lundi 26 octobre 2026

La frontière des silences de Alain Lecherbault par Vincent Vallée pour Babelio

 



Voici une lecture pour la Masse Critique de BABELIO terminée. Je dois dire que tous les ingrédients étaient réunis pour me satisfaire. Cette année, j'ai découvert Curwood, qui n'a rien à envier à Jack London, alors pensez... Lire un roman qui me renvoie dans la montagne, une cabane et un homme solitaire, je me suis régalé !

Thomas a 40 ans, il est parisien et pas très heureux. Il quitte tout, famille (sa mère, personne d'autre n'est évoqué), sa situation d'architecte et surtout le bruit, les gens qui courent, hurlent, le bruit. Je crois qu'on rêve tous de faire pareil... Thomas a acheté une masure sur les hauteurs, à la frontière italo-franco-suisse. Et c'est un des points clés du roman. Mais avant d'aller plus loin, ce qui m'a le plus plu dans ce roman, c'est l'amour qui règne entre Thomas et Jésus. Oui, oui, mais pas le Jésus que nous connaissons, bien que cela ne m'aurait pas dérangé. Jésus est le chien que Thomas va recueillir une fois arrivé dans les montagnes. Ce dernier va se présenter à lui, squelettique, perdu, méfiant. Avec patience et douceur, ils vont devenir les meilleurs amis du monde, et c'est peu dire. Vous verrez.

Tout semble réuni pour raconter une histoire parfaitement banale, n'est-ce pas ? Ce qui va différencier ce roman d'une banalité, c'est que la masure de Thomas, à peine retapée (j'aurais aimé quelques passages de reconstruction, d'aménagements de la masure), se situe sur le passage... Mais pas n'importe quel passage. La nuit, Thomas, qui dort dans un sac de couchage (plus loin dans le roman, il brûle pourtant son lit pour ne pas mourir de froid) à même le sol, entend des bruits de pas dehors. Le matin, il observe ces traces de pas. Des petites, de plus grandes. Des gens passent là, durant la nuit, s'approchent de sa cabane. Vive la tranquillité recherchée... Jésus est toujours là pour l'alerter, se mettre sur ses gardes, prévenir. En réalité, Thomas va comprendre que des passeurs de migrants utilisent les montagnes et qu'il est sur leur passage. Le problème arrive le jour où Thomas va aider un homme prénommé Marco, lui ouvrir sa porte, l'accueillir. Car Marco reviendra avec des intentions moins bonnes, accompagné par des passeurs. Et voilà notre solitaire Thomas qui sera victime de sa bonté, embrigadé dans la fuite de passeurs à travers les montagnes en plein hiver où règne un froid qui peut se montrer mortel. Le roman va bien plus loin que ce que je décris, vous le verrez. Car je recommande sa lecture, je l'ai apprécié. J'ai cependant quelques réserves à soumettre à l'auteur, à l'éditeur. Réserves que je veux constructives.

Attention SPOIL :

Comme je le disais plus haut, je regrette que Thomas, qui semble avoir réfléchi à sa décision, ne profite pas de l'été pour arranger sa masure, la rendre plus confortable, sécurisée et à l'abri du froid. En réalité, il arrive là avec un sac de couchage et y dort... C'est dommage, je trouve que le roman va trop loin durant les dernières pages et montre une obstination de Thomas qui ne sert pas beaucoup le récit. Ces pages auraient pu être utilisées pour décrire l'environnement, une refonte de la cabane, décrire comment il chasse, fait du feu. Il dort dans un sac de couchage, jamais il n'est décrit la construction d'un lit qu'il brûle pourtant quand il craint de mourir de froid. Il y a quelques incohérences. Quand il se retrouve chez une Italienne et son fils, secouru d'une mort certaine, Thomas se réveille perfusé. OK, on comprend qu'il est sauvé, mais pourquoi perfusé ? Par qui ? Il est dans une maison, dans un village italien... Quand il part, il le fait sur un coup de tête et surprend la maman italienne qui a pourtant confectionné un sac pour y placer Jésus qui est blessé. Je trouve que le roman aurait dû s'arrêter après la survie de Thomas et Jésus, son sauvetage après avoir survécu au froid et la prise en otage dont il est victime. Il y avait possibilité de trouver là une fin sans aller plus loin, trop loin. La suite est bonne, mais de trop. Pour l'évasion, le confort de lecture, il m'aurait fallu plus de descriptions de survie, d'aménagements, d'explications aussi, concernant les raisons de son déracinement. Car après tout ce qu'il vit, il reste dans cette masure. Moi, à sa place, j'aurais été résigné et serais reparti pour une maison en province, par exemple. Lui, il reste dans ses montagnes, c'est qu'il a vraiment de bonnes raisons qu'on ne connaît pas vraiment.

Merci BABELIO pour la confiance accordée. J'espère ne pas avoir été trop dur avec mon analyse critique, car dans l'ensemble, le roman est très bon et la relation de Thomas avec  Jésus me touche énormément.


Le plus beau passage à mes yeux :




dimanche 18 octobre 2026

Il pleut sur ma vie... Il bruine dans mes pensées... De Vincent Vallée (Illustration de Albert Sottiaux)

 


Il pleut sur ma vie... Il bruine dans mes pensées...

Le vent contraire chasse les filaments d'eau du ciel qui viennent s'écraser sur mon visage, et ainsi personne, sauf moi, ne sait que je pleure.

J'utilise le parapluie sourire, celui qui me protège depuis si longtemps... Trop longtemps. Et de m'asseoir là, sur le muret du puits vers lequel je plongerais si j'en avais le courage.

Sous le parapluie qui ne me protège pas, je pleure encore, je pleure parce que c'est ce que je fais de mieux à force de le faire... J'ai de l'entraînement.

Je suis un sportif de haute compétition dans ma discipline : le malheur. Oui, j'ai la ceinture noire du malheur et elle me ceint fort bien. Je gagne chaque combat avec le bonheur qui est là, m'attend, me dit de venir, de l'embrasser. Mais je gagne toujours, je l'emporte. Mes idées sont noires comme ma ceinture, comme mes journées. Oui, je gagne toujours...

Est-ce le bon combat que de pleurer ? Dois-je persévérer dans cette discipline ou écouter celui qui est, depuis si longtemps, mon adversaire ? Lui, là, qui sourit toujours, ouvre ses bras pour m'accueillir, me consoler, me rassurer. Le bonheur... Vous m'en direz tant... Y'a un truc qui cloche avec lui. Moi, heureux ? Moi, sans le parapluie du sourire ?

Allons donc.

Je voulais te dire que je pensais à toi de Vincent Vallée

Je voulais te dire que je pensais à toi 



À l'heure où les rayons des magasins se fleurissent de couleurs magnifiques qui finiront dans des lieux oubliés tout le reste de l'année, ne faudrait-il pas les fleurir de mots ?

Écrire aux disparus que nous allons bien, c'est, au premier abord, rassurer quelqu'un qui n'est plus, oui, mais je préfère les mots aux gestes. Les mots rassurent, les fleurs s'oublient, meurent... Mon grand-père, à juste titre, disait que les fleurs ne se mangeaient pas. Les mots, moi, j'aime les dévorer.

Alors, en cette période qui approche, laissons parler les mots de notre cœur, ceux qui vont rassurer les disparus, leur dire que malgré leur absence, nous allons bien, même si notre voix est étranglée quand on leur dit : « Je vais bien, et je pense aujourd'hui à toi, bien plus que lorsque tu étais encore là... »

Étrange forme d'ingratitude, n'est-ce pas ? Aveu de faiblesse de l'homme qui pleure ses disparus ou qui pleure son attitude quand il avait encore l'occasion de dire « Je t'aime », ou encore « Tu comptes beaucoup pour moi, prends soin de toi »...

Les fleurs périront toujours, les mots battront les pavés de notre mémoire sans discontinuer. Dites-les donc ! Criez-les ! Hurlez-les, en silence, par écrit, avec juste le glissement d'une plume pour se faire entendre.

À quoi bon pleurer... Pourquoi garnir nos cheminées de photos et ainsi faire de nos demeures des musées macabres ? N'est-ce pas dans notre cœur que les êtres aimés sont le mieux encadrés ? N'est-ce pas avec des mots que nous les fleurirons des plus belles couleurs ?

Je voulais te dire, avec mes mots, que je vais bien, que je pense à toi, toi puis toi et encore toi... parce que plus les années passent et plus vous êtes nombreux à me faire écrire, alors merci, parce que j'aime ça. Parce que ça me permet de dire encore que je vais bien.


https://youtube.com/shorts/2ecA3US9vNE?si=z1tW1Gk_Px5sQuDV




vendredi 16 octobre 2026

Celle qui sait de Riley Sager par Vincent Vallée

 



Dans un manoir situé en haut d'une falaise qui surplombe l'océan, vit, ou plutôt survit, Lenora Hope, dernière survivante de la famille Hope après le terrible drame survenu en 1929, c'est-à-dire le massacre de la famille entière, sauf elle. Toute la famille a été assassinée, seule Lenora a survécu, sauf que depuis, elle vit paralysée après plusieurs AVC. Uniquement son bras gauche est demeuré fonctionnel. Le père et la mère sont morts et sa sœur Virginia a été retrouvée pendue au lustre...

Lenora Hope est presque une légende dans la région, les plus jeunes ont même des comptines à son sujet. Pour la mémoire collective, elle demeure la principale suspecte. C'est à cet endroit de son histoire qu'arrive Kit, une jeune infirmière au lourd passé elle aussi, qui a été renvoyée de son travail car elle a été suspectée d'avoir « aidé » sa mère à mourir tandis qu'elle en avait la charge. Son patron la convoque et lui propose une chance de reprendre du service, chez Lenora Hope ! C'est là que Kit rencontrera Miss Baker, femme acariâtre chargée du bon déroulement de toute la vie de Lenora depuis toujours. Kit va rencontrer Lenora, une machine à écrire et, bien entendu, vous comprenez, Lenora va tenter de raconter son histoire à Kit. La véritable histoire ! La dernière infirmière ayant essayé de le faire, et qu'elle remplace, s'est enfuie. Kit va se mettre au service de Lenora dans tous les sens du terme, tentant pour sa part d'exorciser ce qui est arrivé à sa mère tandis que sa relation avec son père est tendue.

Ce que Kit va découvrir dans ce manoir qui penche vers l'océan, les années s'étant écoulées depuis sa construction, va vous surprendre ! Voilà pour vous mettre l'eau à la bouche.

Maintenant, attention, lecteur, lectrice, voici ma version SPOIL :

La première moitié du roman se lit avec gourmandise, tous les rouages du thriller voulu par Sager sont maîtrisés. On visualise la vieille Lenora handicapée, muette, se servant uniquement de son bras gauche pour taper son histoire à la machine, les révélations qu'elle va y écrire. Sauf que la nuit, Kit, dont la chambre communique avec celle de la vieille Hope, entend marcher et, depuis l'extérieur, observe une ombre qui marche dans la chambre alors que tout le monde est couché... Miss Baker est présente durant les premières pages, puis on n'en entend plus trop parler... Le cuisinier Archie, pareil, tandis que Jessie, une femme de ménage, est presque inexistante et pourtant elle tient un rôle majeur. Quand Kit va découvrir le corps de celle qui était infirmière avant elle, le récit va partir en cacahuète. Sager veut tellement tenir le lecteur en haleine et user des twists dans son récit que bon nombre en deviennent invraisemblables.

Le gros moment de mon spoil : on découvre d'abord que le massacre de 1929 ne s'est pas déroulé comme on le croyait. La mère des deux sœurs Hope a poignardé son mari, qui avait entretenu une liaison avec un autre homme, le père biologique de Lenora. Elle s'est ensuite blessée elle-même avant de provoquer Ricky, le petit ami de Virginia, qui a fini par la tuer. Quant à Virginia, retrouvée pendue au lustre, elle n'était pas morte ! Elle avait survécu à sa tentative de suicide.

Puis arrive une autre révélation : Lenora est Miss Baker ! La vraie Lenora ! Car la vieille Lenora handicapée que Kit soigne depuis son arrivée est en réalité Virginia, qui a pris l'identité de sa sœur après avoir survécu à sa tentative de suicide.

Mais ce n'est pas fini ! Le fameux Ricky, le petit ami de Virginia qui a tué leur mère, est... attention, la grosse invraisemblance : le père de Kit ! Oui, Kit, qui vient de nulle part au départ de ce récit, une infirmière envoyée par un bureau médical, qui vit avec son histoire lourde à supporter, dont on ne comprend pas vraiment l'utilité dans le récit avant les révélations finales, son père est le fameux Ricky... On apprendra également que ce dernier a aidé la mère de Kit à mourir, innocentant ainsi sa fille.

Et le pire reste à venir ! À un moment du récit, Ricky, le père de Kit, tente d'étrangler Virginia, qu'il retrouve après tant d'années, alors qu'il sait que sa fille Kit a tout découvert. Il étrangle donc cette vieille femme supposément paralysée, qui ne tente même pas de se dégager de son emprise ? Elle garde un bras inanimé alors qu'il fonctionne ? Ben oui... Elle finit pourtant par se défendre avec un tire-bouchon et survit.

Une fois toute l'histoire révélée, le manoir s'effondre dans l'océan avec la vraie Lenora, alias Miss Baker, et le père de Kit. Et là, dernière révélation : Virginia, la fausse Lenora que l'on croyait paralysée, ne l'est pas ! Elle avait réellement été paralysée après sa tentative de suicide, mais avait retrouvé l'usage de ses membres quelques mois plus tard. Elle a ensuite feint d'être paralysée pendant des décennies, notamment par crainte de sa sœur. Elle va finalement s'enfuir pour enfin vivre sa vie à plus de 80 ans !

Mais j'oublie de dire que Virginia était enceinte de Ricky, le père de Kit, et que leur enfant est né, a été enlevé à sa mère dès sa naissance par la véritable Miss Baker, qui l'a emmené au Canada, et est mort depuis... Il y a donc un lien de parenté entre ce fils que Virginia n'a jamais connu et Kit : ils sont demi-frère et demi-sœur ! Et ce n'est pas tout, puisque Jessie, la jeune domestique du manoir, est en réalité la fille de ce fils disparu, donc la petite-fille de Virginia et la nièce de Kit ! Il vous reste des cheveux ?

Non, vraiment, la fin du récit est invraisemblable. Je suis déçu d'avoir passé tant d'heures à lire un thriller qui n'est qu'une farce au final, tant les retournements de situation sont tirés par les cheveux... Combien de chances sur un million y avait-il pour qu'une infirmière qui sort de nulle part soit la fille du meurtrier et du petit ami de l'époque de Virginia ?? IMPOSSIBLE et non crédible.

vendredi 4 septembre 2026

L'IA est-elle démoniaque ? Par Vincent Vallée

 



J’ouvre mon traitement de texte et que vois-je ?

Une annonce IA, une intelligence artificielle paraît-il… C’est l’évolution, oui, l’évolution numérique. Et si on ne s’y plie guère, car non, nous ne deviendrons pas des moutons pucés par la technologie artificielle et tout ce que ça comporte, alors… nous serons des « dépassés », des ringards, des vieux quoi.

Mais devant tous ces boucliers que je vois se lever, qui oserait se regarder dans le miroir et dire qu’il ne l’a pas testée, cette intelligence, hein ? Oui, qui ? Peut-être même parmi vous, certains l’utilisent encore et font mine de…

Alors pourquoi se mentir entre gens de bonne foi et ayant un bon fond ? Bien entendu qu’on a essayé et qu’on s’est dit : « Milliard ! Sapristi ! » Ou tout bonnement « didju ! », que c’est pratique, que c’est facile : deux ou trois clics et voilà que j’ai gagné des centaines d’euros et des dizaines de mails servant à expliquer à un graphiste, un correcteur, ou que sais-je, ce que je désirais.

Là ? Je peux même l’insulter, il ne se fâche pas tout rouge et ne me menace pas en retour. Vraiment, c’est le pied…

Seulement, il faut autre chose que se contenter de quelques clics, oui. Il nous faut plus si on est si honnête avec notre miroir. Oui, il nous faut un déclic ! C’est bien beau de cliqueter sur son clavier et, se frottant la panse, de se dire : « Voilà encore quelques centaines d’euros de gagnés ! » Et puis, vous avez vu ? Tous font pareil… Les publications, les affiches, les menus des restaurants, les affiches publicitaires… Tous les mêmes, pas d’âme, pas de sensibilité, d’originalité, plein d’infos partout, des lumières, des illustrations et ? Rien qui attire le regard au final. Oui, on ne les voit déjà plus, parce qu’on ne les regarde plus. Elles sont toutes banales et faciles, trop faciles, pas originales, pas travaillées, pas percutantes, pas parlantes, ou alors trop. Oui, trop, c’est trop et l’on sait tous que le mieux est l’ennemi du bien, n’est-ce pas ?

Alors voilà, ce n’est pas le Nouvel An, je sais, mais j’ai un peu de fierté, beaucoup de principes, un peu trop d’ailleurs, et un fils qui vient de terminer ses études de graphisme à la sueur de son front, avec difficulté, persévérance, travail, obstination. Mon miroir me dit que je ne lui ressemble plus. Et je suis un homme de résolutions. Oui, je suis têtu aussi, et surtout envers moi-même, donc, lorsque je me résous à quelque chose, c’est un acte, un acte ferme, un défi envers moi-même. Je ne change plus de route, j’y reste, fermement et définitivement.

Mais, oui, y’a et y’aura toujours un « mais ». Je ne veux pas devenir un vieux con dépassé. Je sais aussi que tous vont s’adapter et travailler avec l’IA et, comme je viens de le dire, ils affronteront leur miroir et prendront de bonnes résolutions de l’an neuf en plein été, ou continueront de se demander qui est l’abruti dans la glace qui les reflète. J’adore un mot de la langue française, non pour sa mélodie, mais pour ce qu’il permet, c’est le mot « compromis ». J’aime faire des compromis, j’aurais peut-être dû faire de la politique… Non, finalement. Mais tout comme la calculatrice est venue nous aider en mathématiques, les manuels tels que le Bescherelle, le dictionnaire et autres nous servent d’outils de travail, les bibliothèques de puits de savoir, sources d’informations et de silence… pourquoi ne pas utiliser, et ainsi ne pas devenir un vieux con, l’IA pour travailler ? Et pour travailler, il faut des outils. L’IA est un outil, mais aussi un robot maléfique si elle est utilisée à des fins malicieuses. Voilà le piège. Oh ! Ne nous en voulons pas d’avoir été séduits par le tentateur avec sa pomme, ou sa bonne poire… Nous sommes de chair et donc faibles, c’est ainsi depuis la nuit des temps. Ce qui compte, c’est le miroir…

L’IA n’est finalement qu’un miroir. Le miroir du travail de tant et tant d’hommes et de femmes qui ont écrit, cherché, travaillé. Mon travail et le vôtre avec ce qui sera désormais, pour nous, l’outil IA ne seront qu’une contribution pour aider nos semblables. Les honnêtes gens, pas les malicieux qui font des holas sur les réseaux et font exactement ce qu’ils reprochent, et pire encore.

Comprenons que l’art, la création, le travail ont besoin d’âme, de sueur et de larmes. Et qu’aujourd’hui, en 2026, un outil s’ajoute à nos calculatrices, dictionnaires, Bescherelle et autres… C’est l’intelligence artificielle, qui n’a d’intelligent que ce que l’homme a créé, pensé, écrit, peint depuis des siècles. Avec son âme, sa sueur, ses larmes.

Et puis aussi, pensez au miroir…
Il est important.

PS : Ce texte n’est pas le résultat de l’IA, il n’a eu recours à elle que pour l’orthographe, la grammaire et la conjugaison. Mais aussi, quand j’y ai eu recours, j’ai interrogé Mister IA pour qu’il m’explique mes lacunes et ainsi, j’ai appris à ne plus, ou du moins à moins commettre à nouveau ces erreurs à l’avenir.

 

mardi 1 septembre 2026

Le monde de Narnia Tome 1 de C.S Lewis par Vincent Vallée

 



Dans ma série de lectures jeunesse, je chronique ce premier tome de Narnia, Le Neveu du magicien.


Il est le tome le plus méconnu, d'après les commentaires que j'ai pu lire. Pourtant, c'est la base de l'histoire, sa genèse, la création de Narnia !


Polly s'ennuie chez elle, à Londres. C'est en épiant son jeune voisin Digory qu'elle fera sa connaissance et partira avec lui à la découverte des greniers d'une rangée de maisons qui communiquent tous ensemble. C'est un peu tordu comme possibilité, mais nous sommes dans un récit jeunesse, l'imaginaire doit être ouvert. Voilà que les deux enfants vont atterrir chez l'oncle de Digory, ou plutôt dans sa chambre. L'oncle en question, homme un peu loufoque, est magicien, mais peu hardi. Il possède des anneaux capables de transporter les êtres dans un monde parallèle.


Seulement, l'oncle en question, manquant de hardiesse, va convaincre son neveu de tenter l'expérience et y arrivera.


Voilà les deux enfants perdus dans un monde étrange, où ils feront la rencontre d'une reine machiavélique... Leur première tâche sera de ramener la sorcière avec eux, mais celle-ci les suivra jusqu'à Londres, dans la vraie vie. Seulement, tout ne se passe pas toujours comme l'espèrent les enfants et c'est ainsi qu'ils atterrissent dans un monde vierge où ils vont assister à la naissance de Narnia, le monde nouveau.


C'est le lion Aslan qui sera l'instigateur, au travers d'un chant, de toute vie sur Narnia. Il donnera vie aux animaux et choisira les souverains de ce nouveau monde. On retrouve là quelque chose de l'histoire biblique de Noé et, pour poursuivre sur l'influence religieuse de C. S. Lewis, il y aura la fameuse pomme, symbole de vie, de force, de guérison. Symbole tout court.


J'ai eu un peu de mal à entrer dans ce premier tome, mais la création de Narnia m'a plu, embarqué. Ce n'est pas le meilleur roman jeunesse que je lis, je verrai avec le second tome si j'accroche. Mais imaginer un monde nouveau, où tout est encore possible, y compris écrire l'Histoire au lieu de devoir l'apprendre, est fort intéressant à découvrir.

jeudi 27 août 2026

Construire un vœu...

 


Il existe une tradition, en bord de mer ou partout ailleurs, pourquoi pas, qui consiste à construire une colonne de galets, de pierres. Ensuite, il faut faire un vœu et laisser la mer l'emporter.


C'est donc cela, faire un vœu... Le penser, le désirer plus que tout, lui donner ses chances, le construire et attendre que la nature fasse le reste. Au fond, pourquoi fait-on ça ?

Un vœu doit donc être emporté par le destin houleux, incertain, être détruit pour, quelque part, construire quelque chose, se réaliser ?

Est-ce cela, le sens de la vie ? Faire le vœu de..., en attendant, construire, espérer, patienter, y croire ?

Pierre après pierre, jour après jour, vœu après vœu, de patience en patience, il reste l'espoir... Que l'espoir.

Que ce soient les flots houleux ou la bise charmante, laisser faire, ne pas insister, ne pas forcer la main du destin... Patienter. La vie n'est-elle pas une succession d'attentes ?

L'enfant fait le vœu de recevoir tel ou tel joujou, l'adolescent espère l'amour, la réussite, l'adulte, de vivre épanoui en se remémorant l'enfant, l'adolescent... L'adulte a construit sa petite tour de galets, il l'a laissée se faire emporter par le courant de la vie, il ne lui reste plus qu'à attendre, croire, espérer. Oui, encore espérer.

Un beau jour, quand les années auront passé, il se retournera et observera des tas de galets emportés par la bise charmante ou une vilaine tempête et se dira que, pour vivre, il lui aura fallu construire, accepter de chuter pour mieux se relever et ainsi admettre que, parfois, quelques vœux ne se soient pas réalisés.

Peu importe, le destin lui en aura exaucé quelques-uns. Quelques-uns...

©Vincent Vallée

mercredi 26 août 2026

L'adolescence du perroquet de Amélie Nothomb par Vincent Vallée

 



Eh bien oui, comme chaque année à la même époque, Amélie prend l'avion avec moi pour une destination ensoleillée. Cette année, c'est sous le soleil de Majorque que j'ai dévoré (en deux après-midi au bord de la piscine) le dernier opus d'Amélie.

J'ai pu lire des critiques négatives, et en toute franchise, cette année, ce roman-conte m'a ravi ! Il est léger tout en pointant du doigt les difficultés qu'un parent peut rencontrer avec son enfant, puis son adolescent.

Alban, adolescent qui se réfugie au Louvre quand ça ne tourne pas rond pour lui, voilà une bien étrange idée, mais pourquoi pas ? C'est du pur Amélie Nothomb. Adulte, il est chroniqueur pour une radio et enchante avec des sujets légers qui ne requièrent pas une concentration extrême. Il aime ce travail, mais il vit seul. Contextualisons un peu le sujet : c'est la pandémie, et Dieu sait que l'on s'est parfois retrouvé bien seul durant cette période aussi atroce que loufoque...

Alban va céder à une petite annonce : « Perroquet nouveau-né à donner ». Et voilà notre chroniqueur papa adoptif d'un oiseau, certes bébé, mais c'est un gris du Gabon, interdit en France. Cet oiseau est connu non seulement pour vivre longtemps, mais surtout pour son intelligence.

Alban va découvrir l'oiseau, s'attacher fortement à lui, comme un père à son fils. Amélie nous livre ici un lot de cocasseries avec ce que peut répéter Jo, c'est son nom. Par exemple, il imite la chasse d'eau s'il n'aime pas quelque chose, réclame sa pitance avec ferveur, surtout son morceau de croissant frais, pas de la veille : l'oiseau n'est pas dupe...

Petit à petit, après la découverte, puis l'apprentissage, Alban va devoir faire face à la rébellion et à l'agressivité des réactions de Jo. Entre jalousie et ingratitude, Alban aura son lot de désenchantements avec son si précieux Jo. Une amie et une pet-sitter feront les frais de l'agressivité du gris du Gabon, au bec acéré comme un rasoir ! Alban lui-même en sait quelque chose pour avoir subi quelques coups de bec. L'ordinateur d'Alban, une toile de valeur ayant appartenu à la mère du jeune homme, les journaux... Peu de choses seront épargnées par le perroquet revanchard, jaloux, méprisant, ingrat et qui, pourtant, parfois, se montrera si aimant.

Amélie n'est pas maman, certes, mais elle cerne très bien, je crois, ce que peut ressentir un parent face à un enfant ou un adolescent qui lui-même est perdu au milieu de sa transformation, la fin de l'enfance. Ce n'est facile pour personne, ni pour l'enfant ni pour le parent, Amélie l'a bien compris.

Seulement, Alban n'en peut plus. Il devra faire face à une adolescence compliquée de sa progéniture par adoption. Terminés les bisous, les réflexions marrantes et le bruit de la chasse d'eau ; ce ne seront plus que cris et sons aigus, au point de devoir fuir l'appartement, abandonné au volatile... Et revoilà notre Alban au Louvre, réfugié comme lorsqu'il était enfant.

Comment vivre avec un être que l'on aime et qui ne vous le rend pas... Comment réclamer uniquement l'amour donné durant tant d'années sans devoir faire face à l'ingratitude qui en découle parfois...

En effet, l'amour n'est pas un dû...




mardi 25 août 2026

La majestueuse, la redoutable... De Vincent Vallée




Et un matin, de loin en loin, un horizon rectiligne, un astre timide mais percutant.

Des journées qui ondulent, bercées par des pensées qui écument, vont, viennent, reculent, n'assument pas. Ni qui elles sont ni pourquoi...

Et d'observer ces gens qui, comme à leur tour, chacun au comptoir du futur, viennent se presque recueillir devant elle, la grande, la majestueuse, la redoutable et silencieuse Méditerranée.


©Vincent Vallée

samedi 22 août 2026

Le chant du bourreau de Norman Mailer par Vincent Vallée




Il est des livres que l'on achète, d'autres que l'on nous conseille et puis il y a ceux qui nous attendent.

Le Chant du bourreau, de Norman Mailer, appartient pour moi à cette dernière catégorie. Pendant des années, cet énorme pavé a sommeillé chez mes parents. Il était là, quelque part parmi les livres de la maison, imposant avec ses quelque 1 300 pages, attendant simplement que je sois prêt à l'ouvrir. Lorsque je l'ai finalement fait, j'étais loin d'imaginer qu'il deviendrait, mon tout premier grand roman, au sens presque physique du terme : un de ces livres dans lesquels on entre pour longtemps et dont on ressort avec l'impression d'avoir vécu aux côtés de ceux qui le peuplent.

Prix Pulitzer en 1980, Le Chant du bourreau raconte l'histoire vraie de Gary Gilmore, resté célèbre aux États-Unis pour avoir été le premier condamné exécuté après le rétablissement de la peine capitale en 1976.

Mais réduire ce livre à l'histoire d'un condamné à mort serait terriblement réducteur.

Norman Mailer livre ici une œuvre monumentale, à mi-chemin entre le roman, le reportage et le document. Le livre s'inscrit dans ce courant américain que l'on a appelé le "New Journalism" : partir du réel, accumuler les témoignages, les faits et les détails, puis utiliser les armes du romancier pour leur donner chair. Mailer explique d'ailleurs lui-même sa démarche dans la postface : son récit se veut aussi exact que possible, fondé sur les faits, mais raconté comme s'il s'agissait d'un roman.

Et quel roman !

Gary Gilmore a passé une grande partie de son existence enfermé pour des délits commis dès sa jeunesse. Lorsqu'il retrouve enfin la liberté, il tente tant bien que mal de reprendre pied dans une existence ordinaire. Mais l'univers carcéral l'a profondément façonné. Quelques mois seulement après sa libération, il assassine froidement deux hommes au cours de deux vols distincts. Deux crimes absurdes, presque dérisoires dans leurs circonstances, qui vont le conduire une nouvelle fois derrière les barreaux.

Cette fois, pourtant, il n'en sortira plus.

Condamné à mort dans l'Utah, Gilmore prend alors une décision qui va transformer une affaire criminelle en événement national : il refuse de faire appel et réclame lui-même que sa condamnation soit exécutée.

À partir de là, tout s'emballe.

Sa famille, certains de ses avocats, les abolitionnistes, les autorités, les religieux et bientôt les journalistes tentent, pour des raisons parfois radicalement opposées, de s'emparer de son destin. Mais Gilmore s'obstine : puisqu'une société l'a condamné à mourir, alors qu'elle aille jusqu'au bout de sa logique.

C'est probablement là que le personnage devient le plus troublant.

Mailer ne cherche jamais à transformer Gary Gilmore en héros et encore moins à excuser ses crimes. Les deux hommes qu'il a tués étaient innocents et sa culpabilité ne fait aucun doute. Pourtant, au fil des centaines de pages, l'homme refuse obstinément de se laisser enfermer dans la seule image du monstre.

Gilmore est violent, imprévisible, égocentrique et parfois franchement détestable. Mais il est aussi intelligent, cultivé, sensible à l'art et lui-même excellent dessinateur. Il peut susciter le rejet quelques pages après avoir provoqué une étrange forme d'admiration. Et c'est précisément cette contradiction permanente qui rend le personnage aussi fascinant.

Car derrière Gary Gilmore se dessine peu à peu quelque chose de beaucoup plus vaste : l'Amérique des années 1970.

Norman Mailer fait surgir autour de lui une galerie impressionnante de personnages. Parents, amis, policiers, avocats, journalistes, voisins, militants, religieux, producteurs... Certains ne traversent le récit que durant quelques pages, d'autres nous accompagnent pendant des centaines. Chacun possède pourtant son histoire, ses failles et ses raisons d'agir.

À travers eux apparaît une Amérique profonde faite de petites villes, de gens modestes, de paumés, de croyants, d'opportunistes, de rêveurs et de laissés-pour-compte. Une Amérique où pèse également l'influence de la communauté mormone de l'Utah et de ses valeurs profondément conservatrices.

Puis arrive le cirque.

Parce qu'un homme condamné à mort qui réclame son exécution devient évidemment une formidable histoire médiatique.

Journalistes, télévision, producteurs et hommes d'affaires s'engouffrent dans l'affaire. On négocie les lettres de Gilmore, son histoire, les droits pour Hollywood. Le condamné devient progressivement une célébrité nationale depuis sa cellule et comprend lui-même très vite le pouvoir que lui confère cette soudaine notoriété.

Mailer observe cette gigantesque pantomime avec une ironie souvent féroce. Une société qui s'interroge officiellement sur la moralité de l'exécution d'un homme se montre parallèlement parfaitement capable de transformer cette mort annoncée en spectacle et en marchandise.

Et au milieu de tout cela se trouve Nicole Baker.

Elle n'a que dix-neuf ans lorsque Gary la rencontre peu avant les meurtres. Leur relation est chaotique, violente, sexuelle, passionnelle et profondément destructrice. Deux êtres abîmés qui semblent se reconnaître immédiatement et qui, pourtant, sont incapables de se sauver l'un l'autre.

Lorsque la prison les sépare, leurs lettres entretiennent cette passion impossible. Et derrière le fait divers, le procès et le débat sur la peine capitale, Le Chant du bourreau devient aussi une terrible histoire d'amour. Une histoire dont on sait presque immédiatement qu'elle ne peut pas bien finir.

C'est sans doute ce qui m'avait le plus impressionné lors de cette première lecture : malgré ses quelque 1 300 pages, je n'avais jamais eu l'impression de lire un livre interminable.

Au contraire.

Une fois entré dans cette histoire, il devient extrêmement difficile d'en sortir. Les pages s'accumulent, les personnages apparaissent, les destins s'entrecroisent et l'échéance approche inexorablement. Car nous savons comment tout cela va finir. Gary Gilmore sera exécuté par un peloton d'exécution le 17 janvier 1977, douze jours avant ma naissance, incroyable non ?

Et pourtant, on continue à lire comme si quelque chose pouvait encore empêcher l'inévitable.

Les derniers chapitres consacrés à son exécution, puis à ce qui suit sa mort et à sa crémation, restent pour moi parmi les passages les plus puissants du livre. Après avoir passé autant de temps avec Gilmore et tous ceux qui gravitent autour de lui, cette mort n'est plus une simple information historique. Mailer nous a obligés à regarder l'homme marcher jusqu'au bout du chemin qu'il a lui-même choisi.

Le Chant du bourreau est donc bien davantage qu'un roman criminel. C'est à la fois une fresque sociale, un récit politique, une réflexion sur la peine capitale, une histoire d'amour tragique, une plongée dans l'Amérique des années 1970 et une formidable étude de la nature humaine.

Ce roman a d'ailleurs occupé une place suffisamment particulière dans ma vie de lecteur pour que, des années plus tard, je cherche à prolonger cette histoire au-delà du livre. J'ai ainsi entretenu quelque temps une correspondance avec Mikal Gilmore, le frère de Gary, lui-même écrivain et journaliste. Une manière assez incroyable, finalement, de créer un lien avec cette histoire et cette famille qui m'avaient tant marqué lors de ma première lecture.

Et peut-être est-ce cela que je retiens surtout aujourd'hui.

Ce livre avait attendu des années chez mes parents avant que je me décide enfin à l'ouvrir. Il aurait pu continuer à dormir là encore longtemps. Mais une fois ouvert, il m'a fait découvrir quelque chose que je ne connaissais pas encore vraiment : le plaisir de disparaître pendant des centaines et des centaines de pages dans une histoire immense.

Mon premier grand roman.

Et certainement pas un livre que l'on referme tout à fait.



Gary Gilmore


Nicole Baker-Gilmore




vendredi 21 août 2026

Robinson Crusoé de Daniel Defoe par Vincent Vallée.

 



Je termine ce classique jeunesse ultra connu pour son histoire et pour ce qui est parfois notre rêve : vivre sur une île déserte et paradisiaque.

Cependant, la lecture du roman m'a apporté un autre éclairage sur cette histoire que je connaissais finalement assez mal. Force est de constater que les différents films, tels que "Les Robinsons des mers du Sud" de Disney ou encore "Seul au monde" avec Tom Hanks, sont des œuvres fortement inspirées du roman.

En effet, Robinson Crusoé, c'est l'histoire d'un jeune homme qui n'écoute pas son père ni ses recommandations et qui part à l'aventure. C'est lors d'un voyage vers la Guinée que son bateau fait les frais d'une tempête mémorable, laquelle lui laissera la vie sauve, mais le condamnera à un exil de vingt-huit années. Le début est un peu long et fastidieux à lire et, lorsque l'on découvre plus tard comment Robinson organise sa survie sur l'île, on se dit que tout homme pourrait survivre dans les mêmes conditions.

Il faut toutefois rappeler que Robinson n'arrive pas sur une île avec rien : l'épave de son bateau n'est pas loin et il va y récupérer moult vivres, outils, armes, tissus, ainsi qu'un chien et un chat, entre autres. Ce détail m'a immédiatement fait penser au film de Disney.

J'ai également toujours cru que Robinson s'était construit une cabane, une maison. En réalité, il vit dans une caverne (comme Tom Hanks dans "Seul au monde"), qu'il améliore, aménage et barricade afin de se protéger d'éventuels ennemis. J'admire cet aspect du roman, la survie, la débrouillardise de Robinson.

En parlant d'ennemis, ce n'est qu'après plus de vingt ans que Robinson fait la connaissance de Vendredi, un jeune homme cannibale qu'il sauve d'une mort certaine et qu'il va « apprivoiser » – désolé du terme, mais il convient ici – puis civiliser. C'est à partir de l'arrivée de Vendredi que, selon moi, le récit part un peu en cacahuète, parce que l'île de Robinson, où durant plus de vingt-cinq ans il survit, chasse, apprend à fabriquer des meubles, cultive, élève avec ingéniosité des chèvres, fait du fromage et du beurre, devient soudain une véritable escale pour les cannibales et autres marins qui viennent s'y échouer... Robinson et Vendredi se comportent alors en guerriers, affrontent ces visiteurs assassins et recrutent au passage des hommes à leur service : un, puis deux, puis six, etc. Voilà Robinson dirigeant son île et une véritable presque petite armada.

Bon, voilà... Je m'attendais en réalité à une autre histoire, plus réaliste. Mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un roman publié en 1719. Daniel Defoe s'est inspiré d'un fait divers de son époque concernant Alexander Selkirk, un marin écossais qui, à la suite d'un conflit avec le capitaine de son navire, demanda à être débarqué sur une île déserte de l'archipel Juan Fernández, au large du Chili. Il pensait qu'un autre navire passerait rapidement... mais il y resta plus de quatre ans.

Comme Robinson, il dut construire un abri, chasser, apprivoiser son environnement et vivre dans une solitude extrême.

Ce fut une lecture plaisante, mais le côté disproportionné de certains événements m'a un peu dérangé. La longueur du récit et le défilé de cannibales et de marins dans la dernière partie m'ont paru quelque peu exagérés. Nous sommes aussi un peu formatés par le cinéma. Comme quoi, il vaut parfois mieux lire le roman avant de regarder les films qui s'en inspirent.








dimanche 16 août 2026

Une enfance, c'est éphémère. De Vincent Vallée






Une enfance, c'est éphémère, oui ça passe furtivement et c'est donc précieux.

Un enfant ne garde son insouciance que quelques années, si peu d'années...

Les lui voler, les lui ôter, c'est pire que tout, car c'est voler une vie entière, la détruire, la défigurer. Peu importe le mal que l'on lui fera, ce mal-là restera sa vie durant. Comme une plaie mal soignée, une cicatrice qui se rappellera à lui, encore et toujours.

Un enfant, c'est un phare pour lui-même, pour son futur. C'est la base de tout être humain, c'est vers cette lumière que tout homme se tournera régulièrement pour s'orienter, se réchauffer le cœur, pour se cajoler l'âme s'il souffre, s'il vit une épreuve.

Alors oui, blesser une enfance, c'est empêcher un homme de se cajoler plus tard, c'est le condamner à vivre une vie de souffrance sans possibilité de se rassurer, de se tourner vers l'enfant qu'il fut puisque, lorsqu'il le voit, lui aussi souffre...

L'enfance, c'est une lumière, une boussole dans cette forêt de la vie où, si l'on n'y prend garde, on s'égare, au risque de ne jamais SE retrouver...


dimanche 2 août 2026

L'homme qui plantait des arbres de Jean Giono par Vincent Vallée

 



Je viens de terminer la lecture de ce conte. C'était forcément court, mais il faut parvenir à captiver le lecteur avec un texte bref, et Giono y parvient très bien.

Ce conte est plus que jamais d'actualité, malheureusement... Un jeune homme qui se promène dans les collines du sud de la France rencontre un homme complètement isolé, dans une région oubliée. Cet homme vit seul et il est berger. Il passe également son temps libre à ramasser des glands qu'il trie, après les avoir soigneusement sélectionnés, puis les fait tremper une nuit entière, toujours par cent.

Le lendemain, il conduit son troupeau et, à l'aide d'un bâton, plante les glands qui, les années passant, deviennent des chênes et d'autres arbres.

C'est ainsi que, deux guerres plus tard, cet endroit perdu et isolé s'est peuplé d'une végétation luxuriante. Des cours d'eau ont également pris naissance, irriguant de nouveaux villages peuplés de nouveaux habitants. Car, sur Terre, nous ne sommes que des locataires.

C'est une fable, certes. L'homme n'a jamais existé, les villages non plus. Mais c'est la vie qu'offre la nature qui conduit les hommes à construire, à s'installer, à donner naissance à un village. Puis, comme l'homme est bête et égoïste, il continue de construire, d'agrandir, ne se contentant jamais de ce qu'il possède. Alors il abat un, deux, trois arbres. Il oublie aussi la fragilité de ce qui donne sans rien demander, cette nature qui l'a amené à vivre en son cœur. Le voilà qui ratiboise, construit et assèche son coin douillet qui, un malheureux jour, à cause d'un mégot de cigarette mal éteint ou d'un barbecue mal maîtrisé, paie une nouvelle fois le prix de l'égoïsme humain. Un feu survient, puis un autre, ils s'agrandissent, deviennent impossibles à maîtriser, et voilà des décennies de végétation qui partent en fumée. L'homme finit ainsi par se chasser lui-même du lieu de vie qu'il avait autrefois choisi pour son attrait naturel, luxuriant, boisé, frais et généreux.

Un conte plus que jamais d'actualité, alors qu'une partie de la France, parmi les plus belles, mais aussi d'autres pays, part en fumée.

Lisez ce conte, mais surtout, donnez-le à lire aux enfants. Eux pourront peut-être devenir comme le berger de Giono, planter des arbres, faire naître des forêts et ranimer la vie...

N'oublions pas l'illustrateur de ce conte :

Olivier DESVAUX


Olivier Desvaux est né le 12 mai 1982 à Rouen (France). 

Après une année en arts appliqués à l’école Estienne à Paris, Olivier entre à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris. Il sort diplômé en 2006. 

Olivier est membre de la Fondation Taylor.

Olivier est nommé en 2018, Peintre Officiel de la Marine.









mardi 28 juillet 2026

Le tour du monde en 80 jours de Jules Verne par Vincent Vallée

 



Dans ma quête de lectures jeunesse de rattrapage, j'ai enfin lu Le Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne.

Précisons d'abord que j'ai toujours admiré cet écrivain, visionnaire et doté d'une plume jamais égalée à mes yeux.

J'ai commencé à le découvrir avec Voyage au centre de la terre, j'ai poursuivi avec Vingt mille lieues sous les mers  mon dernier en date est L'île mystérieuse. Mais j'oubliais... De la terre à la lune bien entendu.
Ce qui s'est avéré, à la lecture de ces romans, c'est l'esprit d'aventure de Verne, son imagination, sa vision d'un futur qui s'est révélée réaliste. Est-ce lui qui a vu ces choses par avance ou nous qui nous sommes inspirés de ses récits pour inventer le sous-marin, l'Albatros (l'hélicoptère), l'obus spatial (ancêtre des engins spatiaux), le téléphote (le fax), la visioconférence, etc. ?


Oui, Verne a bel et bien imaginé ces révolutions bien connues en 2026.

Je suis toujours demeuré sous le charme et interloqué par son talent, ses récits captivants. Avec Verne, on effectue un véritable voyage à chaque roman.

Pour Le Tour du monde en quatre-vingts jours, j'ai d'ailleurs utilisé trois moyens de lecture : le bon vieux roman (version intégrale), la liseuse (Kindle), mais aussi le livre audio (Spotify). Mais oui ! 
Bon sang, vous qui levez les yeux au ciel en lisant : « livre audio »... Verne, lui, me regarde de là-haut et veut sortir de sa tombe, comme le suggère celle-ci (allez voir des clichés de sa tombe), pour venir me serrer la main tant il apprécierait mon audace ! Prenez-en de la graine !

Mais, car un beau jour il nous faut un « mais » quelque part, ce dernier roman de Verne, j'ai eu du mal à y entrer. Pourquoi tant d'éloges alors ? Je vous explique :

Nous allons découvrir Phileas Fogg, gentleman anglais, richissime et amateur de whist en bonne société, société mondaine faut-il le préciser, et tout aussi riche que lui, faut-il le préciser également. Puis aussi Passepartout, mon personnage préféré, nouveau serviteur de ce cher Phileas, Français de nationalité et surtout de caractère, car il aime râler, se démarquer à tout prix. Il est surtout dévoué et de bonne compagnie, même s'il sera l'objet de bien des déconvenues lors de ce tour du monde.

Ce tour du monde, donc, est le fruit d'un simple pari relevé par M. Fogg, qui mise 20 000 livres sur sa capacité à effectuer ledit tour du monde dans le délai de quatre-vingts jours ! Pari impossible à remporter à l'époque et pourtant, Phileas Fogg, accompagné de Passepartout et une jolie indienne, va s'y atteler.

Ce qui m'a donc un peu ennuyé, c'est le caractère très anglais et, donc, dépourvu de nuances, de charisme, de colère, d'humeur, de notre cher Phileas. Il traverse ce roman sur un ton monocorde qui aurait presque tendance à m'endormir, alors qu'un tour du monde devrait être palpitant.

Ensuite vient l'esprit parfois un peu facile du défi, car on anticipe assez vite la manière dont ce cher Fogg va sortir d'une impasse ou franchir une barrière qui se dresse devant lui : l'argent. Comme il n'en manque pas, cela résout toujours tout, et c'est parfois un peu trop « téléphoné », si je puis dire, même pour l'époque du récit.

Cependant, le roman reste palpitant. L'aventure est bien présente malgré ces quelques facilités pécuniaires. Sans oublier la fin, liée à la célèbre montre de Passepartout qui, tout au long du voyage, aura refusé de régler cette dernière sur l'heure des pays visités... Vous comprendrez vite.

Je dirais donc que le dernier quart du roman a rattrapé le reste, mais que, bien entendu, ce n'est pas mon Verne favori. Il reste cependant, à mes yeux, un génie du roman jeunesse. 
Un roman jeunesse qui ne vieillit pas, comme tout ce qu'il a écrit, d'ailleurs !

mardi 21 juillet 2026

N'être plus JE de Amadeo Grilli par Vincent Vallée






Il est des livres qui se lisent, et d'autres qui se ressentent. N'être plus JE appartient sans conteste à cette seconde catégorie.

Dès les premières pages, j'ai compris que je n'étais pas face à un simple recueil de textes, mais devant une confession à ciel ouvert. L'auteur ne cherche ni à impressionner ni à convaincre. Il ose simplement se montrer tel qu'il est, avec ses blessures, ses doutes, son rapport complexe à son corps et cette quête incessante de soi.

Le titre, N'être plus JE, pourrait laisser croire à une volonté de s'effacer. Je l'ai plutôt perçu comme le désir de se libérer de ce « je » qui enferme : celui façonné par le regard des autres, par les injonctions, les peurs et les fausses certitudes. Une invitation à déposer les masques pour laisser émerger quelque chose de plus authentique.

Les poèmes oscillent entre douleur et espoir. Certains m'ont semblé presque étouffants tant ils traduisent le poids de la souffrance intérieure, tandis que d'autres ouvrent progressivement une fenêtre vers l'acceptation et la reconstruction. Cette évolution donne au recueil une véritable cohérence : on accompagne l'auteur dans un cheminement, plus que dans une simple succession de textes.

J'ai également apprécié l'absence de provocation gratuite. Les thèmes abordés, parfois intimes, sont traités avec pudeur et sincérité. Au-delà de l'identité ou du rapport au corps, c'est finalement de liberté qu'il est question : celle d'exister sans avoir à correspondre aux attentes des autres.

Ce qui m'a particulièrement touché, c'est cette sensibilité qui m'a parfois rappelé Arthur Rimbaud. Je ne prétends pas établir une comparaison littéraire, mais j'y ai retrouvé une manière de sonder les profondeurs de l'être, de faire dialoguer la douleur, le corps et l'identité dans une poésie où l'émotion prend souvent le pas sur le récit. Amoureux de Rimbaud, qui est pour moi un guide et un compagnon de plusieurs de mes romans, je n'ai pu rester insensible à cette résonance.

N'être plus JE n'est pas un livre que l'on referme en disant simplement « j'ai aimé ». C'est un ouvrage qui pousse à l'introspection, qui interroge notre propre regard sur nous-mêmes et sur les autres. Une lecture sensible, courageuse et profondément humaine, qui mérite d'être découverte pour ce qu'elle est avant tout : une parole sincère offerte au lecteur.




samedi 18 juillet 2026

Chez mémère. Par Vincent Vallée.

Chez mémère


Assis dans le canapé, le gamin regarde Maya l'Abeille.

Dehors, il fait chaud. Les routes sont désertes, le bitume sent, transpire...

Lorsqu'on regarde au loin, l'image se trouble sous l'effet de la chaleur, elle ondule. Oui, le cagnard tape dur, tout vacille dans un silence assourdissant...

Avec mes parents, on part pour la gare dans cette ambiance lourde, pesante, suante...

On en franchit la double porte brinquebalante en bois. Ils sont là, mes interdits, ces fameuses boules de gomme qui colorent les doigts. Mais non, je ne peux pas... En plus, il me faudrait cinq francs...

C'est le chemin d'un souvenir d'enfance...

Quelques instants fugaces d'une mémoire qui passe, de ces moments importants que sont ceux d'autrefois. Au final, c'est toujours vers eux que je repars, en pensée... Sans racines, on ne tient pas debout. Ce doit être ça, l'explication : Il faut rester debout à tout prix.

Je revois son sourire, la pièce où elle passait des heures, soit à cuisiner, soit à regarder la télévision, puis, lorsque nous étions là, à nous servir à boire, découper les demi tartes ou encore garnir des sandwichs pour le souper.

Il y a des odeurs qui ne nous fuient pas, des images qui nous collent à la peau, des sons qui nous rendent sourds au point de figer nos regards dans le vide abyssal de la nostalgie qui s'empare d'un corps tout entier et qui s'éternise, comme cette phrase que j'écris sans pouvoir m'arrêter, car elle coule seule et s'empare, elle aussi, de moi, ne veut pas me quitter... Ouf, elle s'essouffle.

Je revois mémère arriver à la maison avec du beurre, des œufs et des « piquantes », comme elle disait, ces bonbons allongés emballés dans du plastique bleu. Je l'entends dire, devant notre télévision, qu'elle est belle, l'image, chez nous, qu'elle fonctionne bien, la télé... C'est juste que c'était une autre télévision que la sienne, mais elle aimait nous faire un compliment.

Chez elle, je revois ses remises emplies de stocks en tous genres, y compris de denrées périmées, la faute à la guerre, disait-elle. Il y avait le clapier à lapins et ces petites cellules dans lesquelles je cherchais un bébé lapin pour le caresser ; les autres étaient trop grands, trop vifs pour l'enfant que j'étais.

Je revois, dans le fond du clapier, l'espace abritant les poules lors des mauvais jours et pour y pondre. C'était si astucieux d'avoir fait communiquer le poulailler avec la remise des lapins. Je revois l'énorme pied de rhubarbe planté près du tas de fumier, le potager entretenu et garni, le prunier, le pommier et la vaste prairie qui continuait derrière, à perte de vue pour le petit gars que j'étais...

Une foule d'autres souvenirs me reviennent quand je pense à elle, bien sûr. La véranda, un luxe qu'elle s'était offert, qui contrastait avec les WC, lesquels étaient, eux aussi, dehors. La pompe à eau. Les chats, dont un qui avait perdu un œil et qui me faisait peur, nourris au lait dans lequel elle faisait tremper du pain. La remise avec ses énormes fûts emplis de graines pour les poules et de granulés pour les lapins. Ce grand meuble sur lequel il fallait grimper pour atteindre une échelle conduisant à une sorte de grenier que je n'ai jamais osé explorer... J'aurais dû.

Je me souviens aussi de cette manie de mémère qui gardait tous les programmes télé pour mon plus grand bonheur. J'étais — et je suis toujours — un grand fan de Stallone, et je collectionnais toutes les coupures le concernant. Alors, dans les programmes télé de ma grand-mère, j'en trouvais à foison.

Je revois cette petite fenêtre, mal placée, qui donnait sur la chambre où était mort mon grand-père, que je n'ai pas connu. Le lit était toujours là, entouré d'énormes tableaux représentant des scènes bibliques, profondément catholiques. Il y avait aussi la vieille machine à coudre, l'énorme garde-robe, les meubles dissimulés dans le mur derrière une porte, la pièce d'entrée, la plus belle, celle où l'on plaçait les beaux meubles pour impressionner les visiteurs. Ce n'était ni de la prétention ni du faux-semblant chez ma grand-mère, c'était une coutume chez les personnes modestes. Ou plutôt, une habitude.

Elle n'était pas très démonstrative avec moi, mémère. C'était sa pudeur, un éloignement imposé par la force des choses...

Il y avait aussi ces réunions de famille, trop rares. Mes tantes, mes oncles, mes cousines et cousins. C'était autour d'elle que l'on se retrouvait, que l'on riait, que l'on mangeait et que l'on buvait des limonades et du café fort. Tout se terminait par des parties de cartes entre mon père et mes oncles, bien trop bruyantes.

Ce n'est qu'à ces rares occasions que je pouvais revoir mes cousines et cousins, ma marraine, ma tante et mes oncles. Je serai honnête : ma tante, paix à son âme, aimait parler de ses bobos, de ses rendez-vous médicaux, mais pas seulement. Elle aimait aussi les jolies tenues, les plantes, et en parlait avec bien plus de plaisir.

Ma marraine était une dame élégante et sans prétention. J'aimais ce compromis. Elle souriait toujours, parlait avec plaisir, riait avec tout le monde et posait sur moi un regard bienveillant, me glissant parfois en cachette une roulade de saucisson de jambon tandis qu'elle préparait les sandwichs pour aider ma grand-mère,  pour que ma mère ne le voie pas. J'aimais ces gestes secrets entre elle et moi.

Un chemin de souvenirs. Un chemin d'enfance qui sent bon l'été, la tarte à la crème légèrement brunie sur le dessus, la confiture maison, le bon café, sans oublier le pain à l'ancienne.

On peut vieillir, avancer dans la vie, mais il y a un retour en arrière qui est toujours édifiant : celui vers l'enfance, vers nos racines. Vous qui me lisez, une fois couché dans le noir et le secret de vos pensées, n'oubliez jamais de revenir un peu en arrière pour y puiser de la force, de la sagesse, de l'émotion. Tous ça rend bien meilleur les lendemains...








mardi 14 juillet 2026

Le voleur de cahiers de Gianni Solla par Vincent Vallée

 


J'ai enchaîné les lectures ces derniers temps, mais celle-ci, je l'ai terminée en quelques jours à peine.

Le voleur de cahiers, c'est Davide, un « porcher » qui vit dans l'Italie de 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale. Mussolini côtoie Jésus-Christ sur les murs des fascistes et Davide doit supporter un père aveuglé par l'ignorance, par la haine et ce qu'il pense être de la droiture.

À propos de droiture, Davide est handicapé d'une jambe, il boite... Ce qui fait de lui le vilain du village, un endroit si petit où tout se sait, tout se raconte...

Un jour ordinaire, dans une vie ordinaire, trente-six Juifs arrivent à Tora e Piccilli, petit village de la province de Caserte. Ils sont là pour se tenir tranquilles. Parmi eux, Nicolas, un beau jeune homme qui va troubler notre jeune boiteux Davide, qui va s'éprendre du style du jeune Juif et sera troublé par son instruction, son amour des mots. Il éprouvera pour Nicolas une attirance, une sorte d'admiration troublante, jusqu'à tenter de le singer sans conviction...

Et puis, au milieu de ce récit, Teresa, jeune fille amie de Davide, qui va séduire et être séduite, créant la fin d'une innocence, le début d'une jalousie.

La guerre va rattraper nos jeunes protagonistes et il faudra cacher Nicolas. C'est Davide qui s'en chargera, puis plus rien, plus de Nicolas.

Ce roman, c'est l'histoire d'une soif d'apprendre, c'est le refus de sa condition d'ouvrier pauvre et sans instruction. C'est apprendre en forçant le destin au travers de l'instruction de Nicolas et de son père, instituteur.

J'ai été happé par le style de Solla. Je remarque que j'aime les romans écrits par des auteurs italiens... Cependant, la dernière partie du roman m'a moins plu. Basée sur une histoire vraie, cependant, j'ai été un peu désarçonné par une forme d'inversion des rôles. J'ai eu le sentiment d'une précipitation pour terminer le roman, non pas de le bâcler, mais la tournure est quelque peu étrange.

Mais j'ai dévoré les pages et l'ai terminé très vite, preuve de la qualité de l'histoire que je recommande absolument !



jeudi 9 juillet 2026

Nomades du nord de James Oliver Curwood par Vincent Vallée

Cette chronique de Nomades du Nord de James Oliver Curwood sera semblable aux autres que j'ai déjà rédigées, car je suis sous le charme de la plume de cet auteur.

Ce que j'aime chez Curwood, c'est sa repentance au travers de l'écrit, lui, l'ex-chasseur.

Nous partons à la rencontre du chien Miki et de l'ourson Nioua. Rien ne semble aller dans cette association, et pourtant... Curwood nous emmène à la rencontre de ces deux animaux encore petits, innocents et qui vont s'apprivoiser, avec pourtant leurs instincts déjà marqués.

Nioua a perdu sa maman, certes âgée, et c'est le propriétaire de Miki, auteur de la mort de cette dernière, qui va s'en vouloir et recueillir l'ourson.

Au-delà d'une simple histoire, il est ici question de l'amitié au sens large, car oui, on peut être très différents et amis au-delà de tout, au-delà des barrières ; chacun d'entre nous pourra s'y retrouver, s'y reconnaître.

Parfois, au cœur d'une amitié, on peut s'éloigner, comme Nioua qui va hiberner et laisser son ami Miki seul et dépourvu. Ce dernier va devoir se débrouiller seul alors qu'il était déjà livré à lui-même avec son ami ourson.

La nature s'impose toujours et c'est pour plusieurs semaines que Nioua va s'endormir. Miki va patienter, mais devra s'éloigner et vivre une vie féroce, dure, cruelle qui le rendra, à son tour, cruel et féroce.

Ce n'est pas mon roman favori de Curwood, mais j'ai beaucoup aimé.

Chasseurs de loups reste sur la première marche.

Je précise que j'ai lu une version de 1978, illustrée, et que je déplore de ne pas l'avoir trouvée dans un format plus actuel. Un tel écrivain devrait être mis en avant, comme l'a fait la maison d'édition Éditions duTriomphe avec deux ouvrages de l'écrivain.