mercredi 15 juillet 2020

La Vallée de Bernard Minier par Vincent Vallée



J'ai terminé ce roman en quelques temps, beaucoup moins de temps que je ne l'avais pensé puisque je l'ai terminé très vite pour une telle brique.

Un thriller, et quel thriller ! Bernard Minier m'a embarqué avec lui tout au long de ces quelques 400 pages. Ce qui m'a séduit ?
On y parle d'une vallée, d'un monastère retiré au creux des bois, des crimes étranges y sont perpétrés, et puis il y a cet appel à l'aide après 8 ans de disparition...
Servaz comme Minier aime l'appeler, à la façon des meilleurs films policiers, est un flic déchu, il attend de passer en conseil de discipline pour des fautes passées, donc là je comprend que ce roman est une suite si je puis dire, mais je n'ai pas lu les autres ouvrages de Minier. Et bien peu importe, je suis embarqué malgré tout, et force est de constater que celui-ci se lit sans avoir lu les précédents.

Il y a tout les ingrédients nécessaires, un flic coincé, menotté par une interdiction d'exercer, un appel à l'aide depuis des bois enfouis au fond d'une vallée, un monastère lugubre, un village au creux de cette histoire qui sera lui, coupé du monde extérieur et des crimes atroces et étranges...
Mais...

Oui y'a un "Mais", pour ma défense et parce que j'en suis fier, au milieu du roman, j'ai eu l'intuition de qui pouvait être le tueur.
Je n'étais pas bien loin de la vérité, j'avais juste une partie de la réponse, la clef ouvrant la porte aux autres explications qui terminent le roman.

Mais bon sang, voilà un thriller haletant, rondement mené, j'ai ainsi découvert la plume de Minier, et j'en redemande. Les précédents peut-être ?
Je recommande vivement et je peux vous assurer que vous n'allez pas vous ennuyer avec cette lecture.

Bernard Minier :


lundi 1 juin 2020

Lettre à Arthur Rimbaud par Vincent vallée


Dans tes pantalons usés et crasseux de poussière tu marchais au travers des villes et des champs.
Parmi les villageois, les citadins peu importe tu étais. Ton JE était mais l'autre ?
Les poches usées et lisses de les avoir remplies de tes mains à plumes tu fus, tu es, tu resteras le génie de la poésie, oui Arthur on les emmerde les élites!

Les godasses trouées, les semelles râpées tu foulais la merde et les pavés suintants. Puis plus tard c'est le sable chaud qui ondulait sous tes pieds, puis...ton pied.
Les cheveux hirsutes, en bagarre comme cette vie qui fut la tienne, tu affrontais les bourrasques, les pluies pénétrantes, et puis ce soleil de plomb, t'écrasant, t'harassant...
Mais ainsi, tu avanças ta vie durant, vaille que vaille.

Souvent tu quittais ta plaine, ta campagne française que tu disais puante, répugnante d'ennuis et puis tu y revins, sans cesse, sans discontinuer jusqu'à y reposer. Tu t'es bien fichu de nous...
Ta besace, ta valise, que de cabotages entre villes et villages. Les pays lointains ne te repoussèrent pas et toi, toi tu les adopta. Tu t'y fondis, tu t'y immergea en te faisant adopter et par les cultures et par les idées, les autres.

Mais cette poésie t'as vraiment quitté dis ? Tu t'es découragé de ne pas voir tes manuscrits sur des étagères n'est-ce pas ? Oh Arthur comme je me retrouve en toi, comme j'aime regarder mes godasses foulant la poussière. J'en arrive presque à aimer être refusé par un libraire tu sais ? C'est quoi la célébrité ? Non mais à quoi sert-elle quand on écrit ?

Tout comme toi j'écris pour me libérer... C'est imprimé et puis après ? Je rechausse mes godasses et de par les routes et les sentiers je repars un autre cahier vierge sous le bras. Je cherche un coin de tranquillité et je m'y repose pour vider mon bras...
J'ai en moi, et depuis toujours cette mélancolie... On l'associa souvent, et moi aussi, à de la mélancolie triste mais elle est heureuse. Parce qu'écrire m'est vital.

Tout comme toi j'ai tourné ma vie dans tous les sens pour savoir son sens... J'ai demandé l'avis des gens et puis quoi ? La vie ne vaut rien, mais moi j'y tiens. Tu y tenais aussi pas vrai ? Sinon pourquoi repartir dans cette France que tu avais fui ?
Mes mains se mettent à briller quand j'écris et se racrapotent quand je n'écris plus. Et puis lire, Diable lire ! Rien ne vaut l'acte de lire. J'ai parfois tant de mal parce que cette saleté de vie me vole même ces instants uniques en fermant mes paupières sous le poids de cette fatigue imposée, pas saine, oh non pas saine.

Tout porte à croire que tout nous échappe Arthur... Même l'écriture ! J'aime me laisser bercer par le pépiements des volatiles, mais que ce monde me laisse m'envoler, franchir les rivières de cette vie ruminante. La foi qui m'anime est un mensonge ? Dieu le sait non ? Et toi tu y croyais dis ? Verlaine croyait aussi tu penses ? Je ne crois pas.
Et l'éternité Arthur ? Cette mer halée avec le soleil ? Tu l'as aimée ? Tu l'as admirée c'est vrai ? Moi je l'aime cette éternité retrouvée, elle me parle, elle m'apaise, elle me punit avec sa grandeur et tout ce qui s'en échappe.

Alors c'est ça la vie d'un auteur non reconnu ? Un fin sans fin ? Des pulsions ? Ne pas écrire des jours entiers et puis tout à coup, comme une vague qui se soulève de l'océan, les mots viennent mourir en s'écrasant sur le sable de ma feuille ?
Il me faudra aussi m'exiler dis ? Il me faudra donc tout laisser tomber et tout quitter pour partir crever loin ? Oh tu sais, il y a parfois aussi pire que de perdre une jambe pour succomber.
Allez Arthur, je vais rechausser mes godasses comme toi, user mes poches lustrées et ramasser ma besace, j'y mettrais ma plume et quelque feuilles, oui, on ne sait jamais...


Putain d'élite ! Saleté de vie !  Fichue inspiration et putain de fainéantise !
Je tourne pourtant les pages et je vais continuer à chercher, à comprendre, je te cherche...
Je me cherche dans les yeux des enfants et leur façon de rire... Il disparaît à chaque réveil le mien... Je te cherche mais jamais ne te trouve.
J'ai ancré ma tête dans les cris et puis j'attends... Soleil Arthur... Jour sans fin... Marche libératrice, écriture salvatrice, lecture apaisante, oui c’est pour ça qu'elle m'emporte et clos mes yeux avides de lectures...
Allez Arthur explique moi, laisse toi trouver tu veux ?

dimanche 19 avril 2020

Ces silences entre les mots… ... ... Par Vincent Vallée




Ces silences entre les mots…

Oui, ces silences, car les mots, après tout, mis bout à bout, oui comme ça, sans modération, sans freiner, sans… s’arrêter, qu’ont-ils comme saveur ?
Les silences courts ou plus lancinants dame ! Ils sont importants, moi, j’en ai besoin. Écrire quelques mots qui feront une phrase, attendre la suite, elle ne vient pas, attendre encore, l’imaginer et puis ! La suite nous donne tort pour notre plus grand plaisir car, on recommence alors.

J’ai parfois tant de mal à exprimer, dire les choses de manière concise, les mots se bousculent dans ma bouche, écartent mes dents et jaillissent sans prévenir, donnant ainsi un monologue assourdissant.

Et pourtant…

Quand je me tais et que j’écris, j’arrive à freiner, formuler, parfois un peu gauchement certes, mais on m’apprécie alors, mieux, bien mieux…
Ces silences entre les mots, cette réflexion et ce temps que l’on prend pour faire une belle phrase, concise, mais intense alors, sont si importants. Les mots ont besoin de ces silences, j’en ai besoin aussi pour ressentir toute leur profondeur, leur intensité, leur prix !

Écoute le silence… écoute sa mélodie, son intensité, finalement quel vacarme fait ce silence, quel bruit, quel… Mais, qu’est-ce que le silence puisqu’on ne l’entend pas ? Oh c’est bien simple, le silence c’est le son d’une cloche au loin, le cri d’un coq enroué, le pépiement des moineaux, merles et autres enchanteurs sifflants. Le silence c’est aussi cette bise qui pousse nos tuiles, les caresse, ou encore le néant qui ressemble à la mort, quelques instants…

Le silence est si important, ne rien dire, ne rien écrire, puis recommencer pour mieux s’exprimer, donner davantage de puissance aux mots. Oui, les silences sont puissants entre les mots… Nécessaires, indispensables bien sûr. Je pourrais écrire des heures sur le silence entre les mots, le silence tout court… Oui, quand on se tait enfin, on s’entend. Céline lui, avait compris l’importance du silence, exprimé ainsi… simplement ainsi… … … …

« Je lui ai dit dès le premier jour quand elle a toussé :  Ne vous allongez pas, surtout ! … Restez assise dans votre lit !  Je me méfiais. Et puis voilà… Et puis tant pis. »


Il avait tout compris Céline, tout…

©Vincent Vallée

lundi 13 avril 2020

Notre conversation… Par Vincent Vallée




Comme un pauvre fou je me suis laissé avoir, rien ne m'a stoppé, pourtant tu le savais que je t'aimais.
Tu savais aussi que ma vie je te l'avais donnée, par immersion j'avais plongé dans cette eau qui m'a envahi, ou j'ai reconnu que tu étais le sauveur de ma propre vie.

Et il est arrivé, m'a tenté et tu m'as laissé succomber. Oh oui c'est facile pour moi de te blâmer alors que c'est moi qui ai fauté me diras-tu, aisé aussi de te rendre responsable de tout ce qui m'avait été annoncé, c'était pourtant écrit... Et je l’ai lu. Mais est-ce que c’est à moi que tu parlais en disant :

Rm 1, 18 ; 26-27 : « La colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et contre toute injustice des hommes qui, par leur injustice, font obstacle à la vérité. […] C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions déshonorantes. Chez eux, les femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature. De même, les hommes ont abandonné les rapports naturels avec les femmes pour brûler de désir les uns pour les autres ; les hommes font avec les hommes des choses infâmes, et ils reçoivent en retour dans leur propre personne le salaire dû à leur égarement. »

Mais… Tu n’avais aucune raison d’être en colère contre moi, aimer un homme serait donc une punition que tu m’inflige ? Je ne veux y croire et pour une simple raison : Je ne te trahissais pas pour recevoir cette punition. Pourtant j’ai été puni et ça c’est entre toi et moi.
Oh dieu, j'ai succombé et maintenant ou aller ? Que faire ? Que dire, comment vivre, survivre ?
J'avais si bien commencé cette vie, si bien débuté, Je me demandais qui et où tu étais, je te cherchais et j’aimais déjà les garçons, mais il est arrivé ce démon, ce fou, ce médiocre. Ah il les connait aussi tes saintes pages, je le savais bien…Mais ? Était-ce lui ?
Je me suis banni à toi, interdit de toi et de ton salut, je t'ai renié sans le vouloir et ne peux te demander pardon, je ne peux même pas m'agenouiller devant toi et pleurer ma servitude, étaler mon chagrin, crier mon pardon ?

Oh mon dieu comme je regrette mes jeunes années ou j'avais si peu, mais en y songeant j'avais tellement... Je croyais simplement, sans réfléchir et comme j’étais heureux, jamais le fait d’aimer un garçon m’aurait ennuyé, j’étais innocent et je croyais simplement. Ce sont les hommes qui se disent de toi qui on tout compliqué et vidé les tiroirs de mon cœur…
Oh oui j'avais en abondance dans mon cœur, et dans mon âme, j'étais alors pauvre d'esprit et si commun, mais je n'avais pas encore connu la tentation, ni le tentateur. Était-ce lui ? J'avais un seul ami et plein d'amours espérés, plein d'avenir, plein de projets, oh mon dieu qu'ai-je fait de mes années à tout foutre par terre, j'ai vraiment foiré mon Dieu, je ne sais comment faire car j'ai découvert une part de moi qui m'empêche d'aller à toi et de t'implorer, de te demander pardon seigneur.
Je ne peux que regarder de loin ta croix et la désirer ? Je ne suis plus rien même la poussière me parait immense à mes côtés.
Dieu que vas-tu faire de moi car il faut que tu me juge, que tu me condamne pour avoir trahi ton nom et ta parole, oui j'en suis conscient, oui je sais que je ne suis plus rien à tes yeux et je ne peux même pas te toucher, je ne peux pas t'implorer, je ne peux que te prier en vain et pleurer mon Dieu...
Tu es mon seigneur et à jamais je te sais et te reconnais pour vrai.
Mais moi à tes yeux je suis un leurre n’est-ce pas, je suis mauvais et je le sais, le mérite, et en crève.Je ne vais pas à l'église mais j'aime y entrer pour te parler, je ne vais pas dans les temples et les mosquées mais je ne suis pas contre y être invité pour te retrouver, toi mon Dieu, non pas le leur, mais le mien, car tu es partout pour moi, pour lui, pour elle. Et si allumer une bougie, un cierge ou que sais-je me permet de me rapprocher de toi et de penser à toi, alors j'aime à croire que c'est bien et que tu apprécies. Oui tu apprécies et te laisse approcher, en tous lieux et en toutes circonstances...

Je t'aime et te suis reconnaissant pour ta fidélité et ton amour, je sais que ton sang a coulé pour moi, mais je n'en suis pas digne, oh que non, pas digne... Mais… Ces gens qui se disent de toi le sont-ils ? N’ont-ils rien à se reprocher de m’avoir ainsi assommé avec tes paroles ? Ah ! Ils m’ont sonné, je suis KO, je suis à terre mais le combat… Il n’est pas fini, non. Mon adversaire, ce n’est pas lui ou elle, c’est moi, que moi. Ah ! JE est un autre… Oui mais qui ? Cette vie est un théâtre n’est-ce pas ? J’en suis un acteur, parfois bon, souvent mauvais. Mais pourtant, même si je doute souvent car je ne suis qu’un homme, je crois que je ne fais pas fausse route. Pourquoi ? Parce que c’est celle que tu m’as donnée, c’est la mienne. Et ta parole me parle à moi, elle est unique pour moi. Ne s’adresse pas aux autres puisque nous ne la comprenons pas de la même façon. Pour ce qui est de ma foi, mon voisin m’importe peu. C’est notre conversation qui me sied. Notre conversation…

dimanche 5 avril 2020

Il fallait bien que ça arrive. (Hommage à Marcel Moreau), par Vincent Vallée


Il fallait bien que ça arrive...

Marcel Moreau n'est plus, emporté par la vie tout simplement. Il y a un lourd bagage qu'il nous laisse, quelques valises emplies de mots, de phrases et de réflexions profondes. Il y a de la torture dans ces bagages, torture du verbe, du sens aigu, torture de la phrase. Marcel Moreau disait à propos de l'écriture:

Il ne suffit pas que l'écriture soit un chant, il faut qu'elle drogue, qu'elle enivre, qu'elle provoque chez le lecteur ces somptueuses titubations intimes sans lesquelles il n'est point de profondeur révélée. Il s'agit d'écrire un livre qui se boive, qui se danse plus qu'il se lise...

(Lettre à Anaïs Nin.)

Personnellement, j'ai lu "Quintes" et "La violencelliste"et j'en suis ressorti troublé, chamboulé, comme perdu, mais il y avait quelque chose de différent ensuite. Depuis ces lectures et la découverte de la plume de mon pays, puisque lui bien avant moi, a découvert ma ville, son village, et donc le Borinage, j'y reviendrai plus loin...
Après ces lectures donc, je n'ai plus lu un roman de la même façon, j'y recherche autre chose et en ce qui me concerne, Marcel Moreau m'a appris au travers de ses écrits à rechercher la phrase torturée, celle qui donne de la profondeur, du sens, une réflexion de quelques secondes... C'est à ça qu'on reconnait un écrivain. Dans "Quintes" j'avais relevé quelques passages que je cite ici :

" De la mort enfin, J'en voudrais dire deux mots, c'est qu'elle était là-bas, c'est qu'elle est ici, associée aux instants de bonheur, à la promenade le long de la Seine, à la trépidation même de ma seconde existence."

Mais aussi:

"Heureusement j'écris et j'aime, ce qui me permet de ne pas prêter une oreille absolue à cette morne « musique de l'ennui » qui suinte par tous les pores, désormais sans frontières, du discours contre l'être, le discours de la clôture de cet être."

Mais encore, et j'en viens à Boussu, notre village natal commun, à lui et moi mais aussi à ma payse Françoise Houdart, écrivain elle aussi de Boussu. L'évocation du métier de son père et de la région :



Moi je suis né à Boussu, toute boue sue... Il est obligatoire de constater que Marcel Moreau n'affectionnait pas particulièrement sa ville, mais pourtant il avouera lors d'une interview s'être peut-être trompé... Comment ne pas penser à Rimbaud, un autre bourreau des mots qui disait détester Charleville mais y revenait sans cesse ? Moreau écrira d'ailleurs dans "Quintes" ce passage au sujet de Boussu:

Je conserve de ce poussah urbain un souvenir presque ému, en tous cas fidèle... 

Et toi Boussu tu le laisses dehors aujourd'hui encore ? Je veux croire que pas cette fois, plus maintenant !
Marcel Moreau a habité la rue Jules Bonaventure de ma ville, et j'y passais chaque jour deux fois par jour et ce, durant sept années de mon enfance et en particulier à proximité de chez lui puisque j'allais à l'école Le collège sainte Marie de la même rue. Voici aujourd'hui, sa maison en avant-plan et l'école de mon enfance. 



Mais voilà, Marcel Moreau c'est autre chose que ce rapport à ma ville, commune, région: le Borinage, c'est aussi la vie à Paris, son oeuvre gigantesque et parfois si difficile à lire, à comprendre... Celui qui prétend avoir tout compris ou tout aimé et de suite est un usurpateur non ? Cependant, je me suis efforcé de le lire, le relire et le comprendre, je me suis accroché. Sa vie est intimement attachée à ses écrits, écorché, parfois mal dans sa peau, déprimé... Et puis âgé. Il écrira encore dans un autre ouvrage "La violencelliste" que j'ai lu également, ceci:



Son style lui appartenait, et il fut longtemps incompris par beaucoup et l'est encore aujourd'hui. Peut-être faut-il être un peu comme lui pour s'en approcher et y croire pour le comprendre lorsqu'on le lit. J'ai, pour ma part, écrit beaucoup de textes sombres et nostalgiques, tristes et à la limite du morbide, et ce me fut reproché d'ailleurs. Mais lorsque j'ai découvert les écrits de Marcel Moreau j'ai été rassuré. Il faut le lire comme une confession, un épanchement, de lui, de la vie, sa vie, celle des autres... Je le ressens comme ça, en tous les cas, moi.
Je suis boussutois et j'aime ma ville car c'est ma ville, ce sont mes racines et Dieu sait que beaucoup tentent aujourd'hui de mettre en valeur celle-ci par ce qu'il reste de notre château de Boussu, grâce à Marcel Capouillez et son équipe, ce qu'il reste de notre littérature grâce à Françoise Houdart et quelques autres personnes dans son sillon. Alors oui, Boussu,  je veux croire que tu vas mettre enfin à l'honneur l'enfant du pays, mon pays, lui ce fut durant son enfance et un peu plus, moi c'est ma vie durant. 
Il y a ce qu'il faut pour le faire Boussu, tu n'as rien à faire, juste ouvrir les portes de ta culture, entrouvrir ton esprit  et laisser y entrer le temps de quelques instants fugaces dans une vie, quelques acteurs qui ont eu à cœur de mettre en avant ton écrivain le plus illustre peut-être. Et c'est Stefan Thibeau, fils de Roland Thibeau de la Roulotte Théâtrale qui s'en est chargé par le biais d'un film, un court-métrage à son sujet et à la fin de sa vie, un spectacle existe aussi. Alors Boussu ? Où es-tu ?
Mais comme Boussu n'est pas seule dans le Borinage, d'autres ont pensé à mettre celui-ci en avant par le biais d'un spectacle nommé "Identité Boraine", Françoise Houdart, Annie Préaux, Daniel Charneux, Roland Thibeau et d'autres qui tentent ainsi de redorer le blason du Borinage, notre pays. Marcel Moreau n'y est pas oublié, certainement pas.
Je ne vais pas m'épancher plus longuement car, mon but au travers de cet hommage à Mr Moreau c'est de réveiller quelques consciences, de susciter la curiosité des boussutois(es) et les autres bien sûr. Découvrez Marcel Moreau, son oeuvre, sa vie. Ce sera je crois, une façon de le ressusciter ou tout du moins, de continuer à faire vivre son talent, sa profondeur... 




jeudi 2 avril 2020

Jusqu'ici tout va bien de Gary D. Schmidt par Vincent Vallée



Vous savez ce que ça fait de lire un roman que vous craignez de finir ?

Avec cette simple phrase, cette question, je vous donne un aperçu de ce... comment dire ? Roman magnifique, chef d'oeuvre, recueil pour la pensée et la réflexion, etc.
En effet, si j'ai lu ce roman c'est par hasard, vous croyez au hasard ? Moi pas, moi plus... Car ce n'est pas ce titre que j'avais commandé, ou plutôt si, celui que j'avais commandé portait le même titre, exactement le même. Et paf, c'est celui de Gary D. Schmidt que je reçois, je m'en aperçois après quelques minutes et je me dis : Flûte ! Je le lis quand même.
Après quelques pages, 4 ou 5, je me rends compte que je n'ai pas envie de le poser, j'ai envie de poursuivre, encore, encore... Je n'ai mis que 6 jours pour le lire : 473 pages...

Je fais la connaissance de Doug, un jeune garçon qui me raconte son histoire du haut de son jeune âge car on ne sait jamais vraiment son âge. Doug doit, avec sa famille, son frère, sa mère et son père, à nouveau déménager, son père a encore perdu son job... Doug atterrit à Marysville en 1968, alors que le premier homme s’apprête à poser le pied sur la lune, oui le voyage lunaire se prépare. Arrivé là, il déteste cette stupide ville, et puis ce trou à rat qui leur sert de maison... Doug aime qualifier ce qu'il trouve ridicule de "stupide" et pourtant...
Une stupide jeune fille va le prendre de haut, tout comme lui le fera également, et ainsi va naître une sacrément belle...

Vous savez ce que ça fait de rencontrer une jeune fille prénommée Lil, qui vous prend de haut avec de jolis yeux ?
Lisez le roman vous comprendrez...

On fera aussi la connaissance de Christopher, le frère aîné qui joue au dur, qui se retrouve toujours impliqué dans des affaires qui le dépasse, allez savoir pourquoi ? Un stupide frangin...

Vous savez ce que ça fait d'avoir un stupide frangin, qui vous aide et vous protège?
Lisez le roman, vous comprendrez...

Il y a aussi le paternel, le stupide paternel qui ne pense qu'à ne rien faire, ou encore à laisser tomber chaque main qu'il lève, sans vergogne, mais ça vous ne devez pas le savoir. Tout comme ce que Doug a sur le ventre, à cause de ce stupide père. Un père qui se croit plus malin que son patron, qui néglige la mère de Doug et passe son temps à traîner avec un voyou...

Vous savez ce que ça fait d'avoir un père qui se comporte comme un ignare ridicule et qui...
Lisez le roman, vous comprendrez...

Et puis la mère de Doug que je vais associer à son frère aîné, celui dont je n'ai pas encore parlé, et c'est normal parce qu'il est au Vietnam et qu'il en reviendra au cours du roman, dans un sale état. Mais qui à un point commun avec la mère du jeune Doug: Ce sourire...
Oh, vous croyez que j'en ai terminé avec ce roman ? Mais ce roman, est bien plus que ces quelques ingrédients. Oui, il y a aussi les Sterne arctique de Audubon, oui vous allez aller voir en lisant ce livre, qui est Audubon, et ce qu'est une Sterne arctique, je l'ai fait... Doug va, en découvrant cette Sterne, découvrir son talent, son destin, sa passion...



Vous savez ce que ça fait de savoir qu'on a trouvé sa voie ?
Vous verrez...

Et puis il y a tant d'autres personnages, loufoques, attachants, charismatiques... Doug va vous emmener avec lui, vous les faire rencontrer, développer en vous son histoire à un tel point que non, vous ne voudrez pas refermer ce roman, juste... Inspirant.
J'ai découvert tard les aventures de Tom Sawyer, mais je crois qu'il était encore trop tôt pour découvrir "Jusqu'ici tout va bien"... Et Gary D. Scmidt n'a, je crois, rien à envier à Marc Twain. Non, rien...

On peut encore découvrir des "Tom Sawyer" au 21 ème siècle, des "Marc Twain" aussi...
J'ai beaucoup ri en lisant ce roman, j'ai pleuré aussi, j'ai frissonné, j'ai ressenti ce que j'attends d'un VRAI roman: Une évasion spectaculaire, un frisson de la première à la dernière page, un sentiment de jamais lu, une sensation de ne plus jamais rien lire d'aussi beau...
J'arrête là pour ne pas en dire trop, en faire trop, mais...

Vous savez ce que ça fait de lire une pépite, une véritable pépite ?
Lisez ce roman, vous comprendrez...


L'auteur:



Gary D. Schmidt est un auteur de livres pour la jeunesse et un enseignant.

Il est titulaire d'un master d'anglais de l'Université de l'Illinois à Urbana-Champaign (1981) et d'un doctorat en littérature médiévale en 1985.

Depuis 1985, il est professeur d’anglais au Calvin College, en Michigan.

Il est l'auteur de plusieurs livres pour la jeunesse, récompensés outre-Atlantique par de nombreux prix.

En 2015, il publie "Autour de Jupiter" ("Orbiting Jupiter") inspiré de son expérience comme professeur d'écriture dans de prisons et de centres de détention.

Marié et père de six enfants, Gary D. Schmidt vit à Alto, en Michigan.




vendredi 27 mars 2020

C'est beau une ville la nuit. De Richard Borhinger par Vincent Vallée



" Tu verras, le bonheur c'est un tout petit truc de rien du tout qui fout le camp dès que t'as le dos tourné!"... " Je crois savoir pourquoi les poètes sont malheureux. Parce qu'ils sont du signe de l'invisible."... " Au diable le cœur, t'avais jamais connu l'espérance! C'est sûr !"...

Borhinger m'a scotché pour le coup... Au début j'ai eu un peu de mal à ac rocher mais ensuite, une fois qu'on a compris ce qu'il veut raconter ou plutôt pas... 
C'est une suite de pensées, de réflexions, de notes ? Souvenirs ? Il se raconte, pas besoin de psy, il a compris Borhinger, cet amoureux de l'Afrique comme Arthur... 
Le Rimbe dont il est lui aussi, épris. Une belle rencontre avec les mots...



dimanche 22 mars 2020

Temps de guerre, temps de paix de Élide Montesi par Vincent Vallée



En février dernier je me suis procuré ce roman auprès de son auteur, Élide Montesi. Élide est médecin généraliste, peintre et musicienne également. On se côtoie lors de salons du livre et j'aime lire les auteur(es) qui comme moi partagent leur écriture, leur talent, leur parcours.

Et moi, après lecture, j'aime les chroniquer. Ce roman bien qu'au départ un peu lent m'a offert ce que je demande à une lecture : Du voyage. Mais ce fut bien plus qu'un voyage, car au fil des pages j'ai oublié la lenteur du début et quelques répétitions pour me fondre dans le récit de Georges, Émilia, Robert, Frieda, Armand... Tant de personnages auxquels je me suis attaché car l'histoire que leur prête Élide, est certes imaginée mais certainement vécue par tant de nos aïeuls qui ont vécu la guerre, la déportation.

Georges est musicien, tenancier d'un café et puis la guerre arrive et ses aléas qui l'envoie en Allemagne, c'est là que débute cette histoire où vont s'entrecouper l'histoire des proches et des amis ainsi que les rencontres de Georges. L'épouse de Georges, va devoir avec son jeune fils, vivre loin de son mari et partir comme beaucoup. Elle va arriver dans une famille qui va l'héberger et elle comme tant d'autres, comme George d'ailleurs, va trouver réconfort, consolation et combler un manque, dans les bras d'un autre. Cet autre après la guerre, s'il ne vous accompagne plus, vous suit, vous poursuit... Émilia ne va jamais parler de sa liaison avec Roger, elle va apprendre la fin tragique de son amant de quelques temps, et la fin tragique de la famille qui l'a hébergée, jamais elle ne s'en remettra. Georges va deviner, comprendre beaucoup de choses, il va vivre avec car après-tout qu'irait-il reprocher à sa belle et douce épouse quand lui de son côté à sombré dans d'autres bras pour les mêmes raisons...

Il n'y a pas que l'histoire de Georges et d'Émilia qui nous est relatée ici, il y a le récit des rencontres de nos deux personnages, les recoupements intéressants, la photo d'une mère et son enfant qui aurait aimé trouver un père pour s'en émouvoir, il y a ces histoires  qu'on aurait aimé voir se concrétiser, aboutir, mais... La guerre, les non-dits, le temps passant, on arrive parfois trop tard... Il ne reste que les regrets pour remplacer les souvenirs et puis la vie. 
Car pourquoi se sont-ils battus après-tout ? Pour vivre, vivre des jours meilleurs, ne plus vivre la tyrannie et l'occupation, recouvrer la liberté. Mais parfois, celle-ci, une fois retrouvée est teintée d'un goût amer et le vase brisé, même recollé, garde des fissures ou s'immisce des courants d'airs aux relents d'antan.

Merci Élide d'avoir, sur base d'une lettre et d'une photo, imaginé leur histoire. Une de ces belles et parfois tragiques histoires de la guerre et d'après...

L'auteure:

Publié aux Éditions Acrodacrolivres.



jeudi 19 mars 2020

Ne soyons plus les mêmes.


Ne soyons plus les mêmes.





Que faire si ce n’est s’épancher sur du papier,
Jouer à un jeu simple avec des sentiments ressentis, comme ceux d’hier…
Trouver en soi la poésie qui manque à nos journées et la libérer,
Pour ainsi rêver les yeux baissés les pensées d’autrefois en arrière.


Chercher en nous de quoi se faire du bien un instant ou plus longtemps et laisser ainsi s’écouler les minutes,
Ouvrir son regard aux autres, aux tiens aux miens et tendre ses mains à qui les veut.
Aider, offrir, faire plaisir mais encore et surtout en communion éviter la chute,
Toi et moi, nous pouvons y parvenir dès aujourd’hui, oui toi aussi qui me lis tu le peux.


Chanter à sa fenêtre, et ainsi faire courir sur nos rues désertes des mélodies heureuses,
Écrire sur nos murs ou nos feuilles de papier nos mots peureux, nos moments frileux mais soulageant.
Donner écho chaque soir à ces quelques notes enivrantes, par nos mains vibrantes, pas du tout honteuse,
Songer à ces dévoués, à nos aînés, les aider en prêtant l’oreille, obéissants et en les encourageant.


Demain, toi et moi sourirons encore à la vie n’est-ce pas ?
Aujourd’hui est un combat que nous menons de front et avec parfois douleurs et craintes.
La vie est si simple quand on s’enferme, on oublie l’encombrant et on va bien au-delà,
Mais surtout, demain… N’oublie pas d’où l’on revient, souviens toi d’hier pour construire toujours et sans plaintes.


Que demain toi et moi ne soyons plus les mêmes.

©Vincent Vallée

lundi 2 mars 2020

Mon arbre, mon souvenir...




Tel un arbre ancré en terre
S’enfonce, grandit et puis s’élève
Pour le ciel encore fragile
Lui épargne la bise d’enfer.

Comme un pousse à peine né
Qu’un jour le temps aura oublié
Je suis aujourd’hui revenu pour te dire
Qu'aucuns, ailleurs ne te ressemble. 

Ailleurs, aucun n’a entendu mes rires et mes pleurs
Et ma solitude, ne fut jamais consolée
Chaque matin, je les regarde et entrevois l’espoir
D’un jour te retrouver comme on ouvre une boite à musique.

Et entre les souvenirs un peu sourds, t’entendre chanter
Retrouver notre tendresse qui réinventait toujours
Comme une lettre mal cachetée, qui ne t’es pas parvenue
L’enfant que je fus à tes pieds, veut la recoller.

Pour que mon paysage me revienne avec toi
Tel un arbre ancré en terre,
Je suis revenu te dire tout mon amour
Du fond du cœur t’enlacer et entendre ta sève grimper.

Tu es mon arbre que j’ai vu grandir, au pied duquel j'aimerais mourir. 

©Vincent Vallée

lundi 3 février 2020

L'anagramme de Nicole Nisol par Vincent Vallée.


L’anagramme de Nicole Nisol



En ce début d’année j’enchaine les déceptions au niveau lecture. C’était sans compter sur la lecture que j’avais programmée de Nicole Nisol et son Anagramme !
J’ai attendu de voir Nicole à un salon du livre et je me suis procuré cette nouvelle que j’ai lue aussitôt. J’avais déjà lu les autres nouvelles de Nicole, toutes m’avaient séduit, emporté. J’ai d’ailleurs eu l’honneur d’être le préfacier de sa nouvelle : « comme un télégramme ». Mais là… J’ai été emporté, alors que j’étais dans un environnement bruyant et fut souvent interrompu. Je ne vais pas faire un long résumé de cette nouvelle car il faut absolument la lire !

C’est l’histoire d’une vie, la vie de Marie. Cette d’abord jeune fille dans le récit, est la grand-mère de Nicole. C’est sur base de ses souvenirs et de l’imagination de Nicole qu’on va découvrir que fut la vie de cette jeune fille qui vivait à la campagne dans un coin un peu méconnu, un village qui se nomme Wihéries, non loin de la frontière française. Marie ne sait ni lire ni écrire mais est très dégourdie et volontaire. Elle a une très bonne amie, ses parents mais elle va partir pour Bruxelles, au service d’une famille aisée et juive : les Goldstein. Là-bas, elle va non seulement rencontrer la famille sympathique et chaleureuse mais aussi Simon, un jeune homme qui aime la littérature et qui va apprendre à Marie, à lire et à écrire, avant d’ensuite tomber en amour de la nouvelle jeune bonne.

Plusieurs fois Marie va devoir rentrer chez elle, chaque fois les Goldstein vont la laisser y retourner car très compréhensifs. Marie rentrera pour des évènements heureux mais malheureux aussi, comme la mort de sa sœur mariée à un imbécile…
Lors d’un de ses retours chez les Goldstein, Marie va découvrir que Simon n’est plus là, la famille ayant pensé bien faire en les éloignant car ce n’est pas sain selon eux qu’ils s’aiment… Le cœur de Marie va dès lors se briser et garder Simon dans un coin de celui-ci, tel une bougie qu’on maintient en vie pour éclairer sa vie…
En effet, Marie va devoir quitter le service des Goldstein pour non seulement éduquer les enfants de sa sœur mais en plus, se marier avec le veuf et imbécile de mari de sa sœur tout juste décédée… Marie va se défendre de cette idée saugrenue et pourtant…
La guerre va éclater, les juifs vont connaitre le sort qu’on connait… Les hommes qui font le mal autour d’eux sont parfois, punis par la vie, et cette même vie, récompense parfois les malheureuses… Une flamme maintenue en vie dans le cœur de Marie, va peut-être se raviver pour un instant… La vie va peut-être la récompenser de tant de sacrifices, de dévouement…

On découvre là, avec cette nouvelle, tout le sens du titre : L’anagramme. Celui de Marie, qui est Aimer. Car c’est une jeune fille, puis une jeune dame débordante d’amour qu’on découvre au travers de la plume si belle, si envoutante de Nicole qui n’est autre que la petite fille de Marie. Il y a des gens qui font partie de vos vies, qui vous éduque, qu’on n’oubliera jamais, même au travers de leur discrétion, leur pudeur, leur non-dits. Ce fut le cas de Nicole pour sa grand-mère, c’est les yeux humides, encore aujourd’hui, qu’elle nous en parle, ce sont des frissons qui m’ont parcouru durant cette lecture que je ne suis pas près d’oublier. Voilà ce que j’aime chez les auteurs comme Nicole. Il n’y a chez elle que l’envie et le besoin d’écrire, de transmettre. Et en plus, Nicole possède ce style emportant qui vous oblige à prendre des notes tant les formules sont belles et je ne peux m’empêcher de vous en citer quelques-unes :

En parlant du repas qui mijote au rez-de-chaussée 

« … envoyant d’agréables effluves qui réveillaient les nez endormis. ».

« Elle avait le regard triste de celles qui n’ont pas eu d’enfants et qui ont perdu l’amour ».

« C’était une voix douce, chevrotante, hésitante, comme celle des gens qui ne parlent plus depuis longtemps. Une voix qu’on a laissé mourir… »

« Le temps passe et repasse, il déplisse les jupes des petites filles et plisse le bord des yeux des femmes. »