mardi 21 juillet 2026

N'être plus JE de Amadeo Grilli par Vincent Vallée






Il est des livres qui se lisent, et d'autres qui se ressentent. N'être plus JE appartient sans conteste à cette seconde catégorie.

Dès les premières pages, j'ai compris que je n'étais pas face à un simple recueil de textes, mais devant une confession à ciel ouvert. L'auteur ne cherche ni à impressionner ni à convaincre. Il ose simplement se montrer tel qu'il est, avec ses blessures, ses doutes, son rapport complexe à son corps et cette quête incessante de soi.

Le titre, N'être plus JE, pourrait laisser croire à une volonté de s'effacer. Je l'ai plutôt perçu comme le désir de se libérer de ce « je » qui enferme : celui façonné par le regard des autres, par les injonctions, les peurs et les fausses certitudes. Une invitation à déposer les masques pour laisser émerger quelque chose de plus authentique.

Les poèmes oscillent entre douleur et espoir. Certains m'ont semblé presque étouffants tant ils traduisent le poids de la souffrance intérieure, tandis que d'autres ouvrent progressivement une fenêtre vers l'acceptation et la reconstruction. Cette évolution donne au recueil une véritable cohérence : on accompagne l'auteur dans un cheminement, plus que dans une simple succession de textes.

J'ai également apprécié l'absence de provocation gratuite. Les thèmes abordés, parfois intimes, sont traités avec pudeur et sincérité. Au-delà de l'identité ou du rapport au corps, c'est finalement de liberté qu'il est question : celle d'exister sans avoir à correspondre aux attentes des autres.

Ce qui m'a particulièrement touché, c'est cette sensibilité qui m'a parfois rappelé Arthur Rimbaud. Je ne prétends pas établir une comparaison littéraire, mais j'y ai retrouvé une manière de sonder les profondeurs de l'être, de faire dialoguer la douleur, le corps et l'identité dans une poésie où l'émotion prend souvent le pas sur le récit. Amoureux de Rimbaud, qui est pour moi un guide et un compagnon de plusieurs de mes romans, je n'ai pu rester insensible à cette résonance.

N'être plus JE n'est pas un livre que l'on referme en disant simplement « j'ai aimé ». C'est un ouvrage qui pousse à l'introspection, qui interroge notre propre regard sur nous-mêmes et sur les autres. Une lecture sensible, courageuse et profondément humaine, qui mérite d'être découverte pour ce qu'elle est avant tout : une parole sincère offerte au lecteur.




samedi 18 juillet 2026

Chez mémère. Par Vincent Vallée.

Chez mémère


Assis dans le canapé, le gamin regarde Maya l'Abeille.

Dehors, il fait chaud. Les routes sont désertes, le bitume sent, transpire...

Lorsqu'on regarde au loin, l'image se trouble sous l'effet de la chaleur, elle ondule. Oui, le cagnard tape dur, tout vacille dans un silence assourdissant...

Avec mes parents, on part pour la gare dans cette ambiance lourde, pesante, suante...

On en franchit la double porte brinquebalante en bois. Ils sont là, mes interdits, ces fameuses boules de gomme qui colorent les doigts. Mais non, je ne peux pas... En plus, il me faudrait cinq francs...

C'est le chemin d'un souvenir d'enfance...

Quelques instants fugaces d'une mémoire qui passe, de ces moments importants que sont ceux d'autrefois. Au final, c'est toujours vers eux que je repars, en pensée... Sans racines, on ne tient pas debout. Ce doit être ça, l'explication : Il faut rester debout à tout prix.

Je revois son sourire, la pièce où elle passait des heures, soit à cuisiner, soit à regarder la télévision, puis, lorsque nous étions là, à nous servir à boire, découper les demi tartes ou encore garnir des sandwichs pour le souper.

Il y a des odeurs qui ne nous fuient pas, des images qui nous collent à la peau, des sons qui nous rendent sourds au point de figer nos regards dans le vide abyssal de la nostalgie qui s'empare d'un corps tout entier et qui s'éternise, comme cette phrase que j'écris sans pouvoir m'arrêter, car elle coule seule et s'empare, elle aussi, de moi, ne veut pas me quitter... Ouf, elle s'essouffle.

Je revois mémère arriver à la maison avec du beurre, des œufs et des « piquantes », comme elle disait, ces bonbons allongés emballés dans du plastique bleu. Je l'entends dire, devant notre télévision, qu'elle est belle, l'image, chez nous, qu'elle fonctionne bien, la télé... C'est juste que c'était une autre télévision que la sienne, mais elle aimait nous faire un compliment.

Chez elle, je revois ses remises emplies de stocks en tous genres, y compris de denrées périmées, la faute à la guerre, disait-elle. Il y avait le clapier à lapins et ces petites cellules dans lesquelles je cherchais un bébé lapin pour le caresser ; les autres étaient trop grands, trop vifs pour l'enfant que j'étais.

Je revois, dans le fond du clapier, l'espace abritant les poules lors des mauvais jours et pour y pondre. C'était si astucieux d'avoir fait communiquer le poulailler avec la remise des lapins. Je revois l'énorme pied de rhubarbe planté près du tas de fumier, le potager entretenu et garni, le prunier, le pommier et la vaste prairie qui continuait derrière, à perte de vue pour le petit gars que j'étais...

Une foule d'autres souvenirs me reviennent quand je pense à elle, bien sûr. La véranda, un luxe qu'elle s'était offert, qui contrastait avec les WC, lesquels étaient, eux aussi, dehors. La pompe à eau. Les chats, dont un qui avait perdu un œil et qui me faisait peur, nourris au lait dans lequel elle faisait tremper du pain. La remise avec ses énormes fûts emplis de graines pour les poules et de granulés pour les lapins. Ce grand meuble sur lequel il fallait grimper pour atteindre une échelle conduisant à une sorte de grenier que je n'ai jamais osé explorer... J'aurais dû.

Je me souviens aussi de cette manie de mémère qui gardait tous les programmes télé pour mon plus grand bonheur. J'étais — et je suis toujours — un grand fan de Stallone, et je collectionnais toutes les coupures le concernant. Alors, dans les programmes télé de ma grand-mère, j'en trouvais à foison.

Je revois cette petite fenêtre, mal placée, qui donnait sur la chambre où était mort mon grand-père, que je n'ai pas connu. Le lit était toujours là, entouré d'énormes tableaux représentant des scènes bibliques, profondément catholiques. Il y avait aussi la vieille machine à coudre, l'énorme garde-robe, les meubles dissimulés dans le mur derrière une porte, la pièce d'entrée, la plus belle, celle où l'on plaçait les beaux meubles pour impressionner les visiteurs. Ce n'était ni de la prétention ni du faux-semblant chez ma grand-mère, c'était une coutume chez les personnes modestes. Ou plutôt, une habitude.

Elle n'était pas très démonstrative avec moi, mémère. C'était sa pudeur, un éloignement imposé par la force des choses...

Il y avait aussi ces réunions de famille, trop rares. Mes tantes, mes oncles, mes cousines et cousins. C'était autour d'elle que l'on se retrouvait, que l'on riait, que l'on mangeait et que l'on buvait des limonades et du café fort. Tout se terminait par des parties de cartes entre mon père et mes oncles, bien trop bruyantes.

Ce n'est qu'à ces rares occasions que je pouvais revoir mes cousines et cousins, ma marraine, ma tante et mes oncles. Je serai honnête : ma tante, paix à son âme, aimait parler de ses bobos, de ses rendez-vous médicaux, mais pas seulement. Elle aimait aussi les jolies tenues, les plantes, et en parlait avec bien plus de plaisir.

Ma marraine était une dame élégante et sans prétention. J'aimais ce compromis. Elle souriait toujours, parlait avec plaisir, riait avec tout le monde et posait sur moi un regard bienveillant, me glissant parfois en cachette une roulade de saucisson de jambon tandis qu'elle préparait les sandwichs pour aider ma grand-mère,  pour que ma mère ne le voie pas. J'aimais ces gestes secrets entre elle et moi.

Un chemin de souvenirs. Un chemin d'enfance qui sent bon l'été, la tarte à la crème légèrement brunie sur le dessus, la confiture maison, le bon café, sans oublier le pain à l'ancienne.

On peut vieillir, avancer dans la vie, mais il y a un retour en arrière qui est toujours édifiant : celui vers l'enfance, vers nos racines. Vous qui me lisez, une fois couché dans le noir et le secret de vos pensées, n'oubliez jamais de revenir un peu en arrière pour y puiser de la force, de la sagesse, de l'émotion. Tous ça rend bien meilleur les lendemains...








mardi 14 juillet 2026

Le voleur de cahiers de Gianni Solla par Vincent Vallée

 


J'ai enchaîné les lectures ces derniers temps, mais celle-ci, je l'ai terminée en quelques jours à peine.

Le voleur de cahiers, c'est Davide, un « porcher » qui vit dans l'Italie de 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale. Mussolini côtoie Jésus-Christ sur les murs des fascistes et Davide doit supporter un père aveuglé par l'ignorance, par la haine et ce qu'il pense être de la droiture.

À propos de droiture, Davide est handicapé d'une jambe, il boite... Ce qui fait de lui le vilain du village, un endroit si petit où tout se sait, tout se raconte...

Un jour ordinaire, dans une vie ordinaire, trente-six Juifs arrivent à Tora e Piccilli, petit village de la province de Caserte. Ils sont là pour se tenir tranquilles. Parmi eux, Nicolas, un beau jeune homme qui va troubler notre jeune boiteux Davide, qui va s'éprendre du style du jeune Juif et sera troublé par son instruction, son amour des mots. Il éprouvera pour Nicolas une attirance, une sorte d'admiration troublante, jusqu'à tenter de le singer sans conviction...

Et puis, au milieu de ce récit, Teresa, jeune fille amie de Davide, qui va séduire et être séduite, créant la fin d'une innocence, le début d'une jalousie.

La guerre va rattraper nos jeunes protagonistes et il faudra cacher Nicolas. C'est Davide qui s'en chargera, puis plus rien, plus de Nicolas.

Ce roman, c'est l'histoire d'une soif d'apprendre, c'est le refus de sa condition d'ouvrier pauvre et sans instruction. C'est apprendre en forçant le destin au travers de l'instruction de Nicolas et de son père, instituteur.

J'ai été happé par le style de Solla. Je remarque que j'aime les romans écrits par des auteurs italiens... Cependant, la dernière partie du roman m'a moins plu. Basée sur une histoire vraie, cependant, j'ai été un peu désarçonné par une forme d'inversion des rôles. J'ai eu le sentiment d'une précipitation pour terminer le roman, non pas de le bâcler, mais la tournure est quelque peu étrange.

Mais j'ai dévoré les pages et l'ai terminé très vite, preuve de la qualité de l'histoire que je recommande absolument !



jeudi 9 juillet 2026

Nomades du nord de James Oliver Curwood par Vincent Vallée

Cette chronique de Nomades du Nord de James Oliver Curwood sera semblable aux autres que j'ai déjà rédigées, car je suis sous le charme de la plume de cet auteur.

Ce que j'aime chez Curwood, c'est sa repentance au travers de l'écrit, lui, l'ex-chasseur.

Nous partons à la rencontre du chien Miki et de l'ourson Nioua. Rien ne semble aller dans cette association, et pourtant... Curwood nous emmène à la rencontre de ces deux animaux encore petits, innocents et qui vont s'apprivoiser, avec pourtant leurs instincts déjà marqués.

Nioua a perdu sa maman, certes âgée, et c'est le propriétaire de Miki, auteur de la mort de cette dernière, qui va s'en vouloir et recueillir l'ourson.

Au-delà d'une simple histoire, il est ici question de l'amitié au sens large, car oui, on peut être très différents et amis au-delà de tout, au-delà des barrières ; chacun d'entre nous pourra s'y retrouver, s'y reconnaître.

Parfois, au cœur d'une amitié, on peut s'éloigner, comme Nioua qui va hiberner et laisser son ami Miki seul et dépourvu. Ce dernier va devoir se débrouiller seul alors qu'il était déjà livré à lui-même avec son ami ourson.

La nature s'impose toujours et c'est pour plusieurs semaines que Nioua va s'endormir. Miki va patienter, mais devra s'éloigner et vivre une vie féroce, dure, cruelle qui le rendra, à son tour, cruel et féroce.

Ce n'est pas mon roman favori de Curwood, mais j'ai beaucoup aimé.

Chasseurs de loups reste sur la première marche.

Je précise que j'ai lu une version de 1978, illustrée, et que je déplore de ne pas l'avoir trouvée dans un format plus actuel. Un tel écrivain devrait être mis en avant, comme l'a fait la maison d'édition Éditions duTriomphe avec deux ouvrages de l'écrivain.



















lundi 6 juillet 2026

Une bête en moi - Hommage à Sylvester Stallone par Vincent Vallée

 


Le temps passant, la trotteuse cheminant, je m’dis que si on reste quelque part longtemps dans la vie, on fait partie des murs. C’est un peu comme s’ils tendaient l’oreille, s’imprégnaient des ondes qu’on envoie se fracasser sur eux. Ils encaissent, retiennent et respirent notre histoire, parfois même une fois qu’elle est terminée…

 

Tu sais, le tour du cadran, on l’fait qu’une fois, après ça, on les essuie, les cadrans, non ? On vire à rien si on ne reste pas vigilant à garder le tempo de la vie, de nos vies. On court pour fuir la faucheuse, je crois… Rien que d’y penser, j’suis mal viré

 

On devrait s’empêcher d’essayer des trucs à cause de deux ou trois bougies de trop, semble dire certains. Moi, je crois qu’il n’y a pas d’âge pour faire, pour apprendre, pour découvrir, pour rêver, pour vivre sans calculer et sans regarder l’horloge… À quoi bon ? Elle ne s’arrêtera pas, tu sais. Elle nous mettra au défi sans cesse, en disant : Ouais, ça se rapproche ! T’es prêt ?

 

J’ai arrêté de penser comme les autres depuis longtemps, sinon je n’aurais rien accompli, rien gagné, rien surmonté, relevé aucun défi, parce que j’vieillis… Alors j’pense plus, non… depuis longtemps…

 

De nos jours, et depuis la nuit des temps, on entend les jeunes dire que les choses sont différentes. Non, c’est les fringues qui sont différentes, l’homme, il ne change pas. Il vit, apprend, espère, réalise, surmonte, rêve, déchante, souffre, rit, pleure, hurle… et il meurt. Habille-le comme tu veux, il ne change pas, il fait tout pareil…

 

Et puis quoi, tu sais, le temps nous rattrape toujours, un jour ou l’autre. Ouais, mais il va plus vite si on quitte la course. Alors il faut avancer, marcher, courir, ralentir, réfléchir, songer, calculer, profiter, s’ennuyer, recommencer, et le tout en boucle. La vie, c’est une alliance, un anneau, t’es marié avec dès ta naissance et c’est l’infini recommencement…

 

Oui, le temps s’écoule comme le sable d’un sablier, et un beau jour, on s’réveille en se disant : J’ai encore des trucs pas rangés dans ma cave… Alors l’appétit revient, l’instinct te redresse sur tes jambes et, à nouveau, tu te surprends à recommencer, autrement, mieux, avec d’autres, mais avec TOI ! Plus âgé, plus réfléchi, plus expérimenté, mais avec TOI.

 

Parfois j’arrive même plus à respirer, j’ai l’impression qu’il y a une bête en moi... Elle se forme avec le temps, s’installe pour te rappeler que le défi, c’est toi, et que toi. Tu te bats toute ta vie contre un seul et unique ennemi : TOI !

 

On grandit, on aime, on découvre, on fait des enfants, on leur apprend ce qu’on sait, maladroitement parce que y’a pas de méthode… et on s’dit soudain : Je n’aurais jamais cru que ça aurait été aussi dur, c’était pas comme ça que c’était prévu… Parce qu’on idéalise sans cesse. Parce qu’on rêve, on se projette sur une image, mais l’image, ce n’est pas la réalité. La réalité, elle est déformée, et c’est ça qu’est sympa, parce qu’il faut tâcher de se rapprocher au plus près de l’image de départ. Ouais, c’est ça, le défi de la vie : tâcher de se rapprocher de l’image…




mercredi 24 juin 2026

Chasseurs de loups de James Oliver Curwood par Vincent Vallée aux Éditions Triomphe (Masse critique BABELIO)

 


Que d'aventures ! Voilà l'expression qui me vient à l'esprit après avoir refermé le magnifique roman de James Oliver Curwood que les Éditions Triomphe ont réédité pour notre plus grand bonheur.


C'est d'ailleurs grâce à « Masse Critique » de Babelio que j'ai découvert l'écrivain du Grand Nord. Depuis, il ne me quitte plus ; j'ai en effet lu deux autres de ses romans en attendant la réception de Chasseurs de loups. J'étais donc averti du style et des thèmes de prédilection de l'auteur. J'aurais pu être déçu. Je suis désormais bien plus critique, car j'avais déjà deux opus d'avance, et pourtant...

Quel agréable roman, quelle bonne surprise que ce récit qui se déroule toujours dans les grands espaces blancs, froids et rudes où, à tout moment, vous pouvez devenir une cible, une proie !

Ce roman a ceci de particulier que, comparativement aux deux premiers que j'ai lus (Kazan et Le Grizzly), il met en scène trois compères, trois amis. Nos trois héros, le jeune citadin Roderick, le métis indien Wabi et le vieux guide Mukoki, vont se lancer dans une expédition de chasse aux loups qui constituera le baptême du feu du jeune Roderick, dit Rod.

Ce dernier, sensible au charme de la sœur de son meilleur ami Wabi, partira en compagnie de ses deux compagnons de voyage avec enthousiasme et soif de découvertes, d'aventures et de frissons. Il ne sera pas déçu !

De nouveau, comme il est de coutume chez Curwood, on apprend une multitude de choses concernant la survie, la faune et la vie sous la neige. Oui, oui, vous lisez bien.

Les Éditions Triomphe ont d'ailleurs réalisé un magnifique travail de mise en page, avec des chapitres bien aérés rendant la lecture fluide, sans oublier une superbe couverture dotée de rabats permettant de marquer sa page.

Merci à Babelio et aux Éditions Triomphe pour l'opportunité de chroniquer cet ouvrage remarquable.

Dans ce récit, nous découvrirons l'amitié qui unit nos trois aventuriers, mais aussi la finesse et l'expérience de l'Indien Mukoki, sans qui l'aventure serait tout autre. Nous découvrirons également l'hostilité des loups, mais aussi celle des hommes, notamment celle de la tribu indienne des Woongas.

J'ai été embarqué dans cette lecture malgré la canicule qui sévit. Un vent de fraîcheur a soufflé sur les pages de ce roman, et j'en ai dévoré les chapitres.

Merci encore aux Éditions Triomphe, que je vous invite à découvrir en consultant leur site :


Que vais-je lire ensuite, me demanderez-vous ?

Nomades du Nord de... James Oliver Curwood !


Mes deux précédentes chroniques de l'écrivain:



lundi 15 juin 2026

Le Grizzly de James Oliver Curwood par Vincent Vallée


James Oliver Curwood est en train de devenir mon auteur « découverte de l'année ». J'aime beaucoup la littérature de Jack London, mais je trouve que Curwood donne la parole — c'est une image, bien entendu — aux animaux d'une façon bien plus intéressante.


J'ai découvert les loups, leur façon de vivre et de survivre avec Kazan. Cette fois, c'est Tyr, le majestueux grizzly du nord du Canada, qui est mis en avant. Avec ce récit, Curwood fait ce qu'un auteur fait de mieux : il utilise son propre vécu pour nous le partager au travers d'un roman.

Au-delà de la rencontre avec Tyr, le grizzly, nous allons croiser Jim et son ami Bruce, qui sont sur les traces de cet animal à la taille et au poids impressionnants. Les hommes le traquent pour sa peau, pour l'abattre, le tuer et triompher en brandissant sa dépouille. L'animal les fuit et les sème à maintes reprises, parcourant monts et vallées. Mais c'est sans compter sur l'Indien Metoosin et ses chiens, venus rejoindre les deux chasseurs. Ils mettront tout en œuvre pour faire couler le sang du majestueux animal. Tyr tient tête aux chiens les plus courageux, notamment pour protéger Muskwa, un ourson orphelin qui croisera sa route.

Le grizzly va parfois, et pourtant il s'agit d'un roman jeunesse, faire preuve de cruauté pour assurer sa survie et sa défense, ne laissant aucune chance à ses adversaires. Curwood n'hésite pas à décrire cette cruauté animale, qui n'est autre que l'instinct de survie. Les mots sont pourtant choisis avec justesse, à propos et uniquement lorsque cela est nécessaire pour décrire avec minutie et réalisme le contexte dans lequel vit et survit un animal de cette envergure.

J'ai tant aimé marcher avec Tyr, fuir ses ennemis à ses côtés, les combattre, découvrir comment survivre lorsque l'on voit si mal. Car oui, j'ai appris cela également : un ours voit très mal et se fie presque uniquement à son flair.

Je suis abasourdi de tomber presque en pâmoison devant un roman jeunesse du début du XXᵉ siècle. Je ne regrette rien de mon enfance, si ce n'est de ne pas avoir lu davantage, et surtout de ne pas avoir découvert plus tôt de tels romans !

C'est une ode à la vie animale, une dénonciation de la chasse pratiquée pour tout autre motif que la survie et l'alimentation. C'est le mea culpa d'un ancien chasseur, d'un amoureux de la faune et de la flore.

Merci, Monsieur Curwood !

dimanche 7 juin 2026

Le garçon qui n'avait pas le bon costume à la naissance de Lionel Carlier par Vincent Vallée

 


Comment aborder ce petit roman jeunesse, si grand par sa morale qui aide, pousse vers l'avant et édifie ?

Je dois d'abord parler de son auteur, qui signe ici son premier court roman jeunesse : Lionel Carlier.

Lionel n'est pas un inconnu pour moi, puisque j'ai usé le fond de mes pantalons sur les mêmes bancs d'école que lui lorsque nous étions à l'école primaire. Inutile de dire que nous étions de bons copains, que j'étais un mauvais élève tandis que Lionel était bien meilleur.

Mais au-delà d'être un bon élève, Lionel était timide, taiseux, introverti, et j'étais finalement un peu pareil. C'est certainement pour cette raison que nous nous entendions bien.

Le roman jeunesse que nous propose Lionel contient un peu de son histoire ; il y a ajouté quelques ingrédients de son enfance, comme tout bon auteur. Lionel est devenu instituteur, et cela ne m'étonne pas : il était fait pour ce costume d'enseignant, car il aime les enfants, se reconnaît en eux et aime transmettre.

C'est également pour cette raison que ce roman existe. Au cours de sa carrière, Lionel a pu constater, à regret, que peu de littérature existait pour les enfants dont il avait la charge et qui, comme beaucoup, cherchent leur place, le bon costume pour traverser l'enfance, puis l'adolescence, avant d'entrer dans le monde adulte, forts de leurs premières années.

Ce roman, je l'ai dévoré. Je sentais bien, depuis l'annonce de sa parution, qu'il y avait là quelque chose qui allait me parler, à moi, l'enfant qui a manqué de lectures jeunesse... Ce roman regorge de réflexions profondes et d'enseignements, le tout dans une ambiance cocasse et humoristique. Bien souvent, le sourire est venu éclairer mon visage de lecteur...

Quelques passages ?


 


Le petit garçon va pouvoir choisir ce que sera sa vie. Comme ce serait agréable, plus facile pour grandir et surtout plus amusant !

On se demande souvent, lorsqu'on est adulte, ce que l'on ferait autrement si l'on pouvait revenir en arrière. Lionel Carlier propose l'idée que, bien avant de naître, nous puissions choisir les fondations de notre vie, sans oublier qu'il faudra également choisir des faiblesses et des défauts. Sans quoi, que serait une vie si elle n'était qu'heureuse et parfaite ?

Je ne vous en dis pas plus, car il faut absolument lire ce petit guide de vie, joyeux, loufoque, cocasse et empli d'enseignements. Mais surtout, procurez-vous-le pour le faire lire ou, mieux encore, pour le lire à vos petits qui ont encore tout à faire, tout à construire. Lionel n'a pas vraiment trouvé de quoi habiller l'enfance des jeunes dont il avait la charge ; alors, il l'a imaginé, inventé et écrit.

Je recommande fortement cette lecture, vous l'aurez compris !!

Et pour conclure, quelques photos de votre serviteur chroniqueur et de l'auteur de ce joli roman, alors que nous avions l'âge de tous les possibles. 😉😉






vendredi 5 juin 2026

Kazan de James Oliver Curwood par Vincent Vallée

 



On parle généralement d'aventure humaine lors d'un récit centré sur l'entre-soi, la confrontation avec soi-même. Cette fois, j'ai découvert une aventure animale avec KAZAN. Et quelle aventure !

Avant de parler du roman, j'aimerais évoquer son auteur, l'écrivain James Oliver Curwood. Avec Jack London, le bien connu, il est un auteur spécialiste des aventures du Grand Nord, des contrées sauvages et de l'espèce animale. Déjà enfant, Curwood écrivait des histoires. Il n'était pas un étudiant assidu et discipliné ; pour preuve, son renvoi de l'école car, oui, il aimait vagabonder. Déjà aventurier dans l'âme, certainement...

Il fera cependant ses études jusqu'au bout et deviendra journaliste, mais là également, il se fera remarquer dans le mauvais sens du terme et sera... viré.

Alors, que faire si ce n'est ce qu'il aime et fait de mieux ? Écrire !

C'est à propos du Grand Nord canadien qu'il aime coucher ses idées, ses histoires, pour notre plus grande joie aujourd'hui de les lire.

Petite parenthèse : je ne saurais dire comment je suis arrivé à Curwood et pourquoi si tard, mais est-il un jour trop tard ? De la littérature jeunesse, dites-vous ? Fi de ces préjugés et des abords pompeux de la littérature ! On lit pour se la jouer ou pour l'évasion et le plaisir ? On lit pour citer des classiques et de grands auteurs ou pour raconter avec appétit l'histoire que l'on vient de lire et partager ? Nous serons d'accord : l'évasion et le partage grâce à un bon roman, c'est le plus important.

KAZAN, c'est un animal mi-loup, mi-chien, qui n'en sait rien. KAZAN, c'est la sauvagerie mêlée, comme l'est son sang, à la douceur, à la docilité. Mais KAZAN, c'est surtout l'histoire d'un animal que l'on va suivre au travers de ses yeux, au travers de son approche de ce que nous voyons comme lui, mais qu'il interprète avec sa condition de chien-loup. On va vivre ses aventures, oui, il y en aura plusieurs, avec crainte pour sa vie dans ce Grand Nord et au sein du monde animal qui se montre cruel, sans pitié, avec pour objectif de survivre avant tout.

KAZAN va souffrir, aimer, fuir, avoir faim, avoir froid. Et quand il aimera un humain, ce sera toujours une femme douce et sans crainte de lui, le loup. KAZAN sera parfois déchiré entre les caresses d'un humain qui lui veut du bien et une louve qui lui voue sa vie, ne le quitte jamais et, pour cause... Vous verrez pourquoi, c'est le cas de le dire... KAZAN sera le guide de Louve Grise durant les trois quarts du récit.

KAZAN bravera le grand froid, disais-je, mais aussi la peste rouge, le feu, l'eau, mais surtout l'homme armé d'un fouet ou d'un gourdin.

Avec KAZAN, on voyage, non seulement sur les routes, dans les forêts ou parmi les montagnes, mais aussi dans sa tête. On voit ce qu'il voit, on comprend ce qu'il comprend. Ce fut un magnifique voyage que ce roman.

Merci à la providence d'avoir placé sur mon chemin James Oliver Curwood !!

Je ne vous cache pas avoir entamé Le Grizzly et attendre Chasseurs de loups du même auteur pour une Masse Critique de Babelio.




JAMES OLIVER CURWOOD

 


mercredi 20 mai 2026

Dans la forêt de Jean Hegland par Vincent Vallée

 


Une fois n'est pas coutume, partons nous promener dans les bois.


C'est avec l'écrivaine Jean Hegland que nous allons prendre part au quotidien de Nell et Eva, deux jeunes filles qui vont se retrouver livrées à elles-mêmes au cœur de la forêt. Ne cherchez pas le lieu, cela demeure flou dans le récit, et c'est d'ailleurs très bien ainsi puisque le contexte est celui d'une dystopie.


En effet, le monde a cessé de tourner comme autrefois. Petit à petit, l'électricité a été coupée et Nell et Eva, dans un premier temps toujours en compagnie de leurs parents, vont se retrouver de plus en plus isolées puisqu'elles vivent dans les bois par choix.


Cette fiction va conduire les deux jeunes filles à faire face au pire : la survie, la mort, puis à nouveau la vie, pour conclure. C'est ce contexte qui m'a poussé à lire ce récit. Les bois, un presque huis clos, la survie… Tant d'ingrédients qui me séduisent.


C'est un roman un peu lent et difficile à contextualiser parce qu'il aurait gagné à être plus imprégné, plus décrit. On ne sait pas exactement ce qu'il s'est passé, les ambitions des deux jeunes filles sombrent dans l'oubli par la force des choses, elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes au milieu de la forêt, qui va devenir de plus en plus hostile au fil des pages. J'ai simplement déploré quelques passages un peu malsains, mais assez cohérents avec l'histoire malgré tout.


J'ai parfois été lent à lire car le récit l'est également. Cependant, j'ai gardé l'envie de savoir où l'autrice allait nous conduire. Je ne suis pas déçu, il y a de quoi garder un bon souvenir du roman de Hegland.


Et puis, chez moi, une histoire dans les grands espaces verts, perdus, loin du monde et du tumulte, ça fonctionne toujours, même si ce roman me semble imparfait.

vendredi 15 mai 2026

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait… par Vincent Vallée

 


Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Un p’tit gars v’nu de nulle part qui, sans bagage, sans filon ou passe-droit, parvient à provoquer tant d’adjectifs ? Mais oui.

Faut-il être rat, demeurer épars, en voyage dans les pages sans horizon. Il le doit sinon… terminé l’apéritif. Mais oui.

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Il déteste les chiffres, il les fuit, s’enfuit à leur approche, s’éloigne, se cache. Parmi les mots il se réchauffe, il est encore bancal.

Mais il s’accroche, sort les griffes, rien d’autre ne lui semble plus proche, tentant.

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Les histoires l’empoignent, l’ébouriffent, il est si amorphe à sa vie d’enfant…

Être enfin reconnu, diantre, qui ne s’en émoustillerait pas pour lui ?

C’est la danse des faux-culs, s’empourprer, lui dire que rien n’est écrit ?

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Ces pathétiques, les mêmes qui plus tard écrivent des hommages, raniment les mémoires…

Ces égoïstes, blêmes et blafards pour peaufiner leur ramage, subliment leur grimoire…

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

 

mardi 12 mai 2026

Le gosse, là, il ne pense pas... de Vincent Vallée


 

Mini moi vers 1985, à la côte belge...

Où donc est partie l'insouciance...

Avec elle, les espoirs grandioses, les rêves faramineux, les envies de voyages et de grandeur !!! Oui, devenir un grand...

Un grand homme, un grand écrivain, un grand, etc.

Et puis courir, jouer, faire comme si de rien n’était. Oui, allez, on disait que…

Vite se dépêcher de manger pour aller jouer, rejoindre mon meilleur ami, vivre avec lui des aventures débutées le matin, que l’on continuerait le lendemain, et si ce n’était pas fini, on continuerait encore, et encore. Chiche !

Courir derrière un ballon qui m’échappera toujours, courir et chuter, pédaler et me faire dépasser, et pourtant, Dieu que ça me manque d’être le second d’un autre… Parce qu’en réalité, je m’en fichais bien, je m’amusais, on s’amusait.

Après avoir subi les chiffres à l’école venait le temps des mots, des lectures, de l’écriture. Et avec eux, ma renaissance, celle de ma confiance, celle de mes sourires, celle des étoiles dans mes yeux face aux mots qui, eux, me caressaient l’âme. Écrire, lire, tourner les pages… Rien que d’écrire ces mots me fait ressentir la sensation magnifiquement magique de ces instants uniques.

L’odeur du papier, la vision des pages jaunies, cornées, et ces histoires qui m’élevaient au-dessus de la vie, des contraintes, des examens, des maths…

Les BD, je les dévorais, à défaut de dévorer les bonbons qui m’étaient interdits. Les BD étaient sucrées aussi, acidulées également, douces au palais (de l’esprit), tellement… Je ne pourrais pas toutes les citer ici, je serais bien trop long. Il ne faut pas s’éterniser en écriture, n’est-ce pas ?

Mais pourrait-on éterniser l’enfance ? Éterniser l’innocence ? Juste continuer de… rêver.

Le gosse, là, il ne pense pas, on ne l’ennuie pas avec des chiffres et des factures, il n’a aucun souci, il vit, son esprit est libre, il vagabonde dans les bulles de BD, il y est enfermé pour son plus grand bonheur.

Qu’il serait bon, magique, rêvé d’y demeurer.

 


dimanche 3 mai 2026

Observe tes mains… De Vincent Vallée





Quand le ciel vous tombe sur la tête, que le monde s’écroule sous vos pieds, que la tempête souffle sur votre vie, saccage tout ce que vous avez construit, tous vos projets, et envoie voltiger vos rêves vers les méandres d’un horizon inatteignable, plus rien ne compte, plus rien n’a de valeur. Aucun mot ne peut vous ramener sur terre, car oui, vous valdinguez avec tout ce qui s’envole, vous êtes englouti avec tout ce qui s’écroule.


Je me rappelle des mots prononcés par un médecin, comme un écho lointain dans le fracas de ma vie qui se fissure… mais qui n’est pas encore brisée.


Je me souviens de mes mains encore jeunes, d’avoir craqué au volant de ma voiture, de m’être assis dans mon canapé, la tête entre les mains, et d’avoir avoué ma condamnation à mon compagnon. Jamais il ne m’a lâché.


Je me souviens de mes enfants, encore petits, des larmes du plus jeune, de mes mots rassurants alors que je ne croyais plus en rien, alors que j’avais envie de pardonner au monde entier comme si j’étais coupable de quelque chose.


Mais devant eux, l’oiseau blessé a relevé la tête. Soit je reste au sol, soit je me relève.


Pour se relever, il faut un moteur, et il était là : dans les larmes de mon fils, dans le courage de mon compagnon, dans le regard posé sur mes mains encore jeunes.


Alors il ne restait qu’une chose à faire : se battre jusqu’au bout, franchir le ruban ou tomber.


Des semaines, des mois, une opération, une convalescence, une chimiothérapie qui a failli m’envahir et me clouer au sol. Mais elle ne savait pas. Elle ne savait pas comment je m’appelle, ni mes valeurs, ni d’où venait ma force, puisée dans leurs yeux. Soit je perds, soit elle gagne. Je déteste perdre.


Je n’ai jamais aimé écrire sur cette période, mais je le fais pour les autres, une fois, une seule, parce que j’ai gagné et que toi aussi tu peux, tu dois gagner. Tu peux décider qu’il n’est pas encore l’heure.


Observe tes mains…


©Illustration Albert Sottiaux

lundi 27 avril 2026

Anne au domaine des peupliers de Lucy Maud Montgomery par Vincent Vallée

 


J'ai poursuivi la lecture de la saga de Lucy Maud Montgomery concernant la jeune Anne Shirley. Rappelons qu’Anne, dans le premier tome, est une orpheline adoptée par erreur par la famille Cuthbert, qui désirait un garçon pour les aider à la ferme. Anne est une jeune fille qui parle, parle, et puis qui a des rêves à foison, une imagination débordante qui envahit sa vie, se reflète sur celle des autres, elle rayonne.

Cependant, au fil des romans, je crois que l'idée, le projet de Montgomery s'essouffle... Dans ce tome, par exemple, on découvre les lettres qu’Anne envoie à son promis, le fameux Gilbert. Mais vous ne lirez aucune de ses réponses, Montgomery se focalise sur Anne, que sur Anne.

Aussi, et c'est le plus perturbant, la quantité de personnages qui interviennent dans le roman est incroyable et perd tout lecteur, quand bien même il serait en pleine forme et réveillé pour lire attentivement ! Ça, c'était très, très ennuyeux... On lit donc le roman pour avancer, mais on ne comprend plus rien ou si peu.

Il n'est presque pas question ici de Marilla, qui l'a adoptée, quand bien même Anne revient aux Pignons verts, sa maison d'adoption. Matthew, certes décédé dans les tomes précédents, n'est pas mentionné, oublié, lui qui aimait tant la petite Anne, la protégeait... Non, pas même une pensée.

Autre souci, Anne devient énervante. Elle se mêle d'un peu trop de vies, semble toujours avoir une explication ou une solution à tout, et c'est toujours son intervention qui résout les soucis de celles et ceux qui l'entourent. Elle est agaçante de positivité, pour la résumer rapidement.

Vous l'aurez compris, trop c'est trop. Là, j'ai eu ma dose de positivité et de "gnangnanterie", je vais passer à autre chose et, qui sait, reviendrai au tome 5 un de ces quatre.

lundi 20 avril 2026

La foi. Par Vincent Vallée

 La foi…


Qu’est-ce que la foi, si ce n’est croire aveuglément, avec passion, avec son cœur, presque comme un enfant ?

Quelque chose d’intime. De fragile.

Un secret que l’on garde en soi, comme un refuge.

On pense souvent qu’il faut parler de sa foi, la partager, la défendre.

Je crois qu’elle se protège.

Qu’elle se vit davantage qu’elle ne s’explique.

Car dès qu’on la confie, elle change.

Les autres y déposent leurs mots, leurs doutes, leurs certitudes.

Et peu à peu, ce qui était simple devient confus.

Chacun porte une foi façonnée par son histoire.

Par ses blessures, ses lectures, ses rencontres.

Et vouloir les confronter, c’est parfois les abîmer.

J’ai lu qu’un astronaute de la mission Artémis était devenu croyant après avoir vu la Terre depuis l’espace… mais qu’il refusait d’en parler.

Je comprends ce silence.

Voir notre monde de si loin…

Cette petite sphère perdue dans l’immensité…

Et savoir qu’ici, les hommes s’agitent, se jugent, se divisent, courent après la gloire ou l’argent, souffrent ou oublient de vivre…

Prendre de la hauteur ne donne pas forcément des réponses.

Mais cela change les questions.

Alors on cherche.

On veut comprendre.

On analyse, on compare, on met à l’épreuve.

Mais à force de vouloir expliquer, ne finit-on pas par fragiliser ce que l’on cherche à saisir ?

Les religions ont tenté d’apporter des réponses.

Elles ont donné des repères, des textes, des rites.

Elles ont parfois apaisé, parfois divisé.

Et surtout, elles ont rendu visible ce qui, à l’origine, ne l’était peut-être pas.

Il existe tant de religions.

Toutes portent en elles des figures respectées, des hommes que l’on dit bons : Jésus, Mahomet, Abraham…



Mais chacune raconte à sa manière, interprète, transforme, parfois déforme.

Alors je m’interroge.

Les écrits sont-ils nécessaires pour croire ?

Sont-ils fiables ? Vérifiables ?

Et surtout : sont-ils indispensables ?

Pour certains, oui.

Pour d’autres, non.

Ce qui est certain, c’est que beaucoup de pratiques, de rites, d’habitudes religieuses semblent aujourd’hui davantage issues de constructions humaines que des textes eux-mêmes.

Et cela interroge.

Prenons un exemple simple, presque banal.

Lors de la fête de Noël, on voit des figures religieuses embrasser des représentations : une statue, une figurine…

Un geste chargé de symbole.

Mais sur quelle base ?

Car dans les textes eux-mêmes, certains passages sont sans ambiguïté :

« Tu ne te feras pas d’image taillée…

Tu ne te prosterneras pas devant elles. »



Alors que faut-il comprendre ?

Interprétation ? Tradition ? Habitude ? Besoin humain de rendre visible ce qui ne l’est pas ?

Je ne prétends pas avoir la réponse.

Mais la question mérite d’être posée.

Car au fond, la foi a-t-elle besoin d’être montrée ?

D’être incarnée dans un objet ?

D’être validée par un geste ?

Ou suffit-il de la ressentir ?

Je ne sais pas dire précisément en quoi je crois.

Mais je sais ce que je ressens.

Quand je regarde le monde, j’y vois une forme d’équilibre.

Une précision troublante.

Le corps humain.

Les cycles de la nature.

Le rôle des abeilles.

Les plantes qui soignent.

L’intelligence humaine qui transforme tout cela en médecine, en savoir, en progrès…

Rien ne me prouve qu’il y a un créateur.

Mais tout me donne l’impression qu’il y a du sens.

Et puis il y a ces instants simples.

Une forêt.

Le silence.

Un lever de soleil.

Une fleur qui pousse à travers le béton.

Là, il n’y a plus de débat.

Plus de texte.

Plus de doctrine.

Juste un sentiment.

Alors faut-il nommer cela ?

Choisir une religion ? Une voie ?

Peut-être.

Ou peut-être pas.

Mais une chose me frappe.

Nous vivons sur une terre qui nous donne tout.

Et nous la maltraitons.

Nous polluons, nous détruisons, nous bétonnons.

Comme si tout cela nous était dû.

Et pourtant…

Les arbres continuent de pousser.

Les abeilles de butiner.

La nature de reprendre ses droits.

Même sous le béton, une fleur finit par apparaître.




Fragile, tordue… mais vivante.

Sans haine. Sans reproche.

Comme si quelque chose, en elle, persistait à donner malgré tout.

Alors je me demande :

N’est-ce pas là une forme de foi ?

La plus simple.

La plus silencieuse.

Celle qui ne s’impose pas.

Celle qui ne juge pas.

Celle qui existe, simplement.

Nous sommes peut-être les seuls à compliquer ce qui pourrait rester simple.

Je crois.

Tu crois.

Nous croyons tous, d’une manière ou d’une autre.

Mais en quoi ? Et pourquoi ?

La réponse est peut-être déjà là.

Sous nos pieds.

Autour de nous.

Dans ce que nous voyons chaque jour sans vraiment le regarder.

Pour ma part…

Un jour, je marcherai seul dans un bois.

Sans bruit. Sans attente.

Je poserai ma main sur un arbre.

J’écouterai.

Et dans ce silence, peut-être,

je toucherai du doigt ce que certains appellent Dieu.





mercredi 8 avril 2026

Le cœur lourd de Alain Finkielkraut par Vincent Vallée

 



Le cœur lourd… Un titre qui évoque bien des choses, bien des sentiments, bien des peines et quelques rancœurs.


Tout d’abord, le choix d’écriture. C’est compliqué pour moi, qui aime et ne lis que des romans. Ici, il s’agit d’une interview : qui suis-je pour juger du style ? Ce qui m’amène d’ailleurs à regretter que Finkielkraut ne soit pas romancier. J’aurais aimé le lire, lui.


Nous voici donc face à une interview écrite, et donc maîtrisée : personne pour l’interrompre, personne pour le contrarier dans le développement de sa pensée.


Je ne dirais pas que tout y passe, loin s’en faut, et c’est d’ailleurs un regret. On s’attarde beaucoup, trop sans doute, sur la cause juive, Israël et ce qui entoure ces sujets. Ma foi, on connaît déjà la position de Finkielkraut sur ces questions, et je suis assez d’accord avec lui. Même si, à mon goût, il ne dénonce pas suffisamment le fait d’avoir acculé, colonisé le peuple palestinien à la force des armes, au prix du sang qui a coulé, qui coule et coulera encore.

Finkielkraut critique certains décideurs juifs, certes, mais ne les met pas assez face à ce qu’il maîtrise le mieux : une pensée profonde, subtile, et une analyse qui se voudrait impartiale. C’est peut-être là le nœud du problème : peut-il l’être, lui-même concerné, souvent cible d’un antisémitisme qui reste, à mes yeux, une forme de racisme aussi pathétique que n’importe quelle autre.


On ressent très fortement la nostalgie du philosophe, notamment lorsqu’il évoque l’école et la langue française. Sur ce point, je le rejoins, avec quelques nuances.


J’aime la belle langue française, j’aime qu’elle soit bien utilisée, j’aime les formulations justes. Mais je ne suis pas opposé à son évolution. Certaines expressions “jeunes” m’horripilent, parce qu’elles ne veulent rien dire, ou si peu : genre, à la base, du coup, mais pas que, etc.


Finkielkraut s’interroge aussi beaucoup et s’inquiète même, face à l’émergence de l’IA. Elle s’impose partout. C’était annoncé dans les pires romans de science-fiction, et pourtant, nous y sommes.

Pour ma part, j’y vois aussi un filtre : un moyen de trier le bon grain de l’ivraie. Car je le constate, l’IA reste reconnaissable, prévisible, et les impostures finissent par se voir.


Qu’elle soit un outil, oui. Refuser de s’y adapter, ce serait rester sur la touche. Mais je veux le faire intelligemment : mon cerveau, ma capacité à créer, ne seront pas remplacés.


Enfin voilà. J’ai lu cet ouvrage assez rapidement, je l’admets. Et je n’en sors ni ravi, ni déçu. C’est assez plat, rien de bien nouveau dans cet exercice où le philosophe peut développer sa pensée à loisir.

J’aime l’écouter pour son éclairage, pour son opinion, mais cet ouvrage ne m’a pas appris grand-chose de plus que ce que je savais déjà.


Alors, pour quand un roman cher monsieur Finkielkraut ?


Alain Finkielkraut (né en 1949 à Paris) est un philosophe, essayiste et académicien français. Fils de survivants de la Shoah, il développe une œuvre centrée sur la culture, l’identité, l’école et la transmission. Ancien élève de l’École normale supérieure, il enseigne la pensée contemporaine et devient une figure médiatique à travers ses essais et ses interventions radiophoniques.

Élu à l’Académie française en 2014, il est reconnu pour ses prises de position souvent controversées sur les évolutions de la société.