dimanche 25 janvier 2026

Une pension en Italie de Philippe Besson par Vincent Vallée


Je retrouve chaque année, en janvier, le nouvel ouvrage de Philippe Besson. Et c’est chaque fois un plaisir assuré, car je connais la plume de cet auteur qui, je le confesse, a toute ma faveur en France.


De nouveau, Besson nous entraîne dans un récit qui semble autobiographique et sème le doute dans ses interviews. Force est de constater que le texte penche davantage vers le vécu — romancé, certes — de l’écrivain.

Cette fois, après avoir évoqué, entre autres, ses amours anciennes et perdues, c’est vers celle de son aïeul qu’il nous invite à nous tourner. Plus précisément, nous partons pour l’Italie. Et je tiens à dire qu’en plus d’être lumineux, ce roman est une véritable invitation au voyage, une source pour tous ceux qui rêvent de découvrir le pays latin, ses paysages et ses villages.

C’est l’histoire de Paul, le grand-père du narrateur, qui nous est racontée à travers les rares confidences de sa mère, Suzanne. Plus précisément encore, un secret de famille, de ceux qu’il ne faut pas trop remuer, par habitude, par « tradition » familiale. Il n’était pas rare, dans les années d’après-guerre, que l’on taise, que l’on recouvre d’une chape de plomb un scandale — ou tout ce qui pouvait faire plus de mal que de bien si l’on en parlait.

C’est dans une pension de famille que Paul, professeur d’italien, emmène son épouse et ses deux filles. Voyageur aguerri, soucieux de tout préparer, de tout planifier, il n’a rien laissé au hasard.

Dans cette pension, nous ferons connaissance avec les pensionnaires, l’hôte, Vincent le peintre,... et Sandro, le cuisinier italien.

Au départ, rien ne laissait présager quoi que ce soit. Tout se passait bien. Ou, tout du moins, tout se déroulait comme depuis vingt-cinq ans. Le couple, marié, parents de deux fillettes, avait ses habitudes, ses routines, peu ou pas de conflits. Un couple banal, dirons-nous. Sauf que Paul vivait avec un secret volontairement enfoui, repoussé au plus profond de ses tripes et de ses pensées.

C’était sans compter sur Dame Nature qui, tôt ou tard, réveille et remue ce qui est profondément inscrit en nous. Elle se soucie peu de ce que nous avons mis des années à étouffer, à dissimuler sous l’habitude et le conventionnel. Un jour, elle souffle sur la poussière des secrets, et ceux-ci apparaissent alors éclatants, évidents, impossibles à dissimuler encore.

Le regard de Paul qui croise celui de Sandro, à table, au moment où ce dernier annonce les plats, sera ce souffle-là. Le premier coup de vent. La tempête qui s’ouvre pour Paul — mari, père, professeur — à la vie jusque-là bien rangée.

Le secret ne peut plus tenir. Impossible pour Paul de résister. Des regards échangés, une conversation dans le jardin, puis, dans le plus grand secret de la pension italienne, deux corps qui se trouvent, se reconnaissent, se découvrent.

C’est au cœur de cette tempête que Paul devra faire un choix.

De cette histoire, de ce secret de famille, Suzanne, la mère du narrateur, ne connaît que des fragments. Des suppositions, des souvenirs lointains de son père, Paul.

Alors le fils de Suzanne, le narrateur, cherche à comprendre. Il ravive les braises du souvenir, tente de saisir ce qui a bien pu se jouer entre sa grand-mère et son grand-père. Entre Paul et Sandro. Ce qui a infléchi, à jamais, la destinée de sa mère, Suzanne.

Et si tout restait encore à découvrir ?

J’ai, une fois de plus, été enchanté par cette lecture. Comme de coutume, Philippe Besson et son style m’ont emporté, et je ne suis guère déçu.
Comme chaque année, en janvier.