Les mots ricochent
Blog du romancier Vincent Vallée - Chroniques , regards d'un auteur du Borinage.
vendredi 21 août 2026
Robinson Crusoé de Daniel Defoe par Vincent Vallée.
dimanche 16 août 2026
Une enfance, c'est éphémère. De Vincent Vallée
Une enfance, c'est éphémère, oui ça passe furtivement et c'est donc précieux.
Un enfant ne garde son insouciance que quelques années, si peu d'années...
Les lui voler, les lui ôter, c'est pire que tout, car c'est voler une vie entière, la détruire, la défigurer. Peu importe le mal que l'on lui fera, ce mal-là restera sa vie durant. Comme une plaie mal soignée, une cicatrice qui se rappellera à lui, encore et toujours.
Un enfant, c'est un phare pour lui-même, pour son futur. C'est la base de tout être humain, c'est vers cette lumière que tout homme se tournera régulièrement pour s'orienter, se réchauffer le cœur, pour se cajoler l'âme s'il souffre, s'il vit une épreuve.
Alors oui, blesser une enfance, c'est empêcher un homme de se cajoler plus tard, c'est le condamner à vivre une vie de souffrance sans possibilité de se rassurer, de se tourner vers l'enfant qu'il fut puisque, lorsqu'il le voit, lui aussi souffre...
L'enfance, c'est une lumière, une boussole dans cette forêt de la vie où, si l'on n'y prend garde, on s'égare, au risque de ne jamais SE retrouver...
dimanche 2 août 2026
L'homme qui plantait des arbres de Jean Giono par Vincent Vallée
mardi 28 juillet 2026
Le tour du monde en 80 jours de Jules Verne par Vincent Vallée
mardi 21 juillet 2026
N'être plus JE de Amadeo Grilli par Vincent Vallée
Il est des livres qui se lisent, et d'autres qui se ressentent. N'être plus JE appartient sans conteste à cette seconde catégorie.
Dès les premières pages, j'ai compris que je n'étais pas face à un simple recueil de textes, mais devant une confession à ciel ouvert. L'auteur ne cherche ni à impressionner ni à convaincre. Il ose simplement se montrer tel qu'il est, avec ses blessures, ses doutes, son rapport complexe à son corps et cette quête incessante de soi.
Le titre, N'être plus JE, pourrait laisser croire à une volonté de s'effacer. Je l'ai plutôt perçu comme le désir de se libérer de ce « je » qui enferme : celui façonné par le regard des autres, par les injonctions, les peurs et les fausses certitudes. Une invitation à déposer les masques pour laisser émerger quelque chose de plus authentique.
Les poèmes oscillent entre douleur et espoir. Certains m'ont semblé presque étouffants tant ils traduisent le poids de la souffrance intérieure, tandis que d'autres ouvrent progressivement une fenêtre vers l'acceptation et la reconstruction. Cette évolution donne au recueil une véritable cohérence : on accompagne l'auteur dans un cheminement, plus que dans une simple succession de textes.
J'ai également apprécié l'absence de provocation gratuite. Les thèmes abordés, parfois intimes, sont traités avec pudeur et sincérité. Au-delà de l'identité ou du rapport au corps, c'est finalement de liberté qu'il est question : celle d'exister sans avoir à correspondre aux attentes des autres.
Ce qui m'a particulièrement touché, c'est cette sensibilité qui m'a parfois rappelé Arthur Rimbaud. Je ne prétends pas établir une comparaison littéraire, mais j'y ai retrouvé une manière de sonder les profondeurs de l'être, de faire dialoguer la douleur, le corps et l'identité dans une poésie où l'émotion prend souvent le pas sur le récit. Amoureux de Rimbaud, qui est pour moi un guide et un compagnon de plusieurs de mes romans, je n'ai pu rester insensible à cette résonance.
N'être plus JE n'est pas un livre que l'on referme en disant simplement « j'ai aimé ». C'est un ouvrage qui pousse à l'introspection, qui interroge notre propre regard sur nous-mêmes et sur les autres. Une lecture sensible, courageuse et profondément humaine, qui mérite d'être découverte pour ce qu'elle est avant tout : une parole sincère offerte au lecteur.
samedi 18 juillet 2026
Chez mémère. Par Vincent Vallée.
Chez mémère
Assis dans le canapé, le gamin regarde Maya l'Abeille.
Dehors, il fait chaud. Les routes sont désertes, le bitume sent, transpire...
Lorsqu'on regarde au loin, l'image se trouble sous l'effet de la chaleur, elle ondule. Oui, le cagnard tape dur, tout vacille dans un silence assourdissant...
Avec mes parents, on part pour la gare dans cette ambiance lourde, pesante, suante...
On en franchit la double porte brinquebalante en bois. Ils sont là, mes interdits, ces fameuses boules de gomme qui colorent les doigts. Mais non, je ne peux pas... En plus, il me faudrait cinq francs...
C'est le chemin d'un souvenir d'enfance...
Quelques instants fugaces d'une mémoire qui passe, de ces moments importants que sont ceux d'autrefois. Au final, c'est toujours vers eux que je repars, en pensée... Sans racines, on ne tient pas debout. Ce doit être ça, l'explication : Il faut rester debout à tout prix.
Je revois son sourire, la pièce où elle passait des heures, soit à cuisiner, soit à regarder la télévision, puis, lorsque nous étions là, à nous servir à boire, découper les demi tartes ou encore garnir des sandwichs pour le souper.
Il y a des odeurs qui ne nous fuient pas, des images qui nous collent à la peau, des sons qui nous rendent sourds au point de figer nos regards dans le vide abyssal de la nostalgie qui s'empare d'un corps tout entier et qui s'éternise, comme cette phrase que j'écris sans pouvoir m'arrêter, car elle coule seule et s'empare, elle aussi, de moi, ne veut pas me quitter... Ouf, elle s'essouffle.
Je revois mémère arriver à la maison avec du beurre, des œufs et des « piquantes », comme elle disait, ces bonbons allongés emballés dans du plastique bleu. Je l'entends dire, devant notre télévision, qu'elle est belle, l'image, chez nous, qu'elle fonctionne bien, la télé... C'est juste que c'était une autre télévision que la sienne, mais elle aimait nous faire un compliment.
Chez elle, je revois ses remises emplies de stocks en tous genres, y compris de denrées périmées, la faute à la guerre, disait-elle. Il y avait le clapier à lapins et ces petites cellules dans lesquelles je cherchais un bébé lapin pour le caresser ; les autres étaient trop grands, trop vifs pour l'enfant que j'étais.
Je revois, dans le fond du clapier, l'espace abritant les poules lors des mauvais jours et pour y pondre. C'était si astucieux d'avoir fait communiquer le poulailler avec la remise des lapins. Je revois l'énorme pied de rhubarbe planté près du tas de fumier, le potager entretenu et garni, le prunier, le pommier et la vaste prairie qui continuait derrière, à perte de vue pour le petit gars que j'étais...
Une foule d'autres souvenirs me reviennent quand je pense à elle, bien sûr. La véranda, un luxe qu'elle s'était offert, qui contrastait avec les WC, lesquels étaient, eux aussi, dehors. La pompe à eau. Les chats, dont un qui avait perdu un œil et qui me faisait peur, nourris au lait dans lequel elle faisait tremper du pain. La remise avec ses énormes fûts emplis de graines pour les poules et de granulés pour les lapins. Ce grand meuble sur lequel il fallait grimper pour atteindre une échelle conduisant à une sorte de grenier que je n'ai jamais osé explorer... J'aurais dû.
Je me souviens aussi de cette manie de mémère qui gardait tous les programmes télé pour mon plus grand bonheur. J'étais — et je suis toujours — un grand fan de Stallone, et je collectionnais toutes les coupures le concernant. Alors, dans les programmes télé de ma grand-mère, j'en trouvais à foison.
Je revois cette petite fenêtre, mal placée, qui donnait sur la chambre où était mort mon grand-père, que je n'ai pas connu. Le lit était toujours là, entouré d'énormes tableaux représentant des scènes bibliques, profondément catholiques. Il y avait aussi la vieille machine à coudre, l'énorme garde-robe, les meubles dissimulés dans le mur derrière une porte, la pièce d'entrée, la plus belle, celle où l'on plaçait les beaux meubles pour impressionner les visiteurs. Ce n'était ni de la prétention ni du faux-semblant chez ma grand-mère, c'était une coutume chez les personnes modestes. Ou plutôt, une habitude.
Elle n'était pas très démonstrative avec moi, mémère. C'était sa pudeur, un éloignement imposé par la force des choses...
Il y avait aussi ces réunions de famille, trop rares. Mes tantes, mes oncles, mes cousines et cousins. C'était autour d'elle que l'on se retrouvait, que l'on riait, que l'on mangeait et que l'on buvait des limonades et du café fort. Tout se terminait par des parties de cartes entre mon père et mes oncles, bien trop bruyantes.
Ce n'est qu'à ces rares occasions que je pouvais revoir mes cousines et cousins, ma marraine, ma tante et mes oncles. Je serai honnête : ma tante, paix à son âme, aimait parler de ses bobos, de ses rendez-vous médicaux, mais pas seulement. Elle aimait aussi les jolies tenues, les plantes, et en parlait avec bien plus de plaisir.
Ma marraine était une dame élégante et sans prétention. J'aimais ce compromis. Elle souriait toujours, parlait avec plaisir, riait avec tout le monde et posait sur moi un regard bienveillant, me glissant parfois en cachette une roulade de saucisson de jambon tandis qu'elle préparait les sandwichs pour aider ma grand-mère, pour que ma mère ne le voie pas. J'aimais ces gestes secrets entre elle et moi.
Un chemin de souvenirs. Un chemin d'enfance qui sent bon l'été, la tarte à la crème légèrement brunie sur le dessus, la confiture maison, le bon café, sans oublier le pain à l'ancienne.
On peut vieillir, avancer dans la vie, mais il y a un retour en arrière qui est toujours édifiant : celui vers l'enfance, vers nos racines. Vous qui me lisez, une fois couché dans le noir et le secret de vos pensées, n'oubliez jamais de revenir un peu en arrière pour y puiser de la force, de la sagesse, de l'émotion. Tous ça rend bien meilleur les lendemains...
mardi 14 juillet 2026
Le voleur de cahiers de Gianni Solla par Vincent Vallée
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