vendredi 17 janvier 2025
Vous parler de mon fils de Philippe Besson par Vincent Vallée
mercredi 15 janvier 2025
Le corps de Stephen King par Vincent Vallée
J'ai entendu ou lu qu'un homme passe sa vie à chercher l'enfant qui est en lui, mais aussi qu'un homme à accompli tous ses rêves avant 17 ans mais ne le sait pas...
J'y crois, et cette nouvelle du King ne dément pas ces citations. Une nouvelle adaptée au cinéma avec River Phoenix entre autres dans "Stand by me". Avant de vous faire mon compte rendu je précise avoir appris que cette nouvelle est la plus autobiographique du King, Gordon Lachance (Gordie) c'est lui même, Stephen King, et cette histoire ce sont ses souvenirs d'enfance, celle qu'il passe sa vie à chercher...
Gordon Lachance écrit en quelque sorte les mémoires de son enfance ou du moins l'épisode qui le marquera à vie. Gordie est privé de son frère depuis quelques mois à peine, mort dans un accident, quand nous faisons sa connaissance. Il aime traîner avec ce que ses parents appellent des "ratés". Il y a Teddy, le pote un peu déjanté, pas net qui, en réalité, est le fils d'un vétéran qui a laissé ses neurones au champs de bataille. Pour preuve, l'oreille cramée de Teddy sur le poêle brulant dans une des crises de boissons de son paternel. Teddy est bigleux aussi, ça n'arrange rien... Ensuite il y a Vern, le plus couillon des quatre, le moins audacieux dirons nous, Gordie le narrateur, le plus calme, posé qui aime écrire des histoires et les raconter à ses potes qui l'écoutent bouche grande ouverte. Et pour terminer Chris, le plus dur, le meneur qui vit dans un contexte plus lugubre, avec un père ivre la plupart du temps, un frère en prison, un autre pas bien loin d'y aller... Chris est le plus proche de Gordie.
Un beau jour, en cherchant son pot de monnaie sous la véranda, Vern va entendre son frangin parler du cadavre d'un gosse porté disparu depuis quelques jours, il serait dans les bois, ou pas bien loin de la voie ferrée à 50 km de Kastelrock. Vern va vite rejoindre ses trois potes dans la cabane qu'ils ont construites dans un arbre, leur repère, et raconter ce qu'il vient d'apprendre. Aussitôt, les quatre potes vont tomber d'accord et partir à la recherche du corps de Brower, le gamin porté disparu et se mettre en tête de le ramener afin de faire la UNE des journaux !
C'est au travers d'une balade de 50 km que nous allons mieux découvrir la complicité, l'amitié entre les quatre amis. Ils feront la connaissance de Chopper, le chien monstrueux qui garde la casse où ils vont se ravitailler en eau. "Chopper choppe les !"
Ils vont devoir faire face à la folie de Teddy difficile à contrôler parfois. Se retrouver sur une voie ferrée sur un pont enjambant une rivière et fuir un train à leur trousses et tant d'autres aventures avant de retrouver le corps ?
Ce qui est le plus frappant, marquant, c'est la différence sociale qu'on comprends entre Gordie et ses amis, surtout Chris qui est son meilleur ami. On sent que Chris aide Gordie sans le savoir, à surmonter la mort de son frère aîné. Au travers de sa différence sociale comme on dit, Chris est très conscient de ses limites à l'école et de son contexte familial et va souvent être celui qui va conseiller Gordie. Comme l'aurait fait le frère de Gordie...
Stephen King a écrit là une pépite, ses mémoires d'ado et s'est fait plaisir on le ressent. C'est le Gordie adulte et devenu écrivain qui écrit son histoire et celle d'un week-end à la recherche d'un corps, celui d'un gamin de leur âge, sûrement percuté par un train.
Je ne peux vous quitter sans vous partager quelques passages de cette nouvelle magnifique :
"Mes couilles sont remontées si haut que je croyais qu’elles voulaient rentrer à la maison".
"Les autres enviaient ma façon de battre, et tous ceux que je connaissais m’avaient demandé de le leur montrer… sauf Chris. Je suppose qu’il était le seul à comprendre que c’était comme de distribuer des morceaux de Dennis, et j’en avais si peu que je ne pouvais pas me permettre de les donner."
"Nous nous sommes regardés dans les yeux un instant, y voyant certaines de ces choses qui font les vrais amis."
"Tout était là, autour de nous. Nous savions exactement qui nous étions et où nous allions. C’était génial."
"Me voilà essayant de revoir cette époque à travers un clavier d’IBM, de me rappeler le meilleur et le pire de cet été vert et brun, et je peux presque sentir le garçon maigre, couvert d’éraflures, encore enfoui dans ce corps vieillissant, entendre à nouveau les chansons et les bruits."
"Ouh, merci papa. – Putain, je voudrais bien être ton père ! » Chris était en colère. « Tu ne parlerais pas un peu partout de t’inscrire à ces conneries de cours de commerce si je l’étais ! C’est comme si Dieu t’avait fait un don, toutes ces histoires que tu peux inventer, et qu’il t’avait dit : Voilà ce qu’on a pour toi, môme. Essaye de ne pas le perdre. Mais les mômes perdent n’importe quoi quand il n’y a pas quelqu’un pour veiller sur eux, et si tes parents sont trop baisés pour le faire alors ça devrait peut-être être moi. »
"On écrit des histoires pour une seule raison, pour comprendre son passé et se préparer à une mortalité future."
"Les choses les plus importantes sont les plus difficiles à dire."
"Il avait pu mourir tout simplement parce qu’il avait trop peur pour continuer à vivre."
jeudi 9 janvier 2025
Le singe suivi du Chenal de Stephen King par Vincent Vallée
L'année a débuté sous de bons auspices, avec Stephen King et deux de ses nouvelles à découvrir. J'ai toujours eu un faible pour ses récits courts ! Cette fois-ci, c'est à travers un jouet, un singe, que King parvient à nous plonger dans l'angoisse.
Hal se débarrasse de ce jouet, ce singe qui, une fois ses cymbales frappées, préfigure le désastre... C'est dans le grenier de son enfance qu'il a découvert ce jouet maléfique. De retour dans la maison familiale, le jouet, disparu et apparemment perdu au fond d'un puits, est retrouvé par le fils de Hal. Et la malédiction reprend alors son cours...
En revanche, "Le chenal" m'a moins convaincu. King, dans son ouvrage "Écriture", affirme qu'il ne faut pas sous-estimer le lecteur et conseille de réduire de 10 % les détails superflus d'un texte. Pourtant, dans "Le chenal", il semble faire tout le contraire. Ce récit évoque la fin de vie de Stella, qui, après avoir passé plus de 90 ans d'un côté du chenal, réalise qu'elle n'a jamais exploré l'autre rive. Lorsqu'elle décide enfin de franchir le pas, c'est pour le faire de manière déterminée...
Le récit est long et trop riche en descriptions, donnant l'impression d'entrer dans une histoire au milieu de son développement. C'est ma première déception avec King, il fallait bien qu'elle arrive un jour, n'est-ce pas ?
mardi 31 décembre 2024
Le merveilleux voyage de Nils Holgersson de Selma Lagerlöf par Vincent Vallée
mardi 26 novembre 2024
Jacaranda de Gaël Faye par Vincent Vallée
mercredi 30 octobre 2024
L'invention d'un visage de Mathieu Laca par Vincent Vallée
Dans son premier roman captivant, "L'invention d'un visage", Mathieu Laca nous invite à explorer les méandres de l'identité et de la perception à travers les yeux d'Antoine, un jeune homme dont la vie bascule à la suite d’un accident de voiture. Cette tragédie le laisse avec un étrange héritage : la prosopagnosie, un trouble neurologique qui l’empêche de reconnaître les visages. Ce défi le propulse dans une quête artistique et introspective, marquée par la nécessité de reconstruire des liens avec le monde qui l’entoure.
Antoine, étudiant en arts visuels, se tourne vers la création de portraits dans l’espoir de surmonter son handicap. Ce projet devient alors un moyen de redécouvrir non seulement les autres, mais également lui-même. À mesure qu’il peint, il commence à tisser des récits de vie, cherchant à capturer l’essence de ceux qu’il ne peut reconnaître. Laca réussit à donner vie à cette démarche à travers une prose riche et évocatrice, qui souligne la profondeur émotionnelle de chaque rencontre.
L'auteur, déjà reconnu pour son talent pictural, ne se limite pas à une simple narration réaliste. Il infuse son récit d’éléments historiques, fantastiques, romantiques et même érotiques, qui viennent étoffer le parcours d’Antoine sans jamais altérer la force de son message. Ces envolées, loin d’être des distractions, enrichissent le texte en offrant des perspectives nouvelles sur l’art et son pouvoir de transformation. La peinture se révèle ainsi être un langage universel qui transcende les maux et les incompréhensions.
L’écriture de Laca est parsemée de symboles puissants et d’images frappantes, créant un univers où chaque mot résonne avec une intensité particulière. Les échos et les mises en abyme qu’il évoque nous rappellent que l'identité humaine est complexe et mouvante, tout comme l’art, qui sert de miroir à nos profondeurs. En explorant le thème de la reconnaissance, le roman soulève des questions essentielles sur l’acceptation de soi et des autres.
En définitive, "L'invention d'un visage" est bien plus qu’un simple récit sur un jeune homme en quête de sens. C’est un hommage poignant à la résilience de l’esprit humain et à la capacité de l’art à guérir les blessures invisibles. Mathieu Laca, avec sa plume lyrique et fertile, nous rappelle que même dans les moments les plus sombres, l’art peut être une lumière salvatrice.
Une œuvre incontournable pour quiconque s’interroge sur le lien profond entre la création artistique et notre humanité, "L'invention d'un visage" se révèle être une lecture touchante et mémorable, laissant une empreinte durable dans l’esprit du lecteur.
Pour vous procurer le roman :











