vendredi 16 octobre 2026

Celle qui sait de Riley Sager par Vincent Vallée

 



Dans un manoir situé en haut d'une falaise qui surplombe l'océan, vit, ou plutôt survit, Lenora Hope, dernière survivante de la famille Hope après le terrible drame survenu en 1929, c'est-à-dire le massacre de la famille entière, sauf elle. Toute la famille a été assassinée, seule Lenora a survécu, sauf que depuis, elle vit paralysée après plusieurs AVC. Uniquement son bras gauche est demeuré fonctionnel. Le père et la mère sont morts et sa sœur Virginia a été retrouvée pendue au lustre...

Lenora Hope est presque une légende dans la région, les plus jeunes ont même des comptines à son sujet. Pour la mémoire collective, elle demeure la principale suspecte. C'est à cet endroit de son histoire qu'arrive Kit, une jeune infirmière au lourd passé elle aussi, qui a été renvoyée de son travail car elle a été suspectée d'avoir « aidé » sa mère à mourir tandis qu'elle en avait la charge. Son patron la convoque et lui propose une chance de reprendre du service, chez Lenora Hope ! C'est là que Kit rencontrera Miss Baker, femme acariâtre chargée du bon déroulement de toute la vie de Lenora depuis toujours. Kit va rencontrer Lenora, une machine à écrire et, bien entendu, vous comprenez, Lenora va tenter de raconter son histoire à Kit. La véritable histoire ! La dernière infirmière ayant essayé de le faire, et qu'elle remplace, s'est enfuie. Kit va se mettre au service de Lenora dans tous les sens du terme, tentant pour sa part d'exorciser ce qui est arrivé à sa mère tandis que sa relation avec son père est tendue.

Ce que Kit va découvrir dans ce manoir qui penche vers l'océan, les années s'étant écoulées depuis sa construction, va vous surprendre ! Voilà pour vous mettre l'eau à la bouche.

Maintenant, attention, lecteur, lectrice, voici ma version SPOIL :

La première moitié du roman se lit avec gourmandise, tous les rouages du thriller voulu par Sager sont maîtrisés. On visualise la vieille Lenora handicapée, muette, se servant uniquement de son bras gauche pour taper son histoire à la machine, les révélations qu'elle va y écrire. Sauf que la nuit, Kit, dont la chambre communique avec celle de la vieille Hope, entend marcher et, depuis l'extérieur, observe une ombre qui marche dans la chambre alors que tout le monde est couché... Miss Baker est présente durant les premières pages, puis on n'en entend plus trop parler... Le cuisinier Archie, pareil, tandis que Jessie, une femme de ménage, est presque inexistante et pourtant elle tient un rôle majeur. Quand Kit va découvrir le corps de celle qui était infirmière avant elle, le récit va partir en cacahuète. Sager veut tellement tenir le lecteur en haleine et user des twists dans son récit que bon nombre en deviennent invraisemblables.

Le gros moment de mon spoil : on découvre d'abord que le massacre de 1929 ne s'est pas déroulé comme on le croyait. La mère des deux sœurs Hope a poignardé son mari, qui avait entretenu une liaison avec un autre homme, le père biologique de Lenora. Elle s'est ensuite blessée elle-même avant de provoquer Ricky, le petit ami de Virginia, qui a fini par la tuer. Quant à Virginia, retrouvée pendue au lustre, elle n'était pas morte ! Elle avait survécu à sa tentative de suicide.

Puis arrive une autre révélation : Lenora est Miss Baker ! La vraie Lenora ! Car la vieille Lenora handicapée que Kit soigne depuis son arrivée est en réalité Virginia, qui a pris l'identité de sa sœur après avoir survécu à sa tentative de suicide.

Mais ce n'est pas fini ! Le fameux Ricky, le petit ami de Virginia qui a tué leur mère, est... attention, la grosse invraisemblance : le père de Kit ! Oui, Kit, qui vient de nulle part au départ de ce récit, une infirmière envoyée par un bureau médical, qui vit avec son histoire lourde à supporter, dont on ne comprend pas vraiment l'utilité dans le récit avant les révélations finales, son père est le fameux Ricky... On apprendra également que ce dernier a aidé la mère de Kit à mourir, innocentant ainsi sa fille.

Et le pire reste à venir ! À un moment du récit, Ricky, le père de Kit, tente d'étrangler Virginia, qu'il retrouve après tant d'années, alors qu'il sait que sa fille Kit a tout découvert. Il étrangle donc cette vieille femme supposément paralysée, qui ne tente même pas de se dégager de son emprise ? Elle garde un bras inanimé alors qu'il fonctionne ? Ben oui... Elle finit pourtant par se défendre avec un tire-bouchon et survit.

Une fois toute l'histoire révélée, le manoir s'effondre dans l'océan avec la vraie Lenora, alias Miss Baker, et le père de Kit. Et là, dernière révélation : Virginia, la fausse Lenora que l'on croyait paralysée, ne l'est pas ! Elle avait réellement été paralysée après sa tentative de suicide, mais avait retrouvé l'usage de ses membres quelques mois plus tard. Elle a ensuite feint d'être paralysée pendant des décennies, notamment par crainte de sa sœur. Elle va finalement s'enfuir pour enfin vivre sa vie à plus de 80 ans !

Mais j'oublie de dire que Virginia était enceinte de Ricky, le père de Kit, et que leur enfant est né, a été enlevé à sa mère dès sa naissance par la véritable Miss Baker, qui l'a emmené au Canada, et est mort depuis... Il y a donc un lien de parenté entre ce fils que Virginia n'a jamais connu et Kit : ils sont demi-frère et demi-sœur ! Et ce n'est pas tout, puisque Jessie, la jeune domestique du manoir, est en réalité la fille de ce fils disparu, donc la petite-fille de Virginia et la nièce de Kit ! Il vous reste des cheveux ?

Non, vraiment, la fin du récit est invraisemblable. Je suis déçu d'avoir passé tant d'heures à lire un thriller qui n'est qu'une farce au final, tant les retournements de situation sont tirés par les cheveux... Combien de chances sur un million y avait-il pour qu'une infirmière qui sort de nulle part soit la fille du meurtrier et du petit ami de l'époque de Virginia ?? IMPOSSIBLE et non crédible.

vendredi 4 septembre 2026

L'IA est-elle démoniaque ? Par Vincent Vallée

 



J’ouvre mon traitement de texte et que vois-je ?

Une annonce IA, une intelligence artificielle paraît-il… C’est l’évolution, oui, l’évolution numérique. Et si on ne s’y plie guère, car non, nous ne deviendrons pas des moutons pucés par la technologie artificielle et tout ce que ça comporte, alors… nous serons des « dépassés », des ringards, des vieux quoi.

Mais devant tous ces boucliers que je vois se lever, qui oserait se regarder dans le miroir et dire qu’il ne l’a pas testée, cette intelligence, hein ? Oui, qui ? Peut-être même parmi vous, certains l’utilisent encore et font mine de…

Alors pourquoi se mentir entre gens de bonne foi et ayant un bon fond ? Bien entendu qu’on a essayé et qu’on s’est dit : « Milliard ! Sapristi ! » Ou tout bonnement « didju ! », que c’est pratique, que c’est facile : deux ou trois clics et voilà que j’ai gagné des centaines d’euros et des dizaines de mails servant à expliquer à un graphiste, un correcteur, ou que sais-je, ce que je désirais.

Là ? Je peux même l’insulter, il ne se fâche pas tout rouge et ne me menace pas en retour. Vraiment, c’est le pied…

Seulement, il faut autre chose que se contenter de quelques clics, oui. Il nous faut plus si on est si honnête avec notre miroir. Oui, il nous faut un déclic ! C’est bien beau de cliqueter sur son clavier et, se frottant la panse, de se dire : « Voilà encore quelques centaines d’euros de gagnés ! » Et puis, vous avez vu ? Tous font pareil… Les publications, les affiches, les menus des restaurants, les affiches publicitaires… Tous les mêmes, pas d’âme, pas de sensibilité, d’originalité, plein d’infos partout, des lumières, des illustrations et ? Rien qui attire le regard au final. Oui, on ne les voit déjà plus, parce qu’on ne les regarde plus. Elles sont toutes banales et faciles, trop faciles, pas originales, pas travaillées, pas percutantes, pas parlantes, ou alors trop. Oui, trop, c’est trop et l’on sait tous que le mieux est l’ennemi du bien, n’est-ce pas ?

Alors voilà, ce n’est pas le Nouvel An, je sais, mais j’ai un peu de fierté, beaucoup de principes, un peu trop d’ailleurs, et un fils qui vient de terminer ses études de graphisme à la sueur de son front, avec difficulté, persévérance, travail, obstination. Mon miroir me dit que je ne lui ressemble plus. Et je suis un homme de résolutions. Oui, je suis têtu aussi, et surtout envers moi-même, donc, lorsque je me résous à quelque chose, c’est un acte, un acte ferme, un défi envers moi-même. Je ne change plus de route, j’y reste, fermement et définitivement.

Mais, oui, y’a et y’aura toujours un « mais ». Je ne veux pas devenir un vieux con dépassé. Je sais aussi que tous vont s’adapter et travailler avec l’IA et, comme je viens de le dire, ils affronteront leur miroir et prendront de bonnes résolutions de l’an neuf en plein été, ou continueront de se demander qui est l’abruti dans la glace qui les reflète. J’adore un mot de la langue française, non pour sa mélodie, mais pour ce qu’il permet, c’est le mot « compromis ». J’aime faire des compromis, j’aurais peut-être dû faire de la politique… Non, finalement. Mais tout comme la calculatrice est venue nous aider en mathématiques, les manuels tels que le Bescherelle, le dictionnaire et autres nous servent d’outils de travail, les bibliothèques de puits de savoir, sources d’informations et de silence… pourquoi ne pas utiliser, et ainsi ne pas devenir un vieux con, l’IA pour travailler ? Et pour travailler, il faut des outils. L’IA est un outil, mais aussi un robot maléfique si elle est utilisée à des fins malicieuses. Voilà le piège. Oh ! Ne nous en voulons pas d’avoir été séduits par le tentateur avec sa pomme, ou sa bonne poire… Nous sommes de chair et donc faibles, c’est ainsi depuis la nuit des temps. Ce qui compte, c’est le miroir…

L’IA n’est finalement qu’un miroir. Le miroir du travail de tant et tant d’hommes et de femmes qui ont écrit, cherché, travaillé. Mon travail et le vôtre avec ce qui sera désormais, pour nous, l’outil IA ne seront qu’une contribution pour aider nos semblables. Les honnêtes gens, pas les malicieux qui font des holas sur les réseaux et font exactement ce qu’ils reprochent, et pire encore.

Comprenons que l’art, la création, le travail ont besoin d’âme, de sueur et de larmes. Et qu’aujourd’hui, en 2026, un outil s’ajoute à nos calculatrices, dictionnaires, Bescherelle et autres… C’est l’intelligence artificielle, qui n’a d’intelligent que ce que l’homme a créé, pensé, écrit, peint depuis des siècles. Avec son âme, sa sueur, ses larmes.

Et puis aussi, pensez au miroir…
Il est important.

PS : Ce texte n’est pas le résultat de l’IA, il n’a eu recours à elle que pour l’orthographe, la grammaire et la conjugaison. Mais aussi, quand j’y ai eu recours, j’ai interrogé Mister IA pour qu’il m’explique mes lacunes et ainsi, j’ai appris à ne plus, ou du moins à moins commettre à nouveau ces erreurs à l’avenir.

 

mardi 1 septembre 2026

Le monde de Narnia Tome 1 de C.S Lewis par Vincent Vallée

 



Dans ma série de lectures jeunesse, je chronique ce premier tome de Narnia, Le Neveu du magicien.


Il est le tome le plus méconnu, d'après les commentaires que j'ai pu lire. Pourtant, c'est la base de l'histoire, sa genèse, la création de Narnia !


Polly s'ennuie chez elle, à Londres. C'est en épiant son jeune voisin Digory qu'elle fera sa connaissance et partira avec lui à la découverte des greniers d'une rangée de maisons qui communiquent tous ensemble. C'est un peu tordu comme possibilité, mais nous sommes dans un récit jeunesse, l'imaginaire doit être ouvert. Voilà que les deux enfants vont atterrir chez l'oncle de Digory, ou plutôt dans sa chambre. L'oncle en question, homme un peu loufoque, est magicien, mais peu hardi. Il possède des anneaux capables de transporter les êtres dans un monde parallèle.


Seulement, l'oncle en question, manquant de hardiesse, va convaincre son neveu de tenter l'expérience et y arrivera.


Voilà les deux enfants perdus dans un monde étrange, où ils feront la rencontre d'une reine machiavélique... Leur première tâche sera de ramener la sorcière avec eux, mais celle-ci les suivra jusqu'à Londres, dans la vraie vie. Seulement, tout ne se passe pas toujours comme l'espèrent les enfants et c'est ainsi qu'ils atterrissent dans un monde vierge où ils vont assister à la naissance de Narnia, le monde nouveau.


C'est le lion Aslan qui sera l'instigateur, au travers d'un chant, de toute vie sur Narnia. Il donnera vie aux animaux et choisira les souverains de ce nouveau monde. On retrouve là quelque chose de l'histoire biblique de Noé et, pour poursuivre sur l'influence religieuse de C. S. Lewis, il y aura la fameuse pomme, symbole de vie, de force, de guérison. Symbole tout court.


J'ai eu un peu de mal à entrer dans ce premier tome, mais la création de Narnia m'a plu, embarqué. Ce n'est pas le meilleur roman jeunesse que je lis, je verrai avec le second tome si j'accroche. Mais imaginer un monde nouveau, où tout est encore possible, y compris écrire l'Histoire au lieu de devoir l'apprendre, est fort intéressant à découvrir.

jeudi 27 août 2026

Construire un vœu...

 


Il existe une tradition, en bord de mer ou partout ailleurs, pourquoi pas, qui consiste à construire une colonne de galets, de pierres. Ensuite, il faut faire un vœu et laisser la mer l'emporter.


C'est donc cela, faire un vœu... Le penser, le désirer plus que tout, lui donner ses chances, le construire et attendre que la nature fasse le reste. Au fond, pourquoi fait-on ça ?

Un vœu doit donc être emporté par le destin houleux, incertain, être détruit pour, quelque part, construire quelque chose, se réaliser ?

Est-ce cela, le sens de la vie ? Faire le vœu de..., en attendant, construire, espérer, patienter, y croire ?

Pierre après pierre, jour après jour, vœu après vœu, de patience en patience, il reste l'espoir... Que l'espoir.

Que ce soient les flots houleux ou la bise charmante, laisser faire, ne pas insister, ne pas forcer la main du destin... Patienter. La vie n'est-elle pas une succession d'attentes ?

L'enfant fait le vœu de recevoir tel ou tel joujou, l'adolescent espère l'amour, la réussite, l'adulte, de vivre épanoui en se remémorant l'enfant, l'adolescent... L'adulte a construit sa petite tour de galets, il l'a laissée se faire emporter par le courant de la vie, il ne lui reste plus qu'à attendre, croire, espérer. Oui, encore espérer.

Un beau jour, quand les années auront passé, il se retournera et observera des tas de galets emportés par la bise charmante ou une vilaine tempête et se dira que, pour vivre, il lui aura fallu construire, accepter de chuter pour mieux se relever et ainsi admettre que, parfois, quelques vœux ne se soient pas réalisés.

Peu importe, le destin lui en aura exaucé quelques-uns. Quelques-uns...

©Vincent Vallée

mercredi 26 août 2026

L'adolescence du perroquet de Amélie Nothomb par Vincent Vallée

 



Eh bien oui, comme chaque année à la même époque, Amélie prend l'avion avec moi pour une destination ensoleillée. Cette année, c'est sous le soleil de Majorque que j'ai dévoré (en deux après-midi au bord de la piscine) le dernier opus d'Amélie.

J'ai pu lire des critiques négatives, et en toute franchise, cette année, ce roman-conte m'a ravi ! Il est léger tout en pointant du doigt les difficultés qu'un parent peut rencontrer avec son enfant, puis son adolescent.

Alban, adolescent qui se réfugie au Louvre quand ça ne tourne pas rond pour lui, voilà une bien étrange idée, mais pourquoi pas ? C'est du pur Amélie Nothomb. Adulte, il est chroniqueur pour une radio et enchante avec des sujets légers qui ne requièrent pas une concentration extrême. Il aime ce travail, mais il vit seul. Contextualisons un peu le sujet : c'est la pandémie, et Dieu sait que l'on s'est parfois retrouvé bien seul durant cette période aussi atroce que loufoque...

Alban va céder à une petite annonce : « Perroquet nouveau-né à donner ». Et voilà notre chroniqueur papa adoptif d'un oiseau, certes bébé, mais c'est un gris du Gabon, interdit en France. Cet oiseau est connu non seulement pour vivre longtemps, mais surtout pour son intelligence.

Alban va découvrir l'oiseau, s'attacher fortement à lui, comme un père à son fils. Amélie nous livre ici un lot de cocasseries avec ce que peut répéter Jo, c'est son nom. Par exemple, il imite la chasse d'eau s'il n'aime pas quelque chose, réclame sa pitance avec ferveur, surtout son morceau de croissant frais, pas de la veille : l'oiseau n'est pas dupe...

Petit à petit, après la découverte, puis l'apprentissage, Alban va devoir faire face à la rébellion et à l'agressivité des réactions de Jo. Entre jalousie et ingratitude, Alban aura son lot de désenchantements avec son si précieux Jo. Une amie et une pet-sitter feront les frais de l'agressivité du gris du Gabon, au bec acéré comme un rasoir ! Alban lui-même en sait quelque chose pour avoir subi quelques coups de bec. L'ordinateur d'Alban, une toile de valeur ayant appartenu à la mère du jeune homme, les journaux... Peu de choses seront épargnées par le perroquet revanchard, jaloux, méprisant, ingrat et qui, pourtant, parfois, se montrera si aimant.

Amélie n'est pas maman, certes, mais elle cerne très bien, je crois, ce que peut ressentir un parent face à un enfant ou un adolescent qui lui-même est perdu au milieu de sa transformation, la fin de l'enfance. Ce n'est facile pour personne, ni pour l'enfant ni pour le parent, Amélie l'a bien compris.

Seulement, Alban n'en peut plus. Il devra faire face à une adolescence compliquée de sa progéniture par adoption. Terminés les bisous, les réflexions marrantes et le bruit de la chasse d'eau ; ce ne seront plus que cris et sons aigus, au point de devoir fuir l'appartement, abandonné au volatile... Et revoilà notre Alban au Louvre, réfugié comme lorsqu'il était enfant.

Comment vivre avec un être que l'on aime et qui ne vous le rend pas... Comment réclamer uniquement l'amour donné durant tant d'années sans devoir faire face à l'ingratitude qui en découle parfois...

En effet, l'amour n'est pas un dû...




mardi 25 août 2026

La majestueuse, la redoutable... De Vincent Vallée




Et un matin, de loin en loin, un horizon rectiligne, un astre timide mais percutant.

Des journées qui ondulent, bercées par des pensées qui écument, vont, viennent, reculent, n'assument pas. Ni qui elles sont ni pourquoi...

Et d'observer ces gens qui, comme à leur tour, chacun au comptoir du futur, viennent se presque recueillir devant elle, la grande, la majestueuse, la redoutable et silencieuse Méditerranée.


©Vincent Vallée

samedi 22 août 2026

Le chant du bourreau de Norman Mailer par Vincent Vallée




Il est des livres que l'on achète, d'autres que l'on nous conseille et puis il y a ceux qui nous attendent.

Le Chant du bourreau, de Norman Mailer, appartient pour moi à cette dernière catégorie. Pendant des années, cet énorme pavé a sommeillé chez mes parents. Il était là, quelque part parmi les livres de la maison, imposant avec ses quelque 1 300 pages, attendant simplement que je sois prêt à l'ouvrir. Lorsque je l'ai finalement fait, j'étais loin d'imaginer qu'il deviendrait, mon tout premier grand roman, au sens presque physique du terme : un de ces livres dans lesquels on entre pour longtemps et dont on ressort avec l'impression d'avoir vécu aux côtés de ceux qui le peuplent.

Prix Pulitzer en 1980, Le Chant du bourreau raconte l'histoire vraie de Gary Gilmore, resté célèbre aux États-Unis pour avoir été le premier condamné exécuté après le rétablissement de la peine capitale en 1976.

Mais réduire ce livre à l'histoire d'un condamné à mort serait terriblement réducteur.

Norman Mailer livre ici une œuvre monumentale, à mi-chemin entre le roman, le reportage et le document. Le livre s'inscrit dans ce courant américain que l'on a appelé le "New Journalism" : partir du réel, accumuler les témoignages, les faits et les détails, puis utiliser les armes du romancier pour leur donner chair. Mailer explique d'ailleurs lui-même sa démarche dans la postface : son récit se veut aussi exact que possible, fondé sur les faits, mais raconté comme s'il s'agissait d'un roman.

Et quel roman !

Gary Gilmore a passé une grande partie de son existence enfermé pour des délits commis dès sa jeunesse. Lorsqu'il retrouve enfin la liberté, il tente tant bien que mal de reprendre pied dans une existence ordinaire. Mais l'univers carcéral l'a profondément façonné. Quelques mois seulement après sa libération, il assassine froidement deux hommes au cours de deux vols distincts. Deux crimes absurdes, presque dérisoires dans leurs circonstances, qui vont le conduire une nouvelle fois derrière les barreaux.

Cette fois, pourtant, il n'en sortira plus.

Condamné à mort dans l'Utah, Gilmore prend alors une décision qui va transformer une affaire criminelle en événement national : il refuse de faire appel et réclame lui-même que sa condamnation soit exécutée.

À partir de là, tout s'emballe.

Sa famille, certains de ses avocats, les abolitionnistes, les autorités, les religieux et bientôt les journalistes tentent, pour des raisons parfois radicalement opposées, de s'emparer de son destin. Mais Gilmore s'obstine : puisqu'une société l'a condamné à mourir, alors qu'elle aille jusqu'au bout de sa logique.

C'est probablement là que le personnage devient le plus troublant.

Mailer ne cherche jamais à transformer Gary Gilmore en héros et encore moins à excuser ses crimes. Les deux hommes qu'il a tués étaient innocents et sa culpabilité ne fait aucun doute. Pourtant, au fil des centaines de pages, l'homme refuse obstinément de se laisser enfermer dans la seule image du monstre.

Gilmore est violent, imprévisible, égocentrique et parfois franchement détestable. Mais il est aussi intelligent, cultivé, sensible à l'art et lui-même excellent dessinateur. Il peut susciter le rejet quelques pages après avoir provoqué une étrange forme d'admiration. Et c'est précisément cette contradiction permanente qui rend le personnage aussi fascinant.

Car derrière Gary Gilmore se dessine peu à peu quelque chose de beaucoup plus vaste : l'Amérique des années 1970.

Norman Mailer fait surgir autour de lui une galerie impressionnante de personnages. Parents, amis, policiers, avocats, journalistes, voisins, militants, religieux, producteurs... Certains ne traversent le récit que durant quelques pages, d'autres nous accompagnent pendant des centaines. Chacun possède pourtant son histoire, ses failles et ses raisons d'agir.

À travers eux apparaît une Amérique profonde faite de petites villes, de gens modestes, de paumés, de croyants, d'opportunistes, de rêveurs et de laissés-pour-compte. Une Amérique où pèse également l'influence de la communauté mormone de l'Utah et de ses valeurs profondément conservatrices.

Puis arrive le cirque.

Parce qu'un homme condamné à mort qui réclame son exécution devient évidemment une formidable histoire médiatique.

Journalistes, télévision, producteurs et hommes d'affaires s'engouffrent dans l'affaire. On négocie les lettres de Gilmore, son histoire, les droits pour Hollywood. Le condamné devient progressivement une célébrité nationale depuis sa cellule et comprend lui-même très vite le pouvoir que lui confère cette soudaine notoriété.

Mailer observe cette gigantesque pantomime avec une ironie souvent féroce. Une société qui s'interroge officiellement sur la moralité de l'exécution d'un homme se montre parallèlement parfaitement capable de transformer cette mort annoncée en spectacle et en marchandise.

Et au milieu de tout cela se trouve Nicole Baker.

Elle n'a que dix-neuf ans lorsque Gary la rencontre peu avant les meurtres. Leur relation est chaotique, violente, sexuelle, passionnelle et profondément destructrice. Deux êtres abîmés qui semblent se reconnaître immédiatement et qui, pourtant, sont incapables de se sauver l'un l'autre.

Lorsque la prison les sépare, leurs lettres entretiennent cette passion impossible. Et derrière le fait divers, le procès et le débat sur la peine capitale, Le Chant du bourreau devient aussi une terrible histoire d'amour. Une histoire dont on sait presque immédiatement qu'elle ne peut pas bien finir.

C'est sans doute ce qui m'avait le plus impressionné lors de cette première lecture : malgré ses quelque 1 300 pages, je n'avais jamais eu l'impression de lire un livre interminable.

Au contraire.

Une fois entré dans cette histoire, il devient extrêmement difficile d'en sortir. Les pages s'accumulent, les personnages apparaissent, les destins s'entrecroisent et l'échéance approche inexorablement. Car nous savons comment tout cela va finir. Gary Gilmore sera exécuté par un peloton d'exécution le 17 janvier 1977, douze jours avant ma naissance, incroyable non ?

Et pourtant, on continue à lire comme si quelque chose pouvait encore empêcher l'inévitable.

Les derniers chapitres consacrés à son exécution, puis à ce qui suit sa mort et à sa crémation, restent pour moi parmi les passages les plus puissants du livre. Après avoir passé autant de temps avec Gilmore et tous ceux qui gravitent autour de lui, cette mort n'est plus une simple information historique. Mailer nous a obligés à regarder l'homme marcher jusqu'au bout du chemin qu'il a lui-même choisi.

Le Chant du bourreau est donc bien davantage qu'un roman criminel. C'est à la fois une fresque sociale, un récit politique, une réflexion sur la peine capitale, une histoire d'amour tragique, une plongée dans l'Amérique des années 1970 et une formidable étude de la nature humaine.

Ce roman a d'ailleurs occupé une place suffisamment particulière dans ma vie de lecteur pour que, des années plus tard, je cherche à prolonger cette histoire au-delà du livre. J'ai ainsi entretenu quelque temps une correspondance avec Mikal Gilmore, le frère de Gary, lui-même écrivain et journaliste. Une manière assez incroyable, finalement, de créer un lien avec cette histoire et cette famille qui m'avaient tant marqué lors de ma première lecture.

Et peut-être est-ce cela que je retiens surtout aujourd'hui.

Ce livre avait attendu des années chez mes parents avant que je me décide enfin à l'ouvrir. Il aurait pu continuer à dormir là encore longtemps. Mais une fois ouvert, il m'a fait découvrir quelque chose que je ne connaissais pas encore vraiment : le plaisir de disparaître pendant des centaines et des centaines de pages dans une histoire immense.

Mon premier grand roman.

Et certainement pas un livre que l'on referme tout à fait.



Gary Gilmore


Nicole Baker-Gilmore