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dimanche 8 mars 2026

Et si ce jour-là, il avait plu de Muriel Blondiaux par Vincent Vallée

 



« Pourquoi tu m'as fait si tu sais que je vais mourir un jour ? »


Une réflexion percutante. Qui interroge. Qui touche. Qui blesse. Qui annonce peut-être.

Quand cette phrase sort de la bouche d'un enfant de quatre ans, on n’y voit rien de tout cela. Et pourtant… avec le recul, elle éclaire beaucoup de choses.


Ce témoignage est poignant. C’est celui d’une maman. Le récit d’un parcours fait de combats, de luttes, d’amour, bordé de déceptions. D’espoirs parfois vains.


Voilà tout le sens de ce livre-témoin : être un phare. Guider toutes celles et tous ceux qui traversent un deuil, ou une relation enfant-parents complexe. Et Dieu sait qu’il est difficile d’être adolescent. D’être différent. D’être trop.


Banu est un garçon qui, sa vie durant, cherche sa voie. Celle sur laquelle poser le pied. Comme tout un chacun, il chute pour tenter de se relever.


Mais lui ne fait souvent que frôler les directions qu’il emprunte. Il s’y pose, avance un peu, puis bifurque. Change de trottoir. Prend une autre direction. Puis encore une autre. Qui pourrait le lui reprocher ? Chaque épisode raconté par sa maman est une tentative de trouver une lueur, un cap, quelque chose qui pourrait devenir le sien. Et ne le sera jamais...


Car dans une existence, il n’y a pas qu’un trajet visible. Il y a aussi la traversée intérieure. Celle qu’on tait. Celle qui façonne en silence. Là aussi, c’est une lutte. Pour Banu, une succession de combats souvent vains. 

Pourtant, le récit le prouve : il a combattu. Avec envie. Avec espoir. Avec des réussites. Avec des échecs. Mais il a lutté.


« Tu ressentais tout trop fort »


Banu, on le comprend à travers ces pages, est un jeune homme lumineux et sombre à la fois. Contradictoire. Parfois perdu. Toujours aimant envers les siens, même lorsque tout se complique. On découvre des parents, des sœurs, qui font tout ce qu’ils peuvent, avec leurs moyens, avec leur amour. Ils avancent avec lui. Le suivent. L’accompagnent. L’encouragent, même dans l’incertitude.


« Maman, tu n'es pas dans ma tête... Tu ne sais pas... C'est un véritable bordel là-dedans ! »


Ce qui domine pourtant dans ce témoignage, c’est l’espérance d’une mère. Une mère au cœur battant de l’existence de son fils. Car il n’y a pas cent choix.

Soit on vit au travers de celui qui est parti.

Soit on meurt avec lui.


Soit on dirige la lumière du disparu pour éclairer la route des autres.

Soit on reste dans l’obscurité.


« Pour eux, ce n'est qu'une disparition. Les recherches commenceront demain. Mais moi, je sais. Je le sens dans mes os, dans ma chair, dans mon souffle. Mon enfant n'est plus... »


La vie de Banu fut courte. Souvent sombre. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait croire, il fut, et demeure, une lumière pour les siens, et aujourd’hui pour d’autres encore.


C’est tout le sens de cette chronique : diffuser sa lumière pour dissiper son obscurité.


« Je n'ai pas peur de mourir, maman, j'ai peur de la vie... »








Pour se procurer le témoignage, cliquez ICI

samedi 28 février 2026

Anne de la maison aux pignons verts de Lucy Maud Montgomery par Vincent Vallée

 



J'ai récemment craqué pour une saga littéraire dont je n'avais jamais entendu parler avant de découvrir la série sur Netflix. J'ai été frustré par l'avortement de la série en question et, en bon lecteur, je ne pouvais pas passer à côté de la lecture des ouvrages de Lucy Maud Montgomery.

On embarque dans la vie compliquée d’Anne Shirley, une petite fille rousse au visage criblé de taches de rousseur, frêle mais à la langue bien pendue. Et c'est peu dire...

Anne est sur le quai de la gare et attend sa nouvelle famille. En effet, elle est orpheline et vivait à l'orphelinat quand une demande est arrivée. Sauf que l'homme qui vient la chercher à la gare, Matthew, s'attend à adopter un garçon pour l'aider aux tâches de sa ferme, couramment appelée: « Les Pignons verts » de par l'architecture de la maisonnette où lui et sa sœur Marilla vivent depuis la mort de leurs parents. C'est sur l'île du Prince-Édouard que se situe la maisonnette, dans un écrin de nature merveilleux, chargé de neige en hiver et fleuri et verdoyant au beau temps revenu.

C'est dans ce contexte qu’Anne, l'orpheline, va commencer une autre vie, loin de celles qu'elle a endurées et qui étaient loin d'être rêvées jusqu'alors.

Une fois la confusion du choix d'un enfant passée, Matthew va se résigner, ou plutôt s'enfermer dans son légendaire mutisme et ramener la petite fille aux Pignons verts se disant que Marilla aviserait.

Anne va devoir apprendre à se faire accepter, surtout qu'elle est le mauvais choix pour la famille Cuthbert, qu'elle est frêle et rousse, et puis c'est une grande rêveuse qui parle et parle et parle encore.

Cependant, et c'est tout ce qui rend ce roman magnifique, elle parle pour dire ses rêves, partager tous les mots qu'elle a appris en lisant malgré son jeune âge et ses conditions de vie. Elle exprime ses rêves et déploie son imagination débordante, renommant un cerisier ou un lac par des titres rêvés, imaginant des histoires à longueur de journée. Anne se révèlera être une bonne élève et apprendra avec rigueur.

Ce premier tome m'a happé et j'ai découvert, comme souvent, que la série n'est pas très fidèle aux livres et c'est heureux car j'apprécie d'autant plus la lecture.

Vous aimez les jolies formulations, le beau français, les décors magnifiques et les belles histoires ? Alors n'hésitez plus, procurez-vous la saga. Moi, je vais entamer le second tome dans la foulée !



Qui est Lucy Maud Montgomery ?

Lucy Maud Montgomery (1874–1942) est une écrivaine canadienne mondialement connue pour avoir créé le personnage d’Anne Shirley, héroïne de la saga Anne of Green Gables (Anne… la maison aux pignons verts).

📚 Ce qu’il faut savoir

Née le 30 novembre 1874 à Clifton (aujourd’hui New London), sur l’Île-du-Prince-Édouard au Canada.

Elle perd sa mère très jeune et grandit chez ses grands-parents, une enfance marquée par la solitude, l’imagination et la lecture.

Elle publie Anne of Green Gables en 1908 : succès immédiat.

Le roman donnera lieu à plusieurs suites, formant une saga complète.

Son œuvre met en avant la nature, l’enfance, l’imagination, la résilience et la condition féminine.

✍️ Son style

Montgomery est reconnue pour :

la beauté poétique de ses descriptions, un français (ou plutôt un anglais d’origine) riche et classique, des héroïnes sensibles, rêveuses mais fortes, un attachement profond aux paysages de l’Île-du Prince-Édouard.

🌫️ Une fin plus sombre

Derrière la douceur de ses romans, sa vie fut plus complexe :
Elle a souffert de dépression et est décédée en 1942. Sa correspondance révèle une personnalité plus tourmentée que l’image lumineuse laissée par Anne.






mercredi 4 février 2026

La petite fille qui aimait Tom Gordon de Stephen King par Vincent Vallée

 


Je cherchais un roman captivant qui se déroule dans l'enfermement des bois, un huis clos, et comme je suis un inconditionnel du King, j'ai bien entendu craqué pour cet ouvrage. Bon, on dit de lui que c'est une nouvelle, mais a passé 180 pages pour moi, c'est un roman.


Trisha et Pete sont frères et sœurs et en bisbrouille constamment. Les parents sont divorcés et, bien entendu, chacun à sa façon tente de passer les moments avec ses enfants du mieux possible. C'est ainsi que la mère des deux enfants va planifier une sortie dans les bois, une randonnée. Tandis que le père, lui, est moins organisé, partageant l'amour du baseball avec sa petite fille. Pete n'est pas enchanté, ado, c'est son côté bougon et rebelle qui provoquera une dispute entre lui et sa mère, tandis que Trisha, elle, fera en sorte d'essayer de les distraire, en vain... Marchant devant elle sur un sentier dans le bois, Trisha sera prise d'une envie d'uriner importante. Malgré ses plaintes, sa mère et son frère continueront leurs disputes sans même se retourner sur Trisha.


Vous voyez venir le King, non ?


Trisha va chercher l'endroit le plus discret et confortable pour satisfaire un besoin naturel, tandis que sur le sentier plus haut maintenant, son frère et sa mère poursuivent leur bisbrouille au lieu de profiter de la sortie bucolique.


Trisha voudra les rejoindre en imaginant les rattraper en suivant un chemin parallèle au leur, mais le sentier s'avérera être tout désigné pour perdre la jeune fille... Et elle va se perdre.


Elle va se perdre durant des jours entiers... sans oublier les nuits. Stephen King va parvenir à nous faire frissonner pour la petite qui ne trouvera refuge qu'auprès de son joueur favori : Tom Gordon. Ce fut son aide imaginaire. Mais aussi, elle aura la chance d'avoir avec elle son Walkman... Un Walkman qui gardera la petite fille connectée au monde extérieur.


Je cherchais un roman "huis clos" et, bien entendu, il n'y a que le King qui pouvait m'en offrir un.


Un premier coup de cœur pour moi cette année !


jeudi 29 janvier 2026

Jésus le Sauveur des Editions Mame par Vincent Vallée (Critique BABELIO).

 




Avec Jésus le Sauveur, les éditions Mame proposent une adaptation en manga des Évangiles qui se veut à la fois fidèle, accessible et profondément respectueuse du message chrétien. Le pari est ambitieux : raconter toute la vie de Jésus, de l’Annonciation à l’Ascension, dans un format graphique moderne sans en trahir le sens spirituel. Et force est de constater que le pari est largement réussi.

Tout y est. Le récit suit chronologiquement les grands épisodes bibliques : l’annonce faite à Marie, la naissance à Bethléem, la menace d’Hérode et le massacre des Innocents, la fuite en Égypte, puis le retour à Nazareth. On voit Jésus grandir, se révéler lors de son baptême dans le Jourdain, affronter la tentation au désert et entrer pleinement dans sa mission.

La seconde partie du manga est consacrée à son enseignement et à ses actes : la prédication en Galilée, le choix des douze apôtres, les paraboles fondatrices et les miracles qui jalonnent son parcours. La multiplication des pains, la tempête apaisée, la guérison des malades, la résurrection de Lazare ou encore la transformation de l’eau en vin sont présentées avec clarté et sobriété, toujours au service du message central : l’amour du prochain, le pardon, l’humilité et la primauté du cœur sur la richesse matérielle.

La passion et la mort du Christ sont traitées sans sensationnalisme, avec une retenue qui renforce l’émotion. La trahison de Judas, la crucifixion entre deux criminels, la mise au tombeau, puis la résurrection et l’Ascension concluent le récit sur l’essentiel : le commandement d’amour universel laissé aux hommes.

Graphiquement, le choix du noir et blanc fonctionne parfaitement. Le dessin est sobre, lisible, parfois presque dépouillé, mais toujours expressif. Cette simplicité visuelle met en valeur le texte et évite toute spectacularisation inutile. Le manga ne cherche pas à impressionner, mais à transmettre.

Au final, Jésus le Sauveur est une œuvre pédagogique et spirituelle, qui s’adresse aussi bien aux croyants qu’aux lecteurs curieux de découvrir ou redécouvrir les Évangiles autrement. Un manga qui recentre le message chrétien sur ses fondamentaux, loin des dérives institutionnelles et du bruit du monde. Une belle découverte, sincère et accessible.


dimanche 25 janvier 2026

Une pension en Italie de Philippe Besson par Vincent Vallée


Je retrouve chaque année, en janvier, le nouvel ouvrage de Philippe Besson. Et c’est chaque fois un plaisir assuré, car je connais la plume de cet auteur qui, je le confesse, a toute ma faveur en France.


De nouveau, Besson nous entraîne dans un récit qui semble autobiographique et sème le doute dans ses interviews. Force est de constater que le texte penche davantage vers le vécu — romancé, certes — de l’écrivain.

Cette fois, après avoir évoqué, entre autres, ses amours anciennes et perdues, c’est vers celle de son aïeul qu’il nous invite à nous tourner. Plus précisément, nous partons pour l’Italie. Et je tiens à dire qu’en plus d’être lumineux, ce roman est une véritable invitation au voyage, une source pour tous ceux qui rêvent de découvrir le pays latin, ses paysages et ses villages.

C’est l’histoire de Paul, le grand-père du narrateur, qui nous est racontée à travers les rares confidences de sa mère, Suzanne. Plus précisément encore, un secret de famille, de ceux qu’il ne faut pas trop remuer, par habitude, par « tradition » familiale. Il n’était pas rare, dans les années d’après-guerre, que l’on taise, que l’on recouvre d’une chape de plomb un scandale — ou tout ce qui pouvait faire plus de mal que de bien si l’on en parlait.

C’est dans une pension de famille que Paul, professeur d’italien, emmène son épouse et ses deux filles. Voyageur aguerri, soucieux de tout préparer, de tout planifier, il n’a rien laissé au hasard.

Dans cette pension, nous ferons connaissance avec les pensionnaires, l’hôte, Vincent le peintre,... et Sandro, le cuisinier italien.

Au départ, rien ne laissait présager quoi que ce soit. Tout se passait bien. Ou, tout du moins, tout se déroulait comme depuis vingt-cinq ans. Le couple, marié, parents de deux fillettes, avait ses habitudes, ses routines, peu ou pas de conflits. Un couple banal, dirons-nous. Sauf que Paul vivait avec un secret volontairement enfoui, repoussé au plus profond de ses tripes et de ses pensées.

C’était sans compter sur Dame Nature qui, tôt ou tard, réveille et remue ce qui est profondément inscrit en nous. Elle se soucie peu de ce que nous avons mis des années à étouffer, à dissimuler sous l’habitude et le conventionnel. Un jour, elle souffle sur la poussière des secrets, et ceux-ci apparaissent alors éclatants, évidents, impossibles à dissimuler encore.

Le regard de Paul qui croise celui de Sandro, à table, au moment où ce dernier annonce les plats, sera ce souffle-là. Le premier coup de vent. La tempête qui s’ouvre pour Paul — mari, père, professeur — à la vie jusque-là bien rangée.

Le secret ne peut plus tenir. Impossible pour Paul de résister. Des regards échangés, une conversation dans le jardin, puis, dans le plus grand secret de la pension italienne, deux corps qui se trouvent, se reconnaissent, se découvrent.

C’est au cœur de cette tempête que Paul devra faire un choix.

De cette histoire, de ce secret de famille, Suzanne, la mère du narrateur, ne connaît que des fragments. Des suppositions, des souvenirs lointains de son père, Paul.

Alors le fils de Suzanne, le narrateur, cherche à comprendre. Il ravive les braises du souvenir, tente de saisir ce qui a bien pu se jouer entre sa grand-mère et son grand-père. Entre Paul et Sandro. Ce qui a infléchi, à jamais, la destinée de sa mère, Suzanne.

Et si tout restait encore à découvrir ?

J’ai, une fois de plus, été enchanté par cette lecture. Comme de coutume, Philippe Besson et son style m’ont emporté, et je ne suis guère déçu.
Comme chaque année, en janvier.

mercredi 31 décembre 2025

James de Percival Everett par Vincent Vallée





Dire que je suis sorti enthousiasmé de cette lecture serait mentir. L’idée d’un esclave cultivé constitue, à mes yeux, un pied de nez à l’œuvre originale de celui qui a inspiré l'auteur, mais un pied de nez insuffisamment creusé. La réécriture d’un texte appartenant au panthéon de la littérature américaine " Tom Sawyer et les aventures de Huck Finn" est en soi un geste étrange; l’attribution d’un prestigieux prix littéraire à cette entreprise ne l’est pas moins. J'ai d'ailleurs craqué car ce prix fut décerné autrefois à Norman Mailer pour "Le chant du bourreau" et ce roman (énorme) m'a mis le pied à l'étrier de la lecture. 


Le livre se lit difficilement, contrairement à l’œuvre fondatrice qui a inspiré Everett. Pourtant, la question centrale, celle de la culture de Jim, ne parvient jamais vraiment à percer. Dans le récit de Everett, Jim l'esclave que l'on connait dans l'œuvre de Twain parle sans prononciation "nègre" et se remet à parler de cette manière quand il est en présence de blancs. Visiblement il s'est cultivé en lisant des livres. Pour moi ça se tient, mais ce qui ne colle pas c'est que avec ses amis et sa famille ils parlent très bien entre eux. Pourtant on ne précise pas que tous se sont mis à lire des livres dans la bibliothèque du juge Tatcher, lui aussi issu du récit de Twain. C'est incohérent.

Les rares interrogations suscitées par ce que l'on peut nommer « curiosité » restent en surface : elles sont peu développées, trop peu présentes dans un récit qui demeure étonnamment sage dans sa mise en abyme d’un esclave fugitif mais cultivé, figure pourtant déjà abondamment explorée par la littérature.

La dissociation entre esclavage et culture, pourtant prometteuse, n’est pas assez mise en valeur ; les questionnements qu’elle pourrait engendrer restent trop peu nourris pour réellement troubler le lecteur. Le langage "négro" que l'auteur prête à Jim pourrait être intéressant mais il s'avère un peu inutile, superflu, compliquant la lecture et sa fluidité.

J’ai lu Mark Twain il y a longtemps ; il me manque sans doute certains points de comparaison, mais le sentiment dominant demeure celui d’une faim non assouvie.

Percival Everett est pourtant un écrivain dont l’œuvre s’est souvent distinguée par une liberté de ton et une audace narrative bien moins respectueuses des codes. Ici, il gagnera sans aucun doute en notoriété grâce à cet opus à la filiation prestigieuse. Mais il ne devra cette reconnaissance qu'à la tentative de prolongation du récit de Twain et ne lui arrive pas à la cheville.

Ce roman demeure une lecture plaisante, mais frustrante. De plus, encore un roman récompensé par un prix et pas des moindres qui me renforce dans mon avis déjà fondé. Un prix ne reflète pas la qualité d'un écrit et encore moins sa qualité. Une poignée de personne reflétant une pseudo élite est tout sauf un gage de qualité qui permet de juger de la remise d'un prix ! À quand un prix décerné par des lecteurs réunis en masse pour une sélection de romans et qui répondraient à un même questionnaire à l'issue de leur lecture pour remettre un prix à un auteur ?

Bigfoot, Dogman de Bragi Bellovaque par Vincent vallée




Avec Bigfoot, Dogman, Bragi Bellovaque nous entraîne aux frontières du réel, là où la science hésite, où le mythe persiste et où l’imaginaire reprend ses droits. En s’appuyant sur les figures emblématiques de la cryptozoologie — ces créatures que l’on dit apercevoir sans jamais pouvoir vraiment les prouver — l’auteur propose bien plus qu’un simple catalogue de monstres modernes : il interroge notre rapport au monde, à la nature, et à nos propres peurs.

Le point de départ est clair : depuis que l’humanité a conquis, exploité et transformé la planète, il reste de moins en moins de zones d’ombre. Pourtant, ces zones subsistent dans nos récits, nos témoignages, nos légendes contemporaines. Bigfoot, Dogman et leurs semblables deviennent alors les symboles d’un monde sauvage que l’on refuse de voir disparaître tout à fait. Bellovaque joue habilement avec cette tension entre rationalité et fascination, entre discours scientifique et récits d’observations troublantes.

La force du livre réside dans son atmosphère. On y sent une vraie passion pour ces mythologies modernes, mais aussi une distance critique bienvenue. Le texte ne cherche pas à convaincre à tout prix, ni à ridiculiser : il explore, questionne, met en perspective. Le lecteur se retrouve ainsi dans une position inconfortable et stimulante, oscillant sans cesse entre scepticisme et curiosité.

Le style est direct, efficace, parfois presque documentaire, ce qui renforce l’impression de crédibilité et d’immersion. On avance de témoignage en réflexion, de créature en hypothèse, avec ce sentiment constant de marcher sur une ligne de crête entre le rationnel et l’inexplicable. Ce n’est pas un livre d’horreur, mais il installe une étrangeté persistante, une petite inquiétude diffuse : et si, malgré tout, il restait encore quelque chose, là quelque part dehors ?

Bigfoot, Dogman s’adresse autant aux amateurs de mystères et de légendes contemporaines qu’aux lecteurs curieux des zones grises de notre modernité. Un livre qui se lit comme une exploration : celle de nos peurs, de nos croyances, et de ce besoin très humain de peupler l’inconnu.


Lien Babelio

 


mardi 2 décembre 2025

Le magicien d'Oz de Lyman Frank Baum par Vincent Vallée




Un conte...

Mais alors, autant lire un classique !

Pour le coup, c’est à l’occasion de l’anniversaire de mon fils que j’ai été amené à me procurer ce conte pour lui.
Je me suis dit : « Pourquoi pas en acheter deux ? »

Voilà qui est fait.

Le Magicien d’Oz, c’est l’histoire surréaliste — oui, c’est un conte — de Dorothy et Toto, son fidèle chien, qui vont se voir emportés par une tempête alors qu’ils vivaient au Kansas, chez Tante Em, et se retrouver au pays d’Oz.

C’est alors que Dorothy va chercher comment rentrer au Kansas et marcher pour trouver la cité d’Émeraude.

Une longue marche qui va les amener à rencontrer un épouvantail qui aspire à devenir intelligent, un bûcheron en fer-blanc qui veut un cœur capable d’aimer, et un lion timide qui rêve d’être un héros.

Une histoire gentille : on y trouve les personnages loufoques dignes d’un conte surréaliste, et on ne s’ennuie pas, malgré les répétitions parfois un peu lourdes.

Bon, j’avoue également que je m’attendais à beaucoup mieux, même si j’ai aimé.
Mais on nous explique que c’est une des histoires les plus lues et populaires aux U.S.A., donc j’avais de grands espoirs.

Cependant, je me répète : l’histoire est sympa, le conte fonctionne bien et, bien entendu, le public visé est plutôt jeune.

Petit plus : cette collection est de qualité, un bel ouvrage pour faire un cadeau de Noël !

vendredi 14 novembre 2025

L'homme qui lisait des livres de Rachid Benzine par Vincent Vallée


L’homme qui lisait des livres est précisément ce qu’il faut faire, à mon sens, pour comprendre l’Histoire : lire des livres pour pallier les médias en quête de buzz ou politisés. De fait, bridés !

Dernièrement, j’écoutais un grand journaliste, évité par les télés car il ose dire des vérités : Michel Collon, expliquer que l’on ne s’en sortira que par les livres. Je crois que ce court roman de Benzine en est la preuve.

Nous partons à la rencontre d’un reporter photographe en 2014, chargé de trouver le cliché choc pour le revendre aux médias.
C’est à l’occasion d’une de ses déambulations qu’il fait la connaissance de Nabil, vieil homme qui tient une petite librairie, envers et contre tout.

Le libraire voit le photographe se préparer à le prendre en photo et l’interpelle alors, en lui disant avec justesse et sagesse que prendre une photo, c’est certes intéressant, mais qu’il faut comprendre l’histoire qui se cache derrière…

C’est ainsi qu’en peu de pages, Nabil va raconter sa vie :

L’exil de sa famille après la création de l’État d’Israël en 1948, l’errance d’un camp de réfugiés à un autre, ses études au Caire, son retour à Gaza, ses amours, ses drames et ses joies, et les livres qui l’ont marqué et accompagné à différentes étapes de sa vie. Sa famille décimée et sa survie, envers et contre tout. Quand tout un chacun laisserait tomber, le peuple palestinien continue de se battre en résistant, en reconstruisant, en balayant la poussière avec un balai cassé et usé à force de ne servir à rien. Peu importe, ils tiennent !

Dans ce petit roman est relatée la vie des Palestiniens d’avant 2023, au travers de la vie de la famille de Nabil, la vie de la génération de mes parents et grands-parents.

Alors que le roman se termine, notre photographe revient sur aujourd’hui et raconte ce qui est arrivé à Gaza, à la Palestine en général. Il revient brièvement sur le Hamas et cherche le libraire. Il faudra peu de phrases pour comprendre…

Le génocide récent est, je crois, un condensé de plus de soixante-dix années d’acharnement, condensé en deux petites années…
Raconter au travers de l’histoire de Nabil, c’est raconter l’histoire du peuple palestinien. C’est précisément ce qu’il faut faire. Il faut lire pour découvrir, pour comprendre, pour avoir une opinion tranquille et sage, posée.

Oui, ce n’est que par les livres que l’on s’en sortira. N’y aurait-il pas de librairies en Israël ? Le gouvernement de l’assassin au pouvoir là-bas ne sait-il pas lire ?
On est en droit de s’interroger, après lecture…



Rachid Benzine est un intellectuel franco-marocain né le 5 janvier 1971 à Kénitra au Maroc. Spécialiste de l'islam, politologue et enseignant, il s'est également illustré comme écrivain à travers ses romans et ses pièces de théâtre. Il représente une voix majeure de l'islam libéral dans l'espace francophone.

Source biographie : wikipedia



lundi 3 novembre 2025

Respire, c'est de l'iode ! De Anny Duperey par Vincent Vallée

 




Cet ouvrage n’est pas un roman, bien que la vie de la célèbre et si pétillante actrice Anny Duperey soit franchement romanesque !

C’est un peu comme si je m’étais baladé dans le village de Montmartre, déambulant dans ses rues illustres et emplies de poésie, de couleurs, d’histoires... Et puis, au détour d’une ruelle étroite, j’aperçois la grande Anny, assise à la terrasse d’un des nombreux bistrots sympathiques et on ne peut plus vivant.

Je m’approche, salue Madame Duperey discrètement, m’assieds plus loin et l’écoute raconter à ses ami(e)s des anecdotes. Mais pas n’importe lesquelles : 
les siennes, celles de sa vie, allant de son enfance entachée par la perte de ses deux parents, son éducation assurée par d’autres, un deuil qui ne se fait pas... Jusqu'à la découverte d’un don pour la peinture, son amour des couleurs, de la couture, la confection de tenues colorées et vivantes, virevoltantes même ! Tout comme elle.

Et puis la scène, le théâtre, le cinéma, les rencontres avec des acteurs légendaires, comme Marielle, Rochefort.

Imaginez la sympathique Anny Duperey, avec ses grands gestes et son éloquence qui font du bien, chassant les nuages de la vie, et qui raconte, raconte encore... Les amies, les potes, les amours, ses enfants...

Tout au long de ma lecture, c’est sa voix que j’ai entendue. Pour l’avoir suivie dans la magnifique série Une famille formidable, je peux dire que je n’ai pas eu de mal à imaginer la scène. 
Volubile, éloquente — je le disais — haute en couleurs, c’est le cas de le dire... Et vous pouvez vous attendre à passer un moment plus que sympathique avec une grande dame qu’on aimerait avoir pour amie, pour grande sœur, pour mère, et enfin pour mamy, puisqu’elle assume parfaitement son « grand » âge, comme elle le dit. 
Madame Duperey offre de la détente, des anecdotes, des rencontres comme cette dame qui trimballait derrière elle un chariot, errant dans Paris et qu'elle voudra aider en lui offrant des chaussures. S'adressant finalement à elle, comme à une étrangère, mais qui s'avèrera parler magnifiquement français. 
Jamais Anny n'oubliera cette femme digne et étrange. 
Elle évoquera ses amours, son époux Bernard Giraudeau, père de ses enfants, son approche de l'éducation parentale avec son incompréhension face à des parents un tantinet gaga de leurs enfants, regrettant qu'ils grandissent. Tandis qu'Anny elle,  trouvera les siens de plus en plus intéressants en grandissant. Sa vie quoi... 
Mais elle précise qu’il faut, avant toute chose, aimer la vie, rire, travailler avec passion, échouer, recommencer, aimer...

J’ai toujours aimé cette dame, cette grande actrice du cinéma et du théâtre français. Je la découvre comme auteure, et quel ravissement !

Courez vous procurer une papote avec Anny Duperey : elle vous contera des anecdotes de sa vie plus que croustillantes !

Je profite de cette chronique pour remercier mon cher ami écrivain, Manuel Verlange, de m’avoir obtenu une dédicace.










jeudi 23 octobre 2025

Quand on dansait sur les toits de Tristan Koëgel par Vincent Vallée


J’ai choisi de poster une grande reproduction de la couverture du roman que je vous présente, car elle est magnifique et parfaitement représentative de l’histoire qu’elle illustre.

De prime abord, on pourrait se dire que ce sera un récit triste ou déprimant, puisqu’il raconte l’histoire de Mayssane, atteinte d’un cancer.
Mais la maladie n’est jamais nommée — et c’est très bien ainsi, car pour Mayssane et Pablo, son ami, ce ne sont que des “bestioles” à combattre.

Pablo et Mayssane, c’est ce que je retiens avant tout de ce magnifique roman jeunesse.
C’est une belle histoire d’amitié, qui se transforme peu à peu en histoire d’amour, à travers l’épreuve, la maladie, le combat.

Roman jeunesse, disais-je… mais pour moi, c’est un roman pour tous les âges.
Il me parle énormément, car j’ai moi-même traversé la case cancer en 2015.
Les “bestioles”, c’est l’inconnu : on ne sait pas les combattre de front, il faut être aussi rusé, aussi tenace qu’elles.
Et pour y parvenir, il faut parfois perdre ses cheveux, se confier aux médecins, accepter l’impuissance. Rien de tout cela n’est facile…

Ce roman est une ode à l’amitié, à la complicité, à la ténacité.
Pablo ne baisse jamais les bras.
Il se coupe en mille pour combattre aux côtés de son amie, et il n’est pas seul : il y a aussi leurs amis, les “Pirates”, qui partent avec eux à l’abordage de la maladie.
Des rituels se mettent en place pour aider Mayssane à tenir, à sourire envers et contre tout.
Mais le plus touchant, c’est lorsque Pablo grimpe sur le toit pour aller frapper à sa fenêtre et lui redonner de la force.
Ou quand ils marchent ensemble sur les toits, défiant la vie, lui criant qu’ils l’aiment malgré tout.

C’est un roman poétique d’un bout à l’autre — rassurant, édifiant, et qui donne de la force.

J’ai déjà lu Tristan Koëgel, avec Bluebird, Les sandales de Rama et Le Grillon
Récemment, je me suis dit que cela faisait un moment que je n’avais pas lu de roman jeunesse.
Et, allez savoir pourquoi, j’ai tout de suite pensé à Tristan Koëgel
La réponse à ce “pourquoi”, je crois qu’elle se trouve dans les liens que je vous ai laissés ci-dessus.

Pour revenir au roman, je pourrais vous citer de nombreux passages — il y a tant de perles narratives que je n’aurais sans doute pas assez de place ici !
Mais en voici tout de même quelques-unes :

"La vie ne s'économise pas. Elle n'a pas peur de perdre. Elle donne sans compter, sans penser à l'avance à ses chances de succès. Comme toi, Pablo. Tu n'es pas économe, et tant mieux. Je n'aime pas les économes. Ceux qui calculent. ceux qui prévoient. Ceux qui se regardent marcher quand il marchent en se félicitant de n'avoir pas couru. Ceux chez qui la vie résonne encore. Je préfère ceux qui tentent sans être sûrs de réussir. Ceux qui vivent sans se demander s'ils seront un jour un arbre assez grand. Ceux chez qui la vie résonne encore. Il n'y a qu'eux qui sont capables d'accomplir des miracles."


"Quand la mer a mangé le soleil et que le ciel devient noir, si on navigue assez longtemps, jusqu'à l'endroit où ils se rejoignent, on s'envole vers les étoiles.

-Tu crois ?

-J'en suis sûr. Mais je suis pas certain qu'on puisse en revenir par contre."



 

mercredi 22 octobre 2025

Va où la rivière te porte de Shelley Read par Vincent Vallée




Quel roman !! Et pour cause, l'auteure y a mis du cœur, du ressenti, du vécu. Il y a une forme de naïveté dans la conception du récit mais surtout il y a de la poésie, de l'amour, de la haine, du drame.

Car oui, il s'agit d'une histoire d'amour bien trop éphémère qui pourtant va poursuivre, transformer le destin de la jeune Victoria Nash.

L'auteure met en avant l'ambiance d'une famille de paysans américains typique. Victoria rencontre l'amour unique, car on n'aime en général qu'une seule fois, ou du moins un de ces amours ne s'oublie jamais.

Bien entendu, on peut aimer encore, aimer sincèrement mais, l'amour passionnel, l'amour rêvé, qui souvent est furtif, marque une fois, il ne passe qu'une fois. Victoria va le rencontrer, le suivre sans savoir pourquoi, et puis c'est cet amour qui va la suivre, la poursuivre sa vie durant...

Victoria ne vit que pour son père, pas son frère ni son oncle qui sont très bien décrit: Un frangin nommé Seth qui est fainéant, alcoolisé la plupart du temps. L'oncle est un rescapé de la guerre avec tout ce que ça comporte, veuf depuis un drame familial qui a raboté la famille qui se verra privée de la mère de Victoria et sa tante. 

Le père est donc un jeune veuf perdu de par la mort de son épouse. La famille est à la tête d'un verger réputé dans la région, elle cultive les pêches depuis des générations, la façon dont elles sont décrites donne envie d'en manger... On les imagine belle, bien rondes et juteuses.

Victoria elle, est tombée de l'arbre de l'enfance et de l'insouciance en voyant Will la première fois, sale et mal vêtu mais si beau, splendide aux yeux de Victoria. La vie de la jeune fille va changer, basculer et ce sera une fuite vers l'amour, la passion, la folie ? 

Will est basané, pas comme les "Bons américains" doté d'un calme apaisant, une forme de don de sagesse, il provoque chez Victoria l'apaisement... 

Will sera victime de sa peau, de son apparence, de sa passion naissante chez lui aussi, pour la belle Victoria. 

Et puis, l'horreur survient une fois encore dans la vie de Victoria. Après avoir survécu à la mort de sa mère elle devra survivre tout simplement... Elle partira vivre 5 mois au loin dans la forêt avec des provisions, elle va se cacher dans la cabane qui servait d'abri à Will alors qu'il était traqué par le frère de Victoria et ses amis.

Will avait laissé à manger, Victoria loin de la ferme qu'elle a fui va survivre avec des légumes, quelques provisions et la pêche. Will vit en elle, en son sein, il na l'a pas quittée, elle le porte durant 9 mois encore, et le portera 20 ans ensuite...

Victoria va commettre une erreur ou avoir un geste de survie, chacun jugera. Un geste qui va la plonger dans une vie de nostalgie, faite de souvenirs. Jamais plus après Will, elle ne va aimer. Fidèle à son amour, au cadeau de la vie que lui aura laissé Will. Cadeau qui va pourtant lui manquer. Elle recommencera sa vie, une autre vie, ailleurs, plus loin, sa vie précédente ayant été noyée... Vous comprendrez.

Et puis un beau jour, lors d'un rituel du souvenir que seule une femme comme Victoria, rêveuse, poète dans son comportement, peut accomplir; elle trouvera le récit des 20 dernières années. 

20 années où elle aura vécu dans le souvenir et le regret; se demandant chaque jour à quoi il peut ressembler, à qui, à lui ? A Will ?

Mon Dieu quelle belle histoire, quel magnifique roman... Un léger regret sur la conclusion, une fin qui aurait pu être mieux élaborée, pensée. Mais voilà, c'est la fin que l'auteure a choisie et elle ne gâche rien au roman.

Courez vous le procurer ! Vous me remercierez !!

samedi 13 septembre 2025

TANT MIEUX de Amélie Nothomb par Vincent vallée


 


TANT MIEUX !

C'est ce que s'est répété Adrienne des années durant pour surmonter les horreurs commises par sa mère et face à la froideur de sa grand-mère.

Ce récit est un conte, comme aime nous livrer Amélie Nothomb. Comme toujours elle est concise et son texte regorge de mots nouveau pour moi... Vous les découvrirez à votre tour.

Son habitude d'insérer le mot "PNEU" est bel et bien au rendez-vous. Mais ce qui frappe le lecteur c'est cette faculté qu'a Amélie, de raconter un vécu ou celui d'un de ses proches, en l'occurrence sa mère ici, avec flegme et recul. Ce conte n'est pas dénué de bon sens ni d'humour. Mais on y retrouve surtout un hommage à sa mère, qu'elle admire pour avoir surmonté les épreuves d'une enfance particulière avec une mère serial Killeuse de.... Chats. Oui, c'est du pur Nothomb !

Qui plus est, nous sommes en Belgique, entre Gand, Bruxelles et Bruges.

C'est un conte certes mais biographique en l'honneur d'une mère que Amélie qualifie de folle et ayant "raté" sa mort au contraire de son père qui est parti avec toutes ses facultés.

Chose étonnante par contre, Amélie Nothomb se livre à la fin du roman en écrivant à la première personne du singulier. 

Vous l'aurez compris, ce fut vite lu comme de coutume mais ce fut surtout agréable et fluide, marrant et piquant. Un bon cru à nouveau de mon auteure favorite en France !

mardi 2 septembre 2025

Le blé en herbe de Colette par Vincent Vallée


 


Qui ne se souvient pas de ses premiers émois ? Cette sensation étrange, cette chaleur, ce trouble interne et cérébral. Soudain, nos jeux d'enfants semblent dérisoires et futiles. On ne sait pas ce qui nous arrive, on tourne le dos à nos jeux et à nos amis, et plus rien d’autre que ce trouble ne nous intéresse.


Vinca et Phil sont deux amis. Ils partagent chaque année des vacances avec leurs parents respectifs, nommés ici "les ombres" — une preuve de la confusion décrite par Colette quant à cette adolescence perturbante.


Autrefois amis et complices de jeux, de baignade et de pêche, c’est un amour qui va venir troubler tous les deux. Colette décrit très bien les changements physiques et les attitudes nonchalantes des préadolescents, qui, subitement, se comportent comme des adultes avec des corps d’enfants...


Mais ici, c’est Phil qui va tomber sous le charme de ce qui semble une vieille dame pour l’enfant, mais à laquelle je donnerais la quarantaine tout au plus. Et alors, nous nous surprenons à penser à la chanson de Dalida, qui évoque le roman : "Il venait d’avoir dix-huit ans"...


On bascule alors vers cet autre trouble ressenti par les adultes face aux jeunes hommes ou jeunes filles découvrant que leur corps est un outil de désir charnel, qui devient parfois, chez certains adultes entre deux âges, un objet de désir, avec une pointe de nostalgie quant à leur propre jeunesse...


Le mystère de l’amour naissant, le trouble d’un corps que l’on ne maîtrise plus car il se révèle, les ambiances chaudes et humides, l’esprit troublé sur lequel souffle une brise de vacances sentant bon le sable chaud et l’iode... Voilà quelques ingrédients de Colette pour ce petit chef-d'œuvre.

lundi 25 août 2025

La très catastrophique visite du zoo de Joël Dicker par Vincent Vallée


La très catastrophique visite du zoo et peut-être catastrophique critique ? NON. La critique est facile, l'art est difficile...

Je ne trouve pas ce roman raté, au contraire de ce que j'ai pu lire ailleurs. Certes, j'ai quelques bémols à émettre, mais qui peut empêcher un auteur, à succès ou pas, de vouloir changer de registre ?

Joël Dicker ose, il s'aventure dans un roman jeunesse. Le premier bémol est qu'il semble presque s'excuser de cet essai, mais il a tort. Un romancier est libre, entièrement libre à mes yeux. Que cette histoire s'adresse à tous les âges est une vérité qui semble déranger et pourquoi ? J'ai souvent replongé dans des romans de mon enfance, comme Tom Sawyer, La Petite Maison dans la Prairie, L'île au Trésor, et bien d'autres. Jamais je ne m'en lasse. Ne sommes-nous pas en quête perpétuelle de l'enfant que nous étions ? Ne regrettons nous pas cette magnifique époque ? Lire ce genre de roman c'est y replonger.

Ce roman est une enquête qui nous est contée à travers les yeux d'une petite fille. Ce fut audacieux de la part de Dicker de ne pas choisir la facilité avec un petit garçon. Il s'agit de l'histoire d'une école pour enfants "spéciaux" qui va se retrouver inondée et les élèves se verront contraints de poursuivre les cours dans une école pour enfants "classiques". Seulement, quelques enfants de l'école inondée ne vont pas trouver cette inondation accidentelle. Pour preuve, les suspicions de la police qui baisseront vite les bras pourtant. Mais pas les enfants !

Une enquête se poursuivra donc à travers le raisonnement d'une bande de copains qui vont, petit à petit, recouper les faits, les indices et remonter à un potentiel criminel...

Le tout est raconté avec des mots simples mais parfois improbables (bémol) dans la bouche d'enfants. Le sujet est pourtant maîtrisé par Dicker et il nous offre là une bien belle histoire pour tout âge et toute sensibilité.

Cependant, l'histoire est aussi un peu "simpliste", ou plutôt facile. Avec des personnages moins développés, une mise en page moins aérée, cela tiendrait en un petit roman. Il n'y a aucune honte à publier un roman court (bémol). Peut-être est-ce une décision éditoriale.

Avec ce roman, Joël Dicker a fait le tour des plateaux TV, des stations de radio, son leitmotiv était "La lecture", son importance, ce qu'elle représente à ses yeux, son rôle dans la vie, comment lire sans se lasser. S'il a attiré des "non lecteurs", alors tant mieux, mais était-ce le sujet du roman, son but ? Dicker joue un peu les moralisateurs, je trouve que ce n'était pas utile. Parler du souci du tout digital, certes, de l'abandon de la lecture, ok, bien que j'en doute... Mais ce n'était pas le sujet du livre (bémol).

Je reviens de Gran Canaria, où j'ai emporté des romans avec moi, et j'ai lu car cela fait partie intégrante de mes vacances. J'ai observé autour de la piscine une quantité incroyable de lecteurs et lectrices, et qui lisaient le roman de Dicker de surcroît ! Je ne crois pas que les lecteurs se fassent rares, les temps changent, internet prend de la place, mais l'humain fait toujours deux pas en arrière après en avoir fait un en avant. Et donc, il revient invariablement à la lecture. C'est mon avis.

Ce roman est donc facile à lire car simple, voire simpliste, je l'écris plus haut. Mais l'auteur a osé et ça j'admire. Je recommande cette lecture pour une détente, des vacances en ce qui concerne les adultes. Pour les enfants à l'école, entre 9 et 15 ans.

Car oui, on peut lire des romans jeunesse à tout âge, je dirai même que c'est essentiel !


jeudi 21 août 2025

Conversation avec Amélie Nothomb de "Autrement" par Vincent Vallée

 



Conversation avec Amélie Nothomb est un moment de lecture sympathique, court, vite lu et je crois, c'est le principe.
Amélie revient surtout sur son rapport avec la France, son autre pays adoptif après le Japon et la Belgique. Elle évoque ce qui l'a séduite chez nos amis français, ce qui lui déplait un peu plus comme cette culture de la victoire, de "l'écrasement" de l'adversaire. Ce qui l'a toujours mise mal à l'aise mais s'en accommode.
Amélie parle de lectures, d'écriture, cite ses parents, sa sœur. Sans oublier son amour du champagne, des truffes, du caviar...
Amélie n'oublie pas ses lecteurs, et la correspondance qu'elle entretient avec eux depuis parfois quinze années !

Un parallèle qui, parfois, ressemble plus a un gouffre qu'autre chose, entre la France et la Belgique son pays natal; c'est le fil conducteur de cet entretien. 
On n'apprend pas énormément de choses sur qui est Amélie Nothomb, et pour ses lecteurs c'est un peu du réchauffé mais on ne s'en lasse jamais. Amélie on pourrait autant l'écouter que la lire des heures durant !

mercredi 20 août 2025

Les garçons de la rue Pál de Ferenc Molnár par Vincent Vallée

 



Ce qui m'a en premier lieu attiré pour acheter ce roman, c'est sa couverture. Un roman qui parle d'une bande de copains, directement ça me parle et on lit la joie de vivre au travers de la simplicité de l'enfance sur leur visage.


Les garçons de la rue Pál, c'est ce genre de roman dont on décroche difficilement, tant durant la lecture qu'après.


Ce roman est le plus lu en Hongrie et est paru en 1907. L'histoire paraît simple et pourtant, le sujet abordé est sensible, surtout de nos jours : la conquête de territoires.


Il est question d'une bande de copains qui jouent, dirait-on, mais eux sont sérieux, très sérieux. Ils ont des grades, des procédures, et un code d'honneur. Leur terre ? Un terrain vague, qui est pour eux :


"... un petit bout de terre pestois, stérile et inégal, cette lande miniature coincée entre deux immeubles qui, dans leurs âmes enfantines, signifiait l'infini, la liberté; qui le matin figurait les prairies américaines; l'après-midi la Grande plaine; sous la pluie, la mer; en hiver, le pôle Nord; bref, qui était leur alliée et se transformait en ce qu'ils désiraient, juste pour les divertir..."


"Les garçons de la rue Pál" sont ceux que l'on va découvrir, apprendre à connaître, et face à eux "les chemises pourpres" qui convoitent le terrain vague car ils ne savent plus jouer là où ils ont l'habitude de se retrouver. C'est donc après espionnage, contre-espionnage, et déclaration de guerre que va se mettre en place le jour de la grande bataille !


Lors de la lecture, on va attendre ce fameux jour avec espoir et crainte. L'un des garçons de la rue Pál, Nemecsek de son nom est le plus chétif, le moins chanceux de tous, il finit souvent dans l'eau au point de se demander s'il est une grenouille... Cependant, sous des airs de légèreté, ce roman est bien plus lourd de sens, profond, grave.


La bravoure des enfants, leur sérieux à défendre leur bien, leur drapeau est touchant, émouvant. Mais par-dessus tout, leur amitié m'a fait frissonner. La bande adverse, les "chemises pourpres" sont à première vue les méchants de l'histoire, mais on ressent de l'empathie pour eux, de l'indulgence, voire de la peine.


Il y a deux chefs, Boka pour "Les garçons de la rue Pál", et Feri Ats pour "les chemises pourpres"; ils se conduisent en véritables héros à la tête de leur petite armée, ils sont fiers et respectés et pourtant, au travers du drame de ce roman, ce ne seront pas les héros de la fin... L'issue du roman m'a laissé triste, ému et sans voix...


Ce roman était un coup de cœur !



Ferenc Molnár, de son vrai nom Ferenc Neumann, est un écrivain hongrois du XXe siècle. En France, ses écrits ont parfois paru sous le nom francisé François Molnar.

Ferenc Molnár est issu d'une famille juive aisée de Budapest. Son père est médecin. Il débute dans le journalisme avant de poursuivre des études de droit à Budapest puis à Genève. Il prend alors le pseudonyme de Molnár (« meunier » en hongrois), en référence à un personnage d'une de ses premières pièces.

BIO: (Source Wikipédia)

jeudi 14 août 2025

La traversée de Paris de Marcel Aymé par Vincent Vallée

 



J'avais envie de découvrir la plume de Marcel Aymé et quand j'ai découvert qu'il avait écrit ce que je ne connaissais qu'à travers le célèbre film avec Gabin et De Funès, je me suis dit que cela pourrait être sympa à lire.

On peut dire que, sauf pour la fin, le scénario du film a bien respecté le roman. Bien entendu, impossible de retirer le visage des acteurs lors de ma lecture...

Un boucher véreux de Paris, Monsieur Jamblier,  va confier à un homme, Martin, un cochon découpé et stocké dans 4 valises pour un client habitant du côté de Montmartre. 

Martin, dans un bistro, fera la connaissance d'un homme un peu taiseux, mystérieux juste avant de se rendre chez Jamblier. 

L'homme regrettera d'avoir partagé ce travail de transport de marché noir à travers Paris à un pur inconnu, qui s'avèrera être tout le contraire de son apparence.

C'est un beau roman court, l'idée d'évoquer l'occupation de cette façon est intéressante. Je regrette juste de ne pas avoir plus de cliché du Paris occupé, ses rues, son ambiance. Si ce n'est cette évocation de la place du Tertre nue avec pour seul compagne, la lune qui l'éclaire de sa blancheur...

samedi 2 août 2025

La lumière de la pluie sur son visage de Manuel Verlange par Vincent Vallée



L'écrivain nous relate, avec une plume légère et poétique, l'histoire d'un jeune garçon, un petit bonhomme qui vit avec sa maman dans une précarité toute relative. La maman de Manuel fait de son mieux pour garder la tête hors de l'eau, elle travaille ici et là, tantôt comme vendeuse de canapés par correspondance, tantôt comme laveuse de vitres. Mais surtout, elle se bat et garde Manuel sous son aile de mère protectrice, trop peut-être ?


Manuel est un jeune homme attachant et qui a du caractère. Dans le fait de manger tous les jours, il est rassuré par les pirouettes de sa mère concernant les repas peu appétissants et peu diététiques, et finalement, le menu kebab ou autres "crasses" du même acabit passent avec le sourire. "Un peu de ketchup pour les légumes..."

Il y a un fil conducteur dans ce roman, et après lecture on pourrait dire que c'est la littérature, les mots, les grands auteurs, mais non. Le fil conducteur, c'est l'amour. 
Un homme ne vit qu'un seul et véritable amour durant toute sa vie, c'est celui de sa mère. De "La promesse de l'aube", j'ai retenu ce passage déchirant qui illustre très bien la perte d'une maman: "On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné".

Le petit Manuel donc, est l'auteur d'une nouvelle qui a fait sensation, impressionné son professeur de français. Depuis, sa mère l'encourage à écrire, comme elle... Chaque jour qui passe, la mère de Manuel écrit mais ne divulgue rien, non, elle encourage.

Manuel lui, est paralysé par l'amour, sa plume est gelée de tendresse pour sa mère. Malgré ses efforts, il ne parvient pas à écrire le grand roman que sa maman lui réclame à coups d'encouragements.

Rien n'y fait. Manuel essaie pourtant, écoute sa mère et l'observe, prend exemple sur elle qui, en plus, travaille pour subvenir à leurs besoins mais rien, pas une ligne ne s'écrase sur le papier.

Et puis un beau jour, Manuel va se faire voler sa mère par les grands auteurs et leurs œuvres, les livres. En effet, c'est dans une bibliothèque, un univers bien à propos, que la mère de Manuel va s'imposer. La libraire est âgée et va compter de plus en plus sur sa recrue passionnée par les livres. Et puis, Manuel va se faire dérober sa mère par La Rochelle, une ville où la vieille libraire ouvre un autre temple du livre. C'est la mère de Manuel qui est chargée de donner vie à la librairie naissante. Cependant, un vilain air conditionné va faire tousser la maman de Manuel, les travaux liés aux premiers pas de la librairie vont durer et durer encore, et la mère de Manuel sera privée de son fils, et inversement, longtemps. Très longtemps, trop longtemps...


Roman édité chez : LE LION Z'AILE


Manuel Verlange :





Biographie


L'auteur a passé son enfance à Nantes, France. Très tôt, il marque une aspiration vers la littérature. Celle-ci se transformera en passion, avec les années. Férue de lettres et d'écriture, auteure de poésies, sa mère le confortera dans cette voie. Après ses études, il part enseigner la langue française à Tokyo, puis en Belgique. Il vit aujourd'hui près de Bruxelles, où il travaille à l'écriture de ses romans

(Source biographie : https://www.manuelverlange.com ).