui rendre hommage. Cette maison ferme ses portes, les portes d’une maison qui s’est construit brique après brique en 30 ans !

Les éditions Luce Wilquin. Pour résumer ce qu’était cette maison, je cite ce passage pris d’un article[1] qui lui est consacré sur le site « ActuaLitté » :

Luce Wilquin précise que 340 de ces 500 ouvrages sont le fait de 90 auteurs francophones — Belges et autres — « récidivistes » fidélisés par l’enseigne jusqu’à y signer 16 romans comme c’est le cas de Françoise Houdart, Prix triennal Charles Plisnier pour Les profonds chemins.

500 ouvrages en 30 ans ! 90 Auteurs seulement ! Ce qui fait une moyenne de 16 livres par an en MOYENNE ! Quand d’autres en publient 32 ou plus en une grosse année ?… Voilà l’exemple à suivre: Ed. Luce Wilquin, une maison modeste, sérieuse, qui a misé sur ses auteur(es) qui le lui ont bien rendu du fait de leur fidélité.
Et puis, ces éditeurs véreux m’ont fait peur tant par leur agressivité, que par leur ignorance du métier, leur incompétence à… À mettre en page, à corriger, à diffuser, à partager, à faire plaisir, à expliquer, à avouer ses maladresses, à respecter ses auteurs, à se faire petit !

Souvent ces éditeurs sont partout, on n’entend qu’eux, ils vont tout réaliser, créer de nouvelles choses, innover, s’associer à… ouvrir et lancer ceci et cela… Ils vont plus loin encore, ils trouvent des auteurs que j’appelle moi des « petits cochons avec une fente dans le dos ». Ceux-là sont encore plus niais de ne pas se renseigner sur ces beaux parleurs ! Beaucoup de celles et ceux qui lisent cet article se reconnaîtront en tant qu’éditeur honnête ou malhonnête. Ces derniers, les malhonnêtes, ne se l’avoueront jamais certes. Beaucoup se reconnaîtront aussi parmi les auteur(es) imbus, prétentieux et qui prétendent qu’on naît Écrivain, qu’il n’y a pas besoin de travailler. Et puis les autres, trouveront dans ces lignes des points communs avec leur propre expérience, les mauvaises rencontres, les escroqueries, mais qui jamais n’ont entaché leur passion pour l’écriture, le plus dur étant de se relever d’une arnaque doublée d’une trahison !
Je conclurai ce long article en écrivant que le travail d’un auteur, c’est un amusement, c’est le plaisir d’effectuer des recherches, de plonger dans un dictionnaire, de fouiner dans les livres et sur internet pour trouver des infos qui aideront à la construction d’un roman, le leur. Je me suis souvent demandé quelle était la différence entre un auteur et un écrivain… Mon bon vieux prof de l’école primaire m’a donné la réponse :

Un auteur c’est, mettons, un ex-alcoolique qui ressent le besoin de coucher sur le papier son vécu, de le partager, toutes ses autres tentatives d’écriture resteront banales. Un écrivain par contre, c’est quelqu’un qui au bout du compte donne naissance à une œuvre, on trouve un lien, un fil conducteur entre ses ouvrages, une popularité croissante, même si elle demeure modeste. Rimbaud fut-il connu et réputé de son vivant ?

Vive les mots et ceux qui les écrivent avec passion, vive le livre qui existe grâce entre autres, à des éditeurs honnêtes, qui se veulent parrain le temps d’une vie, car comme le disait Verlaine : 

Va mon livre, là où le hasard te mène…

©Vincent Vallée



[1] https://www.actualitte.com/article/monde-edition/fermeture-de-la-maison-d-edition-belge-luce-wilquin/92429

dimanche 19 mai 2019

Tu signais Ernst K. de Françoise Houdart, par Vincent Vallée.




"Tu signais Ernst K." c’est près de cinq cents pages l’évocation d’une guerre, la grande guerre. Plus précisément celle qu’a vécu Boussu, ses femmes et ses enfants.

Début 1917, les « Boches » arrivent à Boussu. Deux mille soldats qui font trembler les routes du village, de loin on les entends, on se crispe. Ils seront logés chez l’habitant, c’est décidé, planifié. Parmi ces soldats tant détesté car symbole de l’ennemi, il y a Ernst K, dix-neuf ans, dessinateur à ses heures perdues. Ernst K. balade son cahier de dessin de Roisin à Tournai.

Ce cahier, Françoise Houdart l’a retrouvé, ou plutôt on le lui a confié. Françoise l’a questionné ce cahier, rendant ainsi, petit à petit, la vie à ce jeune soldat qui deviendra le sujet de ce roman : « Ernst, j’inverse les lettres de ton prénom et tu deviens étoile : « stern… » Ernst K. est cette étoile grâce à Françoise Houdart un siècle après son entrée à Boussu, éclairant nos mémoires pour que tout un chacun se souvienne, n’oublie pas, se rappelle…

Ernst K. s’installe donc dans une famille boussutoise comme les autres, il y a Victor, Juliette son épouse, les deux jeunes garçons, Arthur et Jean et puis Laura, la petite fille. Sans oublier les personnages qui vont de l’instituteur, du vicaire résistant, du notaire, de « Nan l’coulon », de la vieille voisine Léa …
Toute un village recréé avec, aussi la présence de l’occupant, le passage des pieds bottés dans les rues, comme en ces cités autrefois décimées par une autre peste, les privations de toutes sortes, les solutions pour rappeler le café ou le savon, les convois chargés de travailleurs forcés, la dénonciation, les vengeances, les fouilles, le typhus, et l’hôpital qui accueille chaque jour des jeunes détruits, de vies brisées, la guerre est là, terrible et interminable guerre et son atrocité.

L’une des principales particularités du livre se trouve sans doute dans l’humanité dont Françoise Houdart a su habiller progressivement celui qui, au départ, n’était que l’occupant qui s’impose mais qui a le cœur et l’esprit partagé entre sa patrie et le pays occupé, la maison maternelle et celle où l’a déposé le destin, les lettres d’Emma, les brefs échanges avec Juliette, son hôtesse.

Un grand roman nourri par une extraordinaire documentation mais aussi par les témoignages d’une vieille dame centenaire chez qui la narratrice verra Laura, la petite fille de ce roman. Dans les blancs de cette histoire presque oubliée, Françoise Houdart, par son écriture, établit cette complicité avec son personnage et son lecteur. Un roman difficile à oublier pour passer à un autre et cela, pour moi, c’est un signe de véritable réussite.

Je ne peux conclure cette chronique sans me remémorer les anecdotes et autres signes qui ont accompagnés la naissance de ce roman, cette aventure littéraire pour son auteure.

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