mercredi 26 juin 2019

La crue de Amy Hassinger par Vincent Vallée




La crue

Je viens de terminer ce roman et je suis tiraillé entre plusieurs sentiments. En fermant le livre, j’avais envie de poursuivre. Pourquoi ?

Quand on tourne les premières pages, on fait connaissance de Rachel, de son mari et de son bébé Deirdre, qui vous le verrez au fil des pages, est très gourmande. On découvre une jeune femme mais aussi une jeune maman, perdue, fatiguée, lasse. Pourtant sollicitée malgré tout, par son père, inquiet pour Maddy la grand-mère de Rachel. Il craint pour sa santé et pour de mauvaises décisions qu’elle pourrait prendre étant en fin de vie et confuse. Peut-être mal entourée ?

Rachel est mise au pied du mur, culpabilisée, elle se sent poussée à rendre visite à sa grand-mère qui habite le Wisconsin, une ferme qui lui appartient depuis des années, une ferme familiale qui est bâtie sur les terres de la tribu amérindienne des Ojibwés. De plus, voilà plus de 8 ans qu’elle n’a pas rendu visite à sa mamy, elle culpabilise énormément, démesurément, mais aussi, elle a laissé là-bas, son premier grand amour : Joe. Le premier… on ne l’oublie jamais.

Ce roman me divise car il est long certes, ça peut paraître de trop, mais finalement tout est nécessaire à la compréhension de cette histoire familiale. Comme le barrage de Old Bend qui est construit depuis la tendre jeunesse de Maddy et qui, malgré les progrès humains, demeure sous surveillance permanente car les fortes pluies finissent toujours par avoir raison de l’homme et de sa machinerie.
En retrouvant Maddy, Rachel va fuir son mariage qui l’ennuie et l’Illinois. Mais aussi se rapprocher de l’homme qui a volé son cœur d’adolescente et qui a préféré la guerre en Irak que la fuite avec sa bien-aimée d’alors. Il reviendra de cette guerre, amoché. Le rejet de Rachel à l’époque aura le croit-il, détruit leur amour, mais en fait il n’était lui aussi, qu’amoché.

Auprès de Maddy, et ce, depuis des années, il y a Diane, mère de Joe, qui est son assistante de vie, sa dame de ménage et son amie. Cette ferme, cet endroit que Rachel redécouvrira après son retour, aimer tendrement, est aussi une partie de Diane puisque construite sur les terres de ses ancêtres. Maddy, confuse et vieille, sera sensible au sort des ancêtres de son amie Diane et trouvera que lui léguer la maison et les terres après sa mort, serait un juste retour des choses.

N’en disons pas plus, je vous invite à lire le roman, cependant, ce serait bien que le roman se poursuive, il y a encore tant de questions qui taraudent le lecteur en fermant ce roman…
Le roman est paru aux Éditions rue de l’échiquier fiction, son auteur est : Amy Hassinger.



vendredi 7 juin 2019

Dîner à Montréal  de Philippe Besson par Vincent Vallée.






Après « Arrête avec tes mensonges », et « Un certain Paul Darrigrand », Philippe Besson clôture une trilogie sentimentale même si, selon moi, c’est bien plus que ça.

En effet, Besson continue de mentir malgré les recommandations de sa mère. Si on connaît un peu l’auteur au travers de ses livres et autres interviews on sait tous que le mensonge c’est un des outils de l’écrivain. Mais tous les écrivains mentent, Besson lui aussi le fait, mais pour donner ce côté romanesque à son histoire ou pour brouiller les pistes, lui sait... Car après tout, c’est son intimité qu’il avait besoin de coucher sur le papier. En tant qu’écrivain, il est normal qu’il nous déforme un peu sa vérité, mais, dans les grandes lignes, dans la sincérité des sentiments, du vécu, rien ne nous est caché.

« Dîner à Montréal » est donc le dernier chapitre, le dernier plongeon dans ses souvenirs de jeunesse. Je lis souvent qu’on se retrouve dans ses récits, car, on a tous vécu des amourettes, qui vont plus loin que ça, plus loin qu’un flirt et qui sont plus sincères que ce que l’on vit depuis un mariage ou une union quelconque. Il ressort de ces amours fugaces, une nostalgie liée à la jeunesse des sentiments, mais aussi un souvenir vif, car le fruit de premiers émois. Et puis, pour beaucoup de lecteurs comme moi, encore plus d’attachement et de similitudes, car je me suis retrouvé chez Philippe, mais aussi chez Thomas et chez Paul…

La découverte de l’autre, l’attachement à une allure, une démarche, une mimique, un charisme. Sans oublier les odeurs, les sensations du toucher, la découverte d’un corps… Et puis, les sentiments si lourds de sens, si intenses, car nouveaux ou incontrôlables. Dans ce dernier roman au sujet de ses amours de jeunesse, il s’agit des retrouvailles avec l’une d’elles. Une sorte de mise au point après s’être retrouvé par hasard ? Lors d’une séance de dédicace. Un repas avec les conjoints respectifs, des regards, des allusions, et puis… Ces quelques moments de retrouvailles seul à seul quand les conjoints partent fumer, délibérément… Il veut savoir, Philippe veut savoir si Paul a souffert de leur rencontre, mais surtout de leur rupture, s’il a oublié tout de suite, s’il l’a réellement aimé aussi…

En lisant cette confrontation voulue, provoquée, d’avec des souvenirs amoureux, passionnels, il y a cette volonté de savoir bien entendu, mais aussi, cette évidence que rien ne pourrait reprendre là où on l’avait laissé. L’eau a coulé sous les ponts, on s’est éloigné, on a vécu, on a changé. Tenter de reprendre une histoire vieille de presque 20 ans serait une erreur et certainement impossible. La remettre sous la lumière pour comprendre certaines zones d’ombre par contre, c’est intéressant. Certes ça fera mal, ça ravivera les souvenirs qui parfois reviennent nous hanter depuis 20 ans et puis… On comprendra que l’un et l’autre on a souffert. Mais que l’un et l’autre on a survécu différemment à la rupture.

Philippe est touchant dans cette discussion autour d’un repas, car il se livre et analyse les réactions, les réponses. Il fait aussi son examen de conscience en quelque sorte. Paul lui, reste distant, mais se livre malgré tout. Il était marié, pour lui c’était encore plus difficile à gérer. Et puis, il a repris sa vie, il aime sa vie, mais… La perspective d’une autre reste une énigme. Philippe veut savoir si Paul a aimé d’autres garçons la réponse reste évasive. Ce qui est certain, c’est qu’il l’a aimé lui, Besson. Le repas se termine, chacun repart dans sa vie, les conjoints presque complices reprennent leurs mari ou amant à la garderie des sentiments enfouis. La table des sentiments déposés est nettoyée, l’analyse se termine.

Et puis, le soir, quand la nuit est tombée sur les amours vaincus, exorcisés le temps d’un repas, un SMS vient éclairer la chambre, Philippe le lit et il reçoit une dernière réponse à ses questions, touchante, inoubliable… que certainement quelques lecteurs aimeraient recevoir aussi.


Philippe Besson et moi à la Foire du livre de Bruxelles.




dimanche 2 juin 2019

Je veux me souvenir par Vincent Vallée





Il était une fois… Voilà comment débutent les belles histoires n’est-ce pas ?
Pour ma part, l’histoire dont je veux me souvenir ce soir, c’est l’histoire de ce jeune garçon qui lisait assis par terre dans une bibliothèque, des BD, des romans…
Je veux aussi me souvenir, même si ce fut dur alors, atroce même, de ce petit qui en l’espace d’une heure perd son unique repère, son pilier, son modèle, son premier spectateur… J’avais 8 ans, il était 16 h 45 et tu étais couché… Une heure avant j’étais sur tes genoux. Je veux me souvenir de ce grand dictionnaire que tu m’as donné Tintin, juste avant de partir là d’où on ne revient pas.

Car si je pouvais une heure seulement, te voir revenir, te tenir la main et te dire… non, te demander comment agir et réagir dans ce monde complètement fou, entendre tes réponses… Il y en a une que je connais déjà : Vincent… Tout ça a passé l’eau… Alors je serais apaisé et je te dirais combien, 34 ans plus tard tu comptes encore pour moi…
Je veux me souvenir de ces difficiles moments à l’école, ces échecs, ces difficultés, mais aussi ces craintes, ces chagrins et appréhensions chaque veille de jour d’école… chaque veille… Me souvenir de ma prof de première primaire qui me laisse seul pendant une récréation, moi plâtré, elle qui devait s’absenter… J’étais si horriblement seul. Ce jour-là, j’ai pris conscience que les adultes mentaient parfois aux enfants.

Je veux songer à mes efforts pour passer au-dessus de mes angoisses, de mes bobos imaginaires, et puis toi à qui j’ai fait tant de mal, tellement peur alors que j’étais en parfaite santé. Alors durant toutes ces années, j’ai loupé l’essentiel : L’école, apprendre, m’amuser…
Mais je veux pourtant me souvenir de ces quelques profs qui m’ont aidé, aimé même. Celui qui m’a pris dans ses bras pour rejoindre la classe chaque jour, car j’étais à nouveau dans le plâtre, chaque midi, chaque soir… C’est ce même prof qui a semé en moi la graine des mots. Mon Dieu comme je lui dois…

Je veux me rappeler de cet autre prof qui m’a annoncé que j’étais le seul à avoir raté mon examen cantonal. Il avait eu cette délicatesse, celle de m’isoler et de me dire que ce n’était pas un échec, mais qu’à partir de là j’allais me battre et surtout, que j’allais gagner. Alors monsieur… Je n’ai pas tout gagné non, mais ça vous le saviez n’est-ce pas, mais j’ai gagné beaucoup de bataille, contre moi, contre ça, contre eux…
Je veux me souvenir de ces histoires que j’écrivais, ces poèmes au marqueur de couleur, ces lettres d’amour que j’écrivais… Cette machine à écrire que j’ai apprivoisée pour « jouer à l’écrivain » je me suis pris au jeu. Je veux me souvenir de ce roman énorme qui me disait de le lire, que je regardais en me disant je ne sais pourquoi que je devais m’y plonger. Je l’ai fait… 3 fois.
Des pages entières, des carnets entiers, des fardes remplies, des mots d’amour, de haine, de chagrin puis des histoires comme « Le château de Cheron, Emeline la poupée oubliée, Mon ami Dicky », et puis dans ces histoires une dernière qui s’intitulait Le grand voyage… Mes petites histoires, mes premières tentatives.

Je veux me souvenir de mes débuts d’auteur, gauche, maladroit, berné par un pseudo éditeur français en 2010, puis un autre en 2012, puis un passage à vide… mais jamais je n’ai lâché ma plume, toujours j’ai travaillé à m’améliorer. Je me rappelle avoir persévéré, repris des cours à distance, et puis j’y ai cru, vraiment cru… Quelle déception ! Alors que je m’étais battu, tellement battu contre moi, je croyais y être arrivé car il me le disait: tu n’es plus ceci, cela, tu es un écrivain édité. Il(s) me le dir(ent)… Cet épisode m’a renvoyé à cette fois où mon institutrice m’a laissé seul dans cette grande classe...
Mais… Je veux me souvenir que je suis en train d’oublier et tant pis pour mes deux poètes… Je les abandonne, mais je me souviendrai que grâce à eux, uniquement eux, j’ai pu oublier une mauvaise rencontre de 2005, car en me reconnaissant en eux, j’ai pu obtenir un petit lectorat, une petite reconnaissance, j’ai un pied dans la porte entrouverte, grâce à eux je m'épanouis en écriture. Alors oui, tant pis je les abandonne réellement mais moi j’avance, parce que j’ai gagné. Mon pire ennemi, c’est moi. Aujourd’hui, et j’ai gagné une bataille contre lui.

« JE est un autre » pas vrai Arthur ?

Je veux me souvenir que tout ça, fait que je suis moi aujourd’hui, que je suis un auteur publié qui se bat chaque jour pour faire aboutir ses rêves, tant pis pour ceux qui se sont en-volés, la route est longue on y laisse parfois une roue, un pare-chocs et alors ? Seul mais fier, seul mais conforté par mon choix, seul mais je peux me regarder en face et comprendre que je fais des erreurs, je me conduis mal parfois, je suis têtu, provocant. Cependant, au-delà de ça, je suis fier de ce que je suis devenu, malgré tout et en dépit de tous ces souvenirs pénibles ou tendres, difficiles ou angoissants.

Aujourd’hui je cherche ce petit garçon assis sur les épaules de son grand-père qui respire l’odeur du fumier de la ferme et qui dit à celui-ci :

— On va s’enfoncer dans la boue, y’en a trop Tintin, on voit plus tes pieds !
— Mais non Vincent, avec moi tu ne crains rien, et puis à deux on est les plus forts !

J’ai souri mais il ne l’a pas vu. Aujourd’hui je souris encore Tintin, parce que tu es là, invisible mais présent et tu veilles sur moi.
J’oublie tout ça et à nouveau je grimpe sur tes épaules pour ne plus m’enfoncer… Oui, à deux on est les plus forts !