Les mots ricochent
Blog du romancier Vincent Vallée - Chroniques , regards d'un auteur du Borinage.
jeudi 27 août 2026
Construire un vœu...
mercredi 26 août 2026
L'adolescence du perroquet de Amélie Nothomb par Vincent Vallée
Eh bien oui, comme chaque année à la même époque, Amélie prend l'avion avec moi pour une destination ensoleillée. Cette année, c'est sous le soleil de Majorque que j'ai dévoré (en deux après-midi au bord de la piscine) le dernier opus d'Amélie.
J'ai pu lire des critiques négatives, et en toute franchise, cette année, ce roman-conte m'a ravi ! Il est léger tout en pointant du doigt les difficultés qu'un parent peut rencontrer avec son enfant, puis son adolescent.
Alban, adolescent qui se réfugie au Louvre quand ça ne tourne pas rond pour lui, voilà une bien étrange idée, mais pourquoi pas ? C'est du pur Amélie Nothomb. Adulte, il est chroniqueur pour une radio et enchante avec des sujets légers qui ne requièrent pas une concentration extrême. Il aime ce travail, mais il vit seul. Contextualisons un peu le sujet : c'est la pandémie, et Dieu sait que l'on s'est parfois retrouvé bien seul durant cette période aussi atroce que loufoque...
Alban va céder à une petite annonce : « Perroquet nouveau-né à donner ». Et voilà notre chroniqueur papa adoptif d'un oiseau, certes bébé, mais c'est un gris du Gabon, interdit en France. Cet oiseau est connu non seulement pour vivre longtemps, mais surtout pour son intelligence.
Alban va découvrir l'oiseau, s'attacher fortement à lui, comme un père à son fils. Amélie nous livre ici un lot de cocasseries avec ce que peut répéter Jo, c'est son nom. Par exemple, il imite la chasse d'eau s'il n'aime pas quelque chose, réclame sa pitance avec ferveur, surtout son morceau de croissant frais, pas de la veille : l'oiseau n'est pas dupe...
Petit à petit, après la découverte, puis l'apprentissage, Alban va devoir faire face à la rébellion et à l'agressivité des réactions de Jo. Entre jalousie et ingratitude, Alban aura son lot de désenchantements avec son si précieux Jo. Une amie et une pet-sitter feront les frais de l'agressivité du gris du Gabon, au bec acéré comme un rasoir ! Alban lui-même en sait quelque chose pour avoir subi quelques coups de bec. L'ordinateur d'Alban, une toile de valeur ayant appartenu à la mère du jeune homme, les journaux... Peu de choses seront épargnées par le perroquet revanchard, jaloux, méprisant, ingrat et qui, pourtant, parfois, se montrera si aimant.
Amélie n'est pas maman, certes, mais elle cerne très bien, je crois, ce que peut ressentir un parent face à un enfant ou un adolescent qui lui-même est perdu au milieu de sa transformation, la fin de l'enfance. Ce n'est facile pour personne, ni pour l'enfant ni pour le parent, Amélie l'a bien compris.
Seulement, Alban n'en peut plus. Il devra faire face à une adolescence compliquée de sa progéniture par adoption. Terminés les bisous, les réflexions marrantes et le bruit de la chasse d'eau ; ce ne seront plus que cris et sons aigus, au point de devoir fuir l'appartement, abandonné au volatile... Et revoilà notre Alban au Louvre, réfugié comme lorsqu'il était enfant.
Comment vivre avec un être que l'on aime et qui ne vous le rend pas... Comment réclamer uniquement l'amour donné durant tant d'années sans devoir faire face à l'ingratitude qui en découle parfois...
En effet, l'amour n'est pas un dû...
mardi 25 août 2026
La majestueuse, la redoutable... De Vincent Vallée
Et un matin, de loin en loin, un horizon rectiligne, un astre timide mais percutant.
Des journées qui ondulent, bercées par des pensées qui écument, vont, viennent, reculent, n'assument pas. Ni qui elles sont ni pourquoi...
Et d'observer ces gens qui, comme à leur tour, chacun au comptoir du futur, viennent se presque recueillir devant elle, la grande, la majestueuse, la redoutable et silencieuse Méditerranée.
©Vincent Vallée
samedi 22 août 2026
Le chant du bourreau de Norman Mailer par Vincent Vallée
Il est des livres que l'on achète, d'autres que l'on nous conseille et puis il y a ceux qui nous attendent.
Le Chant du bourreau, de Norman Mailer, appartient pour moi à cette dernière catégorie. Pendant des années, cet énorme pavé a sommeillé chez mes parents. Il était là, quelque part parmi les livres de la maison, imposant avec ses quelque 1 300 pages, attendant simplement que je sois prêt à l'ouvrir. Lorsque je l'ai finalement fait, j'étais loin d'imaginer qu'il deviendrait, mon tout premier grand roman, au sens presque physique du terme : un de ces livres dans lesquels on entre pour longtemps et dont on ressort avec l'impression d'avoir vécu aux côtés de ceux qui le peuplent.
Prix Pulitzer en 1980, Le Chant du bourreau raconte l'histoire vraie de Gary Gilmore, resté célèbre aux États-Unis pour avoir été le premier condamné exécuté après le rétablissement de la peine capitale en 1976.
Mais réduire ce livre à l'histoire d'un condamné à mort serait terriblement réducteur.
Norman Mailer livre ici une œuvre monumentale, à mi-chemin entre le roman, le reportage et le document. Le livre s'inscrit dans ce courant américain que l'on a appelé le "New Journalism" : partir du réel, accumuler les témoignages, les faits et les détails, puis utiliser les armes du romancier pour leur donner chair. Mailer explique d'ailleurs lui-même sa démarche dans la postface : son récit se veut aussi exact que possible, fondé sur les faits, mais raconté comme s'il s'agissait d'un roman.
Et quel roman !
Gary Gilmore a passé une grande partie de son existence enfermé pour des délits commis dès sa jeunesse. Lorsqu'il retrouve enfin la liberté, il tente tant bien que mal de reprendre pied dans une existence ordinaire. Mais l'univers carcéral l'a profondément façonné. Quelques mois seulement après sa libération, il assassine froidement deux hommes au cours de deux vols distincts. Deux crimes absurdes, presque dérisoires dans leurs circonstances, qui vont le conduire une nouvelle fois derrière les barreaux.
Cette fois, pourtant, il n'en sortira plus.
Condamné à mort dans l'Utah, Gilmore prend alors une décision qui va transformer une affaire criminelle en événement national : il refuse de faire appel et réclame lui-même que sa condamnation soit exécutée.
À partir de là, tout s'emballe.
Sa famille, certains de ses avocats, les abolitionnistes, les autorités, les religieux et bientôt les journalistes tentent, pour des raisons parfois radicalement opposées, de s'emparer de son destin. Mais Gilmore s'obstine : puisqu'une société l'a condamné à mourir, alors qu'elle aille jusqu'au bout de sa logique.
C'est probablement là que le personnage devient le plus troublant.
Mailer ne cherche jamais à transformer Gary Gilmore en héros et encore moins à excuser ses crimes. Les deux hommes qu'il a tués étaient innocents et sa culpabilité ne fait aucun doute. Pourtant, au fil des centaines de pages, l'homme refuse obstinément de se laisser enfermer dans la seule image du monstre.
Gilmore est violent, imprévisible, égocentrique et parfois franchement détestable. Mais il est aussi intelligent, cultivé, sensible à l'art et lui-même excellent dessinateur. Il peut susciter le rejet quelques pages après avoir provoqué une étrange forme d'admiration. Et c'est précisément cette contradiction permanente qui rend le personnage aussi fascinant.
Car derrière Gary Gilmore se dessine peu à peu quelque chose de beaucoup plus vaste : l'Amérique des années 1970.
Norman Mailer fait surgir autour de lui une galerie impressionnante de personnages. Parents, amis, policiers, avocats, journalistes, voisins, militants, religieux, producteurs... Certains ne traversent le récit que durant quelques pages, d'autres nous accompagnent pendant des centaines. Chacun possède pourtant son histoire, ses failles et ses raisons d'agir.
À travers eux apparaît une Amérique profonde faite de petites villes, de gens modestes, de paumés, de croyants, d'opportunistes, de rêveurs et de laissés-pour-compte. Une Amérique où pèse également l'influence de la communauté mormone de l'Utah et de ses valeurs profondément conservatrices.
Puis arrive le cirque.
Parce qu'un homme condamné à mort qui réclame son exécution devient évidemment une formidable histoire médiatique.
Journalistes, télévision, producteurs et hommes d'affaires s'engouffrent dans l'affaire. On négocie les lettres de Gilmore, son histoire, les droits pour Hollywood. Le condamné devient progressivement une célébrité nationale depuis sa cellule et comprend lui-même très vite le pouvoir que lui confère cette soudaine notoriété.
Mailer observe cette gigantesque pantomime avec une ironie souvent féroce. Une société qui s'interroge officiellement sur la moralité de l'exécution d'un homme se montre parallèlement parfaitement capable de transformer cette mort annoncée en spectacle et en marchandise.
Et au milieu de tout cela se trouve Nicole Baker.
Elle n'a que dix-neuf ans lorsque Gary la rencontre peu avant les meurtres. Leur relation est chaotique, violente, sexuelle, passionnelle et profondément destructrice. Deux êtres abîmés qui semblent se reconnaître immédiatement et qui, pourtant, sont incapables de se sauver l'un l'autre.
Lorsque la prison les sépare, leurs lettres entretiennent cette passion impossible. Et derrière le fait divers, le procès et le débat sur la peine capitale, Le Chant du bourreau devient aussi une terrible histoire d'amour. Une histoire dont on sait presque immédiatement qu'elle ne peut pas bien finir.
C'est sans doute ce qui m'avait le plus impressionné lors de cette première lecture : malgré ses quelque 1 300 pages, je n'avais jamais eu l'impression de lire un livre interminable.
Au contraire.
Une fois entré dans cette histoire, il devient extrêmement difficile d'en sortir. Les pages s'accumulent, les personnages apparaissent, les destins s'entrecroisent et l'échéance approche inexorablement. Car nous savons comment tout cela va finir. Gary Gilmore sera exécuté par un peloton d'exécution le 17 janvier 1977, douze jours avant ma naissance, incroyable non ?
Et pourtant, on continue à lire comme si quelque chose pouvait encore empêcher l'inévitable.
Les derniers chapitres consacrés à son exécution, puis à ce qui suit sa mort et à sa crémation, restent pour moi parmi les passages les plus puissants du livre. Après avoir passé autant de temps avec Gilmore et tous ceux qui gravitent autour de lui, cette mort n'est plus une simple information historique. Mailer nous a obligés à regarder l'homme marcher jusqu'au bout du chemin qu'il a lui-même choisi.
Le Chant du bourreau est donc bien davantage qu'un roman criminel. C'est à la fois une fresque sociale, un récit politique, une réflexion sur la peine capitale, une histoire d'amour tragique, une plongée dans l'Amérique des années 1970 et une formidable étude de la nature humaine.
Ce roman a d'ailleurs occupé une place suffisamment particulière dans ma vie de lecteur pour que, des années plus tard, je cherche à prolonger cette histoire au-delà du livre. J'ai ainsi entretenu quelque temps une correspondance avec Mikal Gilmore, le frère de Gary, lui-même écrivain et journaliste. Une manière assez incroyable, finalement, de créer un lien avec cette histoire et cette famille qui m'avaient tant marqué lors de ma première lecture.
Et peut-être est-ce cela que je retiens surtout aujourd'hui.
Ce livre avait attendu des années chez mes parents avant que je me décide enfin à l'ouvrir. Il aurait pu continuer à dormir là encore longtemps. Mais une fois ouvert, il m'a fait découvrir quelque chose que je ne connaissais pas encore vraiment : le plaisir de disparaître pendant des centaines et des centaines de pages dans une histoire immense.
Mon premier grand roman.
Et certainement pas un livre que l'on referme tout à fait.
Nicole Baker-Gilmore
vendredi 21 août 2026
Robinson Crusoé de Daniel Defoe par Vincent Vallée.
dimanche 16 août 2026
Une enfance, c'est éphémère. De Vincent Vallée
Une enfance, c'est éphémère, oui ça passe furtivement et c'est donc précieux.
Un enfant ne garde son insouciance que quelques années, si peu d'années...
Les lui voler, les lui ôter, c'est pire que tout, car c'est voler une vie entière, la détruire, la défigurer. Peu importe le mal que l'on lui fera, ce mal-là restera sa vie durant. Comme une plaie mal soignée, une cicatrice qui se rappellera à lui, encore et toujours.
Un enfant, c'est un phare pour lui-même, pour son futur. C'est la base de tout être humain, c'est vers cette lumière que tout homme se tournera régulièrement pour s'orienter, se réchauffer le cœur, pour se cajoler l'âme s'il souffre, s'il vit une épreuve.
Alors oui, blesser une enfance, c'est empêcher un homme de se cajoler plus tard, c'est le condamner à vivre une vie de souffrance sans possibilité de se rassurer, de se tourner vers l'enfant qu'il fut puisque, lorsqu'il le voit, lui aussi souffre...
L'enfance, c'est une lumière, une boussole dans cette forêt de la vie où, si l'on n'y prend garde, on s'égare, au risque de ne jamais SE retrouver...
dimanche 2 août 2026
L'homme qui plantait des arbres de Jean Giono par Vincent Vallée
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