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vendredi 4 septembre 2026

L'IA est-elle démoniaque ? Par Vincent Vallée

 



J’ouvre mon traitement de texte et que vois-je ?

Une annonce IA, une intelligence artificielle paraît-il… C’est l’évolution, oui, l’évolution numérique. Et si on ne s’y plie guère, car non, nous ne deviendrons pas des moutons pucés par la technologie artificielle et tout ce que ça comporte, alors… nous serons des « dépassés », des ringards, des vieux quoi.

Mais devant tous ces boucliers que je vois se lever, qui oserait se regarder dans le miroir et dire qu’il ne l’a pas testée, cette intelligence, hein ? Oui, qui ? Peut-être même parmi vous, certains l’utilisent encore et font mine de…

Alors pourquoi se mentir entre gens de bonne foi et ayant un bon fond ? Bien entendu qu’on a essayé et qu’on s’est dit : « Milliard ! Sapristi ! » Ou tout bonnement « didju ! », que c’est pratique, que c’est facile : deux ou trois clics et voilà que j’ai gagné des centaines d’euros et des dizaines de mails servant à expliquer à un graphiste, un correcteur, ou que sais-je, ce que je désirais.

Là ? Je peux même l’insulter, il ne se fâche pas tout rouge et ne me menace pas en retour. Vraiment, c’est le pied…

Seulement, il faut autre chose que se contenter de quelques clics, oui. Il nous faut plus si on est si honnête avec notre miroir. Oui, il nous faut un déclic ! C’est bien beau de cliqueter sur son clavier et, se frottant la panse, de se dire : « Voilà encore quelques centaines d’euros de gagnés ! » Et puis, vous avez vu ? Tous font pareil… Les publications, les affiches, les menus des restaurants, les affiches publicitaires… Tous les mêmes, pas d’âme, pas de sensibilité, d’originalité, plein d’infos partout, des lumières, des illustrations et ? Rien qui attire le regard au final. Oui, on ne les voit déjà plus, parce qu’on ne les regarde plus. Elles sont toutes banales et faciles, trop faciles, pas originales, pas travaillées, pas percutantes, pas parlantes, ou alors trop. Oui, trop, c’est trop et l’on sait tous que le mieux est l’ennemi du bien, n’est-ce pas ?

Alors voilà, ce n’est pas le Nouvel An, je sais, mais j’ai un peu de fierté, beaucoup de principes, un peu trop d’ailleurs, et un fils qui vient de terminer ses études de graphisme à la sueur de son front, avec difficulté, persévérance, travail, obstination. Mon miroir me dit que je ne lui ressemble plus. Et je suis un homme de résolutions. Oui, je suis têtu aussi, et surtout envers moi-même, donc, lorsque je me résous à quelque chose, c’est un acte, un acte ferme, un défi envers moi-même. Je ne change plus de route, j’y reste, fermement et définitivement.

Mais, oui, y’a et y’aura toujours un « mais ». Je ne veux pas devenir un vieux con dépassé. Je sais aussi que tous vont s’adapter et travailler avec l’IA et, comme je viens de le dire, ils affronteront leur miroir et prendront de bonnes résolutions de l’an neuf en plein été, ou continueront de se demander qui est l’abruti dans la glace qui les reflète. J’adore un mot de la langue française, non pour sa mélodie, mais pour ce qu’il permet, c’est le mot « compromis ». J’aime faire des compromis, j’aurais peut-être dû faire de la politique… Non, finalement. Mais tout comme la calculatrice est venue nous aider en mathématiques, les manuels tels que le Bescherelle, le dictionnaire et autres nous servent d’outils de travail, les bibliothèques de puits de savoir, sources d’informations et de silence… pourquoi ne pas utiliser, et ainsi ne pas devenir un vieux con, l’IA pour travailler ? Et pour travailler, il faut des outils. L’IA est un outil, mais aussi un robot maléfique si elle est utilisée à des fins malicieuses. Voilà le piège. Oh ! Ne nous en voulons pas d’avoir été séduits par le tentateur avec sa pomme, ou sa bonne poire… Nous sommes de chair et donc faibles, c’est ainsi depuis la nuit des temps. Ce qui compte, c’est le miroir…

L’IA n’est finalement qu’un miroir. Le miroir du travail de tant et tant d’hommes et de femmes qui ont écrit, cherché, travaillé. Mon travail et le vôtre avec ce qui sera désormais, pour nous, l’outil IA ne seront qu’une contribution pour aider nos semblables. Les honnêtes gens, pas les malicieux qui font des holas sur les réseaux et font exactement ce qu’ils reprochent, et pire encore.

Comprenons que l’art, la création, le travail ont besoin d’âme, de sueur et de larmes. Et qu’aujourd’hui, en 2026, un outil s’ajoute à nos calculatrices, dictionnaires, Bescherelle et autres… C’est l’intelligence artificielle, qui n’a d’intelligent que ce que l’homme a créé, pensé, écrit, peint depuis des siècles. Avec son âme, sa sueur, ses larmes.

Et puis aussi, pensez au miroir…
Il est important.

PS : Ce texte n’est pas le résultat de l’IA, il n’a eu recours à elle que pour l’orthographe, la grammaire et la conjugaison. Mais aussi, quand j’y ai eu recours, j’ai interrogé Mister IA pour qu’il m’explique mes lacunes et ainsi, j’ai appris à ne plus, ou du moins à moins commettre à nouveau ces erreurs à l’avenir.

 

jeudi 27 août 2026

Construire un vœu...

 


Il existe une tradition, en bord de mer ou partout ailleurs, pourquoi pas, qui consiste à construire une colonne de galets, de pierres. Ensuite, il faut faire un vœu et laisser la mer l'emporter.


C'est donc cela, faire un vœu... Le penser, le désirer plus que tout, lui donner ses chances, le construire et attendre que la nature fasse le reste. Au fond, pourquoi fait-on ça ?

Un vœu doit donc être emporté par le destin houleux, incertain, être détruit pour, quelque part, construire quelque chose, se réaliser ?

Est-ce cela, le sens de la vie ? Faire le vœu de..., en attendant, construire, espérer, patienter, y croire ?

Pierre après pierre, jour après jour, vœu après vœu, de patience en patience, il reste l'espoir... Que l'espoir.

Que ce soient les flots houleux ou la bise charmante, laisser faire, ne pas insister, ne pas forcer la main du destin... Patienter. La vie n'est-elle pas une succession d'attentes ?

L'enfant fait le vœu de recevoir tel ou tel joujou, l'adolescent espère l'amour, la réussite, l'adulte, de vivre épanoui en se remémorant l'enfant, l'adolescent... L'adulte a construit sa petite tour de galets, il l'a laissée se faire emporter par le courant de la vie, il ne lui reste plus qu'à attendre, croire, espérer. Oui, encore espérer.

Un beau jour, quand les années auront passé, il se retournera et observera des tas de galets emportés par la bise charmante ou une vilaine tempête et se dira que, pour vivre, il lui aura fallu construire, accepter de chuter pour mieux se relever et ainsi admettre que, parfois, quelques vœux ne se soient pas réalisés.

Peu importe, le destin lui en aura exaucé quelques-uns. Quelques-uns...

©Vincent Vallée

mardi 25 août 2026

La majestueuse, la redoutable... De Vincent Vallée




Et un matin, de loin en loin, un horizon rectiligne, un astre timide mais percutant.

Des journées qui ondulent, bercées par des pensées qui écument, vont, viennent, reculent, n'assument pas. Ni qui elles sont ni pourquoi...

Et d'observer ces gens qui, comme à leur tour, chacun au comptoir du futur, viennent se presque recueillir devant elle, la grande, la majestueuse, la redoutable et silencieuse Méditerranée.


©Vincent Vallée

dimanche 16 août 2026

Une enfance, c'est éphémère. De Vincent Vallée






Une enfance, c'est éphémère, oui ça passe furtivement et c'est donc précieux.

Un enfant ne garde son insouciance que quelques années, si peu d'années...

Les lui voler, les lui ôter, c'est pire que tout, car c'est voler une vie entière, la détruire, la défigurer. Peu importe le mal que l'on lui fera, ce mal-là restera sa vie durant. Comme une plaie mal soignée, une cicatrice qui se rappellera à lui, encore et toujours.

Un enfant, c'est un phare pour lui-même, pour son futur. C'est la base de tout être humain, c'est vers cette lumière que tout homme se tournera régulièrement pour s'orienter, se réchauffer le cœur, pour se cajoler l'âme s'il souffre, s'il vit une épreuve.

Alors oui, blesser une enfance, c'est empêcher un homme de se cajoler plus tard, c'est le condamner à vivre une vie de souffrance sans possibilité de se rassurer, de se tourner vers l'enfant qu'il fut puisque, lorsqu'il le voit, lui aussi souffre...

L'enfance, c'est une lumière, une boussole dans cette forêt de la vie où, si l'on n'y prend garde, on s'égare, au risque de ne jamais SE retrouver...


samedi 18 juillet 2026

Chez mémère. Par Vincent Vallée.

Chez mémère


Assis dans le canapé, le gamin regarde Maya l'Abeille.

Dehors, il fait chaud. Les routes sont désertes, le bitume sent, transpire...

Lorsqu'on regarde au loin, l'image se trouble sous l'effet de la chaleur, elle ondule. Oui, le cagnard tape dur, tout vacille dans un silence assourdissant...

Avec mes parents, on part pour la gare dans cette ambiance lourde, pesante, suante...

On en franchit la double porte brinquebalante en bois. Ils sont là, mes interdits, ces fameuses boules de gomme qui colorent les doigts. Mais non, je ne peux pas... En plus, il me faudrait cinq francs...

C'est le chemin d'un souvenir d'enfance...

Quelques instants fugaces d'une mémoire qui passe, de ces moments importants que sont ceux d'autrefois. Au final, c'est toujours vers eux que je repars, en pensée... Sans racines, on ne tient pas debout. Ce doit être ça, l'explication : Il faut rester debout à tout prix.

Je revois son sourire, la pièce où elle passait des heures, soit à cuisiner, soit à regarder la télévision, puis, lorsque nous étions là, à nous servir à boire, découper les demi tartes ou encore garnir des sandwichs pour le souper.

Il y a des odeurs qui ne nous fuient pas, des images qui nous collent à la peau, des sons qui nous rendent sourds au point de figer nos regards dans le vide abyssal de la nostalgie qui s'empare d'un corps tout entier et qui s'éternise, comme cette phrase que j'écris sans pouvoir m'arrêter, car elle coule seule et s'empare, elle aussi, de moi, ne veut pas me quitter... Ouf, elle s'essouffle.

Je revois mémère arriver à la maison avec du beurre, des œufs et des « piquantes », comme elle disait, ces bonbons allongés emballés dans du plastique bleu. Je l'entends dire, devant notre télévision, qu'elle est belle, l'image, chez nous, qu'elle fonctionne bien, la télé... C'est juste que c'était une autre télévision que la sienne, mais elle aimait nous faire un compliment.

Chez elle, je revois ses remises emplies de stocks en tous genres, y compris de denrées périmées, la faute à la guerre, disait-elle. Il y avait le clapier à lapins et ces petites cellules dans lesquelles je cherchais un bébé lapin pour le caresser ; les autres étaient trop grands, trop vifs pour l'enfant que j'étais.

Je revois, dans le fond du clapier, l'espace abritant les poules lors des mauvais jours et pour y pondre. C'était si astucieux d'avoir fait communiquer le poulailler avec la remise des lapins. Je revois l'énorme pied de rhubarbe planté près du tas de fumier, le potager entretenu et garni, le prunier, le pommier et la vaste prairie qui continuait derrière, à perte de vue pour le petit gars que j'étais...

Une foule d'autres souvenirs me reviennent quand je pense à elle, bien sûr. La véranda, un luxe qu'elle s'était offert, qui contrastait avec les WC, lesquels étaient, eux aussi, dehors. La pompe à eau. Les chats, dont un qui avait perdu un œil et qui me faisait peur, nourris au lait dans lequel elle faisait tremper du pain. La remise avec ses énormes fûts emplis de graines pour les poules et de granulés pour les lapins. Ce grand meuble sur lequel il fallait grimper pour atteindre une échelle conduisant à une sorte de grenier que je n'ai jamais osé explorer... J'aurais dû.

Je me souviens aussi de cette manie de mémère qui gardait tous les programmes télé pour mon plus grand bonheur. J'étais — et je suis toujours — un grand fan de Stallone, et je collectionnais toutes les coupures le concernant. Alors, dans les programmes télé de ma grand-mère, j'en trouvais à foison.

Je revois cette petite fenêtre, mal placée, qui donnait sur la chambre où était mort mon grand-père, que je n'ai pas connu. Le lit était toujours là, entouré d'énormes tableaux représentant des scènes bibliques, profondément catholiques. Il y avait aussi la vieille machine à coudre, l'énorme garde-robe, les meubles dissimulés dans le mur derrière une porte, la pièce d'entrée, la plus belle, celle où l'on plaçait les beaux meubles pour impressionner les visiteurs. Ce n'était ni de la prétention ni du faux-semblant chez ma grand-mère, c'était une coutume chez les personnes modestes. Ou plutôt, une habitude.

Elle n'était pas très démonstrative avec moi, mémère. C'était sa pudeur, un éloignement imposé par la force des choses...

Il y avait aussi ces réunions de famille, trop rares. Mes tantes, mes oncles, mes cousines et cousins. C'était autour d'elle que l'on se retrouvait, que l'on riait, que l'on mangeait et que l'on buvait des limonades et du café fort. Tout se terminait par des parties de cartes entre mon père et mes oncles, bien trop bruyantes.

Ce n'est qu'à ces rares occasions que je pouvais revoir mes cousines et cousins, ma marraine, ma tante et mes oncles. Je serai honnête : ma tante, paix à son âme, aimait parler de ses bobos, de ses rendez-vous médicaux, mais pas seulement. Elle aimait aussi les jolies tenues, les plantes, et en parlait avec bien plus de plaisir.

Ma marraine était une dame élégante et sans prétention. J'aimais ce compromis. Elle souriait toujours, parlait avec plaisir, riait avec tout le monde et posait sur moi un regard bienveillant, me glissant parfois en cachette une roulade de saucisson de jambon tandis qu'elle préparait les sandwichs pour aider ma grand-mère,  pour que ma mère ne le voie pas. J'aimais ces gestes secrets entre elle et moi.

Un chemin de souvenirs. Un chemin d'enfance qui sent bon l'été, la tarte à la crème légèrement brunie sur le dessus, la confiture maison, le bon café, sans oublier le pain à l'ancienne.

On peut vieillir, avancer dans la vie, mais il y a un retour en arrière qui est toujours édifiant : celui vers l'enfance, vers nos racines. Vous qui me lisez, une fois couché dans le noir et le secret de vos pensées, n'oubliez jamais de revenir un peu en arrière pour y puiser de la force, de la sagesse, de l'émotion. Tous ça rend bien meilleur les lendemains...








lundi 6 juillet 2026

Une bête en moi - Hommage à Sylvester Stallone par Vincent Vallée

 


Le temps passant, la trotteuse cheminant, je m’dis que si on reste quelque part longtemps dans la vie, on fait partie des murs. C’est un peu comme s’ils tendaient l’oreille, s’imprégnaient des ondes qu’on envoie se fracasser sur eux. Ils encaissent, retiennent et respirent notre histoire, parfois même une fois qu’elle est terminée…

 

Tu sais, le tour du cadran, on l’fait qu’une fois, après ça, on les essuie, les cadrans, non ? On vire à rien si on ne reste pas vigilant à garder le tempo de la vie, de nos vies. On court pour fuir la faucheuse, je crois… Rien que d’y penser, j’suis mal viré

 

On devrait s’empêcher d’essayer des trucs à cause de deux ou trois bougies de trop, semble dire certains. Moi, je crois qu’il n’y a pas d’âge pour faire, pour apprendre, pour découvrir, pour rêver, pour vivre sans calculer et sans regarder l’horloge… À quoi bon ? Elle ne s’arrêtera pas, tu sais. Elle nous mettra au défi sans cesse, en disant : Ouais, ça se rapproche ! T’es prêt ?

 

J’ai arrêté de penser comme les autres depuis longtemps, sinon je n’aurais rien accompli, rien gagné, rien surmonté, relevé aucun défi, parce que j’vieillis… Alors j’pense plus, non… depuis longtemps…

 

De nos jours, et depuis la nuit des temps, on entend les jeunes dire que les choses sont différentes. Non, c’est les fringues qui sont différentes, l’homme, il ne change pas. Il vit, apprend, espère, réalise, surmonte, rêve, déchante, souffre, rit, pleure, hurle… et il meurt. Habille-le comme tu veux, il ne change pas, il fait tout pareil…

 

Et puis quoi, tu sais, le temps nous rattrape toujours, un jour ou l’autre. Ouais, mais il va plus vite si on quitte la course. Alors il faut avancer, marcher, courir, ralentir, réfléchir, songer, calculer, profiter, s’ennuyer, recommencer, et le tout en boucle. La vie, c’est une alliance, un anneau, t’es marié avec dès ta naissance et c’est l’infini recommencement…

 

Oui, le temps s’écoule comme le sable d’un sablier, et un beau jour, on s’réveille en se disant : J’ai encore des trucs pas rangés dans ma cave… Alors l’appétit revient, l’instinct te redresse sur tes jambes et, à nouveau, tu te surprends à recommencer, autrement, mieux, avec d’autres, mais avec TOI ! Plus âgé, plus réfléchi, plus expérimenté, mais avec TOI.

 

Parfois j’arrive même plus à respirer, j’ai l’impression qu’il y a une bête en moi... Elle se forme avec le temps, s’installe pour te rappeler que le défi, c’est toi, et que toi. Tu te bats toute ta vie contre un seul et unique ennemi : TOI !

 

On grandit, on aime, on découvre, on fait des enfants, on leur apprend ce qu’on sait, maladroitement parce que y’a pas de méthode… et on s’dit soudain : Je n’aurais jamais cru que ça aurait été aussi dur, c’était pas comme ça que c’était prévu… Parce qu’on idéalise sans cesse. Parce qu’on rêve, on se projette sur une image, mais l’image, ce n’est pas la réalité. La réalité, elle est déformée, et c’est ça qu’est sympa, parce qu’il faut tâcher de se rapprocher au plus près de l’image de départ. Ouais, c’est ça, le défi de la vie : tâcher de se rapprocher de l’image…




vendredi 15 mai 2026

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait… par Vincent Vallée

 


Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Un p’tit gars v’nu de nulle part qui, sans bagage, sans filon ou passe-droit, parvient à provoquer tant d’adjectifs ? Mais oui.

Faut-il être rat, demeurer épars, en voyage dans les pages sans horizon. Il le doit sinon… terminé l’apéritif. Mais oui.

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Il déteste les chiffres, il les fuit, s’enfuit à leur approche, s’éloigne, se cache. Parmi les mots il se réchauffe, il est encore bancal.

Mais il s’accroche, sort les griffes, rien d’autre ne lui semble plus proche, tentant.

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Les histoires l’empoignent, l’ébouriffent, il est si amorphe à sa vie d’enfant…

Être enfin reconnu, diantre, qui ne s’en émoustillerait pas pour lui ?

C’est la danse des faux-culs, s’empourprer, lui dire que rien n’est écrit ?

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Ces pathétiques, les mêmes qui plus tard écrivent des hommages, raniment les mémoires…

Ces égoïstes, blêmes et blafards pour peaufiner leur ramage, subliment leur grimoire…

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

 

mardi 12 mai 2026

Le gosse, là, il ne pense pas... de Vincent Vallée


 

Mini moi vers 1985, à la côte belge...

Où donc est partie l'insouciance...

Avec elle, les espoirs grandioses, les rêves faramineux, les envies de voyages et de grandeur !!! Oui, devenir un grand...

Un grand homme, un grand écrivain, un grand, etc.

Et puis courir, jouer, faire comme si de rien n’était. Oui, allez, on disait que…

Vite se dépêcher de manger pour aller jouer, rejoindre mon meilleur ami, vivre avec lui des aventures débutées le matin, que l’on continuerait le lendemain, et si ce n’était pas fini, on continuerait encore, et encore. Chiche !

Courir derrière un ballon qui m’échappera toujours, courir et chuter, pédaler et me faire dépasser, et pourtant, Dieu que ça me manque d’être le second d’un autre… Parce qu’en réalité, je m’en fichais bien, je m’amusais, on s’amusait.

Après avoir subi les chiffres à l’école venait le temps des mots, des lectures, de l’écriture. Et avec eux, ma renaissance, celle de ma confiance, celle de mes sourires, celle des étoiles dans mes yeux face aux mots qui, eux, me caressaient l’âme. Écrire, lire, tourner les pages… Rien que d’écrire ces mots me fait ressentir la sensation magnifiquement magique de ces instants uniques.

L’odeur du papier, la vision des pages jaunies, cornées, et ces histoires qui m’élevaient au-dessus de la vie, des contraintes, des examens, des maths…

Les BD, je les dévorais, à défaut de dévorer les bonbons qui m’étaient interdits. Les BD étaient sucrées aussi, acidulées également, douces au palais (de l’esprit), tellement… Je ne pourrais pas toutes les citer ici, je serais bien trop long. Il ne faut pas s’éterniser en écriture, n’est-ce pas ?

Mais pourrait-on éterniser l’enfance ? Éterniser l’innocence ? Juste continuer de… rêver.

Le gosse, là, il ne pense pas, on ne l’ennuie pas avec des chiffres et des factures, il n’a aucun souci, il vit, son esprit est libre, il vagabonde dans les bulles de BD, il y est enfermé pour son plus grand bonheur.

Qu’il serait bon, magique, rêvé d’y demeurer.

 


dimanche 3 mai 2026

Observe tes mains… De Vincent Vallée





Quand le ciel vous tombe sur la tête, que le monde s’écroule sous vos pieds, que la tempête souffle sur votre vie, saccage tout ce que vous avez construit, tous vos projets, et envoie voltiger vos rêves vers les méandres d’un horizon inatteignable, plus rien ne compte, plus rien n’a de valeur. Aucun mot ne peut vous ramener sur terre, car oui, vous valdinguez avec tout ce qui s’envole, vous êtes englouti avec tout ce qui s’écroule.


Je me rappelle des mots prononcés par un médecin, comme un écho lointain dans le fracas de ma vie qui se fissure… mais qui n’est pas encore brisée.


Je me souviens de mes mains encore jeunes, d’avoir craqué au volant de ma voiture, de m’être assis dans mon canapé, la tête entre les mains, et d’avoir avoué ma condamnation à mon compagnon. Jamais il ne m’a lâché.


Je me souviens de mes enfants, encore petits, des larmes du plus jeune, de mes mots rassurants alors que je ne croyais plus en rien, alors que j’avais envie de pardonner au monde entier comme si j’étais coupable de quelque chose.


Mais devant eux, l’oiseau blessé a relevé la tête. Soit je reste au sol, soit je me relève.


Pour se relever, il faut un moteur, et il était là : dans les larmes de mon fils, dans le courage de mon compagnon, dans le regard posé sur mes mains encore jeunes.


Alors il ne restait qu’une chose à faire : se battre jusqu’au bout, franchir le ruban ou tomber.


Des semaines, des mois, une opération, une convalescence, une chimiothérapie qui a failli m’envahir et me clouer au sol. Mais elle ne savait pas. Elle ne savait pas comment je m’appelle, ni mes valeurs, ni d’où venait ma force, puisée dans leurs yeux. Soit je perds, soit elle gagne. Je déteste perdre.


Je n’ai jamais aimé écrire sur cette période, mais je le fais pour les autres, une fois, une seule, parce que j’ai gagné et que toi aussi tu peux, tu dois gagner. Tu peux décider qu’il n’est pas encore l’heure.


Observe tes mains…


©Illustration Albert Sottiaux

dimanche 15 mars 2026

Se perdre dans un livre par Vincent Vallée




Moi, je veux être perdu tous les jours.
Me perdre dans un chemin bordé de mots, de phrases joliment tournées qui me permettent de m'évader, de fuir, de courir au travers des orages et du tonnerre qui gronde dans cette vie tellement haineuse...

On tue, on critique, on déteste, on juge, on jalouse, on punit, ... Et j'en passe.

Mais avec un livre... On aime, on découvre, on apprend, on voyage, on savoure, on écoute le silence des pages.

Écouter le silence...

Se perdre dans un livre n'est pas une option pour moi, c'est vital, c'est sain... C'est serein.

Comment faire une journée sans lire ? Comment se coucher sans avoir fui notre monde un instant, ne serait-ce qu'un quart d'heure ?

Lire, c'est fuir, vivre, voler, apprendre, découvrir...


dimanche 1 mars 2026

Nostalgie du passé ?... De Vincent Vallée



Dorénavant, je te vois, je t’observe vivre de souvenirs, des relents d’ambiance…

Quelques sons, et la nostalgie fait son nid, ça relance… Je suis comme ça aussi, ne te sens pas seul.

Mais au fond, ce n’est pas que ça que je vois quand je pense à nous.

Je me souviens de nos routes, de nos deux roues, de nos défis, des périodes où l’on se voyait moins et où l’on se retrouvait pourtant. Changés, mais chaque fois liés par ce serment de frères de sang… Jamais je n’oublierai, toi non plus, je le sais.

Comment oublier ces heures à refaire le monde, sans vraiment chercher à le comprendre… juste à le vivre ? Et si on continuait ?

Je me souviens de nos cabanes, de nos films rejoués, de nos confidences, de nos partages… rien, je n’ai strictement rien oublié.

De cette évidence simple : on était là l’un pour l’autre, sans calcul. On était des amis, on était des frères, on l’est resté. Peut-être bien plus, mais autrement, car le temps fait son travail sur chacun.

Et aujourd’hui… je ne veux pas seulement me souvenir.

Je ne veux pas être seulement un morceau de ton passé, rangé quelque part parmi tes souvenirs, là où tu te réfugies, retrouves un peu de toi dans le calme, avec une vie qui ressemble tant à la mienne, et pour cause…

Mais notre passé — le mien, fait de livres, de BD, de nous deux ; le tien, fait de tes repères à toi — ce n’est pas terminé. Il faut s’en souvenir pour avancer, pour aimer encore, aimer plus fort, rester soi.

N’oublie pas que ni toi ni moi ne sommes pareils qu’autrefois. Serions-nous alors de pâles copies de nous-mêmes ? Non. Nous sommes toujours les mêmes, dans un monde différent, dans un monde où notre place devient plus étroite.

Tu sais pourquoi ? Parce qu’on vieillit, mon vieux… Mais on est là, et on vit. Vis le moment présent, profite de tes instants. Que ce soit enfermé dans tes souvenirs que je partage, ou avec le vent qui fouette ton visage quand tu es sur deux roues, peu importe : vis.

Je suis encore là. Toi aussi.

Peut-être différents, peut-être ailleurs… mais pas disparus.

Alors je ne te demande pas de revenir en arrière.

Juste de ne pas oublier qu’on peut encore exister… autrement.

Pas comme avant. Mais pas moins vrai.

lundi 20 octobre 2025

Aux portes d'embarquements de Vincent Vallée

 


AUX PORTES D’EMBARQUEMENT

 

Aux portes d’embarquement, on peut les observer : les futurs voyageurs, les touristes.

C’est intéressant de les éplucher du regard, de tenter de les comprendre.

 

Il y a là une dame seule, la quarantaine.

Elle semble pompeuse, vêtue de manière classique pourtant, un visage de maman au tempérament d’institutrice, peut-être l’est-elle...

 

Seule. Fuit-elle quelque chose ? Quelqu’un ?

Plus de 4000 km, c’est loin pour voyager seule...

 

Un peu plus loin, un couple âgé.

Le mari se fait conduire en chaise roulante par son épouse.

Elle semble encore en forme, mais un peu lasse, aucun regard pour son vieux compagnon.

 

Ils ont pourtant beaucoup cheminé ensemble, je crois.

Elle porte un lourd fardeau qu’est l’impotence de son double, mais elle est pourtant là, lasse, mais là.

 

Lui, il est éteint, garé au bout de la rangée de sièges d’attente pour l’embarquement.

Il est tourné vers des inconnus qui arrivent, le regard angoissé de trouver le bon vol, fatigué d’avoir couru pour rien, car ils sont en avance, beaucoup trop.

 

Comme lui.

Mais lui, il avait de bonnes raisons. Cependant, il passe désormais sa vie à attendre les autres, il aimerait arriver en retard mais à pied…

Il était inconcevable de laisser passer une seule minute à gagner pour ne pas stresser et fatiguer son épouse plus que de raison.

 

Mais il est là pour elle.

Lui, il s’en fiche, il est fatigué d’être fatigué.

Il est las aussi d’être devenu le fardeau de jadis sa bien-aimée, celle avec qui il a virevolté sur les pistes de danse, celle qu’il a enlacée, aimée tendrement, passionnément.

 

Aujourd’hui, il sent qu’elle le supporte, qu’elle fait avec, et ça le mine.

Son fardeau lui vole son sourire et son bonheur.

Mais il est là, pour elle, que pour elle.

 

Aussi, ce couple musulman.

Elle est voilée, croyante et fidèle à sa foi, jolie sous son foulard, avec son foulard.

Le regard craintif, les joues rondes, elle avance avec son compagnon.

Ils sont jeunes et semblent s’empresser, comme s’ils fuyaient.

 

Lui, il a le regard affable, gentil, attentionné.

Il lui tient la main d’une manière protectrice, c’est frappant.

Frappant d’amour partagé.

 

Ils ont la foi, c’est d’ailleurs le guide de leur vie.

Mais parfois, cela leur pèse : le regard des autres, surtout là, dans un aéroport.

 

Comme s’ils portaient tous une ceinture macabre autour de la taille, un projet fou et meurtrier dans la tête ou dans les pensées.

 

Ces préjugés les poussent à être eux-mêmes racistes ou tentent de les convertir à ce sentiment malsain.

Ils en savent quelque chose.

 

Alors, sous les regards inquiets ou accablants, ils cheminent en silence, amoureusement, pour eux aussi profiter de quelques jours loin de tout, et au soleil.

 

Car en guise de ceinture, le jeune homme subit les lumbagos à répétition à force de ramasser les déchets des autres pour son travail à la ville.

 

Tandis qu’elle, c’est son ventre qui est ceint d’une vie à venir.

Elle est au début d’une grossesse, leur avenir, le fruit de leur amour.

 

Méritent-ils tous ces regards inquiets ?

Ils ne veulent pas le comprendre.

Ils avancent rapidement.

samedi 18 octobre 2025

Les lieux s'ensoleillent... Par Vincent Vallée

 



Il est des endroits où l’on n’aime guère se rendre,

De ces lieux pour « aller mieux », se soigner,

Et de se les imaginer tristes, moroses, déprimants.

Découvrir envers et contre tout que pourtant,

Ils s’éclairent par une magie inexpliquée,

S’ensoleillent à chaque venue, et le remarquer,

Se dire alors que malgré nous, malgré le sort,

Un rayon de soleil perce tous les murs 

Ceux des malheurs, ceux de l’obscur, ceux d’un hôpital.

Réfléchir au sens de cette coïncidence ?

Se dire qu’elle n’en est pas une, mais…

Se raisonner en laissant dehors la réflexion du romancier,

Oublier la raison qui donne mal à l’esprit,

Écouter son cœur et réaliser qu’il a raison,

Il a raison, le romancier…

La lumière s’invite pour nous éclairer sur les chemins de l’absurde.


samedi 20 septembre 2025

Parce qu’ils sont moi.


 



L’impression de perdre pied,

La certitude de m’être trompé,

M’écrire pour me relever et ne pas y parvenir.


Vingt années à endurer un choix,

Vingt années à regretter ce choix ?


Oh non, pas vraiment, sinon à quoi bon ?


La vie est-elle une somme d’erreurs

Parmi lesquelles on tente de faire quelques additions ?


Une renonciation, un mariage — donc deux cadeaux du ciel…

Une acceptation, une séparation — donc une punition…


Et puis, la suite est une succession de punitions,

Si ce n’est quelques consolations…


Renvoyer une image qui ne nous correspond pas,

Finalement, c’est le lot de chacun, je crois.


Pourquoi la mienne est-elle si agressive

Alors qu’en réalité… ?


Qui peut se vanter de connaître autrui ?


Mais je me demande : Qui peut oublier,

Pour ne pas s’oublier ?

Comment font-ils ?


Oublier, c’est bien de cela qu’il s’agit.

Mais il y a des choses que l’on n’oublie pas,

Que je ne peux ni ne veux oublier moi,

Et laisser glisser sur un mur d’indifférence ?


Non, je ne suis pas parfait,

Jamais je ne le serai d’ailleurs, et c'est heureux.

Tout ce que je sais,

C’est que j’essaie de faire de mon mieux.


Alors j’écris,

Tandis que d’autres pleurent, peignent, chantent…

Moi, je n’ai que les maux…


Il me manque si cruellement.

Ils me manquent sans cesse, tout le temps…


Parce qu’ils sont moi,

Je suis eux.


D’abord une annonce,

Puis un cri, des pleurs,

Des rires, des bonheurs,

Des craintes, des efforts,

Des erreurs, des chutes,

Des victoires, des oublis,

Des larmes, des sourires.


Plus de vingt gâteaux x 2 à souffler en même temps qu'eux mais jamais ils ne l'ont vu,

Et moi, je ne crois pas avoir changé.

En tout cas, ce qu’ils ne voient pas est demeuré intacte,

Ce que je et vous cachez toutes et tous.


Non, ça ne change jamais…


Mais personne ne le sait jamais vraiment,

Personne si ce n’est soi-même…

Et c’est certainement cela qui fait souffrir. Je crois...


Oui, c’est ce que nous sommes,

Qui nous sommes.


Mais alors, eux…

Qui sont-ils vraiment ?

Je veux dire, là… dans leur cœur ?


Qui le sait ?


Nous sommes tous des menteurs,

Et la vie est un mensonge qui respire.

©Vincent Vallée


jeudi 14 août 2025

Ah, Coxyde... Par Vincent Vallée


Ah Coxyde, ou Koksijde ce sera comme bon vous semblera. 
Moi, je me souviens du Coxyde des années 80-90... Ce temps où les commerces nous faisaient de l'œil. 
les gaufres de chez Zizi... à côté du Malouin, Maddy et Lolypop... la glace moka de chez Verdonck près du célèbre feu rouge qui était bien trop long face à notre impatience de soit rejoindre la plage, soit de nous ruer chez le glacier. 

Sans oublier l’Amiraute et le Barbu, ou encore les fameux cuistax de Marcel (place des Zouaves)… avec lesquels on filait à toute allure à coup de sonnettes parmi les mollets des touristes sur la digue. 
Et puis la plage et son horloge qui était le point de ralliement, le repère pour les enfants, le coin pipi aussi... 
Une plage vaste et jaune de sable avec ça et là de petits arbustes qui servaient de "coupe vent". Des talus de sable s'y formaient sur cette belle plage, bien pratiques pour s'appuyer quand on s'y installait.




 


Je me souviens en particulier de l'odeur chaude de la crème solaire mélangée à l'odeur marine qui nous caressait le visage. 
Du cri des mouettes qu'on surveillait si on mangeait un sandwich... Et ce fameux cri: "Friiiisssskooooooo" sur la plage, parmi les ballons de volley, foot, les volants, les cerfs volants, les parties de boules colorées et en plastique avec papy, papa ou le tonton... 




Avec impatience, on attendait la marée basse en espérant que des mares se forment et que l'on puisse y patauger, ou encore s'exercer avec notre canot pneumatique avant de s'essayer à entrer dans la mer.

On devait bien souvent attendre d'avoir digéré pour aller dans l'eau, c'était la règle. Impossible d'y déroger... On avait très souvent mangé un beau morceau de poisson du poissonnier situé dans la grand rue, accompagné d'une casserole qu'on demandait au friturier d'emplir pour l'accompagner.


Parfois, on se faisait juste quelques tartines pour les manger sur la sable à l'abri d'un coupe vent qu'on avait dressé avec peine et un marteau en bois. 

On avait également une glacière avec des boissons fraîches et quelques biscuits. Mais l'odeur des gaufres au sucre ou de Liège nous appelait au détriment des biscuits devenus insignifiants. 

Les ballons gonflés à la bouche roulait bien trop vite à cause du vent, et les enfants se perdaient bien souvent en courant derrière eux. Mais les maîtres nageurs étaient là pour veiller et nous offraient un son mémorable avec leur "corne" d'alerte. Drapeau rouge, jaune, vert pour signaler les baignades autorisées ou non...
Coxyde et ses dunes où mon grand-père aimait aller se perdre, les mains dans le dos, près du magnifique moulin de bois.


Cependant, il y avait bien d'autres endroits à Coxyde que la plage, il y avait la grand rue avec son petit carrousel à son début, les restaurants et les bistrots comme "Le chalet des bains" et tant d'autres tout du long de la rue principale. 

L'odeur du poulet grillé, les poissonniers qui nous concoctaient de petits plats préparés exposés en vitrine et sur lesquelles on louchait... 
La librairie où l'on s'achetait le journal de notre région le matin, après avoir acheté du pain frais, des croissants, des pains au chocolat frais et fumants...

Le restaurant "La mouscronnoise" tenu et géré par deux frangins avec sa multitude d'assiettes aux murs et ses délicieuses moules à toutes les sauces.

Le marchand de légumes qui vendait des fraises énormes, le terrain de tennis et sa cendrée rouge où les cris des joueurs remontait vers la rue avec ses coups de raquettes.

Ah Coxyde... L'appartement loué ou la villa, comme celle appelée "Le Kitoko", près du mini golf, et ses parcours compliqués pour les plus jeunes... 

Les promenades le soir au sein du village, parcourant ainsi les rues avec ses trottoirs où le sable empiétait un peu. 
Et ensuite, rentrer à l'appartement en longeant la digue pour admirer le coucher de soleil digne des plus belles cartes postales... Rentrer, se doucher, mettre son pyjama et lire un "Bob et Bobette" sur le balcon ou face à la fenêtre qui donnait sur la mer ou la ligne du tram qui sillonnait la côte d'un bout à l'autre.

Coxyde de mon enfance, Coxyde de mon adolescence avec ses amours non avoués, fantasmés... 
Il est loin ce temps là, il est loin ce Coxyde là, et il est loin l'enfant que j'étais...

©Vincent Vallée 2025.

lundi 21 juillet 2025

Le rebelle et l’éternelle silencieuse. De Vincent Vallée



Le rebelle et l’éternelle silencieuse

Je ne t'ai jamais rencontré, tu es mort bien avant ma naissance. Mais je te connais depuis plus de 30 ans... Tu es celui. Celui... On connaît tous le grand amour une fois, une seule fois dans notre vie, et je crois que tu l'as connu, n'est-ce pas ? Toi pourtant, le convoité, la star du "Coron d'en haut", ton quartier. Le fils du brasseur mais aussi, le fils de l'acteur de théâtre patoissant. Toi, le marginal, le rebelle et l'admiré des filles autour de toi.


Le grand amour, tu l'as pourtant connu, et ce n'est aucune de ces filles qui te dévoraient des yeux et pouffaient entre elles à ton passage, qui fut l'élue. Ah, tu étais un cœur tendre, un grand timide, c'est vers la plus discrète que tu es allé, la plus réservée, celle qui se tenait à l'écart. Aujourd'hui encore, elle se tait à ton propos mais ne t'oublie pas. Aujourd'hui encore, elle ne vous raconte pas ou très peu...



Né durant les années 40, tu aurais aujourd'hui pas loin des 80 ans. Qui se souvient de toi ? Qui pense encore à toi ? Il faut croire que tu fus populaire, car au moins deux personnes pensent encore à ce que tu représentais. Pour l'une d'elles, tu étais son grand, son seul, son unique amour. Pour l'autre, tu es celui qui a failli l'effacer, si tu ne t'étais pas bêtement tué sur la grande route allant de Boussu à Quiévrain.


J'ai entendu parler de toi la toute première fois, alors que j'étais encore un gosse. C'est près du terril, non loin du "Puits sentinelle" autrefois où tu allais retrouver ton élue. Il y avait un pont sur lequel passaient les trains chargés de charbon, c'est sur un flanc de ce pont que toi et ton amour avez gravé vos initiales...


Alors, qui étais-tu ? Je n'arrive pas à le savoir, car elle ne te raconte pas, elle ne dit rien ou si peu. Oui, le peu que je sais, je le couche ici. Son cœur demeure un écrin, tu y est enfermé, à jamais je crois...



Lui as-tu offert des bleuets ? Es-tu allé jusqu’à la demander en mariage ? Pour qu’aujourd’hui encore elle pense à toi, je veux croire que tu l’aimais vraiment, qu’elle était dans ton sang, tes pensées, ton cœur. Et puis, une fin brutale. Toi, le rebelle, tu avais une moto, forcément, tu n’avais peur de rien, tu te croyais indestructible. Toi, le marginal populaire, le fils de l’acteur patoisant du "Coron d’en haut". Tu l’aimais, et elle t’aimait tant...


Elle se souvient de tout, je le sais, mais elle ne m’a pas tout raconté, pas encore... Est-ce qu'un jour l'écrin s'ouvrira? Elle se souvient de ta mort, jeune, trop jeune, à l’aube d’une vie commune, en plein amour passionné. Un dérapage, un autre véhicule ? Tu t’es tué à hauteur de Hainin alors que tu rendais visite à ta maman.


Quand elle t’a revu, tu étais allongé sur le carrelage, habillé, et le visage impeccable, si ce n’est un bleu à peine visible. La mort n’avait pas réussi à t’ôter ton charme, ta beauté, ta popularité. Car tu es parti en star. Tu as eu de grandes funérailles populaires, toute la ville était là, bourgmestre en fonction et anciens en tête. L'article de presse révèle l'émotion palpable autour de la levée du corps, les pleurs et les sanglots qui éclataient çà et là. L'énorme couronne de fleurs portée par les anciens de ton école, l'école du centre de Boussu. 


Une seule était à l’écart, la plus importante pour toi. Rien n’avait été officialisé, donc elle ne figure pas sur l’article de presse qui parle de ta mort stupide. C’est comme si vous n’aviez pas existé, mais pourtant... Oui, tu étais celui. Tu étais l’élu, son élu, celui de son cœur, celui de sa vie, son amour, son grand amour...


C’était gravé sur le flanc d’un pont, n’est-ce pas ? C’était gravé dans ton cœur et ton âme, toi, le rebelle au cœur timide.


Ta place fut prise quelques années plus tard, et je suis là. Sans ta mort, je n’écrirais pas ces lignes, et pour je ne sais quelle raison, tu me fascines, votre histoire me passionne. Ca vaut bien une trace, un écrit n'est-ce pas ?


Le populaire et la plus réservée... C'était vous deux. Celle que tu aimais, et qui fut certainement détestée de beaucoup, jamais ne t'as oublié. Elle n’avait rien fait, rien dit, mais tu lui avais volé son cœur. C’était ma mère, mais tu ne seras jamais mon père, cher Michel, tu resteras jeune et rebelle à jamais...