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dimanche 7 juin 2026

Le garçon qui n'avait pas le bon costume à la naissance de Lionel Carlier par Vincent Vallée

 


Comment aborder ce petit roman jeunesse, si grand par sa morale qui aide, pousse vers l'avant et édifie ?

Je dois d'abord parler de son auteur, qui signe ici son premier court roman jeunesse : Lionel Carlier.

Lionel n'est pas un inconnu pour moi, puisque j'ai usé le fond de mes pantalons sur les mêmes bancs d'école que lui lorsque nous étions à l'école primaire. Inutile de dire que nous étions de bons copains, que j'étais un mauvais élève tandis que Lionel était bien meilleur.

Mais au-delà d'être un bon élève, Lionel était timide, taiseux, introverti, et j'étais finalement un peu pareil. C'est certainement pour cette raison que nous nous entendions bien.

Le roman jeunesse que nous propose Lionel contient un peu de son histoire ; il y a ajouté quelques ingrédients de son enfance, comme tout bon auteur. Lionel est devenu instituteur, et cela ne m'étonne pas : il était fait pour ce costume d'enseignant, car il aime les enfants, se reconnaît en eux et aime transmettre.

C'est également pour cette raison que ce roman existe. Au cours de sa carrière, Lionel a pu constater, à regret, que peu de littérature existait pour les enfants dont il avait la charge et qui, comme beaucoup, cherchent leur place, le bon costume pour traverser l'enfance, puis l'adolescence, avant d'entrer dans le monde adulte, forts de leurs premières années.

Ce roman, je l'ai dévoré. Je sentais bien, depuis l'annonce de sa parution, qu'il y avait là quelque chose qui allait me parler, à moi, l'enfant qui a manqué de lectures jeunesse... Ce roman regorge de réflexions profondes et d'enseignements, le tout dans une ambiance cocasse et humoristique. Bien souvent, le sourire est venu éclairer mon visage de lecteur...

Quelques passages ?


 


Le petit garçon va pouvoir choisir ce que sera sa vie. Comme ce serait agréable, plus facile pour grandir et surtout plus amusant !

On se demande souvent, lorsqu'on est adulte, ce que l'on ferait autrement si l'on pouvait revenir en arrière. Lionel Carlier propose l'idée que, bien avant de naître, nous puissions choisir les fondations de notre vie, sans oublier qu'il faudra également choisir des faiblesses et des défauts. Sans quoi, que serait une vie si elle n'était qu'heureuse et parfaite ?

Je ne vous en dis pas plus, car il faut absolument lire ce petit guide de vie, joyeux, loufoque, cocasse et empli d'enseignements. Mais surtout, procurez-vous-le pour le faire lire ou, mieux encore, pour le lire à vos petits qui ont encore tout à faire, tout à construire. Lionel n'a pas vraiment trouvé de quoi habiller l'enfance des jeunes dont il avait la charge ; alors, il l'a imaginé, inventé et écrit.

Je recommande fortement cette lecture, vous l'aurez compris !!

Et pour conclure, quelques photos de votre serviteur chroniqueur et de l'auteur de ce joli roman, alors que nous avions l'âge de tous les possibles. 😉😉






vendredi 5 juin 2026

Kazan de James Oliver Curwood par Vincent Vallée

 



On parle généralement d'aventure humaine lors d'un récit centré sur l'entre-soi, la confrontation avec soi-même. Cette fois, j'ai découvert une aventure animale avec KAZAN. Et quelle aventure !

Avant de parler du roman, j'aimerais évoquer son auteur, l'écrivain James Oliver Curwood. Avec Jack London, le bien connu, il est un auteur spécialiste des aventures du Grand Nord, des contrées sauvages et de l'espèce animale. Déjà enfant, Curwood écrivait des histoires. Il n'était pas un étudiant assidu et discipliné ; pour preuve, son renvoi de l'école car, oui, il aimait vagabonder. Déjà aventurier dans l'âme, certainement...

Il fera cependant ses études jusqu'au bout et deviendra journaliste, mais là également, il se fera remarquer dans le mauvais sens du terme et sera... viré.

Alors, que faire si ce n'est ce qu'il aime et fait de mieux ? Écrire !

C'est à propos du Grand Nord canadien qu'il aime coucher ses idées, ses histoires, pour notre plus grande joie aujourd'hui de les lire.

Petite parenthèse : je ne saurais dire comment je suis arrivé à Curwood et pourquoi si tard, mais est-il un jour trop tard ? De la littérature jeunesse, dites-vous ? Fi de ces préjugés et des abords pompeux de la littérature ! On lit pour se la jouer ou pour l'évasion et le plaisir ? On lit pour citer des classiques et de grands auteurs ou pour raconter avec appétit l'histoire que l'on vient de lire et partager ? Nous serons d'accord : l'évasion et le partage grâce à un bon roman, c'est le plus important.

KAZAN, c'est un animal mi-loup, mi-chien, qui n'en sait rien. KAZAN, c'est la sauvagerie mêlée, comme l'est son sang, à la douceur, à la docilité. Mais KAZAN, c'est surtout l'histoire d'un animal que l'on va suivre au travers de ses yeux, au travers de son approche de ce que nous voyons comme lui, mais qu'il interprète avec sa condition de chien-loup. On va vivre ses aventures, oui, il y en aura plusieurs, avec crainte pour sa vie dans ce Grand Nord et au sein du monde animal qui se montre cruel, sans pitié, avec pour objectif de survivre avant tout.

KAZAN va souffrir, aimer, fuir, avoir faim, avoir froid. Et quand il aimera un humain, ce sera toujours une femme douce et sans crainte de lui, le loup. KAZAN sera parfois déchiré entre les caresses d'un humain qui lui veut du bien et une louve qui lui voue sa vie, ne le quitte jamais et, pour cause... Vous verrez pourquoi, c'est le cas de le dire... KAZAN sera le guide de Louve Grise durant les trois quarts du récit.

KAZAN bravera le grand froid, disais-je, mais aussi la peste rouge, le feu, l'eau, mais surtout l'homme armé d'un fouet ou d'un gourdin.

Avec KAZAN, on voyage, non seulement sur les routes, dans les forêts ou parmi les montagnes, mais aussi dans sa tête. On voit ce qu'il voit, on comprend ce qu'il comprend. Ce fut un magnifique voyage que ce roman.

Merci à la providence d'avoir placé sur mon chemin James Oliver Curwood !!

Je ne vous cache pas avoir entamé Le Grizzly et attendre Chasseurs de loups du même auteur pour une Masse Critique de Babelio.




JAMES OLIVER CURWOOD

 


mercredi 20 mai 2026

Dans la forêt de Jean Hegland par Vincent Vallée

 


Une fois n'est pas coutume, partons nous promener dans les bois.


C'est avec l'écrivaine Jean Hegland que nous allons prendre part au quotidien de Nell et Eva, deux jeunes filles qui vont se retrouver livrées à elles-mêmes au cœur de la forêt. Ne cherchez pas le lieu, cela demeure flou dans le récit, et c'est d'ailleurs très bien ainsi puisque le contexte est celui d'une dystopie.


En effet, le monde a cessé de tourner comme autrefois. Petit à petit, l'électricité a été coupée et Nell et Eva, dans un premier temps toujours en compagnie de leurs parents, vont se retrouver de plus en plus isolées puisqu'elles vivent dans les bois par choix.


Cette fiction va conduire les deux jeunes filles à faire face au pire : la survie, la mort, puis à nouveau la vie, pour conclure. C'est ce contexte qui m'a poussé à lire ce récit. Les bois, un presque huis clos, la survie… Tant d'ingrédients qui me séduisent.


C'est un roman un peu lent et difficile à contextualiser parce qu'il aurait gagné à être plus imprégné, plus décrit. On ne sait pas exactement ce qu'il s'est passé, les ambitions des deux jeunes filles sombrent dans l'oubli par la force des choses, elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes au milieu de la forêt, qui va devenir de plus en plus hostile au fil des pages. J'ai simplement déploré quelques passages un peu malsains, mais assez cohérents avec l'histoire malgré tout.


J'ai parfois été lent à lire car le récit l'est également. Cependant, j'ai gardé l'envie de savoir où l'autrice allait nous conduire. Je ne suis pas déçu, il y a de quoi garder un bon souvenir du roman de Hegland.


Et puis, chez moi, une histoire dans les grands espaces verts, perdus, loin du monde et du tumulte, ça fonctionne toujours, même si ce roman me semble imparfait.

lundi 27 avril 2026

Anne au domaine des peupliers de Lucy Maud Montgomery par Vincent Vallée

 


J'ai poursuivi la lecture de la saga de Lucy Maud Montgomery concernant la jeune Anne Shirley. Rappelons qu’Anne, dans le premier tome, est une orpheline adoptée par erreur par la famille Cuthbert, qui désirait un garçon pour les aider à la ferme. Anne est une jeune fille qui parle, parle, et puis qui a des rêves à foison, une imagination débordante qui envahit sa vie, se reflète sur celle des autres, elle rayonne.

Cependant, au fil des romans, je crois que l'idée, le projet de Montgomery s'essouffle... Dans ce tome, par exemple, on découvre les lettres qu’Anne envoie à son promis, le fameux Gilbert. Mais vous ne lirez aucune de ses réponses, Montgomery se focalise sur Anne, que sur Anne.

Aussi, et c'est le plus perturbant, la quantité de personnages qui interviennent dans le roman est incroyable et perd tout lecteur, quand bien même il serait en pleine forme et réveillé pour lire attentivement ! Ça, c'était très, très ennuyeux... On lit donc le roman pour avancer, mais on ne comprend plus rien ou si peu.

Il n'est presque pas question ici de Marilla, qui l'a adoptée, quand bien même Anne revient aux Pignons verts, sa maison d'adoption. Matthew, certes décédé dans les tomes précédents, n'est pas mentionné, oublié, lui qui aimait tant la petite Anne, la protégeait... Non, pas même une pensée.

Autre souci, Anne devient énervante. Elle se mêle d'un peu trop de vies, semble toujours avoir une explication ou une solution à tout, et c'est toujours son intervention qui résout les soucis de celles et ceux qui l'entourent. Elle est agaçante de positivité, pour la résumer rapidement.

Vous l'aurez compris, trop c'est trop. Là, j'ai eu ma dose de positivité et de "gnangnanterie", je vais passer à autre chose et, qui sait, reviendrai au tome 5 un de ces quatre.

mercredi 8 avril 2026

Le cœur lourd de Alain Finkielkraut par Vincent Vallée

 



Le cœur lourd… Un titre qui évoque bien des choses, bien des sentiments, bien des peines et quelques rancœurs.


Tout d’abord, le choix d’écriture. C’est compliqué pour moi, qui aime et ne lis que des romans. Ici, il s’agit d’une interview : qui suis-je pour juger du style ? Ce qui m’amène d’ailleurs à regretter que Finkielkraut ne soit pas romancier. J’aurais aimé le lire, lui.


Nous voici donc face à une interview écrite, et donc maîtrisée : personne pour l’interrompre, personne pour le contrarier dans le développement de sa pensée.


Je ne dirais pas que tout y passe, loin s’en faut, et c’est d’ailleurs un regret. On s’attarde beaucoup, trop sans doute, sur la cause juive, Israël et ce qui entoure ces sujets. Ma foi, on connaît déjà la position de Finkielkraut sur ces questions, et je suis assez d’accord avec lui. Même si, à mon goût, il ne dénonce pas suffisamment le fait d’avoir acculé, colonisé le peuple palestinien à la force des armes, au prix du sang qui a coulé, qui coule et coulera encore.

Finkielkraut critique certains décideurs juifs, certes, mais ne les met pas assez face à ce qu’il maîtrise le mieux : une pensée profonde, subtile, et une analyse qui se voudrait impartiale. C’est peut-être là le nœud du problème : peut-il l’être, lui-même concerné, souvent cible d’un antisémitisme qui reste, à mes yeux, une forme de racisme aussi pathétique que n’importe quelle autre.


On ressent très fortement la nostalgie du philosophe, notamment lorsqu’il évoque l’école et la langue française. Sur ce point, je le rejoins, avec quelques nuances.


J’aime la belle langue française, j’aime qu’elle soit bien utilisée, j’aime les formulations justes. Mais je ne suis pas opposé à son évolution. Certaines expressions “jeunes” m’horripilent, parce qu’elles ne veulent rien dire, ou si peu : genre, à la base, du coup, mais pas que, etc.


Finkielkraut s’interroge aussi beaucoup et s’inquiète même, face à l’émergence de l’IA. Elle s’impose partout. C’était annoncé dans les pires romans de science-fiction, et pourtant, nous y sommes.

Pour ma part, j’y vois aussi un filtre : un moyen de trier le bon grain de l’ivraie. Car je le constate, l’IA reste reconnaissable, prévisible, et les impostures finissent par se voir.


Qu’elle soit un outil, oui. Refuser de s’y adapter, ce serait rester sur la touche. Mais je veux le faire intelligemment : mon cerveau, ma capacité à créer, ne seront pas remplacés.


Enfin voilà. J’ai lu cet ouvrage assez rapidement, je l’admets. Et je n’en sors ni ravi, ni déçu. C’est assez plat, rien de bien nouveau dans cet exercice où le philosophe peut développer sa pensée à loisir.

J’aime l’écouter pour son éclairage, pour son opinion, mais cet ouvrage ne m’a pas appris grand-chose de plus que ce que je savais déjà.


Alors, pour quand un roman cher monsieur Finkielkraut ?


Alain Finkielkraut (né en 1949 à Paris) est un philosophe, essayiste et académicien français. Fils de survivants de la Shoah, il développe une œuvre centrée sur la culture, l’identité, l’école et la transmission. Ancien élève de l’École normale supérieure, il enseigne la pensée contemporaine et devient une figure médiatique à travers ses essais et ses interventions radiophoniques.

Élu à l’Académie française en 2014, il est reconnu pour ses prises de position souvent controversées sur les évolutions de la société.

vendredi 27 mars 2026

Anne quitte son île, de Lucy Maud Montgomery par Vincent Vallée

 


Nous voici au tome 3 de cette belle petite saga !

J'ai eu un peu plus de mal à entrer dans ce volume, car il est un peu plus lent à démarrer. Anne quitte son île, façon de parler, car elle y revient souvent pour retourner aux Pignons verts afin d'y retrouver Marilla. Anne y est d'ailleurs remplacée, si l'on peut dire, par madame Lynde, la voisine indiscrète mais toujours bienveillante. Cette dernière, étant veuve, s'est vue proposer cette aubaine par Marilla qui, avec le départ d’Anne, y trouve son compte en termes de compagnie et d'aide pour élever les jumeaux dont elle a la charge.

Anne arrive donc à l'université avec son lot d'inquiétudes et d'appréhensions. Une nouvelle amie fera son apparition : Philippa Gordon, un peu étrange et fantasque, mais qui s'avérera une bonne amie au fil du livre.

Ce que je retiens de bien intéressant, c'est l'abandon de l'extase permanente, ou presque, d’Anne face à tout ce qui lui arrive. J'en avais un peu marre de lire le mot « romantique », usé à l'excès par Montgomery. Là, nous entrons dans le concret, l'âge adulte, ce qui, me direz-vous, est cohérent avec mon reproche : enfant, Anne s'extasie vite et pour un rien ; une fois adolescente, moins. Je ne suis peut-être pas suffisamment romantique…

Anne va cependant de nouveau m'énerver dans ce tome, à ne pas admettre son amour pour le beau Gilbert, présent à ses côtés depuis son arrivée à Avonlea. Leur rencontre aura été maladroite, certes, mais après avoir compris son attachement à Anne, puis son amour pour elle, Gilbert n'aura de cesse de bien se comporter et de l'aimer, de lui être fidèle et, dans cet opus, de lui déclarer sa flamme. Anne, en bonne souffleuse de gâteau d'anniversaire, soufflera vite sur les bougies de cette flamme déclarée…

Son obstination à ne pas vouloir admettre qu'elle est éperdument amoureuse de Gilbert, et ainsi le repousser sans cesse au risque de le perdre, est agaçante.

Mais c'est ce qui fait d’Anne un personnage attachant et hors du commun parmi tous ceux que Montgomery nous offre et nous décrit, parfois un peu trop de personnages secondaires, par ailleurs, ce qui peut perdre le lecteur.

La lecture est plus plaisante dans sa seconde partie, et je ne suis pas déçu par sa fin.

Je vais donc poursuivre la saga avec le tome 4, mais vais lire un autre ouvrage avant. Montgomery aura réussi à me garder captif de son histoire, pour mon plus grand bonheur !

mercredi 18 mars 2026

Anne d’Avonlea de Maud Montgomery par Vincent Vallée

 


Anne d’Avonlea est une suite calme, logique et posée du premier tome. Après l’arrivée de la petite orpheline, adoptée par erreur chez les Cuthbert, nous retrouvons une Anne Shirley plus mûre. Depuis la mort de Matthew, quelque chose s’est installé en elle : davantage de retenue, plus de solidité, bien qu’elle demeure une grande rêveuse. Ses allées et venues au cimetière pour fleurir la tombe du brave Matthew sont particulièrement touchantes.


Une différence m’a frappé : Anne parle moins, s’épanche moins. Elle n’est plus la petite fille débordante du premier tome. Son imaginaire reste intact, mais il s’exprime avec davantage de mesure.


Dans cet opus, Anne devient institutrice et renonce à l’université pour rester auprès de Marilla, dont la vue décline. C’est aux Pignons verts qu’elle entre dans la vie adulte du haut de ses dix-sept ans. Le décor demeure presque inchangé : la belle île du Prince-Édouard, toujours aussi charmante, avec ses paysages féériques et son rythme apaisé, si ce n’est un orage mémorable pour ses habitants. Avonlea s’anime toutefois différemment : Anne, Diana, Gilbert et quelques autres créent une association d’amélioration du village, non sans quelques surprises cocasses.


Une autre surprise marque ce tome : l’arrivée de deux jeunes pensionnaires aux Pignons verts… Je n’en dis pas davantage.


Ce deuxième volume est, comme annoncé, plus calme. Peu de bouleversements, pas de grandes révolutions. Montgomery privilégie la continuité à l’intensité dramatique. Certains dialogues m’ont semblé un peu trop « fleur bleue », le mot « romantique » revenant parfois à l’excès, surtout dans les derniers chapitres. Ce romantisme, charmant dans l’enfance d’Anne, entre parfois en tension avec sa maturation. Mais il faut se souvenir qu’il s’agit d’une saga jeunesse écrite au XIXᵉ siècle : cette sensibilité appartient pleinement au style de l’auteure et à son époque.


Rien n’est déplaisant, mais ce tome agit davantage comme une transition : de l’adoption d’une enfant vers l’installation d’une jeune femme dans le monde adulte, avec en perspective un départ imminent de l’île.


Ces romans apportent une véritable évasion. Ils rappellent un vocabulaire que nous utilisons de moins en moins. Sous la plume de Montgomery, certes traduite en un français soigné et élégant, la langue est à l’honneur. Anne reste attachante, parfois trop rêveuse, mais dans un monde où tout va trop vite, ce coup de frein littéraire demeure un bienfait non négligeable.


Pour cette lecture, j’ai utilisé trois supports : le livre papier, la liseuse et le livre audio.


Je constate qu’il s’agit de trois expériences bien distinctes. Rien ne remplace, à mes yeux, le livre papier pour savourer pleinement la langue et les nuances. La liseuse en est un allié pratique, moderne, presque un compromis efficace. Quant au livre audio, il permet d’avancer lorsque le temps manque ou lorsque les yeux fatiguent, comme ceux de Marilla; il offre une bulle mobile précieuse. Mais il éloigne légèrement de la densité de lecture qu’offre le papier. Chaque support a sa légitimité, et l’essentiel reste de continuer à lire et à s’évader.


On entame le tome trois ?


Bien entendu.


Petite citation du roman que j'ai relevé: 

"Qu'il est beau le royaume que l'imagination dévoile"

Cette simple citation résume à elle seule, l'esprit de la plume de Montgomery.

dimanche 8 mars 2026

Et si ce jour-là, il avait plu de Muriel Blondiaux par Vincent Vallée

 



« Pourquoi tu m'as fait si tu sais que je vais mourir un jour ? »


Une réflexion percutante. Qui interroge. Qui touche. Qui blesse. Qui annonce peut-être.

Quand cette phrase sort de la bouche d'un enfant de quatre ans, on n’y voit rien de tout cela. Et pourtant… avec le recul, elle éclaire beaucoup de choses.


Ce témoignage est poignant. C’est celui d’une maman. Le récit d’un parcours fait de combats, de luttes, d’amour, bordé de déceptions. D’espoirs parfois vains.


Voilà tout le sens de ce livre-témoin : être un phare. Guider toutes celles et tous ceux qui traversent un deuil, ou une relation enfant-parents complexe. Et Dieu sait qu’il est difficile d’être adolescent. D’être différent. D’être trop.


Banu est un garçon qui, sa vie durant, cherche sa voie. Celle sur laquelle poser le pied. Comme tout un chacun, il chute pour tenter de se relever.


Mais lui ne fait souvent que frôler les directions qu’il emprunte. Il s’y pose, avance un peu, puis bifurque. Change de trottoir. Prend une autre direction. Puis encore une autre. Qui pourrait le lui reprocher ? Chaque épisode raconté par sa maman est une tentative de trouver une lueur, un cap, quelque chose qui pourrait devenir le sien. Et ne le sera jamais...


Car dans une existence, il n’y a pas qu’un trajet visible. Il y a aussi la traversée intérieure. Celle qu’on tait. Celle qui façonne en silence. Là aussi, c’est une lutte. Pour Banu, une succession de combats souvent vains. 

Pourtant, le récit le prouve : il a combattu. Avec envie. Avec espoir. Avec des réussites. Avec des échecs. Mais il a lutté.


« Tu ressentais tout trop fort »


Banu, on le comprend à travers ces pages, est un jeune homme lumineux et sombre à la fois. Contradictoire. Parfois perdu. Toujours aimant envers les siens, même lorsque tout se complique. On découvre des parents, des sœurs, qui font tout ce qu’ils peuvent, avec leurs moyens, avec leur amour. Ils avancent avec lui. Le suivent. L’accompagnent. L’encouragent, même dans l’incertitude.


« Maman, tu n'es pas dans ma tête... Tu ne sais pas... C'est un véritable bordel là-dedans ! »


Ce qui domine pourtant dans ce témoignage, c’est l’espérance d’une mère. Une mère au cœur battant de l’existence de son fils. Car il n’y a pas cent choix.

Soit on vit au travers de celui qui est parti.

Soit on meurt avec lui.


Soit on dirige la lumière du disparu pour éclairer la route des autres.

Soit on reste dans l’obscurité.


« Pour eux, ce n'est qu'une disparition. Les recherches commenceront demain. Mais moi, je sais. Je le sens dans mes os, dans ma chair, dans mon souffle. Mon enfant n'est plus... »


La vie de Banu fut courte. Souvent sombre. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait croire, il fut, et demeure, une lumière pour les siens, et aujourd’hui pour d’autres encore.


C’est tout le sens de cette chronique : diffuser sa lumière pour dissiper son obscurité.


« Je n'ai pas peur de mourir, maman, j'ai peur de la vie... »








Pour se procurer le témoignage, cliquez ICI

samedi 28 février 2026

Anne de la maison aux pignons verts de Lucy Maud Montgomery par Vincent Vallée

 



J'ai récemment craqué pour une saga littéraire dont je n'avais jamais entendu parler avant de découvrir la série sur Netflix. J'ai été frustré par l'avortement de la série en question et, en bon lecteur, je ne pouvais pas passer à côté de la lecture des ouvrages de Lucy Maud Montgomery.

On embarque dans la vie compliquée d’Anne Shirley, une petite fille rousse au visage criblé de taches de rousseur, frêle mais à la langue bien pendue. Et c'est peu dire...

Anne est sur le quai de la gare et attend sa nouvelle famille. En effet, elle est orpheline et vivait à l'orphelinat quand une demande est arrivée. Sauf que l'homme qui vient la chercher à la gare, Matthew, s'attend à adopter un garçon pour l'aider aux tâches de sa ferme, couramment appelée: « Les Pignons verts » de par l'architecture de la maisonnette où lui et sa sœur Marilla vivent depuis la mort de leurs parents. C'est sur l'île du Prince-Édouard que se situe la maisonnette, dans un écrin de nature merveilleux, chargé de neige en hiver et fleuri et verdoyant au beau temps revenu.

C'est dans ce contexte qu’Anne, l'orpheline, va commencer une autre vie, loin de celles qu'elle a endurées et qui étaient loin d'être rêvées jusqu'alors.

Une fois la confusion du choix d'un enfant passée, Matthew va se résigner, ou plutôt s'enfermer dans son légendaire mutisme et ramener la petite fille aux Pignons verts se disant que Marilla aviserait.

Anne va devoir apprendre à se faire accepter, surtout qu'elle est le mauvais choix pour la famille Cuthbert, qu'elle est frêle et rousse, et puis c'est une grande rêveuse qui parle et parle et parle encore.

Cependant, et c'est tout ce qui rend ce roman magnifique, elle parle pour dire ses rêves, partager tous les mots qu'elle a appris en lisant malgré son jeune âge et ses conditions de vie. Elle exprime ses rêves et déploie son imagination débordante, renommant un cerisier ou un lac par des titres rêvés, imaginant des histoires à longueur de journée. Anne se révèlera être une bonne élève et apprendra avec rigueur.

Ce premier tome m'a happé et j'ai découvert, comme souvent, que la série n'est pas très fidèle aux livres et c'est heureux car j'apprécie d'autant plus la lecture.

Vous aimez les jolies formulations, le beau français, les décors magnifiques et les belles histoires ? Alors n'hésitez plus, procurez-vous la saga. Moi, je vais entamer le second tome dans la foulée !



Qui est Lucy Maud Montgomery ?

Lucy Maud Montgomery (1874–1942) est une écrivaine canadienne mondialement connue pour avoir créé le personnage d’Anne Shirley, héroïne de la saga Anne of Green Gables (Anne… la maison aux pignons verts).

📚 Ce qu’il faut savoir

Née le 30 novembre 1874 à Clifton (aujourd’hui New London), sur l’Île-du-Prince-Édouard au Canada.

Elle perd sa mère très jeune et grandit chez ses grands-parents, une enfance marquée par la solitude, l’imagination et la lecture.

Elle publie Anne of Green Gables en 1908 : succès immédiat.

Le roman donnera lieu à plusieurs suites, formant une saga complète.

Son œuvre met en avant la nature, l’enfance, l’imagination, la résilience et la condition féminine.

✍️ Son style

Montgomery est reconnue pour :

la beauté poétique de ses descriptions, un français (ou plutôt un anglais d’origine) riche et classique, des héroïnes sensibles, rêveuses mais fortes, un attachement profond aux paysages de l’Île-du Prince-Édouard.

🌫️ Une fin plus sombre

Derrière la douceur de ses romans, sa vie fut plus complexe :
Elle a souffert de dépression et est décédée en 1942. Sa correspondance révèle une personnalité plus tourmentée que l’image lumineuse laissée par Anne.






mercredi 4 février 2026

La petite fille qui aimait Tom Gordon de Stephen King par Vincent Vallée

 


Je cherchais un roman captivant qui se déroule dans l'enfermement des bois, un huis clos, et comme je suis un inconditionnel du King, j'ai bien entendu craqué pour cet ouvrage. Bon, on dit de lui que c'est une nouvelle, mais a passé 180 pages pour moi, c'est un roman.


Trisha et Pete sont frères et sœurs et en bisbrouille constamment. Les parents sont divorcés et, bien entendu, chacun à sa façon tente de passer les moments avec ses enfants du mieux possible. C'est ainsi que la mère des deux enfants va planifier une sortie dans les bois, une randonnée. Tandis que le père, lui, est moins organisé, partageant l'amour du baseball avec sa petite fille. Pete n'est pas enchanté, ado, c'est son côté bougon et rebelle qui provoquera une dispute entre lui et sa mère, tandis que Trisha, elle, fera en sorte d'essayer de les distraire, en vain... Marchant devant elle sur un sentier dans le bois, Trisha sera prise d'une envie d'uriner importante. Malgré ses plaintes, sa mère et son frère continueront leurs disputes sans même se retourner sur Trisha.


Vous voyez venir le King, non ?


Trisha va chercher l'endroit le plus discret et confortable pour satisfaire un besoin naturel, tandis que sur le sentier plus haut maintenant, son frère et sa mère poursuivent leur bisbrouille au lieu de profiter de la sortie bucolique.


Trisha voudra les rejoindre en imaginant les rattraper en suivant un chemin parallèle au leur, mais le sentier s'avérera être tout désigné pour perdre la jeune fille... Et elle va se perdre.


Elle va se perdre durant des jours entiers... sans oublier les nuits. Stephen King va parvenir à nous faire frissonner pour la petite qui ne trouvera refuge qu'auprès de son joueur favori : Tom Gordon. Ce fut son aide imaginaire. Mais aussi, elle aura la chance d'avoir avec elle son Walkman... Un Walkman qui gardera la petite fille connectée au monde extérieur.


Je cherchais un roman "huis clos" et, bien entendu, il n'y a que le King qui pouvait m'en offrir un.


Un premier coup de cœur pour moi cette année !


jeudi 29 janvier 2026

Jésus le Sauveur des Editions Mame par Vincent Vallée (Critique BABELIO).

 




Avec Jésus le Sauveur, les éditions Mame proposent une adaptation en manga des Évangiles qui se veut à la fois fidèle, accessible et profondément respectueuse du message chrétien. Le pari est ambitieux : raconter toute la vie de Jésus, de l’Annonciation à l’Ascension, dans un format graphique moderne sans en trahir le sens spirituel. Et force est de constater que le pari est largement réussi.

Tout y est. Le récit suit chronologiquement les grands épisodes bibliques : l’annonce faite à Marie, la naissance à Bethléem, la menace d’Hérode et le massacre des Innocents, la fuite en Égypte, puis le retour à Nazareth. On voit Jésus grandir, se révéler lors de son baptême dans le Jourdain, affronter la tentation au désert et entrer pleinement dans sa mission.

La seconde partie du manga est consacrée à son enseignement et à ses actes : la prédication en Galilée, le choix des douze apôtres, les paraboles fondatrices et les miracles qui jalonnent son parcours. La multiplication des pains, la tempête apaisée, la guérison des malades, la résurrection de Lazare ou encore la transformation de l’eau en vin sont présentées avec clarté et sobriété, toujours au service du message central : l’amour du prochain, le pardon, l’humilité et la primauté du cœur sur la richesse matérielle.

La passion et la mort du Christ sont traitées sans sensationnalisme, avec une retenue qui renforce l’émotion. La trahison de Judas, la crucifixion entre deux criminels, la mise au tombeau, puis la résurrection et l’Ascension concluent le récit sur l’essentiel : le commandement d’amour universel laissé aux hommes.

Graphiquement, le choix du noir et blanc fonctionne parfaitement. Le dessin est sobre, lisible, parfois presque dépouillé, mais toujours expressif. Cette simplicité visuelle met en valeur le texte et évite toute spectacularisation inutile. Le manga ne cherche pas à impressionner, mais à transmettre.

Au final, Jésus le Sauveur est une œuvre pédagogique et spirituelle, qui s’adresse aussi bien aux croyants qu’aux lecteurs curieux de découvrir ou redécouvrir les Évangiles autrement. Un manga qui recentre le message chrétien sur ses fondamentaux, loin des dérives institutionnelles et du bruit du monde. Une belle découverte, sincère et accessible.


dimanche 25 janvier 2026

Une pension en Italie de Philippe Besson par Vincent Vallée


Je retrouve chaque année, en janvier, le nouvel ouvrage de Philippe Besson. Et c’est chaque fois un plaisir assuré, car je connais la plume de cet auteur qui, je le confesse, a toute ma faveur en France.


De nouveau, Besson nous entraîne dans un récit qui semble autobiographique et sème le doute dans ses interviews. Force est de constater que le texte penche davantage vers le vécu — romancé, certes — de l’écrivain.

Cette fois, après avoir évoqué, entre autres, ses amours anciennes et perdues, c’est vers celle de son aïeul qu’il nous invite à nous tourner. Plus précisément, nous partons pour l’Italie. Et je tiens à dire qu’en plus d’être lumineux, ce roman est une véritable invitation au voyage, une source pour tous ceux qui rêvent de découvrir le pays latin, ses paysages et ses villages.

C’est l’histoire de Paul, le grand-père du narrateur, qui nous est racontée à travers les rares confidences de sa mère, Suzanne. Plus précisément encore, un secret de famille, de ceux qu’il ne faut pas trop remuer, par habitude, par « tradition » familiale. Il n’était pas rare, dans les années d’après-guerre, que l’on taise, que l’on recouvre d’une chape de plomb un scandale — ou tout ce qui pouvait faire plus de mal que de bien si l’on en parlait.

C’est dans une pension de famille que Paul, professeur d’italien, emmène son épouse et ses deux filles. Voyageur aguerri, soucieux de tout préparer, de tout planifier, il n’a rien laissé au hasard.

Dans cette pension, nous ferons connaissance avec les pensionnaires, l’hôte, Vincent le peintre,... et Sandro, le cuisinier italien.

Au départ, rien ne laissait présager quoi que ce soit. Tout se passait bien. Ou, tout du moins, tout se déroulait comme depuis vingt-cinq ans. Le couple, marié, parents de deux fillettes, avait ses habitudes, ses routines, peu ou pas de conflits. Un couple banal, dirons-nous. Sauf que Paul vivait avec un secret volontairement enfoui, repoussé au plus profond de ses tripes et de ses pensées.

C’était sans compter sur Dame Nature qui, tôt ou tard, réveille et remue ce qui est profondément inscrit en nous. Elle se soucie peu de ce que nous avons mis des années à étouffer, à dissimuler sous l’habitude et le conventionnel. Un jour, elle souffle sur la poussière des secrets, et ceux-ci apparaissent alors éclatants, évidents, impossibles à dissimuler encore.

Le regard de Paul qui croise celui de Sandro, à table, au moment où ce dernier annonce les plats, sera ce souffle-là. Le premier coup de vent. La tempête qui s’ouvre pour Paul — mari, père, professeur — à la vie jusque-là bien rangée.

Le secret ne peut plus tenir. Impossible pour Paul de résister. Des regards échangés, une conversation dans le jardin, puis, dans le plus grand secret de la pension italienne, deux corps qui se trouvent, se reconnaissent, se découvrent.

C’est au cœur de cette tempête que Paul devra faire un choix.

De cette histoire, de ce secret de famille, Suzanne, la mère du narrateur, ne connaît que des fragments. Des suppositions, des souvenirs lointains de son père, Paul.

Alors le fils de Suzanne, le narrateur, cherche à comprendre. Il ravive les braises du souvenir, tente de saisir ce qui a bien pu se jouer entre sa grand-mère et son grand-père. Entre Paul et Sandro. Ce qui a infléchi, à jamais, la destinée de sa mère, Suzanne.

Et si tout restait encore à découvrir ?

J’ai, une fois de plus, été enchanté par cette lecture. Comme de coutume, Philippe Besson et son style m’ont emporté, et je ne suis guère déçu.
Comme chaque année, en janvier.

mercredi 31 décembre 2025

James de Percival Everett par Vincent Vallée





Dire que je suis sorti enthousiasmé de cette lecture serait mentir. L’idée d’un esclave cultivé constitue, à mes yeux, un pied de nez à l’œuvre originale de celui qui a inspiré l'auteur, mais un pied de nez insuffisamment creusé. La réécriture d’un texte appartenant au panthéon de la littérature américaine " Tom Sawyer et les aventures de Huck Finn" est en soi un geste étrange; l’attribution d’un prestigieux prix littéraire à cette entreprise ne l’est pas moins. J'ai d'ailleurs craqué car ce prix fut décerné autrefois à Norman Mailer pour "Le chant du bourreau" et ce roman (énorme) m'a mis le pied à l'étrier de la lecture. 


Le livre se lit difficilement, contrairement à l’œuvre fondatrice qui a inspiré Everett. Pourtant, la question centrale, celle de la culture de Jim, ne parvient jamais vraiment à percer. Dans le récit de Everett, Jim l'esclave que l'on connait dans l'œuvre de Twain parle sans prononciation "nègre" et se remet à parler de cette manière quand il est en présence de blancs. Visiblement il s'est cultivé en lisant des livres. Pour moi ça se tient, mais ce qui ne colle pas c'est que avec ses amis et sa famille ils parlent très bien entre eux. Pourtant on ne précise pas que tous se sont mis à lire des livres dans la bibliothèque du juge Tatcher, lui aussi issu du récit de Twain. C'est incohérent.

Les rares interrogations suscitées par ce que l'on peut nommer « curiosité » restent en surface : elles sont peu développées, trop peu présentes dans un récit qui demeure étonnamment sage dans sa mise en abyme d’un esclave fugitif mais cultivé, figure pourtant déjà abondamment explorée par la littérature.

La dissociation entre esclavage et culture, pourtant prometteuse, n’est pas assez mise en valeur ; les questionnements qu’elle pourrait engendrer restent trop peu nourris pour réellement troubler le lecteur. Le langage "négro" que l'auteur prête à Jim pourrait être intéressant mais il s'avère un peu inutile, superflu, compliquant la lecture et sa fluidité.

J’ai lu Mark Twain il y a longtemps ; il me manque sans doute certains points de comparaison, mais le sentiment dominant demeure celui d’une faim non assouvie.

Percival Everett est pourtant un écrivain dont l’œuvre s’est souvent distinguée par une liberté de ton et une audace narrative bien moins respectueuses des codes. Ici, il gagnera sans aucun doute en notoriété grâce à cet opus à la filiation prestigieuse. Mais il ne devra cette reconnaissance qu'à la tentative de prolongation du récit de Twain et ne lui arrive pas à la cheville.

Ce roman demeure une lecture plaisante, mais frustrante. De plus, encore un roman récompensé par un prix et pas des moindres qui me renforce dans mon avis déjà fondé. Un prix ne reflète pas la qualité d'un écrit et encore moins sa qualité. Une poignée de personne reflétant une pseudo élite est tout sauf un gage de qualité qui permet de juger de la remise d'un prix ! À quand un prix décerné par des lecteurs réunis en masse pour une sélection de romans et qui répondraient à un même questionnaire à l'issue de leur lecture pour remettre un prix à un auteur ?

Bigfoot, Dogman de Bragi Bellovaque par Vincent vallée




Avec Bigfoot, Dogman, Bragi Bellovaque nous entraîne aux frontières du réel, là où la science hésite, où le mythe persiste et où l’imaginaire reprend ses droits. En s’appuyant sur les figures emblématiques de la cryptozoologie — ces créatures que l’on dit apercevoir sans jamais pouvoir vraiment les prouver — l’auteur propose bien plus qu’un simple catalogue de monstres modernes : il interroge notre rapport au monde, à la nature, et à nos propres peurs.

Le point de départ est clair : depuis que l’humanité a conquis, exploité et transformé la planète, il reste de moins en moins de zones d’ombre. Pourtant, ces zones subsistent dans nos récits, nos témoignages, nos légendes contemporaines. Bigfoot, Dogman et leurs semblables deviennent alors les symboles d’un monde sauvage que l’on refuse de voir disparaître tout à fait. Bellovaque joue habilement avec cette tension entre rationalité et fascination, entre discours scientifique et récits d’observations troublantes.

La force du livre réside dans son atmosphère. On y sent une vraie passion pour ces mythologies modernes, mais aussi une distance critique bienvenue. Le texte ne cherche pas à convaincre à tout prix, ni à ridiculiser : il explore, questionne, met en perspective. Le lecteur se retrouve ainsi dans une position inconfortable et stimulante, oscillant sans cesse entre scepticisme et curiosité.

Le style est direct, efficace, parfois presque documentaire, ce qui renforce l’impression de crédibilité et d’immersion. On avance de témoignage en réflexion, de créature en hypothèse, avec ce sentiment constant de marcher sur une ligne de crête entre le rationnel et l’inexplicable. Ce n’est pas un livre d’horreur, mais il installe une étrangeté persistante, une petite inquiétude diffuse : et si, malgré tout, il restait encore quelque chose, là quelque part dehors ?

Bigfoot, Dogman s’adresse autant aux amateurs de mystères et de légendes contemporaines qu’aux lecteurs curieux des zones grises de notre modernité. Un livre qui se lit comme une exploration : celle de nos peurs, de nos croyances, et de ce besoin très humain de peupler l’inconnu.


Lien Babelio

 


mardi 2 décembre 2025

Le magicien d'Oz de Lyman Frank Baum par Vincent Vallée




Un conte...

Mais alors, autant lire un classique !

Pour le coup, c’est à l’occasion de l’anniversaire de mon fils que j’ai été amené à me procurer ce conte pour lui.
Je me suis dit : « Pourquoi pas en acheter deux ? »

Voilà qui est fait.

Le Magicien d’Oz, c’est l’histoire surréaliste — oui, c’est un conte — de Dorothy et Toto, son fidèle chien, qui vont se voir emportés par une tempête alors qu’ils vivaient au Kansas, chez Tante Em, et se retrouver au pays d’Oz.

C’est alors que Dorothy va chercher comment rentrer au Kansas et marcher pour trouver la cité d’Émeraude.

Une longue marche qui va les amener à rencontrer un épouvantail qui aspire à devenir intelligent, un bûcheron en fer-blanc qui veut un cœur capable d’aimer, et un lion timide qui rêve d’être un héros.

Une histoire gentille : on y trouve les personnages loufoques dignes d’un conte surréaliste, et on ne s’ennuie pas, malgré les répétitions parfois un peu lourdes.

Bon, j’avoue également que je m’attendais à beaucoup mieux, même si j’ai aimé.
Mais on nous explique que c’est une des histoires les plus lues et populaires aux U.S.A., donc j’avais de grands espoirs.

Cependant, je me répète : l’histoire est sympa, le conte fonctionne bien et, bien entendu, le public visé est plutôt jeune.

Petit plus : cette collection est de qualité, un bel ouvrage pour faire un cadeau de Noël !

vendredi 14 novembre 2025

L'homme qui lisait des livres de Rachid Benzine par Vincent Vallée


L’homme qui lisait des livres est précisément ce qu’il faut faire, à mon sens, pour comprendre l’Histoire : lire des livres pour pallier les médias en quête de buzz ou politisés. De fait, bridés !

Dernièrement, j’écoutais un grand journaliste, évité par les télés car il ose dire des vérités : Michel Collon, expliquer que l’on ne s’en sortira que par les livres. Je crois que ce court roman de Benzine en est la preuve.

Nous partons à la rencontre d’un reporter photographe en 2014, chargé de trouver le cliché choc pour le revendre aux médias.
C’est à l’occasion d’une de ses déambulations qu’il fait la connaissance de Nabil, vieil homme qui tient une petite librairie, envers et contre tout.

Le libraire voit le photographe se préparer à le prendre en photo et l’interpelle alors, en lui disant avec justesse et sagesse que prendre une photo, c’est certes intéressant, mais qu’il faut comprendre l’histoire qui se cache derrière…

C’est ainsi qu’en peu de pages, Nabil va raconter sa vie :

L’exil de sa famille après la création de l’État d’Israël en 1948, l’errance d’un camp de réfugiés à un autre, ses études au Caire, son retour à Gaza, ses amours, ses drames et ses joies, et les livres qui l’ont marqué et accompagné à différentes étapes de sa vie. Sa famille décimée et sa survie, envers et contre tout. Quand tout un chacun laisserait tomber, le peuple palestinien continue de se battre en résistant, en reconstruisant, en balayant la poussière avec un balai cassé et usé à force de ne servir à rien. Peu importe, ils tiennent !

Dans ce petit roman est relatée la vie des Palestiniens d’avant 2023, au travers de la vie de la famille de Nabil, la vie de la génération de mes parents et grands-parents.

Alors que le roman se termine, notre photographe revient sur aujourd’hui et raconte ce qui est arrivé à Gaza, à la Palestine en général. Il revient brièvement sur le Hamas et cherche le libraire. Il faudra peu de phrases pour comprendre…

Le génocide récent est, je crois, un condensé de plus de soixante-dix années d’acharnement, condensé en deux petites années…
Raconter au travers de l’histoire de Nabil, c’est raconter l’histoire du peuple palestinien. C’est précisément ce qu’il faut faire. Il faut lire pour découvrir, pour comprendre, pour avoir une opinion tranquille et sage, posée.

Oui, ce n’est que par les livres que l’on s’en sortira. N’y aurait-il pas de librairies en Israël ? Le gouvernement de l’assassin au pouvoir là-bas ne sait-il pas lire ?
On est en droit de s’interroger, après lecture…



Rachid Benzine est un intellectuel franco-marocain né le 5 janvier 1971 à Kénitra au Maroc. Spécialiste de l'islam, politologue et enseignant, il s'est également illustré comme écrivain à travers ses romans et ses pièces de théâtre. Il représente une voix majeure de l'islam libéral dans l'espace francophone.

Source biographie : wikipedia



lundi 3 novembre 2025

Respire, c'est de l'iode ! De Anny Duperey par Vincent Vallée

 




Cet ouvrage n’est pas un roman, bien que la vie de la célèbre et si pétillante actrice Anny Duperey soit franchement romanesque !

C’est un peu comme si je m’étais baladé dans le village de Montmartre, déambulant dans ses rues illustres et emplies de poésie, de couleurs, d’histoires... Et puis, au détour d’une ruelle étroite, j’aperçois la grande Anny, assise à la terrasse d’un des nombreux bistrots sympathiques et on ne peut plus vivant.

Je m’approche, salue Madame Duperey discrètement, m’assieds plus loin et l’écoute raconter à ses ami(e)s des anecdotes. Mais pas n’importe lesquelles : 
les siennes, celles de sa vie, allant de son enfance entachée par la perte de ses deux parents, son éducation assurée par d’autres, un deuil qui ne se fait pas... Jusqu'à la découverte d’un don pour la peinture, son amour des couleurs, de la couture, la confection de tenues colorées et vivantes, virevoltantes même ! Tout comme elle.

Et puis la scène, le théâtre, le cinéma, les rencontres avec des acteurs légendaires, comme Marielle, Rochefort.

Imaginez la sympathique Anny Duperey, avec ses grands gestes et son éloquence qui font du bien, chassant les nuages de la vie, et qui raconte, raconte encore... Les amies, les potes, les amours, ses enfants...

Tout au long de ma lecture, c’est sa voix que j’ai entendue. Pour l’avoir suivie dans la magnifique série Une famille formidable, je peux dire que je n’ai pas eu de mal à imaginer la scène. 
Volubile, éloquente — je le disais — haute en couleurs, c’est le cas de le dire... Et vous pouvez vous attendre à passer un moment plus que sympathique avec une grande dame qu’on aimerait avoir pour amie, pour grande sœur, pour mère, et enfin pour mamy, puisqu’elle assume parfaitement son « grand » âge, comme elle le dit. 
Madame Duperey offre de la détente, des anecdotes, des rencontres comme cette dame qui trimballait derrière elle un chariot, errant dans Paris et qu'elle voudra aider en lui offrant des chaussures. S'adressant finalement à elle, comme à une étrangère, mais qui s'avèrera parler magnifiquement français. 
Jamais Anny n'oubliera cette femme digne et étrange. 
Elle évoquera ses amours, son époux Bernard Giraudeau, père de ses enfants, son approche de l'éducation parentale avec son incompréhension face à des parents un tantinet gaga de leurs enfants, regrettant qu'ils grandissent. Tandis qu'Anny elle,  trouvera les siens de plus en plus intéressants en grandissant. Sa vie quoi... 
Mais elle précise qu’il faut, avant toute chose, aimer la vie, rire, travailler avec passion, échouer, recommencer, aimer...

J’ai toujours aimé cette dame, cette grande actrice du cinéma et du théâtre français. Je la découvre comme auteure, et quel ravissement !

Courez vous procurer une papote avec Anny Duperey : elle vous contera des anecdotes de sa vie plus que croustillantes !

Je profite de cette chronique pour remercier mon cher ami écrivain, Manuel Verlange, de m’avoir obtenu une dédicace.










jeudi 23 octobre 2025

Quand on dansait sur les toits de Tristan Koëgel par Vincent Vallée


J’ai choisi de poster une grande reproduction de la couverture du roman que je vous présente, car elle est magnifique et parfaitement représentative de l’histoire qu’elle illustre.

De prime abord, on pourrait se dire que ce sera un récit triste ou déprimant, puisqu’il raconte l’histoire de Mayssane, atteinte d’un cancer.
Mais la maladie n’est jamais nommée — et c’est très bien ainsi, car pour Mayssane et Pablo, son ami, ce ne sont que des “bestioles” à combattre.

Pablo et Mayssane, c’est ce que je retiens avant tout de ce magnifique roman jeunesse.
C’est une belle histoire d’amitié, qui se transforme peu à peu en histoire d’amour, à travers l’épreuve, la maladie, le combat.

Roman jeunesse, disais-je… mais pour moi, c’est un roman pour tous les âges.
Il me parle énormément, car j’ai moi-même traversé la case cancer en 2015.
Les “bestioles”, c’est l’inconnu : on ne sait pas les combattre de front, il faut être aussi rusé, aussi tenace qu’elles.
Et pour y parvenir, il faut parfois perdre ses cheveux, se confier aux médecins, accepter l’impuissance. Rien de tout cela n’est facile…

Ce roman est une ode à l’amitié, à la complicité, à la ténacité.
Pablo ne baisse jamais les bras.
Il se coupe en mille pour combattre aux côtés de son amie, et il n’est pas seul : il y a aussi leurs amis, les “Pirates”, qui partent avec eux à l’abordage de la maladie.
Des rituels se mettent en place pour aider Mayssane à tenir, à sourire envers et contre tout.
Mais le plus touchant, c’est lorsque Pablo grimpe sur le toit pour aller frapper à sa fenêtre et lui redonner de la force.
Ou quand ils marchent ensemble sur les toits, défiant la vie, lui criant qu’ils l’aiment malgré tout.

C’est un roman poétique d’un bout à l’autre — rassurant, édifiant, et qui donne de la force.

J’ai déjà lu Tristan Koëgel, avec Bluebird, Les sandales de Rama et Le Grillon
Récemment, je me suis dit que cela faisait un moment que je n’avais pas lu de roman jeunesse.
Et, allez savoir pourquoi, j’ai tout de suite pensé à Tristan Koëgel
La réponse à ce “pourquoi”, je crois qu’elle se trouve dans les liens que je vous ai laissés ci-dessus.

Pour revenir au roman, je pourrais vous citer de nombreux passages — il y a tant de perles narratives que je n’aurais sans doute pas assez de place ici !
Mais en voici tout de même quelques-unes :

"La vie ne s'économise pas. Elle n'a pas peur de perdre. Elle donne sans compter, sans penser à l'avance à ses chances de succès. Comme toi, Pablo. Tu n'es pas économe, et tant mieux. Je n'aime pas les économes. Ceux qui calculent. ceux qui prévoient. Ceux qui se regardent marcher quand il marchent en se félicitant de n'avoir pas couru. Ceux chez qui la vie résonne encore. Je préfère ceux qui tentent sans être sûrs de réussir. Ceux qui vivent sans se demander s'ils seront un jour un arbre assez grand. Ceux chez qui la vie résonne encore. Il n'y a qu'eux qui sont capables d'accomplir des miracles."


"Quand la mer a mangé le soleil et que le ciel devient noir, si on navigue assez longtemps, jusqu'à l'endroit où ils se rejoignent, on s'envole vers les étoiles.

-Tu crois ?

-J'en suis sûr. Mais je suis pas certain qu'on puisse en revenir par contre."