samedi 3 octobre 2020

Je, Tu, Il, Nous,...

 


JE suis lui

TU es moi

IL est l’autre

NOUS sommes eux

VOUS êtes tous

ILS sont quiconque

Oui, NOUS sommes TOUS des AUTRES…


Vincent Vallée

dimanche 13 septembre 2020

L'étendue par Vincent Vallée (texte rédigé à l'occasion de l'expo Francis Feron à la chapelle des Cocars de Dour).

 


L’ ample étendue houleuse pleure sa mélancolie et s’arrime aux golfes clairs. Cependant elle frissonne, s’avance, tremble puis réfléchit et se retire…

Elle est frileuse et prudente, elle écume !

Plus loin, sous ce plomb céleste mais sombre, elle convole, épouse l’étendue lointaine.

Alors elle ondule, remue, s’élève souvent pour mieux replonger dans un sommeil apaisé.

Du ciel, c’est sûr, jamais elle ne divorce que du contraire, elle est en communion éternelle et engloutit l’astre radieux chaque nuit.

Je m'adosse à la roche. Mes yeux se perdent dans la vaste étendue de la mer. La plage ressemble à une minuscule crique... J'ai toujours été impressionné par l'étendue maritime, elle me rend humble, petit et faible...

Rien n'est plus majestueux et mystérieux à mes yeux, rien ne me fait plus peur. La plage paraît minuscule mais tout autour l'est également. Rien n'est plus grandiose que cette houle qui ondule, forme des crêtes à fleur d'eau et vient s'écraser sur le sable timide et suant de fatigue d'être ainsi sollicité.

Les hommes toujours un peu fous ou audacieux depuis la nuit des temps, tentent de l'apprivoiser mais en vain. L'iode, l'air du large, l'embrun magique et vivifiant rassérène tout un chacun... Sa colère est affolante, elle se soulève, rugit pour s'écraser avec fracas, écumante de rage. Tantôt calme et apaisante, tantôt colérique et incontrôlable elle termine toujours par s'apaiser mais... Il faut se méfier de l'eau qui dort.

jeudi 10 septembre 2020

Lettre à l'enfant que j'étais... Par Vincent Vallée.

 


Si on m’avait dit que je pouvais te causer, et bien… Parce que mine de rien j’en ai des choses à te dire. 10 ans, non mais t’imagines ? J’ai 10 ans et je peux me dire ce que je pense de moi. Tu sembles triste pourquoi ? T’es pourtant en bonne santé, une bonne bouille et les cheveux en bataille. Mais pas de lueur dans les yeux… Elle est où ton insouciance ? Il est où ton rire ? Ou ton sourire au moins ? Que dis-tu ? Ben oui je le sais, tu es seul, et encore plus depuis que tu as compris l’an passé qu’un visage si familier pouvait disparaître… Alors sois rassuré, ta crainte la plus profonde aujourd’hui ne se réalisera jamais, mais jamais. Non tu ne l’oublieras pas ton Tintin et bien sûr qu’il veille et veillera sur toi. Alors avance non ? Travaille un peu, étudie quoi…

Je sais que ça ne te semble pas important parce que personne ne te le dit à part ton prof et donc ça semble secondaire. Ben oui le prof c’est son boulot de te dire de travailler. Tu les détestes les maths pas vrai ? C’est de pire en pire… Et alors, le cours de natation c’est l’horreur ! Ben oui, ça l’odeur du chlore elle va continuer de te mettre mal à l’aise. Il est un peu con notre oncle de nous faire peur chaque fois qu’on est sur le sable à la mer. Rien que pour ça tu redoutes d’y aller… Oui, parfois on ne décèle pas les vraies craintes des fausses peurs chez les gosses. Toi aussi tu feras l’erreur.

Bah si, tu seras aussi papa. Tu n’y crois pas ? Ben pourtant mon vieux… Mais l’amour sera compliqué mais bof, sois rassuré, c’est compliqué pour tout le monde. Mais dis, t’es franchement différent de l’homme que je suis quand même. Pas étonnant que tu ne me crois pas. T’es si éteint là… Alors que moi je suis un révolté, une grande gueule. Tu vas courir vite dis pour le rattraper le retard. Ton docteur demande à maman de nous laisser tranquille ?

Oh ne lui en veut pas, elle fait ce qu’elle peut et avec ses erreurs elle sera toujours la plus belle personne de ta vie. Tu sais, une maman c’est avant tout une femme, une personne quoi… La tienne t’aimes beaucoup alors, pardonne lui ce qu’elle ne fait ou ne dit pas. Hé, tu sais ces lectures que tu aimes tant en fin de journée à l’école, ces livres entourés de nuages, si bien lus par ton instit, tu devrais creuser ce filon, ça pourrait t’amener sur un chemin… C’est beau les mots pas vrai ? T’aimes les BD et puis écrire de petites histoires.

Ça c’est comme le reste, tu vas pas m’écouter puisque jamais tu ne me liras, mais c’est ça qu’il te faudrait travailler plus, encore plus… Parce que c’est ton rêve d’adulte. Ah si tu pouvais me lire à 10 ans… Tout serait si différent, si différent. T’aimes bien tes mains je le sais, mais avec les mots tu ne les abîmerais pas, tu devrais me lire vraiment… Et puis tiens toi droit, ne fais pas le malin quand tu apprendras un métier, écoute les conseils parce que ton dos… Ben c’est précieux, si si, tu verras. Le gars qui t’écris cette lettre que tu ne liras jamais du haut de tes 10 ans a en ce moment même, mal au dos, aux mains… Au cœur aussi… de ne pas s’être lu 33 ans plus tôt. Parce qu’alors… Son lendemain serait fait de livres, de mots, de lectures, tout ça tout ça…




dimanche 6 septembre 2020

Un été indien de Truman Capote par Vincent Vallée

 

Un été indien est parfait pour découvrir la plume de Truman Capote. Il s'agit d'une nouvelle brillamment écrite. On ne sait s'il s'agit d'un souvenir personnel de l'auteur mais c'est en tous les cas une bien belle histoire, une de celles qui me parle beaucoup moi qui regrette tant mon grand-père.

Il est question de Bobby, un jeune garçon qui vit avec ses parents chez ses grands-parents mais pour qui la vie va changer de manière radicale. On comprend qu'il y a un conflit au sein de la famille, des soucis d'argent mais c'est le point de vue de Bobby que nous relate Truman capote. Celui d'un jeune garçon qui sent la séparation arriver et pour qui ce sera très difficile tant son attachement à ses grands-parents, surtout son papy, est grand.

Le jour du départ tant redouté arrivera et la séparation sera difficile, une autre vie l'attendra, mais la séparation restera un gouffre pour lui mais aussi pour son papy. C'est au travers d'une lettre que Bobby aura à nouveau des nouvelles de son aïeul...

Une bien belle nouvelle que je conseille.



jeudi 3 septembre 2020

Mais je suis un pauvre type... Par Vincent Vallée

 


Je pense, je suis persuadé qu’on aime, oui on aime qu’une fois. Je veux dire vraiment, avec son cœur, celui qui n’existe pas physiquement, appelez ça l’âme les tripes, on s’en fiche. Cet amour est plus qu’un ressenti alors, c’est comme trouver son alter égo, non je dis n’importe quoi c’est bien mieux, c’est se trouver sur un chemin de hasard, un chemin d’errance parfois…

Je lui avais tout donné… tout. Oh, rien de matériel vous ne me comprenez pas. Je lui ai donné mon âme, ça ne se donne qu’une fois une âme, et puis mes tripes aussi, mes ressentis, mes larmes ! Oui… Mes larmes. Et encore tellement de petites gouttes qui elles, sont tombées sur le papier ou ont mouillé mon oreiller dans un demi-sommeil. Mais pourquoi je narre, je vais m’adresser à toi non ? Allons-y… Je t’ai dit tant de choses que je pensais, mais oui, que je pensais malgré ce qu’on me disait et à raison d’ailleurs car tu étais bel et bien un salaud. Mais tu étais celui qui…

Celui qui a fait sauter mon cœur, vibrer mes artères, qui a levé mes frissons les plus raides. Tu as animé une foule de fourmis trépidantes dans mon ventre. Tu as dit tant de choses, alors que tu les aies pensées ou pas, que tu y aies cru ou non mais comme je m’en fiche. Je me sentais si important, enfin j’avais de l’importance dans un regard, de l’importance. Non pas pour mon égo, ma grandeur, mais pour mon bonheur. C’est dans tes bras que je me suis senti le plus apaisé, c’est dans tes mots que je me suis le plus reconnu, parfois… C’est sur et sous ton corps que je me suis laissé fondre. Et puis tu t’es révélé… rideau ! Une révélation sale et médiocre mais je te le répète, je m’en moque, j’ose le dire, j’en ai l’audace oui… Oui je m’en fiche car je ne peux pas croire que cette histoire n’ait servi à rien ni à personne. Pas à toi ? Mais à moi oui, et je t’emmerde.

Mais oui, un jour je passerai à autre chose, mais quand tu étais ici autrefois je ne pouvais pas te regarder dans les yeux*… oui tu vois je n’oublie pas ce cri, au-delà d’un chant, d’un son, c’est une vibration chez moi… Une vibration tu entends ? Je n’ai pas prémédité ce que j’écris en ce moment, ça coule tout seul, oui ça s’épanche comme ça parce que c’est là, en moi, là et maintenant. Certainement que c’est en moi depuis longtemps, c’est un cri que je retiens, une voix qui veut hurler, me mettre là au bord d’un précipice de papier et hurler de toute ma voix, hurler que oui, un jour j’ai aimé, bordel oui aimé ! Mais je suis un pauvre type un taré qu’est-ce que je fous ici, ma place n’est pas ici ! *

Alors tu vois, ces mots fusent et s’en vont, me quittent, jaillissent et c’est de plus en plus vite que je les étale parce que ça tu vois, le don, le talent, l’envie, la prétention, les gribouillages que je ponds là ? Ça part d’un coup, il ne faut pas les retenir, il faut que ça s’en aille parce que ça fait mal si je les retiens, comme tu m’as fait mal, ça saigne. Comme tu mas saigné…

De plus en plus vite sans ne plus séparer mes mots, je dois le coucher ce putain de texte parce que c’est un exorcisme, un besoin, c’est vital tu entends ?? Vital ! Ah mais non tu n’entends pas, tu ne lis pas ? Tu grattes, tu fumes du rêve, tu fumes de l’illusion ! Mais la réalité et ceux qui t’aiment tu les jettes par les fenêtres et c’est un autre qui ramasse, pas vrai ? ! Oui il faut ramasser derrière toi, ramasser… et pour moi il aura fallu la louche ! Alors ce soir il est vrai, c’est une cuillère à thé certes, mais elle ramasse encore tu sais ?

Alors tu vois ? Je suis un pauvre type qui écrit, je ne sais faire que ça putain mais bordel comme je le fais bien…. Et tu sais pourquoi je le fais bien ? Parce que je n’écris pas avec un dico ou un Bescherelle, non j’ai mieux : j’écris avec mon cœur, celui que tu n’as pas vu.

*Creep (Radiohead).

©Vincent Vallée

dimanche 30 août 2020

Les nuits blanches de Dostoïevski par Vincent Vallée

 



Les nuits blanches.

C'est Félix Radu, jongleur de mots et comédien belge qui m'a donné envie de lire cet ouvrage.

Dostoïevski est un écrivain un peu spécial, il torture et met à nu nos sentiments les plus enfouis, la face et le côté sombre de tout un chacun.

D'aucun me diront que ce roman court parle d'amour et de désespoir, moi j'y vois et y ressent autre chose : Une soumission ridicule et un mépris en guise de conclusion, verrouillé par un énième coup de couteau.

Un jeune homme erre dans Saint-Pétersbourg, s'ennuie et semble très seul, la lecture nous démontrera qu'il l'est. Et puis, un soir il voit une jeune fille seule et malheureuse comme lui, sauf qu'elle, ne le cache pas. Ils finiront par faire connaissance et dans une attitude et un dialogue fielleux ils vont s'épancher en confidences. Lui et sa solitude, elle et son chagrin d'amour... 

Pour beaucoup ce sera un éloge à l'amour, mais personnellement je n'y ai vu que la sottise et l'aveuglement d'un jeune garçon, une admiration et des sentiments amoureux poussés à l’extrême pour une jeune fille jamais rencontrée et qu'il ne connait que depuis 3 jours à l'issue de ce roman.

Mais, je sais que notre cher Dostoïevski est connu pour faire ressortir la laideur, la mièvrerie ou la bêtise de chacun de nous. Dès lors, je suis rassuré, avec cet ouvrage c'est l'abrutissement amoureux qui ressort et se contemple... J'oublie de parler de la cruauté de la jeune fille à la fin de ce roman qui, par une lettre envoyée au jeune homme, va retourner le couteau dans SA plaie, le torturer une fois encore, là où il aurait fallu lui rendre sa paix intérieure. Autant ce jeune homme me fait pitié par  sa sottise que cette jeune fille m'agace.

Bon, cher Dostoïevski, nous avons fait connaissance mais nous en resterons là toi et moi. Sans rancune car de nos jours, la sottise et la laideur humaine ne doit plus être décortiquée par un écrivain de talent, elle s'étale en quelques clics, oui ça tu ne connais pas...


Petit passage que j'ai aimé :


"Qu'as-tu donc fait de tes années ? Où as-tu enterré la meilleure part de toi ? As-tu vécu ou non ?"



vendredi 28 août 2020

Métaphysique des tubes de Amélie Nothomb par Vincent Vallée

 


Un roman qui commence étrangement, bizarrement, Amélie Nothomb y parle d'un tube... Ce tube est un nouveau né, et ce nouveau né... C'est elle.

C'est là qu'en tant que lecteur tu te dis : Ce roman va m'ennuyer.

Cependant, j'ai appris à force de lire, à laisser une chance à un roman, ne pas le refermer de suite, lui laisser le temps de m’appâter, me ferrer et parfois ça marche, je me laisse pêcher. Cette métaphore est utile car je peux faire la transition avec un des symboles asiatiques, le Koi, la carpe quoi. Amélie la déteste et je vous laisse découvrir pourquoi.

Revenons à notre tube, ou plutôt Amélie. Ses parents l'avaient surnommée la plante, c'est dire. Car en effet, elle ne bougeait pas, elle attendait et se contentait de boire sans pleurer ni avant, ni après. La vie débutait étrangement pour elle, son meilleur ami était le plafond et ses fissures. Et puis un beau jour, dans le champ de vision du tube, un visage se glissa, fini le plafond, c'était une dame inconnue qui laissa vite la place à une forme étrange mais olfacivement agréable : Du chocolat blanc. La vieille dame fit goûter la délicate douceur à la plante et c'est là que se fit le réveil, Amélie vint au monde, elle venait de naître. De sa naissance jusqu'à ses premières années c'est au Japon qu'elle se prit d'abord pour un tube puis pour Dieu... 

Oui Dieu c'était elle, c'était ainsi, elle l'avait décidé ou peut-être y croyait-elle vraiment du haut de son enfance. Le Japon, le métier de son  père, les carpes qu'elle haïssait au plus haut point et puis Nishio-san... Cette dernière était sa nounou et elle s'adoraient toutes les deux. Il y avait tant de bienveillance dans les propos et les gestes de la nounou, qu'Amélie ne jurait que par elle. 

Alors voilà, une façon étrange pour certains, agréable à mes yeux, de découvrir les premières années de la vie de cette auteure incroyable et puis belge ! C'est ainsi que Amélie va se raconter, au travers de ses premiers romans et j'aime cette façon de faire, sans filtre ou alors ceux qui l'amuse. C'est un Japon magnifique et respectueux qui est décrit, une enfance dont on a du mal à croire les souvenirs si exacts et puis pourquoi pas ? Qui nous dit que nos souvenirs sont exacts, n'avons nous pas un peu, nous aussi, fantasmé les nôtres ?

Je vous recommande vivement ce petit roman. Un bijou.