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dimanche 1 mars 2026

Vivre en Palestine. Billet d’humeur du romancier Vincent Vallée

 





Vivre en Palestine

 

Billet d’humeur du romancier Vincent Vallée

 

Parler de la Palestine aujourd’hui, c’est parler d’un peuple qu’on empêche encore de respirer

La région appelée Palestine correspond historiquement à une bande de terre si minime à l’échelle mondiale, entre la Méditerranée et le Jourdain, englobant aujourd’hui Israël, la Cisjordanie et Gaza.

Terre de Canaan dans l’Antiquité, dans le texte de la Bible, le pays de Canaan est la « Terre promise » aux Hébreux par leur dieu Yahweh à l'époque du patriarche Abraham. Elle a vu se succéder de nombreux peuples : Hébreux, Philistins, Romains, Byzantins, Arabes, Ottomans… La mention de la Terre de Canaan relève à la fois du récit biblique et de l’histoire, mais il est essentiel de ne pas les confondre.

Autrement dit :

la promesse divine appartient au registre de la foi et du mythe fondateur ;

la réalité géographique et humaine de Canaan, ainsi que la pluralité des peuples qui s’y sont succédé, relèvent de l’histoire.

Préciser cette distinction n’enlève rien à la légitimité des croyances religieuses ; cela permet simplement de clarifier ce qui relève du récit spirituel et ce qui relève du savoir historique.

 

C’est une terre sainte pour les juifs, les chrétiens et les musulmans. Et pour les athées, c’est un fait que toute personne intelligence respecte, laissant de côté le scepticisme propre à tout athée digne de ce nom.

Jérusalem est le cœur spirituel de la Palestine.

Fin du XIXᵉ siècle : montée du sionisme, mouvement politique et culturel visant à créer un foyer national juif, né à la fois des persécutions antisémites en Europe, du contexte des nationalismes modernes et d’une volonté de renaissance identitaire juive.

Après la Première Guerre mondiale, la Palestine passe sous mandat britannique.

En 1947, l’ONU vote un plan de partage :

    • un État juif,
    • un État arabe,
    • Jérusalem sous statut international.

Les dirigeants arabes refusent le plan, estimant qu’il spolie les habitants palestiniens. Était-ce la première erreur ?

Le 14 mai 1948, Gourion (premier ministre d’Israël) proclame l’État d’Israël.

Le lendemain, les pays arabes voisins attaquent. Seconde erreur ? Demandons-nous juste une seconde ce que nous ferions nous, si on nous annonçait une descente de voyous qui veulent occuper nos propriétés ? Fermerions-nous nos portes et fenêtres ?

Israël l’emporte et étend son territoire au-delà des frontières prévues par l’ONU. Colonisation ? Il semble que les USA ont inspiré les différents gouvernements juifs…

Plus de 700 000 Palestiniens fuient ou sont expulsés de chez eux : c’est la Nakba (« catastrophe » en arabe).

1967 – Guerre des Six Jours : Israël occupe la Cisjordanie, Gaza, le Golan syrien et le Sinaï égyptien. Est-ce une des multiples réponses d’Israël à la crainte des Palestiniens d’être envahis ? Ne dit-on pas que la meilleure défense c’est l’attaque ?

Les territoires cités plus haut deviendront, malgré eux, le cœur du conflit :

Les Palestiniens réclament un État sur ces terres. Sous les bombes, face à la force, la menace, ils plient, mais ne baissent jamais la tête !

Israël y installe progressivement des colonies juives, jugées illégales par l’ONU. Pourtant… Ils ont continué.

 

1964 : création de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) dirigée par Yasser Arafat.

Objectif initial : libérer la Palestine « par la lutte armée ».

1987 : première Intifada (soulèvement).

1993 : Accords d’Oslo : La célèbre poignée de main entre Arafat et Yitzhak Rabin, reconnaissance mutuelle, promesse d’un État palestinien… qui ne verra jamais le jour. Pourquoi ? Parce que les accords d’Oslo ont été fragilisés par les violences des deux camps, l’absence de consensus politique durable, la poursuite de la colonisation, les divisions palestiniennes internes et l’assassinat de Yitzhak Rabin, mettant fin à toute dynamique de confiance. Oui, toutes les belles images ne racontent qu’une histoire, la vie n’est pas un roman photo !

2000 : deuxième Intifada après l’échec des négociations de Camp David (Résidence de vacances des présidents américains, à l’époque Jimmy Carter).

2005 : Israël se retire de Gaza, mais impose ensuite un blocus terrestre, aérien et maritime. Était-ce ce qu’ils pouvaient (les Palestiniens) espérer de moins pire pour leur peuple ?

2006 : le mouvement islamiste Hamas remporte les élections palestiniennes, puis prend le contrôle total de Gaza en 2007. C’est ce qui me pose un cas de conscience… Un peuple opprimé est-il contraint de « pourrir » de l’intérieur, comme le ver dans/pour la pomme ?

Depuis, deux autorités sont rivales :

  • Hamas à Gaza.
  • Autorité palestinienne en Cisjordanie. Et de se demander pourquoi ne pas avoir chassé, fait la guerre au Hamas… Peut-être d’une part parce qu’ils ont gagné les élections ? Non. Car le Fatah a tenté de le faire mais à du faire face à une guerre sanglante, des pertes inouïes. Ils ont adopté rapidement la diplomatie et se sont repliés en Cisjordanie. Les USA n’ont pas reconnu la victoire aux élections du Hamas.

Plusieurs guerres opposent Israël et le Hamas (2008, 2014, 2021, 2023, 2024…).

Chaque cycle de violence entraîne des milliers de morts civils à Gaza.

Les Palestiniens vivent aujourd’hui sous occupation en Cisjordanie et sous blocus à Gaza (pénurie d’eau, d’électricité, d’accès médical).

Voilà pour la trame historique de la Palestine, sa vie (survie) et son sort.

 

Ce qui me préoccupe aujourd’hui en Palestine

 

Je viens de terminer le roman de Rachid Benzine, et l’ai chroniqué sur mon blog, rendez-lui visite ici : https://lesmotsricochent.blogspot.com/2025/11/lhomme-qui-lisait-des-livres-de-rachid.html

Ce roman, au-delà d’être une histoire, raconte l’Histoire, celle avec un grand H. Et j’ai récemment entendu Michel Collon dire que ce n’est que par les livres que l’on s’en sortira. Livres de théories, livres d’informations ou simples romans par ailleurs.

Mon avis de romancier est que l’Histoire, celle avec un grand H est plus importante que le présent. Oui à « Carpe Diem » mais surtout, sachez que sans l’Histoire, pas d’« Aujourd’hui » possible.

Le futur, celui que l’on veut pour nous, nos enfants, nos petits enfants ne pourra être beau et paisible que si l’on se base sur l’Histoire pour construire un « Aujourd’hui » solide qui permettra un « Demain » fiable et fort. Serein… Ce n’est qu’ainsi chers lecteurs/lectrices que nous pourrons nous en aller en paix, un jour, le plus tard possible.

À Gaza ? En Palestine plus largement, et partout ailleurs où l’argent déclenche les guerres, l’aspiration aux terres des autres avec ses richesses, font des victimes mais aussi, elles radicalisent les esprits des enfants ! Oui, ces enfants voient leur terre volée, leurs familles décimées, leur enfance privée, kidnappée. Dès lors, comment leur en vouloir une fois adulte, de partir à la dérive, d’avoir soif de vengeance, de justice ? Dans le roman de Rachid Benzine c’est justement cela qui m’a permis de comprendre que tout est là: Les enfants. Benzine raconte la tyrannie Israélienne de ses grands-parents jusqu’au libraire qui raconte son histoire à un photographe qui désirait juste capturer une image « forte ». Et le libraire Palestinien d’interpeller le photographe pour lui dire que derrière chaque image/photo, sa cache une histoire. Un roman c’est cela mes amis, c’est une photo de l’Histoire qui vous permettra de mieux comprendre, mieux juger. Mettons des livres entre les mains de nos enfants ! Lisons devant eux ! Quelle autre meilleure façon d’éduquer ses enfants que par l’exemple ? Croyez-moi, ça fonctionne !

jeudi 18 décembre 2025

Le Journal d’un prisonnier, de Nicolas Sarkozy – lecture et analyse par Vincent Vallée

 




Le Journal d’un prisonnier, de Nicolas Sarkozy – lecture et analyse par Vincent Vallée

 

Pourquoi lire le dernier ouvrage de l’ancien président Nicolas Sarkozy?

 

La curiosité a été la plus forte. En tant que romancier depuis plus de seize ans, je mesure ce que représente l’écriture d’un livre: un temps long, une discipline, une énergie constante. Même enfermé vingt-trois heures sur vingt-quatre, je doute de pouvoir produire, en trois semaines, un texte de cette ampleur manuscrit de surcroît. Il serait donc naïf de nier lintervention active de la maison Fayard. Mais après tout, cest aussi le rôle dun éditeur: accompagner, structurer, corriger, mettre en forme.

 

À la découverte du titre, ma première réaction a été une certaine réserve: Le Journal dun prisonnier sonne immédiatement très fort, peut-être trop. Doù un second sentiment, plus diffus: celui dune possible déconnexion entre certaines élites et la réalité vécue par «ceux den bas». Je me compte moi-même parmi ces derniers, sans intention péjorative. Pourtant, la curiosité la emporté. Vingt euros plus tard, le livre était entre mes mains.

 

Nicolas Sarkozy y raconte ce qui l’a conduit – selon ses propres mots – à une «descente aux enfers»: son incarcération à la prison de la Santé. Certains lecteurs espéraient y trouver une repentance; ils y liront plutôt une série de confessions maîtrisées. Lancien président évoque son rapport au luxe sans jamais vraiment le nommer, tout en décrivant un univers carcéral quil juge gris, bruyant, hostile, sinistre. Il reconnaît dailleurs explicitement que la situation est bien pire pour nombre dautres détenus et qu’il en a pleinement conscience.

 

Sur le fond judiciaire, Nicolas Sarkozy affirme son innocence. Juridiquement, et tant que les procédures ne sont pas définitivement closes, il bénéficie encore de la présomption d’innocence pour l’affaire qui l’a conduit en prison. Il revient sur ce dossier, mais sans s’y attarder longuement. Il répète – avec une ténacité qui lui est propre – qu’il n’a rien à se reprocher. Il s’appuie notamment sur l’expression «probablement faux», utilisée par la juridiction à propos dun document publié par Mediapart, censé étayer l’hypothèse d’un financement libyen de sa campagne de 2007. Sarkozy souligne que, lors de la dernière audience, plusieurs chefs d’accusation ont été écartés: pas de financement établi, donc pas de complicité ni de détournement de fonds.

 

Rappelons toutefois les éléments factuels, indépendamment du récit de l’auteur:

 

Condamnation

– Association de malfaiteurs dans le cadre d’une tentative de financement libyen de la campagne présidentielle de 2007 (cinq ans de prison, peine en cours d’appel).

 

Relaxes / chefs non retenus dans ce dossier

– Corruption, détournement ou mésusage de fonds libyens, financement illégal de campagne.

 

Autres condamnations antérieures (affaires distinctes)

– Affaire des écoutes (corruption et trafic d’influence).

– Affaire Bygmalion.

 

Une question demeure, et elle dépasse largement la personne de Nicolas Sarkozy: comment comprendre quune condamnation subsiste lorsque plusieurs chefs daccusation sont écartés? Comment interpréter le rôle dun document jugé «probablement faux» dans le déclenchement dune enquête, et pourquoi ce faux na-t-il pas, à son tour, fait lobjet dinvestigations approfondies? En mettant de côté les passions que suscite Sarkozy entre rejet viscéral et soutien fervent , ces interrogations ne sont-elles pas, en elles-mêmes, légitimes?

 

Revenons au récit. Sarkozy décrit son entrée en prison, loin des caméras et de l’agitation médiatique. C’est sans doute là que se situe l’intérêt principal du livre. Voir une figure politique majeure, habituée aux plus hautes fonctions de l’État, quitter brutalement son univers de pouvoir pour rejoindre un lieu que personne ne souhaite connaître: la prison. Il est passé par la mairie, les ministères, l’Élysée. Le contraste est violent.

 

Il décrit avec précision le quotidien carcéral: le lit dur «comme une table», la fenêtre grillagée, le mobilier fixé au sol, le miroir placé bas en raison dune cellule adaptée aux personnes à mobilité réduite, la salle de sport confinée, le tapis de course mécanique, le bruit incessant, les cris nocturnes, les bagarres, les alertes. Une description sobre, sans lyrisme excessif, mais efficace.

 

À ce titre, la comparaison avec Dostoïevski s’impose presque d’elle-même. Dans Souvenirs de la maison des morts, l’écrivain russe explorait la prison comme un lieu de déshumanisation mais aussi de révélations morales. Sarkozy, bien sûr, n’est ni Dostoïevski ni un forçat sibérien du XIX siècle. Son expérience est plus courte, plus protégée, plus consciente de ses privilèges. Et il le reconnaît.

 

Il admet bénéficier d’un traitement particulier et dit éprouver de la compassion pour les autres détenus. Il raconte notamment une nuit entière passée à entendre un évadé, rapidement repris, hurler, pleurer, se lamenter. Il confesse avoir ressenti une profonde tristesse face à la détresse de cet homme, sans même connaître les faits qui l’avaient conduit là.

 

C’est sans doute dans ces moments-là que le livre trouve sa justesse: lorsque le politique sefface brièvement au profit dun homme confronté, comme tant dautres avant lui, à lenfermement et à la perte brutale de repères.

Mais là encore, prenons de la distance afin d’éviter toute caricature et de ne pas heurter inutilement les détracteurs de Nicolas Sarkozy. Par la force des choses, l’homme a longtemps été déconnecté de la réalité ordinaire, au même titre qu’une vedette de la chanson, du cinéma ou toute autre personnalité politique de premier plan. Il ne s’agit ni de l’excuser ni de l’accabler, mais de tenter une analyse à hauteur d’homme, sans injure ni haine, et sans ces jeux de mots faciles qui tiennent davantage de la raillerie que de la réflexion.

J’avoue toutefois avoir souri devant certaines caricatures circulant en ligne — notamment celle représentant le sommet de la chevelure de Nicolas Sarkozy dépassant à peine de son plateau à la cantine. Parenthèse refermée : ce sourire n’est pas une moquerie revendiquée, mais le rappel que l’humour existe aussi comme soupape collective. Pour le reste, je ne céderai ni à l’insulte ni à sa complaisance. Ce serait me rabaisser, et je n’en vois ni l’intérêt ni la nécessité.

Le premier échange autour de ce livre sur ma page Facebook a suscité un nombre de réactions qui m’a surpris. Cela m’a conduit à m’interroger sur la manière même de chroniquer cet ouvrage. J’essaie ici d’être juste et impartial. Il s’agit d’une critique littéraire, non d’un manifeste politique, encore moins d’une entreprise de réhabilitation ou de condamnation anticipée. Ce livre n’efface rien, pas plus qu’il ne préjuge de l’issue définitive des procédures judiciaires en cours, lesquelles pourraient, le cas échéant, s’ajouter aux condamnations déjà prononcées.

Je n’ai, par ailleurs, jamais compris — ni admis — l’intervention militaire française en Libye sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Le chaos durable dans lequel le pays est plongé depuis lors interroge nécessairement les responsabilités politiques de l’époque. Dès lors, les hypothèses abondent : Sarkozy serait-il victime d’un complot, d’un acharnement judiciaire, d’une vengeance dont les acteurs resteraient dans l’ombre ? Paierait-il aujourd’hui les conséquences de décisions prises hier, ici ou ailleurs ? Faut-il invoquer le karma, une cabale, une vendetta ? Toutes ces questions peuvent être posées. Aucune ne s’impose comme une évidence. Libre à chacun de se forger son opinion.

Ce qui m’a véritablement intéressé dans Le Journal d’un prisonnier, c’est moins le nom de son auteur que la situation qu’il décrit : celle d’un homme puissant, habitué à un monde où tout est accessible, où le confort est la norme, projeté brutalement dans l’univers carcéral. Peu importe, au fond, qu’il s’appelle Nicolas Sarkozy ; ce qui compte, c’est ce déplacement radical, même si l’auteur demeure — et il le reconnaît lui-même — un détenu privilégié.

Je reste toutefois conscient des limites du récit. Sarkozy force parfois le trait, accentue certains aspects, et demeure, malgré ses efforts, partiellement déconnecté de ce que vivent la majorité des détenus ordinaires. Cette distance affleure régulièrement dans le texte et en constitue, paradoxalement, à la fois la faiblesse et l’intérêt : elle rappelle que l’expérience racontée n’est ni universelle ni transposable, mais située, subjective, façonnée par une trajectoire hors norme.

Merci de m’avoir lu.

 

©Vincent Vallée, romancier.

https://vincentvallee.blogspot.com/

mardi 21 octobre 2025

Nicolas Sarkozy, condamné. Coupable ?

 

Nicolas Sarkozy, condamné. Coupable ?

 

Billet d’humeur du romancier Vincent Vallée

 


Une condamnation qui interroge

 

Nicolas Sarkozy a été condamné à cinq ans de prison, dont une partie ferme, pour association de malfaiteurs dans l’affaire du financement libyen.

Décidément, la Libye reste pour lui une épine dans le pied.

 

En 2011, il avait contribué à faire tomber un régime, comme les Américains l’avaient fait en Irak : au nom de la démocratie, mais au prix du chaos.

Aujourd’hui, c’est peut-être ce passé-là qui le rattrape.

 

Guerre, argent, influence, pouvoir ; autant de mots qui s’entremêlent dans ce dossier où tout semble flou, sauf les conséquences : un pays détruit, une population livrée à elle-même, des enfants qui paient encore les erreurs des adultes.

 

Et si, au fond, Sarkozy payait symboliquement le prix de cette chute, celle de Kadhafi d’abord, puis la sienne ?

Après de multiples convocations, comparutions et recours, puis la pose d’un bracelet électronique, la sentence est tombée : prison ferme pour un ancien président de la République.

 

Et la justice de mettre sous les verrous – certes dorés – celui qui fut chef de l’État.

Bien entendu, la justice est indépendante.

Mais dans ce cas précis, peut-on réellement parler d’impartialité lorsque la présidente du tribunal, Nathalie Gavarino, avait, dix ans plus tôt, manifesté contre la politique du prévenu ?

Un article d’Europe1 rappelait qu’en 2011, alors représentante du syndicat Union Syndicale des Magistrats à Nice, elle avait pris part à une manifestation dénonçant la politique sécuritaire du président Sarkozy.

Des soupçons sans preuve

 

Il lui est reproché d’avoir reçu du régime libyen jusqu’à 50 millions d’euros, alors qu’une campagne présidentielle dite « classique » nécessite environ 20 millions pour être correctement financée.

Cependant, le tribunal a reconnu qu’aucune preuve directe n’établissait que Sarkozy ou ses collaborateurs aient reçu cet argent.

Aucun virement. Aucune valise. Rien.

 

Et pourtant, la condamnation tombe : cinq ans de prison.

Sur la base de quoi ? De présomptions ? De soupçons ?

Un tribunal peut-il enfermer un homme, fût-il ex-président, sur la seule foi de probabilités ?

La justice ne devrait-elle pas relaxer lorsqu’elle ne peut prouver ?

 

Chacun restera libre de croire en la culpabilité de Nicolas Sarkozy.

Surtout celles et ceux qui voient un lien de cause à effet entre sa chute et celle du dictateur Kadhafi, il n’y a pas de fumée sans feu, dit-on. Et, depuis quelque temps, ça fume beaucoup autour de l’ancien président français…

 

Il faut s’interroger, et je m’interroge moi-même, quand bien même j’admire l’orateur, la bête politique qu’il fut, et sa force de persuasion.

Serait-ce justement cette force, cette capacité à convaincre et à séduire, qui pousse certains à douter de sa sincérité ? Ou bien, au contraire, est-ce ce charisme qui nourrit l’acharnement judiciaire dont il ferait l’objet ?

 

Mais, factuellement, il reste difficile d’ignorer que le dossier demeure fragile, et que le principe de présomption d’innocence en sort sérieusement ébranlé.

 


Témoins contradictoires et rumeurs persistantes


En 2016, Ziad Takieddine, homme d’affaires franco-libanais, avait déclaré avoir « remis jusqu’à cinq millions d’euros en espèces depuis Tripoli à Sarkozy et à son chef de cabinet ».

Pourtant, en 2020, il est revenu sur ses propos, parlant d’une erreur et retirant ses accusations.

Un revirement spectaculaire, qui aurait dû fragiliser le dossier.

Pourquoi, dès lors, continuer à s’appuyer sur les déclarations d’un témoin aussi contradictoire et instable ?

 

La presse, la justice et la vérité

 

En 2012, le site Mediapart publiait un document présenté comme émanant des services libyens, affirmant que Kadhafi avait accepté de financer la campagne de Sarkozy à hauteur de 50 millions d’euros.

Sarkozy a crié au faux.

Des expertises ont suivi.

Résultat : le document présentait « les caractéristiques d’un écrit officiel », mais aucune preuve du versement des fonds n’a jamais été apportée.

 

« Ce n’était pas un faux, mais ce n’était pas non plus une preuve. »

Entre ces deux vérités, l’opinion se perd.

 

L’homme derrière le procès

 

Sarkozy reste une figure forte, charismatique, clivante sans doute, mais indéniablement capable.

Il affirme, avec ce ton qui n’appartient qu’à lui, qu’il n’avouera jamais ce dont il n’est pas coupable.

Amoureux des mots et des livres, il emporte avec lui deux volumes symboliques : une biographie de Jésus et Le Comte de Monte-Cristo – deux figures de condamnés injustement accusés, et qui finissent par revenir plus forts.

 

Dans une émission littéraire, il confiait son admiration pour Céline, et notamment pour Voyage au bout de la nuit, que je vous invite à lire ou relire.

Son ouvrage Promenades, que j’ai particulièrement apprécié, partage cette même passion pour la culture, librement, sans arrogance.

Orateur redoutable, esprit vif, il reste l’un des rares politiques français capables de captiver, de provoquer, d’émouvoir même.

 

Et maintenant ?

 

Un homme, fût-il ancien président, ne reste-t-il pas un justiciable comme un autre ?

Faute de preuve, devait-il être condamné ?

La justice, avec si peu d’éléments tangibles – un témoin contradictoire, un document contesté, aucun fonds retrouvé, n’aurait-elle pas dû prononcer un non-lieu ?

A-t-elle voulu aller trop loin pour préserver son image ?

Ou bien la presse, à force d’enquête, a-t-elle fini par influencer la balance ?

 

Et si, un jour, une autre vérité éclatait ?

 




©Vincent Vallée

https://vincentvallee.blogspot.com