mardi 9 novembre 2021

À propos de Pre de Daniel Charneux par Vincent Vallée

 



C’est lors d’une présentation littéraire que Daniel Charneux a exposé le roman que je viens de terminer. Il l’a présenté comme étant un de ceux pour lequel il a pris le plus de plaisir lors de sa rédaction. Et pour cause, il s’agit de la seconde passion de l’auteur : le jogging.

Je sais que tout auteur, pour écrire quelque chose de profond et sincère et afin de cueillir ses lecteurs, a besoin de puiser au fond de lui du vécu et c’est le cas ici. Et une présentation littéraire vous revient en mémoire lorsque vous lisez le roman en question. Des anecdotes, quelques passages ont soulevé chez moi, la mine de mon crayon. Je vais vous les partager.

Il s’agit donc de narrer sous forme d’un journal intime, ce que fut Steve Prefontaine pour le narrateur, Pete Miller. J’ai cru de prime abord, lire une biographie, mais dans ce cas le roman ne serait consacré qu’à Pre, c’était son surnom. Or, ici, il est question surtout, à mon sens, de Pete Miller. En effet, il fait souvent référence à son vieil ami Prefontaine certes, mais c'est son histoire à lui qu'on découvre, celle de Miller, Prefontaine fut un exemple et pour lui et pour tant d’autres, mais moi j’ai beaucoup plus été touché par l’envie de Pete. L’envie de courir encore, ne rien lâcher malgré les années. Et le narrateur de s’interroger par exemple en écrivant ceci : « … Pareil à ces jeunes de plus en plus nombreux qui refusent de donner la vie, car ils disent que c’est aussi donner la mort, à quoi je ne peux qu’acquiescer. »

Une des particularités de ce roman est le voyage au travers de quelques décennies américaines, ce qui nous vaut quelques jeux de mots sympathiques comme : « Amère histoire indienne » (Amérindiennes). Nous avons aussi l’opportunité d’apprécier ou non quelques morceaux de musiques des années cinquante, toute une époque avec des sons de qualité que vous aurez le loisir de découvrir lors de la lecture. Il y a aussi quelques passages encourageants (n’est-ce pas un moteur pour le joggeur les encouragements ?) comme celui-ci : « Un jour tu vas trouver quelque chose pour quoi tu es doué et ce sera ton cadeau ».

On est aussi peu surpris de se rendre compte que Pete est un auteur et d’ainsi nous donner par le biais de l’auteur (Miller/Charneux) un conseil ou plutôt une constatation qui dit : «  Tu poses ton derrière sur une chaise, tu prends la plume, tu notes en trois mots ton idée du jour, celle qui te trotte dans la tête depuis le matin, ou la nuit, ou la veille, et tu te presses le cerveau comme un citron jusqu’à ce que les trois mots soient devenus trois lignes, ou trente, ou trois pages. C’est ça, l’inspiration. »

Pete raconte un de ses récents défis, un relais entre amis vers le pied du Mount Hood, c’est ce qui m’a le plus séduis, intéressé. Cet homme qui ne baisse pas les bras se souvenant de façon redondante ce que fut Pre, ce qui fit de lui un homme hors pair, un sportif avec des convictions, une ligne de conduite. Une inspiration pour Pete en somme, comme lorsqu’il se souvient des mots de son défunt ami : « Et comment la vois-tu la course, toi, Plouc, avait demandé Bowerman ? – Comme un œuvre d’art, coach ! Une œuvre d’art ! »

Je ne peux m’empêcher de retranscrire pour moi-même un passage qui m’a replongé dans un souvenir personnel alors que je travaillais sur les toits en plein hiver, quand Pete Miller raconte : «  Nous sillonnons le quadrillage des rues avec nos gilets jaunes, nos lampes frontales, parmi les odeurs des cuisines qui sortent par bouffées du conduit des hottes aspirantes » un souvenir mitigé pour moi, qui avait faim depuis quelques heures et qui commençais à peine à me salir les mains dans le monde du travail, j’aurais tout donné pour le confort de l’attente d’un bon repas bien au chaud, à la maison.

Pour revenir à la trame du roman qu’est le sport, la philosophie autour du jogging, chaque lecteur peut transposer l’expérience de Miller/Charneux pour lui-même, comme lors de ce passage pour moi qui me suis remis au Vélo de route, sport que je pratiquais assidûment autrefois : « On n’arrête pas de jouer parce qu’on vieillit, on vieillit parce qu’on arrête de jouer » il suffirait de remplacer le verbe « jouer » par le verbe « courir ». (rouler pour moi). Mais aussi la sagesse de l’auteur (je laisse chacun juger s’il s’agit de Miller ou de Charneux) lorsqu’il écrit : « Prendre le temps me répétais-je. Profiter de chaque foulée ».

Il y a d’autres similitudes avec Daniel Charneux pour celles et ceux qui le connaissent un peu lorsqu’on lit ce passage : « Je me suis dit que mon État était beau, et que je reviendrais un jour ici, que cette fois, je quitterais la Highway, que je me lancerais dans la forêt, que j’irais tremper mes mains dans la rivière où je ramasserais des cailloux plats que j’enverrais ricocher sur l’eau vive pour les voir y plonger, s’y perdre. » Le tout au conditionnel, symbole de l'espoir et de l'envie de Pete Miller.

Ce récit au travers de ce que fut la trop courte vie de Pre est un exemple de camaraderie, de fraternité aussi, entre Pete et ses compagnons de sport. On le constate en lisant cette phrase : « Chacun y est allé de ses souvenirs. L’être humain est aussi une machine à nostalgie.

Voilà donc le récit de ce que fut pour moi cette lecture avec pour préambule, une présentation littéraire simple et décontractée. Comme je les aime. Si j’avais un seul bémol à émettre, c’est de ne pas en savoir beaucoup plus sur Prefontaine surnommé Pre. Plus d’anecdotes le concernant lui avec Miller par exemple. Mais ce roman est une réussite lorsqu’on comprend qu’il s’agit là de se souvenir de l’athlète que fut Pre, sa philosophie mise en parallèle avec son ami d’autrefois, devenu âgé, mais pas résigné. Se nourrissant ainsi de la philosophie de son sport plus que de médailles et autres lauriers. Ce qui manqua à Pre, mais après tout je n’en tire qu’une conclusion :

 

Ce qui importe ce n’est pas l’issue de la route, mais ce que fut la route et ce qu’elle nous a apporté.

vendredi 5 novembre 2021

Pourquoi écrire ? Par Vincent Vallée

 


Pourquoi écrire ?

Souvent on me pose cette question… Et j’avoue qu’au tout début je me le suis demandé, longtemps même avant de me lancer dans la publication.

Ecrire… C’est avant tout ce qui m’a toujours motivé, habité. Malgré les lacunes du début et encore celles d’aujourd’hui, que j’avoue sans rougir. Écrire est le résultat d’observations, de ressentis, de sentiments multiples. Depuis l’enfance j’en ai besoin. Louis Ferdinand Céline disait : “Quand on a pas d'imagination, mourir c'est peu de choses, quand on en a, mourir c'est trop.”

J’ai lu énormément de choses à propos des prix littéraires et j’avoue, que souvent j’ai été d’accord. Souvent, j’ai trouvé qu’il y avait là un « entre soi » malsain. La consanguinité littéraire m’exaspère au plus haut point. J’ai vu, constaté, que parfois dans les milieux modestes et humble tout se joue entre quelques-uns(es), au détriment de quelques talents gavés d’envie, d’ambitions qui produisent quelques pépites littéraires.

Mais j’ai aussi à contrario, constaté des scribouillards, qui molestent l’orthographe, la grammaire et ainsi, crachent dans la soupe. Je ne sais pas vraiment ce qu’ils recherchent, ce qu’ils tendent à obtenir si ce n’est le sentiment illusoire d’être un écrivain. Un piètre soufflet qui retombe souvent aussi rapidement.

Je crois, à mon sens, qu’un écrivain est une personne qui est à la hauteur d’une œuvre maintenue, continue, qui dure dans le temps. Attention, je ne dis pas une œuvre récompensée, populaire. Je suis persuadé que si quelqu’un ne peut s’empêcher d’écrire, que c’est vital pour cette personne. Que cet auteur se donne les moyens pour travailler son écrit, l’améliorer, comprendre les règles de conjugaison, grammaire, typographie. Alors c’est un écrivain. Je préfère de loin une œuvre constante et sincère qu’une œuvre populaire et commerciale.

L’auteur qui jalouse les lauréats de divers prix littéraires avec pour arguments que c’est parce que ces auteurs sont populaires et cela va leur faire gagner encore plus d’argent, n’ont rien compris à l’acte d’écrire. Écrire est un besoin, rien d’autre. Un écrivain écrit parce que c’est ainsi qu’il s’exprime le mieux, qu’il exprime le mieux son chagrin, sa colère ou son amour de l’autre. Là encore je vais citer Céline qui écrivait : “L'amour c'est l'infini mis à la portée des caniches.”

Je n’oublie pas un détail qui pour moi n’en est pas un : Lire. Un auteur, un écrivain qui ne lit pas est un imposteur. Comment ne pas avoir envie de se nourrir de ce qui nous passionne de partager. Ou encore nous motive depuis toujours ? Lire est essentiel, primordial même. J’ai parfois lu que lorsqu’un auteur écrit, il ne sait pas lire. Foutaise ! C’est essentiel. C’est comme prétendre rouler en voiture sans carburant. Que le véhicule soit thermique ou électrique par ailleurs.

Je terminerai mon propos en écrivant qu’avoir cette envie d’écrire, d’être auteur par la force des choses ne veut pas dire que vous devez être un romancier ou un nouvelliste. J’ai lu une foule de textes courts magnifiques, de courts textes à propos, riches. Après tout, pour ces gens-là, écrire c’est vivre tout simplement.

dimanche 24 octobre 2021

Colorado Kid de Stephen King par Vincent Vallée


Colorado Kid par le maître, Stephen King. Maître de l'horreur et du suspens, qui cette fois, s'essaie au genre policier, énigmatique. Ce n'est qu'à la fin du roman que l'on obtient l'explication du King concernant ce choix.
Comme il l'explique, il arrive très souvent que des amis journalistes lui apporte des articles de presse qui pourraient faire l'objet de romans. Seulement, une caractéristique parmi ces faits inquiète un peu, travaille l'auteur. Je ne dirai rien ici, il vous faudra le découvrir.
Une chose est certaine, il sait nous tenir en haleine y compris avec un policier. 

Nous allons plonger dans le monde du journalisme à l'ancienne puisqu'il s'agit de deux vieux briscards,  Dave Bowie et Vince Teague, qui sont à la manœuvre avec une jeune stagiaire Stéphanie McCann. 

Le décor est planté, il reste l'intrigue, sauf que celle-ci est aussi vieille que l'expérience de nos deux journalistes avérés. 
Une plage, un mort appuyé contre une poubelle, sauf que ce mort demeure plus de 25 années plus tard, un mystère pour nos deux journalistes. Et Stéphanie Mc Cann de s'imprégner de cette histoire non élucidée, elle qui est cantonnée à la rubrique des vieilles choses à vendre pour le journal.

C'est ainsi que tout du long de ce récit nous allons revivre la découverte et l'enquête au sujet de ce mort mystérieux. Que cherchent ainsi nos deux vieux journalistes ? Ont-ils les réponses ? Ont-ils résolus l'énigme ?

Lire Stephen King avec ce genre policier vous apportera la réponse. Personnellement j'ai aimé, parce que si l'horreur et l'effroi sont de côté, le King arrive malgré tout à nous tenir accrochés aux pages et puis la Postface en dit long sur son expérience, devrais-je dire, tentative, pour un si grand écrivain ?

À vous de juger.

 

mercredi 20 octobre 2021

Promenades de Nicolas Sarkozy par Vincent Vallée

 


Il est rare que je lise des ouvrages d'hommes politiques ou tout simplement médiatiques. Mais je n'ai jamais eu honte de mes convictions et encore moins de mon attachement à certaines idées que portent quelques uns de ceux-ci. Nicolas Sarkozy en fait partie.

Pour évoquer brièvement les contradictions ou autres critiques dont on l'affuble, je suis de ceux qui pensent que tant d'acharnement prouve que le doute est permis. Je me souviens de son propos lorsqu'il évoquait notre patrimoine historique et chrétien en imageant son propos par son réconfort lorsqu'il survolait la France, voyant le toit des églises approcher. Son avis concernant les frontières, le travail et ses idées et puis la lettre de Guy Moquet. Jamais je n'oublierai cette lettre dont il a imposé, à juste titre, la lecture dans les classes françaises. C'est là que j'ai senti un attachement à la culture, à l'histoire, quand d'autres y voyaient des pirouettes politiques ou un dirigeant enfilant un costume non à sa taille. Il y aurait bien d'autres exemples à citer concernant mes points d'accord avec le président Sarkozy, mais cette chronique est dédiée à son dernier ouvrage.

Et quel ouvrage ! Justement, le président Sarkozy y évoque pour la première fois, son goût pour la culture, son attachement à celle-ci et son rôle dans la vie politique et quotidienne. J'avais déjà beaucoup apprécié l'émission littéraire où il n'était là que pour parler de littérature, la sienne, celle qu'il aime, celle qui le porte et qu'il transmettait alors. Je remarque que Nicolas Sarkozy aura attendu la fin de tout enjeu politique pour parler de culture sans tabous et c'est tout à son honneur. 

Je me retrouve beaucoup en lui pour ses prises de position et pour la sagesse naissante dont il est habité aujourd'hui. Dans cet ouvrage donc, il évoque la culture qui l'a accompagnée tout au long de sa vie. Que ce soit la littérature, la peinture, la chanson, le cinéma, la photographie, etc. J'ai ainsi pu  découvrir certaines œuvres d'art, en découvrir d'autres à nouveau, avec un regard de partage, le sien, pour nous, lecteurs.

Je fus bien entendu séduit quand il évoque Van GoghRimbaudMonetHugo, mais étonné dans le bon sens du terme par d'autres comme Jacques Majorelle qu'il cite :

"Il faut beaucoup chercher avant de trouver les belles choses, elles se cachent minutieusement et on passe à côté d'elles sans les soupçonner"

Il me fait découvrir les dessins de Victor Hugo, des dessins sombres et si beaux comme "Le burg dans l'orage", un talent que je ne connaissais pas à l'écrivain si remarquable déjà... Sarkozy nous explique aussi ses prises de positions et autres actes présidentielles en faveur de la culture alors que le pays et l'Europe en général vivaient une crise financière considérable. Lorsqu'on critique son mandat, on a tendance à oublier cette complexité pour diriger un pays selon le programme présidentiel imaginé et proposé… J'ai bien entendu été touché par l'évocation de son grand-père qui sema en lui la graine culturelle en collectionnant les timbres ornés des plus belles œuvres d'art mettant en valeur entre autres, les plus grands tableaux de la peinture française.

Nicolas Sarkozy a aussi touché un point qui m'a énormément parlé à moi petit auteur. Ce qu'il nomme l’"Entre soi "En ces mots :

"...Une nouvelle bourgeoisie qui pratique l'entre-soi, la bien-pensance et la détestation de tout ce qui n'est pas elle-même."

Comme ça me parle "l'Entre-soi" et il ne faut pas être une star ou un grand écrivain pour le pratiquer au détriment des autres qui eux, œuvrent au partage de leur art, non, même à un niveau bien plus modeste on le constate et c'est si triste, voire pathétique. La culture, comme la confiture, a besoin d'être étalée, mise en avant et si elle est encore gauche et non affirmée il faut l'encourager avec quelques mises en lumière; non pas par le déni, le mépris parfois ou pire, la méchanceté... Il ne s'agit là que de mon opinion, voilà pourquoi je me suis retrouvé dans cette réflexion de Nicolas Sarkozy.

Mais encore, le président évoque Arthur Rimbaud avec une lettre écrite depuis Aden, imaginez, vous qui me connaissez, comme je fus touché ! En effet, j'ai écrit un dernier roman intitulé "Une expédition en enfer L'autre Rimbaud" au sujet de la vie d'Arthur, le Rimbe, sa vie après Verlaine, après la poésie jusqu'à sa triste fin. Mais il y a aussi le partage d'une toile de Van Gogh "Champ de blé sous un ciel orageux" peint à Auvers-sur-Oise, dernière demeure du peintre écorché. Je fus, là aussi, touché puisque Van Gogh fut l'objet de deux ans de travail pour mon roman "Vincent Van Gogh, sa vie dépeinte".

Mais enfin, il y aurait une foule d'autres choses à mettre en avant au sujet de ce bouquin, un livre coupé en deux, la première partie est le récit de Nicolas Sarkozy au sujet de son approche culturelle, son partage devrais-je dire, la seconde partie sont des clichés des œuvres d'art dont il parle dans la première partie. Je laisse à chacun le soin de découvrir et d'apprécier cet exercice auquel se prête un homme fort de ses convictions, sage de par son expérience, fier de ne pas changer de point de vue sur bien des sujets et humble pour admettre s'être trompé parfois. Somme toute, au-delà de ses différentes fonctions dont la plus prestigieuse, un homme avec ses forces et ses faiblesses. Personnellement, je suis plus que convaincu et satisfait par cet ouvrage bien écrit et riche de par ce qu'il partage.

Quelques œuvres partagées par Nicolas Sarkozy qui me touchent aussi :
















dimanche 26 septembre 2021

Les possibles de Virginie Grimaldi par Vincent Vallée

 



Les possibles. Il est l'heure de tous les possibles c'est un peu ce que nous apprends ce roman. Mais avant d'entrer dans le vif du sujet j'aimerai écrire pourquoi je me le suis procuré. Nous vivons dans une société qui critique, juge, et ce à tous points de vues. Moi, ce qui me concerne et me parle le plus c'est ce qui touche aux livres donc, évidemment je suis tombé des nues en écoutant un trio de critiques littéraires sur France Inter qui chroniquait "Les possibles" de Virginie Grimaldi. Je ne connaissais pas cette auteure, pourtant la plus lue des français parait-il. Peu me chaut. Ce qui m'a intrigué c'est la virulence des propos de ces critiques sur les ondes. J'en ai lue des chroniques, entendues des critiques mais là ? C'était une pendaison en ligne. Un de ces critiques est allé jusqu'à dire qu'il était à la limite du vomissement... Il ne m'en fallait pas plus pour me procurer ce roman et le tester sur moi.

Alors de quoi parle ce roman ?

D'une jeune femme, Julianne, active, mère de famille, épouse également et qui est appelée un beau jour car la maison de son père vient de prendre feu. C'est le début de tout ce qui sera développé dans le roman. Jean est un original, divorcé de la mère de Julianne. Il possède un caractère folklorique, il aime la musique, les blagues mais depuis peu il y a un invité non désiré : L'oubli.

C'est parce que Julianne doit héberger son père que peu à peu elle va comprendre que quelque chose cloche chez son père. Il est bordélique, il effectue des achats compulsifs via le téléachat, il cherche sans cesse sa carte vitale, recharge son GSM quand il n'est qu'à 85%... Tant de signaux d'alarmes qui font s'allumer tous les voyants de Julianne, qui en hypocondriaque avertie en sait un bout sur ces sujets. Tant de fois elle tentera de se raisonner, de se dire que tout va bien que son père est un peu spécial de toutes façons, loufoque mais quand même, là, ça l'inquiète.

Lors d'un rendez-vous chez le médecin que Jean à consenti à subir l'auteure écrit :

"Aurais-je aimé qu’on me serve un café, qu’on prenne le temps, qu’on enrobe les mots gris dans du papier coloré pour m’apprendre ce que je redoutais ?".

Le verdict est encore incertain mais pas rassurant, Jean à des soucis cérébraux. Mais Jean semble s'en moquer. Julianne sait qu'elle s'inquiète très vite pour tout ce qui touche à la santé, l'auteure décrit son état d'esprit en ces mots :

"Quand les résultats d’une prise de sang, d’un scanner ou d’une échographie attestent qu’elle est en parfaite santé (le cabinet de radiologie pourrait porter son nom), une pulsion de vie intense s’empare d’elle. Le banal devient merveilleux, la vie est une succession de premières fois. Ça doit être formidable de revivre sans avoir à mourir."

Dieu m'est témoin que ce dernier passage me parle, m'émeut même… J'ai passé des heures à m'inquiéter et des jours à jubiler d'une visite rassurante. Jusqu'à la prochaine…

Julianne et sa sœur vivant aux USA vont se rapprocher de leur père. Sans oublier Charlie, son petit fils qui est atteint de dysfonctionnement de la parole. Ce qui n'inquiète guère son papy jean, qui lui, ne pense qu'à permettre à son petit fils de s'amuser, vivre, rigoler. Lorsque Julianne voit son père presque normal au milieu des oublis, des égarements elle réfléchit :

"Les questions s'interrompent, les angoisses s'endorment, demain se suspend et hier s'efface."

Le symptômes se multiplient pourtant, et c'est en se persuadant elle même d'être enfin fixée que des examens complémentaires seront établis. Le résultat apportera la certitude d'une fin de conscience pour Jean, d'une progression rapide de la maladie. Mais ce roman n'est pas que désillusions et tristesse face à la maladie, il y de l'humour également comme dans ce passage :

"Je tente de me rattraper au vide, mes bras y croient encore, mais rien à faire, je suis forcée d'assister, impuissante, au divorce de mes jambes. Chacune part vivre de son côté, se partageant la garde de mon périnée."

Ou encore là :

« OK les gars, on va prendre les instruments qui nous tombent sous la main, batterie, guitare électrique, marteau piqueur, chèvre, on va taper de toutes nos forces en gueulant comme la gamine dans L’Exorciste, et on va en faire un disque. »

La vie va donc être différente pour tout ce petit monde. Julianne va accepter et tenter d'offrir à son père sa vie rêvée, à lui, fan des américains, des cow-boys, des Indiens, c'est aux USA qu'ils vont débarquer, chez sa sœur et permettre à Jean de vivre jusqu'au bout de sa conscience encore vivante. Lors des roads trips, et autres voyages sur la route 66 Julianne pensera :

"Mon père me manque alors qu'il est encore là."

Ou encore :

"On rit comme à tout ce qu'il dit désormais. On a passé des années à lever les yeux au ciel face à ses blagues pas forcément drôles. ET maintenant on les attends, on les espère, on ne veut pas qu'elles disparaissent…"

Julianne et sa sœur vont se rendre compte qu'elles sont passées à côté de leur père durant tant, trop d'années… Son humour, son intelligence, ses passions parfois étranges qui font sa personnalité. Elles qui pensaient n'avoir pu compter que sur leur mère pour être heureuse se souviennent alors que leur père faisait preuve d'une imagination incroyable pour les distraire, les amuser et se dire alors :

"Je m’entends souvent utiliser les mêmes arguments que mes parents, à l’époque où j’étais celle qui grimpait aux arbres. J’écoutais alors d’une oreille les « et si tes copains te disent de sauter d’un pont, tu vas le faire ? », « on s’en fiche des autres, là on parle de toi », « qu’est-ce qu’on dit ? », « c’est Versailles ici ? », sans me douter que la parentalité était un éternel recommencement."

J'ai été juste ennuyé par un passage que je connais trop bien pour ce qu'il procure, le voici :

"Je pense que l’on peut ralentir l’évolution. Mais cela semble être dégénératif. Je caresse le bras de mon père. Il ne réagit pas."

Cet accès de compassion qui semble exagéré me fait horreur, cette compassion facile quand on n'est pas dans la merde m'exaspère au plus haut point, c'est du vécu"

Mais bon sang, que ce livre est beau, touchant, émouvant, drôle, instructif. Perdre un être alors qu'il est encore vivant c'est dur, difficile. Le voir s'en aller tout en étant bien vivant c'est atroce, cruel. Et Virginie Grimaldi nous le décrit fort bien et avec brio, tournures de phrases sympas et avec profondeur. Ce qui me renvoie au début de ma chronique, ces critiques littéraires ou encore les autres élites auto-proclamées de la littérature. Quel reflux gastrique cette critique sur les ondes, quelle honte, il y avait là une envie compulsive et haineuse de dire du mal, de la jalousie, de la verve baveuse. Vous faites honte à la littérature, vous salissez des millions de lecteurs et lectrices par une pseudo critique qui en réalité n'était qu'une condamnation, une pendaison. Mais c'est raté. Raté car d'autres comme moi, vous ont écouté et sont à même de vouloir comprendre plutôt que de croire comme des moutons. J'ai écouté, j'ai acheté, j'ai lu et je suis convaincu. En effet je lirai d'autres romans de l'auteure Virginie Grimaldi. Pauvres gens que vous êtes, je n'ai qu'une envie : Me lever à votre table, grimper dessus et pisser sur vos écrits, sur vos critiques ! Comme le fit Arthur Rimbaud avec les élites. Vous élites auto-proclamés vous êtes mes Carjat et ma chronique est le coup d'épée que je vous envoie, ivre d'avoir lu un si profond roman!

Juste pour vous, la chronique de France Inter à écouter tout en bas de page :

https://www.franceinter.fr/livres/les-possibles-de-virginie-grimaldi-le-masque-la-plume-s-attendait-a-tout-sauf-ca


D'autres passage qui m'ont interpellés :

"Les néons des salles d’attente médicale font danser la peur dans les yeux."



"Il en a été très malheureux, je crois qu’il enterrait surtout l’espoir de recevoir quelques miettes d’amour."



"Je mange des légumes pour aller bien, je bouffe des frites pour aller mieux."


C’est déchirant de conjuguer son père à l’imparfait."


"Quand les parents ont divorcé, elle avait sept ans. Elle a pleuré fort, moi j’ai pleuré dedans."


"Je pense que l’on peut ralentir l’évolution. Mais cela semble être dégénératif. Je caresse le bras de mon père. Il ne réagit pas." 


"Seules deux personnes au monde sont capables de m’anéantir en une seule remarque : ma mère et mon père. Chaque infime critique, si bienveillante soit-elle, remet en question tout mon être. Je suis un château de cartes face à eux, je ne supporte que leur tendresse. Qu’ils soufflent le tiède et je m’écroule. Ils peuvent m’abreuver de compliments, si au milieu se glisse un bémol, c’est lui que j’entendrai. C’est le privilège des parents, leurs mots comptent triple. C’est pire encore quand leurs mots disent la vérité."


L'auteure :




Virginie Grimaldi est née en 1977 à Bordeaux où elle vit toujours.

Traduits dans plus de vingt langues, ses romans sont portés par des personnages attachants et une plume poétique et sensible. Ses histoires, drôles et émouvantes, font écho à la vie de chacun.





lundi 13 septembre 2021

Une bête au paradis de Cécile Coulon par Vincent Vallée

 



Dans ce récit Cécile Coulon que je lis pour la première fois, décrit toute la cruauté que peut apporter un héritage, un attachement à sa terre. Il s'agit aussi d'amour et de raison, les deux font parfois faire l'impossible, le pire peut arriver…

Blanche et Emilienne, sont les deux personnages qui m'ont le plus marqué. La première, par son courage, sa beauté décrite, sa naïveté aussi. C'est enfant qu'elle perd, avec son frère, ses parents, évènement qui va les conduire à ce qu'elle va vite appeler "Le paradis". En vieillissant, Blanche deviendra forte, rude, insensible au figurant mais habitée par deux fois dans ce roman, par une tristesse indicible causée par la trahison.

La seconde, Émilienne, est une femme de caractère, aussi rude que douce, capable d'égorger un cochon avec la même main qui essuiera les larmes d'une enfant. Une femme mais surtout une grand-mère, propriétaire d'une ferme qui va susciter l'intérêt d'Alexandre.

Ce dernier est un jeune homme, beau, intelligent (trop?), et il va tomber amoureux de Blanche, ils vont se découvrir l'un et l'autre. Ils vont découvrir le meilleur comme le pire, surtout le pire. Louis aura pourtant essayé tout au long de ce récit, d'avertir Blanche, qu'il aime profondément. Louis est un garçon de ferme travaillant pour le compte d'Émilienne depuis que celle-ci l'a recueilli. Il fait partie des meubles et du décor que Blanche et son frère Gabriel voient chaque jour.

Gabriel dans ce récit est un jeune homme écorché par la mort de ses parents, il est absent, et va quitter la ferme pour s'installer un peu plus loin. Je n'ai pas trop compris son rôle dans le roman c'est un premier bémol pour moi.

Alexandre et Blanche vont mûrir, changer, et c'est ce qui va conduire Blanche dans des abîmes dont on ne revient que mal en point dans ce contexte. C'est mon second bémol, je n'arrive pas à situer à quelle période se situe le récit, malgré quelques indices comme la présence de voitures etc.

C'est un roman un peu dur, fort de par la plume cruelle de Cécile Coulon. Ne vous attendez pas à un récit mièvre ou à l'eau de rose. L'histoire de Blanche est rude. Ce qui arrive là, est le lot de bien des filles ou garçons vivants à la ferme... Trouver un compagnon de route dans une vie si attachée à ses racines est bien difficile et parfois cruel.




Cécile Coulon :



Cécile Coulon est une romancière, nouvelliste et poétesse française.


À l'âge de 16 ans, elle publie son premier roman intitulé "Le voleur de vie" (2007). Elle passe un baccalauréat option Cinéma. Après des études en hypokhâgne et khâgne à Clermont-Ferrand, elle poursuit des études de Lettres Modernes. En 2016, elle prépare sa thèse dont le sujet est "Le Sport et le corps dans la littérature française contemporaine".


Son premier recueil de nouvelles, "Sauvages", est paru aux Éditions Revoir en 2008. Elle publiera ensuite "Méfiez-vous des enfants sages" (2010), "Le roi n’a pas sommeil" (2012), prix Mauvais Genres France Culture / Le Nouvel Observateur, "Le rire du grand blessé" (2013), "Le cœur du pélican" (2015).


À 26 ans, elle publie son huitième livre, "Trois saisons d'orage", qui obtient le prix des libraires 2017. Son premier recueil de poèmes "Les Ronces", paru en 2018 au Castor Astral, a reçu le Prix Guillaume-Apollinaire, ainsi que le prix de la Révélation de la poésie de la Société des gens de lettres. La jeune poétesse est alors considérée dans la presse comme "l'une des plus prometteuses nouvelles voix de la littérature française".


"Une bête au paradis" reçoit, en 2019, le prix littéraire du Monde .


(source bio. : Babelio).


vendredi 3 septembre 2021

Honnies realities de François de Gennaro par Vincent Vallée



Le recueil que je viens de terminer est celui d'un ami d'errance. Il le fut un temps, autrefois... En tous cas je considère avoir été perdu quand je cherchais quelque chose, quelqu'UN, non pas par lui mais par d'autres c'est une longue histoire mais ce vécu crée des liens.

On s'est perdu de vue, la vie est ainsi faite et puis nous avons un peu correspondu, puis plus rien jusqu'à peu. Alors que j'étais à Rhodes sur la terrasse de ma chambre d'hôtel récemment, François me contacte sur messenger, c'est dans l'air du temps. Oui. 

Rapidement, il me parle, m'écrit au sujet d'un recueil de sa plume. Comme tout auteur il cherche à être lu avant-tout, jugé sur la forme et le fond, sur le style. On papote et puis on se trouve une foule de points communs comme l'amour du 19ème siècle, les écrivains et autres artistes écorchés comme... Rimbaud. Moi qui l'aime tant mon poète, ce génie génial!

François aime se comparer avec modestie, ou plutôt s'identifier au Rimbe. Dans ce recueil il couche donc ses tripes. Alors je suis séduis de suite, parce que j'aime faire de même. Comme disait Céline, il couche sa peau sur la table, il paie ! Parfois ça coûte, il est certain.

 

"Il faut considérer ces écrits que vous tenez entre vos mains comme le témoignage d’une chute."

En effet, François n'est pas dans une phase de sa vie des plus reluisante mais il se bat. Et ce recueil est une de ses armes, je dois dire que c'est important de savoir que c'est un écorché de la vie qui écrit pour mieux cerner, bien comprendre. François donne le ton dès les premières pages, le lecteur n'est pas piégé.

J'ai beaucoup aimé lire l'exorcisme de quelques passages de la vie de l'auteur et d'autres textes. Quand je lis un passage comme celui-ci je suis "arrêté" dans ma lecture.

"Que le ciel commence à être joli… Je resterai jusqu’à ce qu’il soit parfait."

Une envolée, à mes yeux, pas de la haute voltige, mais assez pour me stopper et me faire réfléchir, imaginer ce que je lis. Plus loin, entre les passages narrant les chutes, les remontées, les ambitions sacrifiées, les trahisons, l'amour déc(h)u je lis :

"Gémis ma douce, C’est un hommage. Ta nuque m’appelle mais elle attendra. Les courbes harmonieuses de tes épaules. Je caresse délicatement, presque d’un effleuré innocent l’est et l’ouest simultanément avant de revenir doucement vers le centre."

Diantre ! Qui n'a pas couché sur le papier la poésie d'une étreinte, d'une fusion d'esprit plus que de corps même s'il s'agit de cela... Le feu d'artifice, l'explosion d'un sentiment intense, partagé...

Mais le passage le plus parlant à mon esprit englué parfois, à mon âme, celui qui m'a touché parmi d'autres est celui-ci :

"On est tous victimes de nos parents, un bon parent ça n'existe pas"...

Que puis-je ajouter là ? Je suis complètement d'accord et avec l'idée et avec la formulation. Je terminerai mon ressenti avec un passage d'une chanson d'Axel Rose (Guns n' Roses) pour François :

Il y a une lumière spéciale
Qui brille toujours
Et même dans les nuits les plus sombres
Elle ne peut le nier...

(«This I Love» par Guns N' Roses).

Je vous conseille vivement de lire François et d'ainsi le soutenir dans sa démarche :