dimanche 7 juin 2026

Le garçon qui n'avait pas le bon costume à la naissance de Lionel Carlier par Vincent Vallée

 


Comment aborder ce petit roman jeunesse, si grand par sa morale qui aide, pousse vers l'avant et édifie ?

Je dois d'abord parler de son auteur, qui signe ici son premier court roman jeunesse : Lionel Carlier.

Lionel n'est pas un inconnu pour moi, puisque j'ai usé le fond de mes pantalons sur les mêmes bancs d'école que lui lorsque nous étions à l'école primaire. Inutile de dire que nous étions de bons copains, que j'étais un mauvais élève tandis que Lionel était bien meilleur.

Mais au-delà d'être un bon élève, Lionel était timide, taiseux, introverti, et j'étais finalement un peu pareil. C'est certainement pour cette raison que nous nous entendions bien.

Le roman jeunesse que nous propose Lionel contient un peu de son histoire ; il y a ajouté quelques ingrédients de son enfance, comme tout bon auteur. Lionel est devenu instituteur, et cela ne m'étonne pas : il était fait pour ce costume d'enseignant, car il aime les enfants, se reconnaît en eux et aime transmettre.

C'est également pour cette raison que ce roman existe. Au cours de sa carrière, Lionel a pu constater, à regret, que peu de littérature existait pour les enfants dont il avait la charge et qui, comme beaucoup, cherchent leur place, le bon costume pour traverser l'enfance, puis l'adolescence, avant d'entrer dans le monde adulte, forts de leurs premières années.

Ce roman, je l'ai dévoré. Je sentais bien, depuis l'annonce de sa parution, qu'il y avait là quelque chose qui allait me parler, à moi, l'enfant qui a manqué de lectures jeunesse... Ce roman regorge de réflexions profondes et d'enseignements, le tout dans une ambiance cocasse et humoristique. Bien souvent, le sourire est venu éclairer mon visage de lecteur...

Quelques passages ?


 


Le petit garçon va pouvoir choisir ce que sera sa vie. Comme ce serait agréable, plus facile pour grandir et surtout plus amusant !

On se demande souvent, lorsqu'on est adulte, ce que l'on ferait autrement si l'on pouvait revenir en arrière. Lionel Carlier propose l'idée que, bien avant de naître, nous puissions choisir les fondations de notre vie, sans oublier qu'il faudra également choisir des faiblesses et des défauts. Sans quoi, que serait une vie si elle n'était qu'heureuse et parfaite ?

Je ne vous en dis pas plus, car il faut absolument lire ce petit guide de vie, joyeux, loufoque, cocasse et empli d'enseignements. Mais surtout, procurez-vous-le pour le faire lire ou, mieux encore, pour le lire à vos petits qui ont encore tout à faire, tout à construire. Lionel n'a pas vraiment trouvé de quoi habiller l'enfance des jeunes dont il avait la charge ; alors, il l'a imaginé, inventé et écrit.

Je recommande fortement cette lecture, vous l'aurez compris !!

Et pour conclure, quelques photos de votre serviteur chroniqueur et de l'auteur de ce joli roman, alors que nous avions l'âge de tous les possibles. 😉😉






vendredi 5 juin 2026

Kazan de James Oliver Curwood par Vincent Vallée

 



On parle généralement d'aventure humaine lors d'un récit centré sur l'entre-soi, la confrontation avec soi-même. Cette fois, j'ai découvert une aventure animale avec KAZAN. Et quelle aventure !

Avant de parler du roman, j'aimerais évoquer son auteur, l'écrivain James Oliver Curwood. Avec Jack London, le bien connu, il est un auteur spécialiste des aventures du Grand Nord, des contrées sauvages et de l'espèce animale. Déjà enfant, Curwood écrivait des histoires. Il n'était pas un étudiant assidu et discipliné ; pour preuve, son renvoi de l'école car, oui, il aimait vagabonder. Déjà aventurier dans l'âme, certainement...

Il fera cependant ses études jusqu'au bout et deviendra journaliste, mais là également, il se fera remarquer dans le mauvais sens du terme et sera... viré.

Alors, que faire si ce n'est ce qu'il aime et fait de mieux ? Écrire !

C'est à propos du Grand Nord canadien qu'il aime coucher ses idées, ses histoires, pour notre plus grande joie aujourd'hui de les lire.

Petite parenthèse : je ne saurais dire comment je suis arrivé à Curwood et pourquoi si tard, mais est-il un jour trop tard ? De la littérature jeunesse, dites-vous ? Fi de ces préjugés et des abords pompeux de la littérature ! On lit pour se la jouer ou pour l'évasion et le plaisir ? On lit pour citer des classiques et de grands auteurs ou pour raconter avec appétit l'histoire que l'on vient de lire et partager ? Nous serons d'accord : l'évasion et le partage grâce à un bon roman, c'est le plus important.

KAZAN, c'est un animal mi-loup, mi-chien, qui n'en sait rien. KAZAN, c'est la sauvagerie mêlée, comme l'est son sang, à la douceur, à la docilité. Mais KAZAN, c'est surtout l'histoire d'un animal que l'on va suivre au travers de ses yeux, au travers de son approche de ce que nous voyons comme lui, mais qu'il interprète avec sa condition de chien-loup. On va vivre ses aventures, oui, il y en aura plusieurs, avec crainte pour sa vie dans ce Grand Nord et au sein du monde animal qui se montre cruel, sans pitié, avec pour objectif de survivre avant tout.

KAZAN va souffrir, aimer, fuir, avoir faim, avoir froid. Et quand il aimera un humain, ce sera toujours une femme douce et sans crainte de lui, le loup. KAZAN sera parfois déchiré entre les caresses d'un humain qui lui veut du bien et une louve qui lui voue sa vie, ne le quitte jamais et, pour cause... Vous verrez pourquoi, c'est le cas de le dire... KAZAN sera le guide de Louve Grise durant les trois quarts du récit.

KAZAN bravera le grand froid, disais-je, mais aussi la peste rouge, le feu, l'eau, mais surtout l'homme armé d'un fouet ou d'un gourdin.

Avec KAZAN, on voyage, non seulement sur les routes, dans les forêts ou parmi les montagnes, mais aussi dans sa tête. On voit ce qu'il voit, on comprend ce qu'il comprend. Ce fut un magnifique voyage que ce roman.

Merci à la providence d'avoir placé sur mon chemin James Oliver Curwood !!

Je ne vous cache pas avoir entamé Le Grizzly et attendre Chasseurs de loups du même auteur pour une Masse Critique de Babelio.




JAMES OLIVER CURWOOD

 


mercredi 20 mai 2026

Dans la forêt de Jean Hegland par Vincent Vallée

 


Une fois n'est pas coutume, partons nous promener dans les bois.


C'est avec l'écrivaine Jean Hegland que nous allons prendre part au quotidien de Nell et Eva, deux jeunes filles qui vont se retrouver livrées à elles-mêmes au cœur de la forêt. Ne cherchez pas le lieu, cela demeure flou dans le récit, et c'est d'ailleurs très bien ainsi puisque le contexte est celui d'une dystopie.


En effet, le monde a cessé de tourner comme autrefois. Petit à petit, l'électricité a été coupée et Nell et Eva, dans un premier temps toujours en compagnie de leurs parents, vont se retrouver de plus en plus isolées puisqu'elles vivent dans les bois par choix.


Cette fiction va conduire les deux jeunes filles à faire face au pire : la survie, la mort, puis à nouveau la vie, pour conclure. C'est ce contexte qui m'a poussé à lire ce récit. Les bois, un presque huis clos, la survie… Tant d'ingrédients qui me séduisent.


C'est un roman un peu lent et difficile à contextualiser parce qu'il aurait gagné à être plus imprégné, plus décrit. On ne sait pas exactement ce qu'il s'est passé, les ambitions des deux jeunes filles sombrent dans l'oubli par la force des choses, elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes au milieu de la forêt, qui va devenir de plus en plus hostile au fil des pages. J'ai simplement déploré quelques passages un peu malsains, mais assez cohérents avec l'histoire malgré tout.


J'ai parfois été lent à lire car le récit l'est également. Cependant, j'ai gardé l'envie de savoir où l'autrice allait nous conduire. Je ne suis pas déçu, il y a de quoi garder un bon souvenir du roman de Hegland.


Et puis, chez moi, une histoire dans les grands espaces verts, perdus, loin du monde et du tumulte, ça fonctionne toujours, même si ce roman me semble imparfait.

vendredi 15 mai 2026

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait… par Vincent Vallée

 


Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Un p’tit gars v’nu de nulle part qui, sans bagage, sans filon ou passe-droit, parvient à provoquer tant d’adjectifs ? Mais oui.

Faut-il être rat, demeurer épars, en voyage dans les pages sans horizon. Il le doit sinon… terminé l’apéritif. Mais oui.

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Il déteste les chiffres, il les fuit, s’enfuit à leur approche, s’éloigne, se cache. Parmi les mots il se réchauffe, il est encore bancal.

Mais il s’accroche, sort les griffes, rien d’autre ne lui semble plus proche, tentant.

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Les histoires l’empoignent, l’ébouriffent, il est si amorphe à sa vie d’enfant…

Être enfin reconnu, diantre, qui ne s’en émoustillerait pas pour lui ?

C’est la danse des faux-culs, s’empourprer, lui dire que rien n’est écrit ?

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Ces pathétiques, les mêmes qui plus tard écrivent des hommages, raniment les mémoires…

Ces égoïstes, blêmes et blafards pour peaufiner leur ramage, subliment leur grimoire…

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

 

mardi 12 mai 2026

Le gosse, là, il ne pense pas... de Vincent Vallée


 

Mini moi vers 1985, à la côte belge...

Où donc est partie l'insouciance...

Avec elle, les espoirs grandioses, les rêves faramineux, les envies de voyages et de grandeur !!! Oui, devenir un grand...

Un grand homme, un grand écrivain, un grand, etc.

Et puis courir, jouer, faire comme si de rien n’était. Oui, allez, on disait que…

Vite se dépêcher de manger pour aller jouer, rejoindre mon meilleur ami, vivre avec lui des aventures débutées le matin, que l’on continuerait le lendemain, et si ce n’était pas fini, on continuerait encore, et encore. Chiche !

Courir derrière un ballon qui m’échappera toujours, courir et chuter, pédaler et me faire dépasser, et pourtant, Dieu que ça me manque d’être le second d’un autre… Parce qu’en réalité, je m’en fichais bien, je m’amusais, on s’amusait.

Après avoir subi les chiffres à l’école venait le temps des mots, des lectures, de l’écriture. Et avec eux, ma renaissance, celle de ma confiance, celle de mes sourires, celle des étoiles dans mes yeux face aux mots qui, eux, me caressaient l’âme. Écrire, lire, tourner les pages… Rien que d’écrire ces mots me fait ressentir la sensation magnifiquement magique de ces instants uniques.

L’odeur du papier, la vision des pages jaunies, cornées, et ces histoires qui m’élevaient au-dessus de la vie, des contraintes, des examens, des maths…

Les BD, je les dévorais, à défaut de dévorer les bonbons qui m’étaient interdits. Les BD étaient sucrées aussi, acidulées également, douces au palais (de l’esprit), tellement… Je ne pourrais pas toutes les citer ici, je serais bien trop long. Il ne faut pas s’éterniser en écriture, n’est-ce pas ?

Mais pourrait-on éterniser l’enfance ? Éterniser l’innocence ? Juste continuer de… rêver.

Le gosse, là, il ne pense pas, on ne l’ennuie pas avec des chiffres et des factures, il n’a aucun souci, il vit, son esprit est libre, il vagabonde dans les bulles de BD, il y est enfermé pour son plus grand bonheur.

Qu’il serait bon, magique, rêvé d’y demeurer.

 


dimanche 3 mai 2026

Observe tes mains… De Vincent Vallée





Quand le ciel vous tombe sur la tête, que le monde s’écroule sous vos pieds, que la tempête souffle sur votre vie, saccage tout ce que vous avez construit, tous vos projets, et envoie voltiger vos rêves vers les méandres d’un horizon inatteignable, plus rien ne compte, plus rien n’a de valeur. Aucun mot ne peut vous ramener sur terre, car oui, vous valdinguez avec tout ce qui s’envole, vous êtes englouti avec tout ce qui s’écroule.


Je me rappelle des mots prononcés par un médecin, comme un écho lointain dans le fracas de ma vie qui se fissure… mais qui n’est pas encore brisée.


Je me souviens de mes mains encore jeunes, d’avoir craqué au volant de ma voiture, de m’être assis dans mon canapé, la tête entre les mains, et d’avoir avoué ma condamnation à mon compagnon. Jamais il ne m’a lâché.


Je me souviens de mes enfants, encore petits, des larmes du plus jeune, de mes mots rassurants alors que je ne croyais plus en rien, alors que j’avais envie de pardonner au monde entier comme si j’étais coupable de quelque chose.


Mais devant eux, l’oiseau blessé a relevé la tête. Soit je reste au sol, soit je me relève.


Pour se relever, il faut un moteur, et il était là : dans les larmes de mon fils, dans le courage de mon compagnon, dans le regard posé sur mes mains encore jeunes.


Alors il ne restait qu’une chose à faire : se battre jusqu’au bout, franchir le ruban ou tomber.


Des semaines, des mois, une opération, une convalescence, une chimiothérapie qui a failli m’envahir et me clouer au sol. Mais elle ne savait pas. Elle ne savait pas comment je m’appelle, ni mes valeurs, ni d’où venait ma force, puisée dans leurs yeux. Soit je perds, soit elle gagne. Je déteste perdre.


Je n’ai jamais aimé écrire sur cette période, mais je le fais pour les autres, une fois, une seule, parce que j’ai gagné et que toi aussi tu peux, tu dois gagner. Tu peux décider qu’il n’est pas encore l’heure.


Observe tes mains…


©Illustration Albert Sottiaux

lundi 27 avril 2026

Anne au domaine des peupliers de Lucy Maud Montgomery par Vincent Vallée

 


J'ai poursuivi la lecture de la saga de Lucy Maud Montgomery concernant la jeune Anne Shirley. Rappelons qu’Anne, dans le premier tome, est une orpheline adoptée par erreur par la famille Cuthbert, qui désirait un garçon pour les aider à la ferme. Anne est une jeune fille qui parle, parle, et puis qui a des rêves à foison, une imagination débordante qui envahit sa vie, se reflète sur celle des autres, elle rayonne.

Cependant, au fil des romans, je crois que l'idée, le projet de Montgomery s'essouffle... Dans ce tome, par exemple, on découvre les lettres qu’Anne envoie à son promis, le fameux Gilbert. Mais vous ne lirez aucune de ses réponses, Montgomery se focalise sur Anne, que sur Anne.

Aussi, et c'est le plus perturbant, la quantité de personnages qui interviennent dans le roman est incroyable et perd tout lecteur, quand bien même il serait en pleine forme et réveillé pour lire attentivement ! Ça, c'était très, très ennuyeux... On lit donc le roman pour avancer, mais on ne comprend plus rien ou si peu.

Il n'est presque pas question ici de Marilla, qui l'a adoptée, quand bien même Anne revient aux Pignons verts, sa maison d'adoption. Matthew, certes décédé dans les tomes précédents, n'est pas mentionné, oublié, lui qui aimait tant la petite Anne, la protégeait... Non, pas même une pensée.

Autre souci, Anne devient énervante. Elle se mêle d'un peu trop de vies, semble toujours avoir une explication ou une solution à tout, et c'est toujours son intervention qui résout les soucis de celles et ceux qui l'entourent. Elle est agaçante de positivité, pour la résumer rapidement.

Vous l'aurez compris, trop c'est trop. Là, j'ai eu ma dose de positivité et de "gnangnanterie", je vais passer à autre chose et, qui sait, reviendrai au tome 5 un de ces quatre.

lundi 20 avril 2026

La foi. Par Vincent Vallée

 La foi…


Qu’est-ce que la foi, si ce n’est croire aveuglément, avec passion, avec son cœur, presque comme un enfant ?

Quelque chose d’intime. De fragile.

Un secret que l’on garde en soi, comme un refuge.

On pense souvent qu’il faut parler de sa foi, la partager, la défendre.

Je crois qu’elle se protège.

Qu’elle se vit davantage qu’elle ne s’explique.

Car dès qu’on la confie, elle change.

Les autres y déposent leurs mots, leurs doutes, leurs certitudes.

Et peu à peu, ce qui était simple devient confus.

Chacun porte une foi façonnée par son histoire.

Par ses blessures, ses lectures, ses rencontres.

Et vouloir les confronter, c’est parfois les abîmer.

J’ai lu qu’un astronaute de la mission Artémis était devenu croyant après avoir vu la Terre depuis l’espace… mais qu’il refusait d’en parler.

Je comprends ce silence.

Voir notre monde de si loin…

Cette petite sphère perdue dans l’immensité…

Et savoir qu’ici, les hommes s’agitent, se jugent, se divisent, courent après la gloire ou l’argent, souffrent ou oublient de vivre…

Prendre de la hauteur ne donne pas forcément des réponses.

Mais cela change les questions.

Alors on cherche.

On veut comprendre.

On analyse, on compare, on met à l’épreuve.

Mais à force de vouloir expliquer, ne finit-on pas par fragiliser ce que l’on cherche à saisir ?

Les religions ont tenté d’apporter des réponses.

Elles ont donné des repères, des textes, des rites.

Elles ont parfois apaisé, parfois divisé.

Et surtout, elles ont rendu visible ce qui, à l’origine, ne l’était peut-être pas.

Il existe tant de religions.

Toutes portent en elles des figures respectées, des hommes que l’on dit bons : Jésus, Mahomet, Abraham…



Mais chacune raconte à sa manière, interprète, transforme, parfois déforme.

Alors je m’interroge.

Les écrits sont-ils nécessaires pour croire ?

Sont-ils fiables ? Vérifiables ?

Et surtout : sont-ils indispensables ?

Pour certains, oui.

Pour d’autres, non.

Ce qui est certain, c’est que beaucoup de pratiques, de rites, d’habitudes religieuses semblent aujourd’hui davantage issues de constructions humaines que des textes eux-mêmes.

Et cela interroge.

Prenons un exemple simple, presque banal.

Lors de la fête de Noël, on voit des figures religieuses embrasser des représentations : une statue, une figurine…

Un geste chargé de symbole.

Mais sur quelle base ?

Car dans les textes eux-mêmes, certains passages sont sans ambiguïté :

« Tu ne te feras pas d’image taillée…

Tu ne te prosterneras pas devant elles. »



Alors que faut-il comprendre ?

Interprétation ? Tradition ? Habitude ? Besoin humain de rendre visible ce qui ne l’est pas ?

Je ne prétends pas avoir la réponse.

Mais la question mérite d’être posée.

Car au fond, la foi a-t-elle besoin d’être montrée ?

D’être incarnée dans un objet ?

D’être validée par un geste ?

Ou suffit-il de la ressentir ?

Je ne sais pas dire précisément en quoi je crois.

Mais je sais ce que je ressens.

Quand je regarde le monde, j’y vois une forme d’équilibre.

Une précision troublante.

Le corps humain.

Les cycles de la nature.

Le rôle des abeilles.

Les plantes qui soignent.

L’intelligence humaine qui transforme tout cela en médecine, en savoir, en progrès…

Rien ne me prouve qu’il y a un créateur.

Mais tout me donne l’impression qu’il y a du sens.

Et puis il y a ces instants simples.

Une forêt.

Le silence.

Un lever de soleil.

Une fleur qui pousse à travers le béton.

Là, il n’y a plus de débat.

Plus de texte.

Plus de doctrine.

Juste un sentiment.

Alors faut-il nommer cela ?

Choisir une religion ? Une voie ?

Peut-être.

Ou peut-être pas.

Mais une chose me frappe.

Nous vivons sur une terre qui nous donne tout.

Et nous la maltraitons.

Nous polluons, nous détruisons, nous bétonnons.

Comme si tout cela nous était dû.

Et pourtant…

Les arbres continuent de pousser.

Les abeilles de butiner.

La nature de reprendre ses droits.

Même sous le béton, une fleur finit par apparaître.




Fragile, tordue… mais vivante.

Sans haine. Sans reproche.

Comme si quelque chose, en elle, persistait à donner malgré tout.

Alors je me demande :

N’est-ce pas là une forme de foi ?

La plus simple.

La plus silencieuse.

Celle qui ne s’impose pas.

Celle qui ne juge pas.

Celle qui existe, simplement.

Nous sommes peut-être les seuls à compliquer ce qui pourrait rester simple.

Je crois.

Tu crois.

Nous croyons tous, d’une manière ou d’une autre.

Mais en quoi ? Et pourquoi ?

La réponse est peut-être déjà là.

Sous nos pieds.

Autour de nous.

Dans ce que nous voyons chaque jour sans vraiment le regarder.

Pour ma part…

Un jour, je marcherai seul dans un bois.

Sans bruit. Sans attente.

Je poserai ma main sur un arbre.

J’écouterai.

Et dans ce silence, peut-être,

je toucherai du doigt ce que certains appellent Dieu.





mercredi 8 avril 2026

Le cœur lourd de Alain Finkielkraut par Vincent Vallée

 



Le cœur lourd… Un titre qui évoque bien des choses, bien des sentiments, bien des peines et quelques rancœurs.


Tout d’abord, le choix d’écriture. C’est compliqué pour moi, qui aime et ne lis que des romans. Ici, il s’agit d’une interview : qui suis-je pour juger du style ? Ce qui m’amène d’ailleurs à regretter que Finkielkraut ne soit pas romancier. J’aurais aimé le lire, lui.


Nous voici donc face à une interview écrite, et donc maîtrisée : personne pour l’interrompre, personne pour le contrarier dans le développement de sa pensée.


Je ne dirais pas que tout y passe, loin s’en faut, et c’est d’ailleurs un regret. On s’attarde beaucoup, trop sans doute, sur la cause juive, Israël et ce qui entoure ces sujets. Ma foi, on connaît déjà la position de Finkielkraut sur ces questions, et je suis assez d’accord avec lui. Même si, à mon goût, il ne dénonce pas suffisamment le fait d’avoir acculé, colonisé le peuple palestinien à la force des armes, au prix du sang qui a coulé, qui coule et coulera encore.

Finkielkraut critique certains décideurs juifs, certes, mais ne les met pas assez face à ce qu’il maîtrise le mieux : une pensée profonde, subtile, et une analyse qui se voudrait impartiale. C’est peut-être là le nœud du problème : peut-il l’être, lui-même concerné, souvent cible d’un antisémitisme qui reste, à mes yeux, une forme de racisme aussi pathétique que n’importe quelle autre.


On ressent très fortement la nostalgie du philosophe, notamment lorsqu’il évoque l’école et la langue française. Sur ce point, je le rejoins, avec quelques nuances.


J’aime la belle langue française, j’aime qu’elle soit bien utilisée, j’aime les formulations justes. Mais je ne suis pas opposé à son évolution. Certaines expressions “jeunes” m’horripilent, parce qu’elles ne veulent rien dire, ou si peu : genre, à la base, du coup, mais pas que, etc.


Finkielkraut s’interroge aussi beaucoup et s’inquiète même, face à l’émergence de l’IA. Elle s’impose partout. C’était annoncé dans les pires romans de science-fiction, et pourtant, nous y sommes.

Pour ma part, j’y vois aussi un filtre : un moyen de trier le bon grain de l’ivraie. Car je le constate, l’IA reste reconnaissable, prévisible, et les impostures finissent par se voir.


Qu’elle soit un outil, oui. Refuser de s’y adapter, ce serait rester sur la touche. Mais je veux le faire intelligemment : mon cerveau, ma capacité à créer, ne seront pas remplacés.


Enfin voilà. J’ai lu cet ouvrage assez rapidement, je l’admets. Et je n’en sors ni ravi, ni déçu. C’est assez plat, rien de bien nouveau dans cet exercice où le philosophe peut développer sa pensée à loisir.

J’aime l’écouter pour son éclairage, pour son opinion, mais cet ouvrage ne m’a pas appris grand-chose de plus que ce que je savais déjà.


Alors, pour quand un roman cher monsieur Finkielkraut ?


Alain Finkielkraut (né en 1949 à Paris) est un philosophe, essayiste et académicien français. Fils de survivants de la Shoah, il développe une œuvre centrée sur la culture, l’identité, l’école et la transmission. Ancien élève de l’École normale supérieure, il enseigne la pensée contemporaine et devient une figure médiatique à travers ses essais et ses interventions radiophoniques.

Élu à l’Académie française en 2014, il est reconnu pour ses prises de position souvent controversées sur les évolutions de la société.

vendredi 27 mars 2026

Anne quitte son île, de Lucy Maud Montgomery par Vincent Vallée

 


Nous voici au tome 3 de cette belle petite saga !

J'ai eu un peu plus de mal à entrer dans ce volume, car il est un peu plus lent à démarrer. Anne quitte son île, façon de parler, car elle y revient souvent pour retourner aux Pignons verts afin d'y retrouver Marilla. Anne y est d'ailleurs remplacée, si l'on peut dire, par madame Lynde, la voisine indiscrète mais toujours bienveillante. Cette dernière, étant veuve, s'est vue proposer cette aubaine par Marilla qui, avec le départ d’Anne, y trouve son compte en termes de compagnie et d'aide pour élever les jumeaux dont elle a la charge.

Anne arrive donc à l'université avec son lot d'inquiétudes et d'appréhensions. Une nouvelle amie fera son apparition : Philippa Gordon, un peu étrange et fantasque, mais qui s'avérera une bonne amie au fil du livre.

Ce que je retiens de bien intéressant, c'est l'abandon de l'extase permanente, ou presque, d’Anne face à tout ce qui lui arrive. J'en avais un peu marre de lire le mot « romantique », usé à l'excès par Montgomery. Là, nous entrons dans le concret, l'âge adulte, ce qui, me direz-vous, est cohérent avec mon reproche : enfant, Anne s'extasie vite et pour un rien ; une fois adolescente, moins. Je ne suis peut-être pas suffisamment romantique…

Anne va cependant de nouveau m'énerver dans ce tome, à ne pas admettre son amour pour le beau Gilbert, présent à ses côtés depuis son arrivée à Avonlea. Leur rencontre aura été maladroite, certes, mais après avoir compris son attachement à Anne, puis son amour pour elle, Gilbert n'aura de cesse de bien se comporter et de l'aimer, de lui être fidèle et, dans cet opus, de lui déclarer sa flamme. Anne, en bonne souffleuse de gâteau d'anniversaire, soufflera vite sur les bougies de cette flamme déclarée…

Son obstination à ne pas vouloir admettre qu'elle est éperdument amoureuse de Gilbert, et ainsi le repousser sans cesse au risque de le perdre, est agaçante.

Mais c'est ce qui fait d’Anne un personnage attachant et hors du commun parmi tous ceux que Montgomery nous offre et nous décrit, parfois un peu trop de personnages secondaires, par ailleurs, ce qui peut perdre le lecteur.

La lecture est plus plaisante dans sa seconde partie, et je ne suis pas déçu par sa fin.

Je vais donc poursuivre la saga avec le tome 4, mais vais lire un autre ouvrage avant. Montgomery aura réussi à me garder captif de son histoire, pour mon plus grand bonheur !

mercredi 18 mars 2026

Anne d’Avonlea de Maud Montgomery par Vincent Vallée

 


Anne d’Avonlea est une suite calme, logique et posée du premier tome. Après l’arrivée de la petite orpheline, adoptée par erreur chez les Cuthbert, nous retrouvons une Anne Shirley plus mûre. Depuis la mort de Matthew, quelque chose s’est installé en elle : davantage de retenue, plus de solidité, bien qu’elle demeure une grande rêveuse. Ses allées et venues au cimetière pour fleurir la tombe du brave Matthew sont particulièrement touchantes.


Une différence m’a frappé : Anne parle moins, s’épanche moins. Elle n’est plus la petite fille débordante du premier tome. Son imaginaire reste intact, mais il s’exprime avec davantage de mesure.


Dans cet opus, Anne devient institutrice et renonce à l’université pour rester auprès de Marilla, dont la vue décline. C’est aux Pignons verts qu’elle entre dans la vie adulte du haut de ses dix-sept ans. Le décor demeure presque inchangé : la belle île du Prince-Édouard, toujours aussi charmante, avec ses paysages féériques et son rythme apaisé, si ce n’est un orage mémorable pour ses habitants. Avonlea s’anime toutefois différemment : Anne, Diana, Gilbert et quelques autres créent une association d’amélioration du village, non sans quelques surprises cocasses.


Une autre surprise marque ce tome : l’arrivée de deux jeunes pensionnaires aux Pignons verts… Je n’en dis pas davantage.


Ce deuxième volume est, comme annoncé, plus calme. Peu de bouleversements, pas de grandes révolutions. Montgomery privilégie la continuité à l’intensité dramatique. Certains dialogues m’ont semblé un peu trop « fleur bleue », le mot « romantique » revenant parfois à l’excès, surtout dans les derniers chapitres. Ce romantisme, charmant dans l’enfance d’Anne, entre parfois en tension avec sa maturation. Mais il faut se souvenir qu’il s’agit d’une saga jeunesse écrite au XIXᵉ siècle : cette sensibilité appartient pleinement au style de l’auteure et à son époque.


Rien n’est déplaisant, mais ce tome agit davantage comme une transition : de l’adoption d’une enfant vers l’installation d’une jeune femme dans le monde adulte, avec en perspective un départ imminent de l’île.


Ces romans apportent une véritable évasion. Ils rappellent un vocabulaire que nous utilisons de moins en moins. Sous la plume de Montgomery, certes traduite en un français soigné et élégant, la langue est à l’honneur. Anne reste attachante, parfois trop rêveuse, mais dans un monde où tout va trop vite, ce coup de frein littéraire demeure un bienfait non négligeable.


Pour cette lecture, j’ai utilisé trois supports : le livre papier, la liseuse et le livre audio.


Je constate qu’il s’agit de trois expériences bien distinctes. Rien ne remplace, à mes yeux, le livre papier pour savourer pleinement la langue et les nuances. La liseuse en est un allié pratique, moderne, presque un compromis efficace. Quant au livre audio, il permet d’avancer lorsque le temps manque ou lorsque les yeux fatiguent, comme ceux de Marilla; il offre une bulle mobile précieuse. Mais il éloigne légèrement de la densité de lecture qu’offre le papier. Chaque support a sa légitimité, et l’essentiel reste de continuer à lire et à s’évader.


On entame le tome trois ?


Bien entendu.


Petite citation du roman que j'ai relevé: 

"Qu'il est beau le royaume que l'imagination dévoile"

Cette simple citation résume à elle seule, l'esprit de la plume de Montgomery.

dimanche 15 mars 2026

Se perdre dans un livre par Vincent Vallée




Moi, je veux être perdu tous les jours.
Me perdre dans un chemin bordé de mots, de phrases joliment tournées qui me permettent de m'évader, de fuir, de courir au travers des orages et du tonnerre qui gronde dans cette vie tellement haineuse...

On tue, on critique, on déteste, on juge, on jalouse, on punit, ... Et j'en passe.

Mais avec un livre... On aime, on découvre, on apprend, on voyage, on savoure, on écoute le silence des pages.

Écouter le silence...

Se perdre dans un livre n'est pas une option pour moi, c'est vital, c'est sain... C'est serein.

Comment faire une journée sans lire ? Comment se coucher sans avoir fui notre monde un instant, ne serait-ce qu'un quart d'heure ?

Lire, c'est fuir, vivre, voler, apprendre, découvrir...


L'hiver par Vincent Vallée

 




L’hiver

Les journées d’hiver sont longues,
À peine passée d’hier que déjà elle outre-tombe.

Mais mes rêves sont teintés de soleil ;
Pour mon imaginaire, pas de trêve, pas de sommeil.

Sur mes songes, les fleurs poussent
En demi-ronde, puis se trémoussent…

Très vite la nuit s’installe, la lune sourit alors à nos envies,
Telle une escale, je la regarde là, assis…

Quand j’y pense, les fleurs et la verdure me manquent,
Dans mon cœur, une blessure, elle me hante…

Le matin, les mains gelées, pauvre rosée…
Avec dédain, je m’en vais, où est l’orchidée ?

Sous mes pas vagabonds, une neige prématurée,
Plus de climat, plus de saisons, qu’il disait…


©Vincent Vallée


Je veux que tu saches de Vincent Vallée

 




Je veux que tu saches

Je veux que tu saches que, jours et nuits, tu fais partie de ma vie.
Ton sourire, tes yeux, ton visage m’ont fait craquer…
Depuis ce jour, je ne peux m’empêcher de t’aimer.
Je veux que tu saches que jamais je ne me lasserai de toi, car pour toujours mon cœur est à toi.
La nuit, je rêve de toi ; le matin, mes premières pensées sont à toi.
Pour la première fois, je suis amoureux ; chaque jour, je remercie Dieu de me rendre si heureux.
Je veux que tu saches que je t’aime à en mourir, et si un jour tu me laissais, je n’aurais plus le goût de vivre…
De toi, je ne peux me contenter d’un souvenir, j’ai trop besoin de toi pour vivre.
Je veux que tu saches que jamais tu ne te débarrasseras de moi, car je tiens trop à toi ; je donnerais tout ce que j’ai pour pouvoir te garder à mes côtés pour l’éternité, oui… pour l’éternité.

dimanche 8 mars 2026

Et si ce jour-là, il avait plu de Muriel Blondiaux par Vincent Vallée

 



« Pourquoi tu m'as fait si tu sais que je vais mourir un jour ? »


Une réflexion percutante. Qui interroge. Qui touche. Qui blesse. Qui annonce peut-être.

Quand cette phrase sort de la bouche d'un enfant de quatre ans, on n’y voit rien de tout cela. Et pourtant… avec le recul, elle éclaire beaucoup de choses.


Ce témoignage est poignant. C’est celui d’une maman. Le récit d’un parcours fait de combats, de luttes, d’amour, bordé de déceptions. D’espoirs parfois vains.


Voilà tout le sens de ce livre-témoin : être un phare. Guider toutes celles et tous ceux qui traversent un deuil, ou une relation enfant-parents complexe. Et Dieu sait qu’il est difficile d’être adolescent. D’être différent. D’être trop.


Banu est un garçon qui, sa vie durant, cherche sa voie. Celle sur laquelle poser le pied. Comme tout un chacun, il chute pour tenter de se relever.


Mais lui ne fait souvent que frôler les directions qu’il emprunte. Il s’y pose, avance un peu, puis bifurque. Change de trottoir. Prend une autre direction. Puis encore une autre. Qui pourrait le lui reprocher ? Chaque épisode raconté par sa maman est une tentative de trouver une lueur, un cap, quelque chose qui pourrait devenir le sien. Et ne le sera jamais...


Car dans une existence, il n’y a pas qu’un trajet visible. Il y a aussi la traversée intérieure. Celle qu’on tait. Celle qui façonne en silence. Là aussi, c’est une lutte. Pour Banu, une succession de combats souvent vains. 

Pourtant, le récit le prouve : il a combattu. Avec envie. Avec espoir. Avec des réussites. Avec des échecs. Mais il a lutté.


« Tu ressentais tout trop fort »


Banu, on le comprend à travers ces pages, est un jeune homme lumineux et sombre à la fois. Contradictoire. Parfois perdu. Toujours aimant envers les siens, même lorsque tout se complique. On découvre des parents, des sœurs, qui font tout ce qu’ils peuvent, avec leurs moyens, avec leur amour. Ils avancent avec lui. Le suivent. L’accompagnent. L’encouragent, même dans l’incertitude.


« Maman, tu n'es pas dans ma tête... Tu ne sais pas... C'est un véritable bordel là-dedans ! »


Ce qui domine pourtant dans ce témoignage, c’est l’espérance d’une mère. Une mère au cœur battant de l’existence de son fils. Car il n’y a pas cent choix.

Soit on vit au travers de celui qui est parti.

Soit on meurt avec lui.


Soit on dirige la lumière du disparu pour éclairer la route des autres.

Soit on reste dans l’obscurité.


« Pour eux, ce n'est qu'une disparition. Les recherches commenceront demain. Mais moi, je sais. Je le sens dans mes os, dans ma chair, dans mon souffle. Mon enfant n'est plus... »


La vie de Banu fut courte. Souvent sombre. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait croire, il fut, et demeure, une lumière pour les siens, et aujourd’hui pour d’autres encore.


C’est tout le sens de cette chronique : diffuser sa lumière pour dissiper son obscurité.


« Je n'ai pas peur de mourir, maman, j'ai peur de la vie... »








Pour se procurer le témoignage, cliquez ICI

dimanche 1 mars 2026

Vivre en Palestine. Billet d’humeur du romancier Vincent Vallée

 





Vivre en Palestine

 

Billet d’humeur du romancier Vincent Vallée

 

Parler de la Palestine aujourd’hui, c’est parler d’un peuple qu’on empêche encore de respirer

La région appelée Palestine correspond historiquement à une bande de terre si minime à l’échelle mondiale, entre la Méditerranée et le Jourdain, englobant aujourd’hui Israël, la Cisjordanie et Gaza.

Terre de Canaan dans l’Antiquité, dans le texte de la Bible, le pays de Canaan est la « Terre promise » aux Hébreux par leur dieu Yahweh à l'époque du patriarche Abraham. Elle a vu se succéder de nombreux peuples : Hébreux, Philistins, Romains, Byzantins, Arabes, Ottomans… La mention de la Terre de Canaan relève à la fois du récit biblique et de l’histoire, mais il est essentiel de ne pas les confondre.

Autrement dit :

la promesse divine appartient au registre de la foi et du mythe fondateur ;

la réalité géographique et humaine de Canaan, ainsi que la pluralité des peuples qui s’y sont succédé, relèvent de l’histoire.

Préciser cette distinction n’enlève rien à la légitimité des croyances religieuses ; cela permet simplement de clarifier ce qui relève du récit spirituel et ce qui relève du savoir historique.

 

C’est une terre sainte pour les juifs, les chrétiens et les musulmans. Et pour les athées, c’est un fait que toute personne intelligence respecte, laissant de côté le scepticisme propre à tout athée digne de ce nom.

Jérusalem est le cœur spirituel de la Palestine.

Fin du XIXᵉ siècle : montée du sionisme, mouvement politique et culturel visant à créer un foyer national juif, né à la fois des persécutions antisémites en Europe, du contexte des nationalismes modernes et d’une volonté de renaissance identitaire juive.

Après la Première Guerre mondiale, la Palestine passe sous mandat britannique.

En 1947, l’ONU vote un plan de partage :

    • un État juif,
    • un État arabe,
    • Jérusalem sous statut international.

Les dirigeants arabes refusent le plan, estimant qu’il spolie les habitants palestiniens. Était-ce la première erreur ?

Le 14 mai 1948, Gourion (premier ministre d’Israël) proclame l’État d’Israël.

Le lendemain, les pays arabes voisins attaquent. Seconde erreur ? Demandons-nous juste une seconde ce que nous ferions nous, si on nous annonçait une descente de voyous qui veulent occuper nos propriétés ? Fermerions-nous nos portes et fenêtres ?

Israël l’emporte et étend son territoire au-delà des frontières prévues par l’ONU. Colonisation ? Il semble que les USA ont inspiré les différents gouvernements juifs…

Plus de 700 000 Palestiniens fuient ou sont expulsés de chez eux : c’est la Nakba (« catastrophe » en arabe).

1967 – Guerre des Six Jours : Israël occupe la Cisjordanie, Gaza, le Golan syrien et le Sinaï égyptien. Est-ce une des multiples réponses d’Israël à la crainte des Palestiniens d’être envahis ? Ne dit-on pas que la meilleure défense c’est l’attaque ?

Les territoires cités plus haut deviendront, malgré eux, le cœur du conflit :

Les Palestiniens réclament un État sur ces terres. Sous les bombes, face à la force, la menace, ils plient, mais ne baissent jamais la tête !

Israël y installe progressivement des colonies juives, jugées illégales par l’ONU. Pourtant… Ils ont continué.

 

1964 : création de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) dirigée par Yasser Arafat.

Objectif initial : libérer la Palestine « par la lutte armée ».

1987 : première Intifada (soulèvement).

1993 : Accords d’Oslo : La célèbre poignée de main entre Arafat et Yitzhak Rabin, reconnaissance mutuelle, promesse d’un État palestinien… qui ne verra jamais le jour. Pourquoi ? Parce que les accords d’Oslo ont été fragilisés par les violences des deux camps, l’absence de consensus politique durable, la poursuite de la colonisation, les divisions palestiniennes internes et l’assassinat de Yitzhak Rabin, mettant fin à toute dynamique de confiance. Oui, toutes les belles images ne racontent qu’une histoire, la vie n’est pas un roman photo !

2000 : deuxième Intifada après l’échec des négociations de Camp David (Résidence de vacances des présidents américains, à l’époque Jimmy Carter).

2005 : Israël se retire de Gaza, mais impose ensuite un blocus terrestre, aérien et maritime. Était-ce ce qu’ils pouvaient (les Palestiniens) espérer de moins pire pour leur peuple ?

2006 : le mouvement islamiste Hamas remporte les élections palestiniennes, puis prend le contrôle total de Gaza en 2007. C’est ce qui me pose un cas de conscience… Un peuple opprimé est-il contraint de « pourrir » de l’intérieur, comme le ver dans/pour la pomme ?

Depuis, deux autorités sont rivales :

  • Hamas à Gaza.
  • Autorité palestinienne en Cisjordanie. Et de se demander pourquoi ne pas avoir chassé, fait la guerre au Hamas… Peut-être d’une part parce qu’ils ont gagné les élections ? Non. Car le Fatah a tenté de le faire mais à du faire face à une guerre sanglante, des pertes inouïes. Ils ont adopté rapidement la diplomatie et se sont repliés en Cisjordanie. Les USA n’ont pas reconnu la victoire aux élections du Hamas.

Plusieurs guerres opposent Israël et le Hamas (2008, 2014, 2021, 2023, 2024…).

Chaque cycle de violence entraîne des milliers de morts civils à Gaza.

Les Palestiniens vivent aujourd’hui sous occupation en Cisjordanie et sous blocus à Gaza (pénurie d’eau, d’électricité, d’accès médical).

Voilà pour la trame historique de la Palestine, sa vie (survie) et son sort.

 

Ce qui me préoccupe aujourd’hui en Palestine

 

Je viens de terminer le roman de Rachid Benzine, et l’ai chroniqué sur mon blog, rendez-lui visite ici : https://lesmotsricochent.blogspot.com/2025/11/lhomme-qui-lisait-des-livres-de-rachid.html

Ce roman, au-delà d’être une histoire, raconte l’Histoire, celle avec un grand H. Et j’ai récemment entendu Michel Collon dire que ce n’est que par les livres que l’on s’en sortira. Livres de théories, livres d’informations ou simples romans par ailleurs.

Mon avis de romancier est que l’Histoire, celle avec un grand H est plus importante que le présent. Oui à « Carpe Diem » mais surtout, sachez que sans l’Histoire, pas d’« Aujourd’hui » possible.

Le futur, celui que l’on veut pour nous, nos enfants, nos petits enfants ne pourra être beau et paisible que si l’on se base sur l’Histoire pour construire un « Aujourd’hui » solide qui permettra un « Demain » fiable et fort. Serein… Ce n’est qu’ainsi chers lecteurs/lectrices que nous pourrons nous en aller en paix, un jour, le plus tard possible.

À Gaza ? En Palestine plus largement, et partout ailleurs où l’argent déclenche les guerres, l’aspiration aux terres des autres avec ses richesses, font des victimes mais aussi, elles radicalisent les esprits des enfants ! Oui, ces enfants voient leur terre volée, leurs familles décimées, leur enfance privée, kidnappée. Dès lors, comment leur en vouloir une fois adulte, de partir à la dérive, d’avoir soif de vengeance, de justice ? Dans le roman de Rachid Benzine c’est justement cela qui m’a permis de comprendre que tout est là: Les enfants. Benzine raconte la tyrannie Israélienne de ses grands-parents jusqu’au libraire qui raconte son histoire à un photographe qui désirait juste capturer une image « forte ». Et le libraire Palestinien d’interpeller le photographe pour lui dire que derrière chaque image/photo, sa cache une histoire. Un roman c’est cela mes amis, c’est une photo de l’Histoire qui vous permettra de mieux comprendre, mieux juger. Mettons des livres entre les mains de nos enfants ! Lisons devant eux ! Quelle autre meilleure façon d’éduquer ses enfants que par l’exemple ? Croyez-moi, ça fonctionne !