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lundi 20 octobre 2025

Aux portes d'embarquements de Vincent Vallée

 


AUX PORTES D’EMBARQUEMENT

 

Aux portes d’embarquement, on peut les observer : les futurs voyageurs, les touristes.

C’est intéressant de les éplucher du regard, de tenter de les comprendre.

 

Il y a là une dame seule, la quarantaine.

Elle semble pompeuse, vêtue de manière classique pourtant, un visage de maman au tempérament d’institutrice, peut-être l’est-elle...

 

Seule. Fuit-elle quelque chose ? Quelqu’un ?

Plus de 4000 km, c’est loin pour voyager seule...

 

Un peu plus loin, un couple âgé.

Le mari se fait conduire en chaise roulante par son épouse.

Elle semble encore en forme, mais un peu lasse, aucun regard pour son vieux compagnon.

 

Ils ont pourtant beaucoup cheminé ensemble, je crois.

Elle porte un lourd fardeau qu’est l’impotence de son double, mais elle est pourtant là, lasse, mais là.

 

Lui, il est éteint, garé au bout de la rangée de sièges d’attente pour l’embarquement.

Il est tourné vers des inconnus qui arrivent, le regard angoissé de trouver le bon vol, fatigué d’avoir couru pour rien, car ils sont en avance, beaucoup trop.

 

Comme lui.

Mais lui, il avait de bonnes raisons. Cependant, il passe désormais sa vie à attendre les autres, il aimerait arriver en retard mais à pied…

Il était inconcevable de laisser passer une seule minute à gagner pour ne pas stresser et fatiguer son épouse plus que de raison.

 

Mais il est là pour elle.

Lui, il s’en fiche, il est fatigué d’être fatigué.

Il est las aussi d’être devenu le fardeau de jadis sa bien-aimée, celle avec qui il a virevolté sur les pistes de danse, celle qu’il a enlacée, aimée tendrement, passionnément.

 

Aujourd’hui, il sent qu’elle le supporte, qu’elle fait avec, et ça le mine.

Son fardeau lui vole son sourire et son bonheur.

Mais il est là, pour elle, que pour elle.

 

Aussi, ce couple musulman.

Elle est voilée, croyante et fidèle à sa foi, jolie sous son foulard, avec son foulard.

Le regard craintif, les joues rondes, elle avance avec son compagnon.

Ils sont jeunes et semblent s’empresser, comme s’ils fuyaient.

 

Lui, il a le regard affable, gentil, attentionné.

Il lui tient la main d’une manière protectrice, c’est frappant.

Frappant d’amour partagé.

 

Ils ont la foi, c’est d’ailleurs le guide de leur vie.

Mais parfois, cela leur pèse : le regard des autres, surtout là, dans un aéroport.

 

Comme s’ils portaient tous une ceinture macabre autour de la taille, un projet fou et meurtrier dans la tête ou dans les pensées.

 

Ces préjugés les poussent à être eux-mêmes racistes ou tentent de les convertir à ce sentiment malsain.

Ils en savent quelque chose.

 

Alors, sous les regards inquiets ou accablants, ils cheminent en silence, amoureusement, pour eux aussi profiter de quelques jours loin de tout, et au soleil.

 

Car en guise de ceinture, le jeune homme subit les lumbagos à répétition à force de ramasser les déchets des autres pour son travail à la ville.

 

Tandis qu’elle, c’est son ventre qui est ceint d’une vie à venir.

Elle est au début d’une grossesse, leur avenir, le fruit de leur amour.

 

Méritent-ils tous ces regards inquiets ?

Ils ne veulent pas le comprendre.

Ils avancent rapidement.

samedi 18 octobre 2025

Les lieux s'ensoleillent... Par Vincent Vallée

 



Il est des endroits où l’on n’aime guère se rendre,

De ces lieux pour « aller mieux », se soigner,

Et de se les imaginer tristes, moroses, déprimants.

Découvrir envers et contre tout que pourtant,

Ils s’éclairent par une magie inexpliquée,

S’ensoleillent à chaque venue, et le remarquer,

Se dire alors que malgré nous, malgré le sort,

Un rayon de soleil perce tous les murs 

Ceux des malheurs, ceux de l’obscur, ceux d’un hôpital.

Réfléchir au sens de cette coïncidence ?

Se dire qu’elle n’en est pas une, mais…

Se raisonner en laissant dehors la réflexion du romancier,

Oublier la raison qui donne mal à l’esprit,

Écouter son cœur et réaliser qu’il a raison,

Il a raison, le romancier…

La lumière s’invite pour nous éclairer sur les chemins de l’absurde.


samedi 20 septembre 2025

Parce qu’ils sont moi.


 



L’impression de perdre pied,

La certitude de m’être trompé,

M’écrire pour me relever et ne pas y parvenir.


Vingt années à endurer un choix,

Vingt années à regretter ce choix ?


Oh non, pas vraiment, sinon à quoi bon ?


La vie est-elle une somme d’erreurs

Parmi lesquelles on tente de faire quelques additions ?


Une renonciation, un mariage — donc deux cadeaux du ciel…

Une acceptation, une séparation — donc une punition…


Et puis, la suite est une succession de punitions,

Si ce n’est quelques consolations…


Renvoyer une image qui ne nous correspond pas,

Finalement, c’est le lot de chacun, je crois.


Pourquoi la mienne est-elle si agressive

Alors qu’en réalité… ?


Qui peut se vanter de connaître autrui ?


Mais je me demande : Qui peut oublier,

Pour ne pas s’oublier ?

Comment font-ils ?


Oublier, c’est bien de cela qu’il s’agit.

Mais il y a des choses que l’on n’oublie pas,

Que je ne peux ni ne veux oublier moi,

Et laisser glisser sur un mur d’indifférence ?


Non, je ne suis pas parfait,

Jamais je ne le serai d’ailleurs, et c'est heureux.

Tout ce que je sais,

C’est que j’essaie de faire de mon mieux.


Alors j’écris,

Tandis que d’autres pleurent, peignent, chantent…

Moi, je n’ai que les maux…


Il me manque si cruellement.

Ils me manquent sans cesse, tout le temps…


Parce qu’ils sont moi,

Je suis eux.


D’abord une annonce,

Puis un cri, des pleurs,

Des rires, des bonheurs,

Des craintes, des efforts,

Des erreurs, des chutes,

Des victoires, des oublis,

Des larmes, des sourires.


Plus de vingt gâteaux x 2 à souffler en même temps qu'eux mais jamais ils ne l'ont vu,

Et moi, je ne crois pas avoir changé.

En tout cas, ce qu’ils ne voient pas est demeuré intacte,

Ce que je et vous cachez toutes et tous.


Non, ça ne change jamais…


Mais personne ne le sait jamais vraiment,

Personne si ce n’est soi-même…

Et c’est certainement cela qui fait souffrir. Je crois...


Oui, c’est ce que nous sommes,

Qui nous sommes.


Mais alors, eux…

Qui sont-ils vraiment ?

Je veux dire, là… dans leur cœur ?


Qui le sait ?


Nous sommes tous des menteurs,

Et la vie est un mensonge qui respire.

©Vincent Vallée


jeudi 14 août 2025

Ah, Coxyde... Par Vincent Vallée


Ah Coxyde, ou Koksijde ce sera comme bon vous semblera. 
Moi, je me souviens du Coxyde des années 80-90... Ce temps où les commerces nous faisaient de l'œil. 
les gaufres de chez Zizi... à côté du Malouin, Maddy et Lolypop... la glace moka de chez Verdonck près du célèbre feu rouge qui était bien trop long face à notre impatience de soit rejoindre la plage, soit de nous ruer chez le glacier. 

Sans oublier l’Amiraute et le Barbu, ou encore les fameux cuistax de Marcel (place des Zouaves)… avec lesquels on filait à toute allure à coup de sonnettes parmi les mollets des touristes sur la digue. 
Et puis la plage et son horloge qui était le point de ralliement, le repère pour les enfants, le coin pipi aussi... 
Une plage vaste et jaune de sable avec ça et là de petits arbustes qui servaient de "coupe vent". Des talus de sable s'y formaient sur cette belle plage, bien pratiques pour s'appuyer quand on s'y installait.




 


Je me souviens en particulier de l'odeur chaude de la crème solaire mélangée à l'odeur marine qui nous caressait le visage. 
Du cri des mouettes qu'on surveillait si on mangeait un sandwich... Et ce fameux cri: "Friiiisssskooooooo" sur la plage, parmi les ballons de volley, foot, les volants, les cerfs volants, les parties de boules colorées et en plastique avec papy, papa ou le tonton... 




Avec impatience, on attendait la marée basse en espérant que des mares se forment et que l'on puisse y patauger, ou encore s'exercer avec notre canot pneumatique avant de s'essayer à entrer dans la mer.

On devait bien souvent attendre d'avoir digéré pour aller dans l'eau, c'était la règle. Impossible d'y déroger... On avait très souvent mangé un beau morceau de poisson du poissonnier situé dans la grand rue, accompagné d'une casserole qu'on demandait au friturier d'emplir pour l'accompagner.


Parfois, on se faisait juste quelques tartines pour les manger sur la sable à l'abri d'un coupe vent qu'on avait dressé avec peine et un marteau en bois. 

On avait également une glacière avec des boissons fraîches et quelques biscuits. Mais l'odeur des gaufres au sucre ou de Liège nous appelait au détriment des biscuits devenus insignifiants. 

Les ballons gonflés à la bouche roulait bien trop vite à cause du vent, et les enfants se perdaient bien souvent en courant derrière eux. Mais les maîtres nageurs étaient là pour veiller et nous offraient un son mémorable avec leur "corne" d'alerte. Drapeau rouge, jaune, vert pour signaler les baignades autorisées ou non...
Coxyde et ses dunes où mon grand-père aimait aller se perdre, les mains dans le dos, près du magnifique moulin de bois.


Cependant, il y avait bien d'autres endroits à Coxyde que la plage, il y avait la grand rue avec son petit carrousel à son début, les restaurants et les bistrots comme "Le chalet des bains" et tant d'autres tout du long de la rue principale. 

L'odeur du poulet grillé, les poissonniers qui nous concoctaient de petits plats préparés exposés en vitrine et sur lesquelles on louchait... 
La librairie où l'on s'achetait le journal de notre région le matin, après avoir acheté du pain frais, des croissants, des pains au chocolat frais et fumants...

Le restaurant "La mouscronnoise" tenu et géré par deux frangins avec sa multitude d'assiettes aux murs et ses délicieuses moules à toutes les sauces.

Le marchand de légumes qui vendait des fraises énormes, le terrain de tennis et sa cendrée rouge où les cris des joueurs remontait vers la rue avec ses coups de raquettes.

Ah Coxyde... L'appartement loué ou la villa, comme celle appelée "Le Kitoko", près du mini golf, et ses parcours compliqués pour les plus jeunes... 

Les promenades le soir au sein du village, parcourant ainsi les rues avec ses trottoirs où le sable empiétait un peu. 
Et ensuite, rentrer à l'appartement en longeant la digue pour admirer le coucher de soleil digne des plus belles cartes postales... Rentrer, se doucher, mettre son pyjama et lire un "Bob et Bobette" sur le balcon ou face à la fenêtre qui donnait sur la mer ou la ligne du tram qui sillonnait la côte d'un bout à l'autre.

Coxyde de mon enfance, Coxyde de mon adolescence avec ses amours non avoués, fantasmés... 
Il est loin ce temps là, il est loin ce Coxyde là, et il est loin l'enfant que j'étais...

©Vincent Vallée 2025.

lundi 21 juillet 2025

Le rebelle et l’éternelle silencieuse. De Vincent Vallée



Le rebelle et l’éternelle silencieuse

Je ne t'ai jamais rencontré, tu es mort bien avant ma naissance. Mais je te connais depuis plus de 30 ans... Tu es celui. Celui... On connaît tous le grand amour une fois, une seule fois dans notre vie, et je crois que tu l'as connu, n'est-ce pas ? Toi pourtant, le convoité, la star du "Coron d'en haut", ton quartier. Le fils du brasseur mais aussi, le fils de l'acteur de théâtre patoissant. Toi, le marginal, le rebelle et l'admiré des filles autour de toi.


Le grand amour, tu l'as pourtant connu, et ce n'est aucune de ces filles qui te dévoraient des yeux et pouffaient entre elles à ton passage, qui fut l'élue. Ah, tu étais un cœur tendre, un grand timide, c'est vers la plus discrète que tu es allé, la plus réservée, celle qui se tenait à l'écart. Aujourd'hui encore, elle se tait à ton propos mais ne t'oublie pas. Aujourd'hui encore, elle ne vous raconte pas ou très peu...



Né durant les années 40, tu aurais aujourd'hui pas loin des 80 ans. Qui se souvient de toi ? Qui pense encore à toi ? Il faut croire que tu fus populaire, car au moins deux personnes pensent encore à ce que tu représentais. Pour l'une d'elles, tu étais son grand, son seul, son unique amour. Pour l'autre, tu es celui qui a failli l'effacer, si tu ne t'étais pas bêtement tué sur la grande route allant de Boussu à Quiévrain.


J'ai entendu parler de toi la toute première fois, alors que j'étais encore un gosse. C'est près du terril, non loin du "Puits sentinelle" autrefois où tu allais retrouver ton élue. Il y avait un pont sur lequel passaient les trains chargés de charbon, c'est sur un flanc de ce pont que toi et ton amour avez gravé vos initiales...


Alors, qui étais-tu ? Je n'arrive pas à le savoir, car elle ne te raconte pas, elle ne dit rien ou si peu. Oui, le peu que je sais, je le couche ici. Son cœur demeure un écrin, tu y est enfermé, à jamais je crois...



Lui as-tu offert des bleuets ? Es-tu allé jusqu’à la demander en mariage ? Pour qu’aujourd’hui encore elle pense à toi, je veux croire que tu l’aimais vraiment, qu’elle était dans ton sang, tes pensées, ton cœur. Et puis, une fin brutale. Toi, le rebelle, tu avais une moto, forcément, tu n’avais peur de rien, tu te croyais indestructible. Toi, le marginal populaire, le fils de l’acteur patoisant du "Coron d’en haut". Tu l’aimais, et elle t’aimait tant...


Elle se souvient de tout, je le sais, mais elle ne m’a pas tout raconté, pas encore... Est-ce qu'un jour l'écrin s'ouvrira? Elle se souvient de ta mort, jeune, trop jeune, à l’aube d’une vie commune, en plein amour passionné. Un dérapage, un autre véhicule ? Tu t’es tué à hauteur de Hainin alors que tu rendais visite à ta maman.


Quand elle t’a revu, tu étais allongé sur le carrelage, habillé, et le visage impeccable, si ce n’est un bleu à peine visible. La mort n’avait pas réussi à t’ôter ton charme, ta beauté, ta popularité. Car tu es parti en star. Tu as eu de grandes funérailles populaires, toute la ville était là, bourgmestre en fonction et anciens en tête. L'article de presse révèle l'émotion palpable autour de la levée du corps, les pleurs et les sanglots qui éclataient çà et là. L'énorme couronne de fleurs portée par les anciens de ton école, l'école du centre de Boussu. 


Une seule était à l’écart, la plus importante pour toi. Rien n’avait été officialisé, donc elle ne figure pas sur l’article de presse qui parle de ta mort stupide. C’est comme si vous n’aviez pas existé, mais pourtant... Oui, tu étais celui. Tu étais l’élu, son élu, celui de son cœur, celui de sa vie, son amour, son grand amour...


C’était gravé sur le flanc d’un pont, n’est-ce pas ? C’était gravé dans ton cœur et ton âme, toi, le rebelle au cœur timide.


Ta place fut prise quelques années plus tard, et je suis là. Sans ta mort, je n’écrirais pas ces lignes, et pour je ne sais quelle raison, tu me fascines, votre histoire me passionne. Ca vaut bien une trace, un écrit n'est-ce pas ?


Le populaire et la plus réservée... C'était vous deux. Celle que tu aimais, et qui fut certainement détestée de beaucoup, jamais ne t'as oublié. Elle n’avait rien fait, rien dit, mais tu lui avais volé son cœur. C’était ma mère, mais tu ne seras jamais mon père, cher Michel, tu resteras jeune et rebelle à jamais...



samedi 19 juillet 2025

Le jour que je dois coucher sur le papier pour oublier… de Vincent Vallée

 

Le jour que je dois coucher sur le papier pour oublier…




Quand je pense à toi, peu de souvenirs reviennent. Mais aussi, en vieillissant, quelques souvenirs s’évanouissent, d’autres resurgissent. Quant à ce funeste jour… Il ne me quitte pas, il ne me quittera jamais, je crois…

Je te revois, Tintin, sur le pas de la porte de chez papa et maman, avec ton grand imper beige et ton béret noir. Tu revenais de chez le coiffeur « James » ou c’était un autre, je ne sais plus. Je devais avoir maximum 7 ans. Voilà, c’est un flash… Je te revois encore, penché sur moi, mes bras et mes jambes criblés d’épines de cactus, celui sur lequel j’avais eu l’intelligence de m’appuyer et… tomber. Mais ce n’est pas terminé, j’ai encore un tiroir dans ma mémoire où un autre souvenir, plus vif celui-là, est rangé.

Tu viens de terminer de construire ou de réparer une de tes remises dans ton jardin, ce fameux jardin où tu t’évadais, où tu cultivais des pommes de terre et des salades, et tant d’autres légumes, tout en prenant soin de ménager les quelques rosiers de Mémée, au beau milieu de tout, comme dans tellement de potagers du Borinage. Je n’ai jamais compris pourquoi… Et moi, en petit curieux, je suis rentré pour voir ce qui y était entreposé dans cette belle remise. Tu étais reparti à la maison, et je ne sais quelle mouche m’a piqué : j’ai pris une de tes pelles et, avec le manche, j’ai fait des trous dans les plaques que tu venais de poser. C’était méchant, bête et cruel… Mais je l’ai fait…

Tu es arrivé ou j’étais déjà sorti depuis un moment, je ne sais plus, quand tu as vu mon crime. Tu es sorti en rage de la remise, fulminant des « Vincagne » (Vincent). Je me suis alors rendu compte de ta colère et j’ai pris la poudre d’escampette via le Posti, qui veut dire portail en Borain, et j’ai couru le plus vite que j’ai pu dans la prairie qui jouxtait ton beau jardin. Mais le voyou que j’étais, encore sous l’emprise de la piqure de mouche venue de je ne sais quel pays, te répondait en fuyant ! Quel courage…

J’hurlais des « vieux schnock ! » Tu n’avais pourtant que 59 ans… à tout jamais.

Ce jour-là, je suis forcément revenu, je ne m’en souviens pas, et tu étais certainement assis avec une jambe sous le derrière et l’autre pliée devant toi, dans ton fauteuil. Un fauteuil coincé dans un coin de la salle à manger qui servait aussi de cuisine, avec derrière toi, ton armoire à secret. J’ai su plus tard qu’il n’y avait que des journaux, des semences pour ton jardin et quelques almanachs pour guider le jardinier avec les lunes et les mois de l’année. Peut-être quelques notes de ce que tu avais semé et quand, l’année d’avant.

Tu m’auras sûrement regardé passer sans me dire un mot, rentré dans ton silence légendaire… Celui qui s’imposait entre Mé et toi des heures durant, c’est elle qui me l’a raconté. Vous pouviez passer des journées entières à ne rien vous dire, sans pour autant vous être disputés. Tu étais comme ça, silencieux, calme, réservé. Je me rappelle ton invitation à aller chez le notaire alors que tu y avais rendez-vous et que tu allais rejoindre ta sœur, Andrée, que je n’avais jamais vue. Mais j’ai refusé… De fait, je ne l’ai jamais rencontrée.

Et puis, plus grand chose en termes de souvenirs hors de ton dernier jour, le dernier de mon enfance, de mon insouciance. Oui, en juillet 1985, tu m’as pris mon innocence : toi, la vie, toi, le sort, toi, le destin. De ce jour, j’ai un souvenir presque précis : tu étais crocheû au Payèt, mais aussi crocheû à « camps », un sport qui se perd de plus en plus, il ne reste plus tellement de crocheû à la herse ni dans les champs, en tous cas moi, je n’en vois plus.

Ce samedi-là, on devait tous se retrouver chez Gilbert, un de tes amis « crocheû ». Il organisait un tournoi ou était-ce une simple journée de « crochâge » entre amis, je ne sais plus. Avec maman, je me revois monter la rue du Cornet, là où habitait Gilbert et son épouse tout au fond d’une ruelle ; et nous t’avons vu entrer ou sortir de ladite ruelle, qui conduisait à quelques maisons nichées dans un coin perdu comme il y en a tant du côté de Dour, sauf que là, nous étions à Boussu.

Pour arriver à ces maisons, je me souviens que l’on passait à côté d’un « cabaret » comme on disait chez nous, un bistrot, « Le gai luron », puis il y avait une série de jardins d’où, du haut de mes 8 ans, je voyais émerger les poireaux, pommes de terre et autres verdures que je rechignais tant à manger… C’est pourtant connu, les borégn aiment jardiner !

Tu nous as vu arriver, maman et moi, et, de cet instant précis, j’ai le souvenir de ce que tu as dit à maman : « Te v’la co toudis at’lée comme grand mé Yvonne. » Donc, te voilà encore habillée, vêtue comme grand-mère Yvonne. C’était sa belle-mère, la maman de Mé, qu'il avait logé, reprise chez eux jusqu’à la fin de sa vie.

C’est ce qui se faisait autrefois : on n’avait pas d’argent pour les maisons de retraite. Je crois qu’elle lui en avait fait voir des vertes et des pas mûrs à l’époque. Mon arrière-grand-mère Yvonne aimait les jolies tenues et se pomponner. Elle avait coutume de feindre un mal-être pour fuir à Spa pour des cures, emportant avec elle ses plus belles toilettes. Ce qui agaçait Tintin, mon grand-père.

J’ai appris plus tard qu’elle connaissait là-bas, la princesse Liliane de Rhèty — plus connue sous le nom de Liliane Baels, seconde épouse du roi Léopold III — une personne de prestige. Peut-être n’avaient-elles causé qu’une ou deux fois, peut-être avait-elle fabulé cette rencontre mais c’était suffisant pour qu’elle cherche à y retourner chaque année.

Je crois que ça t’avait agacé ou fait rire. Quand tu voyais une dame pimpée de la tête aux pieds, tu faisais cette réflexion, mais surtout à tes filles.

Nous ne faisions que passer devant la ruelle, que nous devions rejoindre plus tard. Nous avons poursuivi notre chemin sur la rue de Dour pour arriver à votre maison, à Mé et Tintin.

Ce jour-là, je me souviens encore être entré avec maman et d’avoir regardé un épisode du feuilleton « Mon ami Ben ». Et, pour je ne sais quelle raison, Mé est allée chercher ce que tu avais préparé pour moi avant de t’en aller crosser : un dictionnaire confié à tous les enfants de la famille, et un jeu de boules de pétanque en plastique.

Pourquoi avais-tu préparé ces cadeaux pour moi ? Sentais-tu quelque chose ?

Nous sommes ensuite partis vous rejoindre. Tu crossais. Je n’ai plus tous les détails en tête, mais je me souviens que tu étais assis devant les crosseurs, et tu m’as appelé. Je me suis assis sur tes genoux, et tu m’as glissé 50 francs dans la main. C’était toi ça : discrétion, gentillesse, bienveillance…

Puis, je n’ai plus de souvenirs jusqu’à ce que, visiblement, tu ne te sois pas senti bien. Tu es allé t’allonger sur le canapé de Gilbert, qui nous accueillait et que j’allais détester à vie dans quelques heures… On m’a raconté qu’avec Mé, tu ne cachais pas ta douleur.

Pourquoi n’avons-nous pas appelé un médecin ou une ambulance ? Peut-être l’avons-nous proposé, mais tu as refusé ? Je sais que Gilbert t’a raccompagné avec Mé chez toi, et qu’avant de monter dans sa voiture, tu as été pris de nausées, tu as vomi dans le coin du mur du fameux cabaret « Le Gai Luron ». Un café qui se trouvait devant un brasseur qui avait failli faire partie de notre famille s’il n’y avait pas eu un stupide accident de moto près de Hainin… Le destin. Quelques-uns comprendront cette parenthèse…

Chaque fois que je passe là, je regarde ce coin, cet endroit. Ça peut paraître étrange, glauque, ça l’est sûrement… mais c’est la stricte vérité.

Et là, j’écris ma vérité, celle de mes yeux d’enfants de 8 ans… Moi, je suis resté chez Gilbert avec maman, puis elle a dû te rejoindre je pense, je ne sais plus ce que j’ai fait, et je ne savais pas que tu allais mal.

Je me souviens juste de maman qui revient en pleurant et en criant : « Il est mort ! Il est mort !!!! » Jamais je n’oublierai ces mots qui m’ont sorti de l’innocence, foudroyé de la tête aux pieds, la première fois que je les entendais et qu’ils touchaient un de mes proches… Mon grand-père était mort.

Avec maman, je suis parti vers chez toi à pied. Il y avait 500 mètres. J’ai le souvenir d’avoir posé mille questions, plus bêtes et ridicules les unes que les autres, comme celle qui lui demandait si Mé allait refaire sa vie… Pourquoi cette question m’est venue ? J’en ai encore honte.

Avais-je peur pour Mé ? L’avenir allait me démontrer que, dans la famille, même si l’on perd sa moitié à 58 ans, on lui reste fidèle. Mé est demeurée fidèle à mon Tintin, jusqu’à la fin.

Nous sommes arrivés chez toi. Il y avait une ambiance pesante. Je n’ai pas pu entrer plus loin que la première pièce. Entouré de mon cousin qui, les yeux embués, tentait de me faire rire et de mon frère silencieux, puis rejoint par les petits enfants de ton cher voisin et ami Georges, j’ai attendu…

Je savais qu’un drame s’était déroulé de l’autre côté de la porte. Je ne savais pas où tu étais, mais je ne pouvais pas rester là, dans cette pièce, même entouré. Maman est venue me chercher, et je l’ai suivie. En passant la porte, il fallait frôler le canapé où tu étais allongé… J’ai frôlé ta tête, je n’ai pas regardé, et je suis allé m’asseoir autour de la table de la salle à manger qui vous servait de cuisine à toi et Mé, de salon aussi, avec vos deux fauteuils face à face.

En passant, j’ai vu Mé, affalée dans un fauteuil, le regard vide, les yeux rouges. On a tiré les tentures qui séparaient le salon où tu étais allongé sans vie, de la salle à manger/cuisine, et je n’ai pas pu te voir de suite. L’entrepreneur des pompes funèbres est arrivé, il se nommait Delcroix, un nom à propos… Je me souviens que lorsqu’on a rouvert ces tentures, tu étais toujours allongé sur le canapé, mais avec un essuie-main noué autour de ta tête. Tu avais l’air ridicule, mais c’était le seul moyen que l’entrepreneur avait trouvé pour fermer ta mâchoire qui s’était ouverte sous l’effet du coup de poignard que tu avais ressenti, une fraction de seconde, l’ultime seconde qui t’avait redressé pour te coucher à jamais.

On m’a raconté les minutes qui ont précédé ta mort : tu as appelé ton chien, Milou, ça ne s’invente pas, Tintin et Milou… Tu l’as caressé, tu l’as embrassé, puis tu as pris le médicament que le médecin de garde — enfin appelé — t’a donné à mettre sous la langue. Tu avais mal, tu te sentais mal, et tu as dit à maman : « C’est m’dernière eûre…» Et tu avais raison.

Tu t’es redressé sur le canapé, puis tu es retombé lourdement. Matante, la sœur de maman, a accouru vers toi, elle avait compris. Elle t’a fait du bouche-à-bouche, t’a secoué, appelé, mais c’était terminé : tu étais déjà de l’autre côté, dans un tunnel je suppose, où tu voyais une lumière blanche, ou tu avais déjà oublié cette douleur dans ta poitrine. Matante aura eu a faire face à ta mort et à celle de Mé, elle n'aura pas été épargnée...

J’ose espérer que tu te sentais bien, comme sur un nuage, et qu’à jamais tu y es resté, en compagnie de tes parents, tes proches trop tôt disparus, tes collègues mineurs… Tu nous as laissés seuls, orphelins de notre mentor, de notre chef de famille. La suite, on la connaît : une ambulance arrivée trop tard, maman qui revient pour nous annoncer l’horreur : « Il est mort… Il est mort !… » Et mon enfance avec toi.

Après t’avoir vu la mâchoire nouée, je t’ai vu libéré de cet essuie de vaisselle ridicule. On parlait autour de moi, on était de plus en plus nombreux. Ton ami Georges, fermier et voisin que tu aimais tant aider, parlait, se lamentait, se lamentait encore, et énervait sa fille Jacqueline, qui demanda à son père de se taire un peu.

Moi, je pleurais, j’étais perdu. J’allais de la cour à la salle à manger, et c’est encore Jacqueline qui, me voyant en larmes et perdu, s’est inquiétée pour moi, et qui a, avec la volonté de faire quelque chose, demandé une aspirine pour me calmer. C’était maladroit, mais à jamais je lui serai reconnaissant d’avoir posé les yeux sur moi.

Maman était perdue… Matant également.

Il y avait un attroupement dehors, dans ta cour, celle qui précédait ton énorme potager, celui où, la semaine précédant ta mort, tu avais travaillé jusqu’à te sentir mal, comme vidé, et être rentré. Là déjà, on aurait pu te soigner, déceler un souci, mais tu n’as pas voulu, je suppose.

Papa et mon oncle Jean-Claude discutaient avec Gilbert, celui qui organisait chez lui la partie de « crochâje » où tu étais quelques heures auparavant, où tu avais encore emporté des prix, les plus beaux il paraît ! Je me suis approché, j’ai entendu Gilbert dire qu’il fallait trouver un nouveau président pour le club de « crochâje »… Je n’ai pas compris le sens de cette discussion alors que tu étais encore allongé sur ton canapé.

J’ai interpellé papa, et là, pour la première fois de ma vie — et pour toujours —, j’ai détesté une personne à vie : Gilbert.

 « Allez va, c’est une discussion entre adultes ! » m’a-t-il dit.

Quand j’ai appris ta mort cher Gilbert, trop longtemps après mon Tintin à mes yeux, je ne t’ai ni plain ni regretté. Tu as continué à rendre visite à Mé après la mort de mon Tintin, je suis arrivé chez elle souvent avec mon vélo, et tu étais là buvant une bière. Que venais-tu faire chez elle ? A jamais je te maudirais et j’espère que là-haut, mon Tintin t’a filé un coup de cendrier sur le coin de la tronche pour avoir rejeté son petit-fils, celui qu’il aimait tant ! Un cendrier, pourquoi ? Parce que, ce fut ce qu’il avait utilisé contre son ex-gendre, il y a quelques années, pour défendre sa fille — lui qui était incapable de faire du mal à une mouche. Le cendrier était toujours là, avec sa bosse, témoin de cet épisode.

Vint le soir de ta mort, et notre décision de rester avec Mé et toi. L’entrepreneur Delcroix et son équipe t’ont déplacé dans la pièce de devant, cette pièce qu’on n’occupe jamais. Une table réfrigérée, le décor habituel, comme cette soucoupe pour les cartes de visite. Car, oui, à l’époque, on gardait les morts chez nous.

Je me souviens du moment d’aller au lit, avec papa et mon oncle Jean-Claude qui ont décidé de rester en bas pour te veiller toute la nuit. Je me souviens aussi de Mé, qui pleurait en silence, les épaules qui se secouaient, mais qui faisait des effort pour se cacher.

J’ai ce souvenir vif de mon entrée dans ta chambre, avec le lit ouvert, ton oreiller portant encore la marque de ton dernier sommeil. J’ai été placé entre maman et Mé pour la nuit, toutes deux pleurant en silence dans le noir. Moi, serré entre les deux femmes de ma vie, j’étais égaré. Mon enfance venait de mourir, pour toujours…

Les jours qui ont suivi furent étranges. Nous sommes restés chez Mé, et nous recevions des visites, des condoléances. Certains entraient, buvaient un verre ou un café ; d’autres, comme la sœur de papa, faisaient leurs condoléances presque en fuyant, car elles avaient une peur bleue des morts.

Pour me distraire, je ne sais plus qui m’avait acheté un puzzle des Schtroumpfs, représentant une scène où ils fuyaient Gargamel dans son laboratoire. C’était le soir, j’étais presque seul dans la salle à manger/cuisine, tandis que tout le monde était dans la pièce de devant, à dire adieu.

Je faisais mon puzzle, et maman est venue me chercher pour me dire que si je voulais te voir une dernière fois, te dire au revoir c’était le moment. J’ai d’abord refusé, préférant continuer mon puzzle. Mais, sur un sursaut, je suis venu te voir. C’était au tour de Mé de te dire adieu quand je suis entré dans la pièce, avant de te rejoindre 19 ans plus tard…

Jamais je n’ai oublié cette image de Mé qui pleure à chaudes larmes et pose son front sur le tien en disant non de la tête… Puis je ne sais plus… Je me souviens du jour de tes funérailles, de Mé qui me donne un mouchoir en tissu bien repassé et amidonné, rangé dans le tiroir d’une commode qui sentait si bon l’adoucissant.

Je me rappelle être monté dans la première voiture qui allait suivre ton corbillard, conduite par le cousin de maman, Étienne. On descendit lentement la rue de Dour jusqu’à l’église de Boussu, où un prêtre chétif dirigea la cérémonie. Là, j’ai pleuré, tant pleuré… Assis à côté de maman, qui s’inquiétait pour moi, je pleurais mais, à sa demande, pour savoir si je voulais sortir, je répondis non. Non, car je voulais rester près de toi.

Il faut croire que j’étais ému par les chants qui accompagnaient ton dernier voyage. J’ai toujours été sensible à la musique, est-ce depuis ?

Du cimetière, je n’ai que le souvenir de mon frère, alors adolescent, qui ne veut pas qu’on te descende en terre et se rue vers ton cercueil. On le retint, et c’était terminé ; tu étais en terre, déposé au fond d’un trou d’où tu ne sortirais plus jamais.

Qui, autour de nous ce jour-là, aurait parié que 40 ans plus tard, il n’y aurait que moi, le petit garçon de 8 ans, qui viendrait te rendre visite, nettoyer ta tombe, la fleurir ? Qui ?

Jamais je n’ai oublié, mais jamais je n’ai écrit le déroulement de cet épisode de ma vie. Il y a une semaine, on s’est souvenus que voilà 40 ans, ce 13 juillet 1985, tu étais parti pour ne plus revenir. Et bien entendu, tout m’est revenu. Tout, mais je devais l’écrire pour te montrer, Tintin, que jamais je ne t’ai oublié, et que je parle toujours de toi.

Mon seul regret ? Avoir été si petit quand tu es parti, à 59 ans… J’aurais tant aimé mieux te connaître, te parler davantage, surtout t’écouter.

Mais je sais que, depuis 40 ans, tu prépares là-haut, l’arrivée des suivants. Mé t’a rejoint, et sourit à nouveau, Popeye ton beau-frère, Babeth son épouse, et puis Christian mon frère…

J’espère que vous vous retrouvez tous, avec toi, au milieu d’eux. En chef de famille. Qu’ensemble, vous êtes heureux de vous retrouver, et qu’ensemble encore, vous veillez sur nous qui restons.

Tintin, tu aurais eu 99 ans en 2025. Je pense à toi.

jeudi 19 juin 2025

Combien de fois par Vincent Vallée





Combien de fois vais-je t’écrire ?

Combien de fois vais-je m’approcher de la croix ?

Là où tu m’as pardonné, tout pardonné…

Et pourtant. Pourtant, je me sens coupable,

coupable d’avoir aimé,

d’avoir fauté en cédant à ce que j’étais déjà.

Tu le sais, car tu me connais.

J’étais enfant quand tu es venu me chercher,

tu savais qui j’étais.

Depuis ce jour de 2005,

tu n’as eu de cesse de m’éprouver,

tu n’as eu de cesse de me punir,

en tous cas, je le ressens comme tel.

Des épreuves, dont une significative,

symbolique dirons-nous…

Des rencontres qui n’ont eu d’effet que de la souffrance gratuite,

tandis que moi, je m’efforce d’être sincère,

tout en étant faible,

car oui, je ne suis pas irréprochable

parce que je trouve ta punition injuste.

Injuste… C’est ce que je ressens vis-à-vis de toi.

Oui, de l’injustice, car je n’ai jamais eu de haine

ou de mépris à ton égard.

Je te vois dans la fleur qui éclot,

la plante qui revit alors qu’on l’avait oubliée.

Je te vois dans la beauté d’un paysage,

je te vois dans un coucher de soleil.

Je te retrouve partout, car tu es partout.

Rien ne t’est caché, ni personne,

alors pourquoi ne me vois-tu plus ?

La punition est injuste, exagérée,

de trop, trop dure, trop longue,

inutile même, car je ne changerai pas.

Tu le sais, puisque tu me connais.

Et par ces mots, je ne te défie pas,

car je te crains.

Je dis juste mon évidence, ma vérité,

et nul besoin de nommer ce dont je te parle,

puisque tu sais.

J’ai admis notre désaccord,

j’ai admis que ton plan pour moi était tout autre,

mais je ne changerai pas.

Je ne changerai pas,

car je ne peux pas dire à un poisson de devenir un requin,

ou l’inverse.

C’est pareil pour moi,

je suis qui je suis,

et je ne peux être quelqu’un d’autre que moi,

moi et moi seul.

Alors, si tu ne m’aimes plus,

ne veux plus de moi,

me détestes,

je te demande juste de cesser ta punition,

qui dure et dure encore,

depuis 20 ans maintenant.


jeudi 8 août 2024

Moi si j’étais le bon Dieu... de Vincent Vallée

 


Moi si j’étais le bon Dieu, je m’enverrais valser,

J’éteindrais ma colère ou ma rancune envers moi.

Moi si j’étais le Bon Dieu je me dirais vas donc, puisque tu le veux,

T’as choisi, ce n’est pas la bonne route, mais vis là donc, vis le ton ciel bleu, sois morveux.

Moi si j’étais le Bon Dieu, je serais bien mieux pour toi qu’une croix, je serais comme un ami,

Depuis 2005 je te conseille, te guide et tu ne m’écoutes pas, mais va donc alors… Va donc! Et tant pis pour NOUS…

Moi si j’étais le Bon Dieu je ne te punirais pas ta vie durant, je te laisserais tranquille et voilà,

Ta santé, tes amours, tes pensées ce serait à toi, je m’en ficherais bien que tu n’écoutes pas, n’écoutes rien!

Moi si j’étais le Bon Dieu, je t’oublierais comme mes amis m’oublient, je les aimes pourtant,

À quoi bon persister, est-ce ta route celle que je te montre si tu n’y va pas? Non je ne pense pas.

Moi si j’étais le Bon Dieu, je ne te ferais et ne te voudrais aucun mal, fais donc ta vie, reste sur cette route alors que je te désigne l’autre !

Je sais que quelque part dans ton cœur et malgré tout, y compris toi, je serais toujours là, mais nous ne serons jamais d’accord pas vrai ?

Moi si j’étais le Bon Dieu je te saluerais alors depuis mon trottoir en te souhaitant belle et longue route,

Je ne m’acharnerai pas, je n’insisterais plus, je sais que tu comprends tous les signes envoyés, mais aucun, aucun tu n’écoutes…

Moi si j’étais le Bon Dieu, je t’aimerais même si nous sommes loin l’un de l’autre, mais pas fâchés pour autant n’est-ce pas ?

Sois donc heureux sur ta voie, je suis Dieu, tu n’es qu’un homme, je te laisse tranquille mon ami, vis, sois heureux durant ton temps… Le mien c’est l’éternité, le tien c’est ma pitié.

Moi, je suis le Bon Dieu

Toi tu n’es qu’un homme, sois en paix malgré tout.

jeudi 4 avril 2024

La mer...

 

La mer brille, me fascine par son immensité, elle respire, gonfle. Tantôt elle fait mine de nous submerger, puis recule timidement. Elle domine.

Elle chante la mélodie du vent et des oiseaux marins, la houle étouffe son cri sourd et majestueux. Parfois, elle rejette quelques-uns des siens ; non pas qu’elle les méprise non, elle nous les offre, s’en nettoie…

Avec le ciel, elle géométrise… de par la droiture de son horizon elle parallélise avec l’azur, elle communie avec les cieux, l’épouse, l’aime et possède ainsi son sein.

La mer est un trésor qui renferme un monde vivant et silencieux, brillant de mille nuances aquatiques, grouillant de vie marine et colorée, quel monde respectueux, fascinant de diversité magnifique.

La mer ahane sans s’essouffler, tout en gardant sa place, elle est humble de puissance… Elle en déborde si peu...

Les vagues se dressent, roulent menaçante et vindicative pour s’écraser sous forme d’écume. Nous voilà avertis…

Les précédentes qui reculent avec ce qu’il en reste freinent l’ardeur des nouvelles venues, qui, naïves, se font ainsi ralentir et se tempèrent…

Les flots grondent, reflètent, bleuissent, montent, végètent puis s’évanouissent. La mer m’humilie.

mardi 31 octobre 2023

Ma petite Lili...




Ma petite Lili... 15 années auprès de moi, auprès de nous c’est passé si vite. Ma petite fifille, avec ton caractère rebelle, câline, paresseuse, tu nous as si souvent donnés. P’tit poupouss, tes roulades sur ton dos, ta tête enfouie dans le creux de mon bras pour te cacher, ton ventre que tu nous offrais pour le caresser... Ça nous manque tellement déjà.

Lili, pour certains tu n’étais qu’un chat, il y a pire dans la vie que la perte d’un chat... Ne les écoute pas, car, tu vois à quel point on te pleure, on parle de toi, on pense à toi. Oui je t’ai beaucoup pleuré, je te pleure encore, mais je me console en pensant que tu es là-haut, tu nous regardes avec gratitude. Lorsque tu montais sur les toits, tu aimais qu’on vienne te chercher. Du haut des toits encore, tu aimais faire peur à ta voisine, qui pourtant s’occupait tellement bien de toi quand nous n’étions pas là.

Petite mémère, tu as été heureuse, je crois, tu étais si casanière c’était une preuve, si pot de colle parfois, tu nous rejoignais où que l’on aille, tu te collais à nous, tu avais tellement de petites habitudes. Tu étais intelligente, futée, teigne aussi. C’est ce que j’aimais le plus chez toi, ton sale caractère, comme nous.

Alors Lili, te voir souffrir durant ces quelques derniers jours, ta dernière heure, c’est ce qui me fait le plus mal... Je culpabilise souvent, j’ai peur que tu te sois dit que l’on t’abandonnait, pire, qu’on te faisait du mal... 

Alors que l’on attendait pour que l’on t’endorme pour t’aider à partir paisiblement nous t’avons caressée, nous t’avons parlé, nous t’avons murmuré les phrases que tu connaissais, celles qui te faisait plaisir et je t’ai dit une seule phrase qui t’était peut-être inconnue : Tu m’as tant donné...

Peu importe où tu es Lili, continue de ronronner pour ceux qui t’ont tant aimé. Jamais on ne te remplacera, personne ne me dira que c’est idiot de pleurer ta perte et surtout, toujours on parlera de toi.

Tu te souviens de la couverture beige ma petite Lili, tu l’aimais à condition qu’elle ne sente pas la lessive, me voir la déplier te faisait réagir, tu te levais et venais t’y endormir, blottie contre moi, au creux de mes jambes. Tu étais belle Lili, tu resteras belle pour l’éternité, reposes toi, et veilles sur nous mon petit chat...