vendredi 5 juin 2026

Kazan de James Oliver Curwood par Vincent Vallée

 



On parle généralement d'aventure humaine lors d'un récit centré sur l'entre-soi, la confrontation avec soi-même. Cette fois, j'ai découvert une aventure animale avec KAZAN. Et quelle aventure !

Avant de parler du roman, j'aimerais évoquer son auteur, l'écrivain James Oliver Curwood. Avec Jack London, le bien connu, il est un auteur spécialiste des aventures du Grand Nord, des contrées sauvages et de l'espèce animale. Déjà enfant, Curwood écrivait des histoires. Il n'était pas un étudiant assidu et discipliné ; pour preuve, son renvoi de l'école car, oui, il aimait vagabonder. Déjà aventurier dans l'âme, certainement...

Il fera cependant ses études jusqu'au bout et deviendra journaliste, mais là également, il se fera remarquer dans le mauvais sens du terme et sera... viré.

Alors, que faire si ce n'est ce qu'il aime et fait de mieux ? Écrire !

C'est à propos du Grand Nord canadien qu'il aime coucher ses idées, ses histoires, pour notre plus grande joie aujourd'hui de les lire.

Petite parenthèse : je ne saurais dire comment je suis arrivé à Curwood et pourquoi si tard, mais est-il un jour trop tard ? De la littérature jeunesse, dites-vous ? Fi de ces préjugés et des abords pompeux de la littérature ! On lit pour se la jouer ou pour l'évasion et le plaisir ? On lit pour citer des classiques et de grands auteurs ou pour raconter avec appétit l'histoire que l'on vient de lire et partager ? Nous serons d'accord : l'évasion et le partage grâce à un bon roman, c'est le plus important.

KAZAN, c'est un animal mi-loup, mi-chien, qui n'en sait rien. KAZAN, c'est la sauvagerie mêlée, comme l'est son sang, à la douceur, à la docilité. Mais KAZAN, c'est surtout l'histoire d'un animal que l'on va suivre au travers de ses yeux, au travers de son approche de ce que nous voyons comme lui, mais qu'il interprète avec sa condition de chien-loup. On va vivre ses aventures, oui, il y en aura plusieurs, avec crainte pour sa vie dans ce Grand Nord et au sein du monde animal qui se montre cruel, sans pitié, avec pour objectif de survivre avant tout.

KAZAN va souffrir, aimer, fuir, avoir faim, avoir froid. Et quand il aimera un humain, ce sera toujours une femme douce et sans crainte de lui, le loup. KAZAN sera parfois déchiré entre les caresses d'un humain qui lui veut du bien et une louve qui lui voue sa vie, ne le quitte jamais et, pour cause... Vous verrez pourquoi, c'est le cas de le dire... KAZAN sera le guide de Louve Grise durant les trois quarts du récit.

KAZAN bravera le grand froid, disais-je, mais aussi la peste rouge, le feu, l'eau, mais surtout l'homme armé d'un fouet ou d'un gourdin.

Avec KAZAN, on voyage, non seulement sur les routes, dans les forêts ou parmi les montagnes, mais aussi dans sa tête. On voit ce qu'il voit, on comprend ce qu'il comprend. Ce fut un magnifique voyage que ce roman.

Merci à la providence d'avoir placé sur mon chemin James Oliver Curwood !!

Je ne vous cache pas avoir entamé Le Grizzly et attendre Chasseurs de loups du même auteur pour une Masse Critique de Babelio.




JAMES OLIVER CURWOOD

 


mercredi 20 mai 2026

Dans la forêt de Jean Hegland par Vincent Vallée

 


Une fois n'est pas coutume, partons nous promener dans les bois.


C'est avec l'écrivaine Jean Hegland que nous allons prendre part au quotidien de Nell et Eva, deux jeunes filles qui vont se retrouver livrées à elles-mêmes au cœur de la forêt. Ne cherchez pas le lieu, cela demeure flou dans le récit, et c'est d'ailleurs très bien ainsi puisque le contexte est celui d'une dystopie.


En effet, le monde a cessé de tourner comme autrefois. Petit à petit, l'électricité a été coupée et Nell et Eva, dans un premier temps toujours en compagnie de leurs parents, vont se retrouver de plus en plus isolées puisqu'elles vivent dans les bois par choix.


Cette fiction va conduire les deux jeunes filles à faire face au pire : la survie, la mort, puis à nouveau la vie, pour conclure. C'est ce contexte qui m'a poussé à lire ce récit. Les bois, un presque huis clos, la survie… Tant d'ingrédients qui me séduisent.


C'est un roman un peu lent et difficile à contextualiser parce qu'il aurait gagné à être plus imprégné, plus décrit. On ne sait pas exactement ce qu'il s'est passé, les ambitions des deux jeunes filles sombrent dans l'oubli par la force des choses, elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes au milieu de la forêt, qui va devenir de plus en plus hostile au fil des pages. J'ai simplement déploré quelques passages un peu malsains, mais assez cohérents avec l'histoire malgré tout.


J'ai parfois été lent à lire car le récit l'est également. Cependant, j'ai gardé l'envie de savoir où l'autrice allait nous conduire. Je ne suis pas déçu, il y a de quoi garder un bon souvenir du roman de Hegland.


Et puis, chez moi, une histoire dans les grands espaces verts, perdus, loin du monde et du tumulte, ça fonctionne toujours, même si ce roman me semble imparfait.

vendredi 15 mai 2026

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait… par Vincent Vallée

 


Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Un p’tit gars v’nu de nulle part qui, sans bagage, sans filon ou passe-droit, parvient à provoquer tant d’adjectifs ? Mais oui.

Faut-il être rat, demeurer épars, en voyage dans les pages sans horizon. Il le doit sinon… terminé l’apéritif. Mais oui.

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Il déteste les chiffres, il les fuit, s’enfuit à leur approche, s’éloigne, se cache. Parmi les mots il se réchauffe, il est encore bancal.

Mais il s’accroche, sort les griffes, rien d’autre ne lui semble plus proche, tentant.

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Les histoires l’empoignent, l’ébouriffent, il est si amorphe à sa vie d’enfant…

Être enfin reconnu, diantre, qui ne s’en émoustillerait pas pour lui ?

C’est la danse des faux-culs, s’empourprer, lui dire que rien n’est écrit ?

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Ces pathétiques, les mêmes qui plus tard écrivent des hommages, raniment les mémoires…

Ces égoïstes, blêmes et blafards pour peaufiner leur ramage, subliment leur grimoire…

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

 

mardi 12 mai 2026

Le gosse, là, il ne pense pas... de Vincent Vallée


 

Mini moi vers 1985, à la côte belge...

Où donc est partie l'insouciance...

Avec elle, les espoirs grandioses, les rêves faramineux, les envies de voyages et de grandeur !!! Oui, devenir un grand...

Un grand homme, un grand écrivain, un grand, etc.

Et puis courir, jouer, faire comme si de rien n’était. Oui, allez, on disait que…

Vite se dépêcher de manger pour aller jouer, rejoindre mon meilleur ami, vivre avec lui des aventures débutées le matin, que l’on continuerait le lendemain, et si ce n’était pas fini, on continuerait encore, et encore. Chiche !

Courir derrière un ballon qui m’échappera toujours, courir et chuter, pédaler et me faire dépasser, et pourtant, Dieu que ça me manque d’être le second d’un autre… Parce qu’en réalité, je m’en fichais bien, je m’amusais, on s’amusait.

Après avoir subi les chiffres à l’école venait le temps des mots, des lectures, de l’écriture. Et avec eux, ma renaissance, celle de ma confiance, celle de mes sourires, celle des étoiles dans mes yeux face aux mots qui, eux, me caressaient l’âme. Écrire, lire, tourner les pages… Rien que d’écrire ces mots me fait ressentir la sensation magnifiquement magique de ces instants uniques.

L’odeur du papier, la vision des pages jaunies, cornées, et ces histoires qui m’élevaient au-dessus de la vie, des contraintes, des examens, des maths…

Les BD, je les dévorais, à défaut de dévorer les bonbons qui m’étaient interdits. Les BD étaient sucrées aussi, acidulées également, douces au palais (de l’esprit), tellement… Je ne pourrais pas toutes les citer ici, je serais bien trop long. Il ne faut pas s’éterniser en écriture, n’est-ce pas ?

Mais pourrait-on éterniser l’enfance ? Éterniser l’innocence ? Juste continuer de… rêver.

Le gosse, là, il ne pense pas, on ne l’ennuie pas avec des chiffres et des factures, il n’a aucun souci, il vit, son esprit est libre, il vagabonde dans les bulles de BD, il y est enfermé pour son plus grand bonheur.

Qu’il serait bon, magique, rêvé d’y demeurer.

 


dimanche 3 mai 2026

Observe tes mains… De Vincent Vallée





Quand le ciel vous tombe sur la tête, que le monde s’écroule sous vos pieds, que la tempête souffle sur votre vie, saccage tout ce que vous avez construit, tous vos projets, et envoie voltiger vos rêves vers les méandres d’un horizon inatteignable, plus rien ne compte, plus rien n’a de valeur. Aucun mot ne peut vous ramener sur terre, car oui, vous valdinguez avec tout ce qui s’envole, vous êtes englouti avec tout ce qui s’écroule.


Je me rappelle des mots prononcés par un médecin, comme un écho lointain dans le fracas de ma vie qui se fissure… mais qui n’est pas encore brisée.


Je me souviens de mes mains encore jeunes, d’avoir craqué au volant de ma voiture, de m’être assis dans mon canapé, la tête entre les mains, et d’avoir avoué ma condamnation à mon compagnon. Jamais il ne m’a lâché.


Je me souviens de mes enfants, encore petits, des larmes du plus jeune, de mes mots rassurants alors que je ne croyais plus en rien, alors que j’avais envie de pardonner au monde entier comme si j’étais coupable de quelque chose.


Mais devant eux, l’oiseau blessé a relevé la tête. Soit je reste au sol, soit je me relève.


Pour se relever, il faut un moteur, et il était là : dans les larmes de mon fils, dans le courage de mon compagnon, dans le regard posé sur mes mains encore jeunes.


Alors il ne restait qu’une chose à faire : se battre jusqu’au bout, franchir le ruban ou tomber.


Des semaines, des mois, une opération, une convalescence, une chimiothérapie qui a failli m’envahir et me clouer au sol. Mais elle ne savait pas. Elle ne savait pas comment je m’appelle, ni mes valeurs, ni d’où venait ma force, puisée dans leurs yeux. Soit je perds, soit elle gagne. Je déteste perdre.


Je n’ai jamais aimé écrire sur cette période, mais je le fais pour les autres, une fois, une seule, parce que j’ai gagné et que toi aussi tu peux, tu dois gagner. Tu peux décider qu’il n’est pas encore l’heure.


Observe tes mains…


©Illustration Albert Sottiaux

lundi 27 avril 2026

Anne au domaine des peupliers de Lucy Maud Montgomery par Vincent Vallée

 


J'ai poursuivi la lecture de la saga de Lucy Maud Montgomery concernant la jeune Anne Shirley. Rappelons qu’Anne, dans le premier tome, est une orpheline adoptée par erreur par la famille Cuthbert, qui désirait un garçon pour les aider à la ferme. Anne est une jeune fille qui parle, parle, et puis qui a des rêves à foison, une imagination débordante qui envahit sa vie, se reflète sur celle des autres, elle rayonne.

Cependant, au fil des romans, je crois que l'idée, le projet de Montgomery s'essouffle... Dans ce tome, par exemple, on découvre les lettres qu’Anne envoie à son promis, le fameux Gilbert. Mais vous ne lirez aucune de ses réponses, Montgomery se focalise sur Anne, que sur Anne.

Aussi, et c'est le plus perturbant, la quantité de personnages qui interviennent dans le roman est incroyable et perd tout lecteur, quand bien même il serait en pleine forme et réveillé pour lire attentivement ! Ça, c'était très, très ennuyeux... On lit donc le roman pour avancer, mais on ne comprend plus rien ou si peu.

Il n'est presque pas question ici de Marilla, qui l'a adoptée, quand bien même Anne revient aux Pignons verts, sa maison d'adoption. Matthew, certes décédé dans les tomes précédents, n'est pas mentionné, oublié, lui qui aimait tant la petite Anne, la protégeait... Non, pas même une pensée.

Autre souci, Anne devient énervante. Elle se mêle d'un peu trop de vies, semble toujours avoir une explication ou une solution à tout, et c'est toujours son intervention qui résout les soucis de celles et ceux qui l'entourent. Elle est agaçante de positivité, pour la résumer rapidement.

Vous l'aurez compris, trop c'est trop. Là, j'ai eu ma dose de positivité et de "gnangnanterie", je vais passer à autre chose et, qui sait, reviendrai au tome 5 un de ces quatre.

lundi 20 avril 2026

La foi. Par Vincent Vallée

 La foi…


Qu’est-ce que la foi, si ce n’est croire aveuglément, avec passion, avec son cœur, presque comme un enfant ?

Quelque chose d’intime. De fragile.

Un secret que l’on garde en soi, comme un refuge.

On pense souvent qu’il faut parler de sa foi, la partager, la défendre.

Je crois qu’elle se protège.

Qu’elle se vit davantage qu’elle ne s’explique.

Car dès qu’on la confie, elle change.

Les autres y déposent leurs mots, leurs doutes, leurs certitudes.

Et peu à peu, ce qui était simple devient confus.

Chacun porte une foi façonnée par son histoire.

Par ses blessures, ses lectures, ses rencontres.

Et vouloir les confronter, c’est parfois les abîmer.

J’ai lu qu’un astronaute de la mission Artémis était devenu croyant après avoir vu la Terre depuis l’espace… mais qu’il refusait d’en parler.

Je comprends ce silence.

Voir notre monde de si loin…

Cette petite sphère perdue dans l’immensité…

Et savoir qu’ici, les hommes s’agitent, se jugent, se divisent, courent après la gloire ou l’argent, souffrent ou oublient de vivre…

Prendre de la hauteur ne donne pas forcément des réponses.

Mais cela change les questions.

Alors on cherche.

On veut comprendre.

On analyse, on compare, on met à l’épreuve.

Mais à force de vouloir expliquer, ne finit-on pas par fragiliser ce que l’on cherche à saisir ?

Les religions ont tenté d’apporter des réponses.

Elles ont donné des repères, des textes, des rites.

Elles ont parfois apaisé, parfois divisé.

Et surtout, elles ont rendu visible ce qui, à l’origine, ne l’était peut-être pas.

Il existe tant de religions.

Toutes portent en elles des figures respectées, des hommes que l’on dit bons : Jésus, Mahomet, Abraham…



Mais chacune raconte à sa manière, interprète, transforme, parfois déforme.

Alors je m’interroge.

Les écrits sont-ils nécessaires pour croire ?

Sont-ils fiables ? Vérifiables ?

Et surtout : sont-ils indispensables ?

Pour certains, oui.

Pour d’autres, non.

Ce qui est certain, c’est que beaucoup de pratiques, de rites, d’habitudes religieuses semblent aujourd’hui davantage issues de constructions humaines que des textes eux-mêmes.

Et cela interroge.

Prenons un exemple simple, presque banal.

Lors de la fête de Noël, on voit des figures religieuses embrasser des représentations : une statue, une figurine…

Un geste chargé de symbole.

Mais sur quelle base ?

Car dans les textes eux-mêmes, certains passages sont sans ambiguïté :

« Tu ne te feras pas d’image taillée…

Tu ne te prosterneras pas devant elles. »



Alors que faut-il comprendre ?

Interprétation ? Tradition ? Habitude ? Besoin humain de rendre visible ce qui ne l’est pas ?

Je ne prétends pas avoir la réponse.

Mais la question mérite d’être posée.

Car au fond, la foi a-t-elle besoin d’être montrée ?

D’être incarnée dans un objet ?

D’être validée par un geste ?

Ou suffit-il de la ressentir ?

Je ne sais pas dire précisément en quoi je crois.

Mais je sais ce que je ressens.

Quand je regarde le monde, j’y vois une forme d’équilibre.

Une précision troublante.

Le corps humain.

Les cycles de la nature.

Le rôle des abeilles.

Les plantes qui soignent.

L’intelligence humaine qui transforme tout cela en médecine, en savoir, en progrès…

Rien ne me prouve qu’il y a un créateur.

Mais tout me donne l’impression qu’il y a du sens.

Et puis il y a ces instants simples.

Une forêt.

Le silence.

Un lever de soleil.

Une fleur qui pousse à travers le béton.

Là, il n’y a plus de débat.

Plus de texte.

Plus de doctrine.

Juste un sentiment.

Alors faut-il nommer cela ?

Choisir une religion ? Une voie ?

Peut-être.

Ou peut-être pas.

Mais une chose me frappe.

Nous vivons sur une terre qui nous donne tout.

Et nous la maltraitons.

Nous polluons, nous détruisons, nous bétonnons.

Comme si tout cela nous était dû.

Et pourtant…

Les arbres continuent de pousser.

Les abeilles de butiner.

La nature de reprendre ses droits.

Même sous le béton, une fleur finit par apparaître.




Fragile, tordue… mais vivante.

Sans haine. Sans reproche.

Comme si quelque chose, en elle, persistait à donner malgré tout.

Alors je me demande :

N’est-ce pas là une forme de foi ?

La plus simple.

La plus silencieuse.

Celle qui ne s’impose pas.

Celle qui ne juge pas.

Celle qui existe, simplement.

Nous sommes peut-être les seuls à compliquer ce qui pourrait rester simple.

Je crois.

Tu crois.

Nous croyons tous, d’une manière ou d’une autre.

Mais en quoi ? Et pourquoi ?

La réponse est peut-être déjà là.

Sous nos pieds.

Autour de nous.

Dans ce que nous voyons chaque jour sans vraiment le regarder.

Pour ma part…

Un jour, je marcherai seul dans un bois.

Sans bruit. Sans attente.

Je poserai ma main sur un arbre.

J’écouterai.

Et dans ce silence, peut-être,

je toucherai du doigt ce que certains appellent Dieu.