Anne d’Avonlea est une suite calme, logique et posée du premier tome. Après l’arrivée de la petite orpheline, adoptée par erreur chez les Cuthbert, nous retrouvons une Anne Shirley plus mûre. Depuis la mort de Matthew, quelque chose s’est installé en elle : davantage de retenue, plus de solidité, bien qu’elle demeure une grande rêveuse. Ses allées et venues au cimetière pour fleurir la tombe du brave Matthew sont particulièrement touchantes.
Une différence m’a frappé : Anne parle moins, s’épanche moins. Elle n’est plus la petite fille débordante du premier tome. Son imaginaire reste intact, mais il s’exprime avec davantage de mesure.
Dans cet opus, Anne devient institutrice et renonce à l’université pour rester auprès de Marilla, dont la vue décline. C’est aux Pignons verts qu’elle entre dans la vie adulte du haut de ses dix-sept ans. Le décor demeure presque inchangé : la belle île du Prince-Édouard, toujours aussi charmante, avec ses paysages féériques et son rythme apaisé, si ce n’est un orage mémorable pour ses habitants. Avonlea s’anime toutefois différemment : Anne, Diana, Gilbert et quelques autres créent une association d’amélioration du village, non sans quelques surprises cocasses.
Une autre surprise marque ce tome : l’arrivée de deux jeunes pensionnaires aux Pignons verts… Je n’en dis pas davantage.
Ce deuxième volume est, comme annoncé, plus calme. Peu de bouleversements, pas de grandes révolutions. Montgomery privilégie la continuité à l’intensité dramatique. Certains dialogues m’ont semblé un peu trop « fleur bleue », le mot « romantique » revenant parfois à l’excès, surtout dans les derniers chapitres. Ce romantisme, charmant dans l’enfance d’Anne, entre parfois en tension avec sa maturation. Mais il faut se souvenir qu’il s’agit d’une saga jeunesse écrite au XIXᵉ siècle : cette sensibilité appartient pleinement au style de l’auteure et à son époque.
Rien n’est déplaisant, mais ce tome agit davantage comme une transition : de l’adoption d’une enfant vers l’installation d’une jeune femme dans le monde adulte, avec en perspective un départ imminent de l’île.
Ces romans apportent une véritable évasion. Ils rappellent un vocabulaire que nous utilisons de moins en moins. Sous la plume de Montgomery, certes traduite en un français soigné et élégant, la langue est à l’honneur. Anne reste attachante, parfois trop rêveuse, mais dans un monde où tout va trop vite, ce coup de frein littéraire demeure un bienfait non négligeable.
Pour cette lecture, j’ai utilisé trois supports : le livre papier, la liseuse et le livre audio.
Je constate qu’il s’agit de trois expériences bien distinctes. Rien ne remplace, à mes yeux, le livre papier pour savourer pleinement la langue et les nuances. La liseuse en est un allié pratique, moderne, presque un compromis efficace. Quant au livre audio, il permet d’avancer lorsque le temps manque ou lorsque les yeux fatiguent, comme ceux de Marilla; il offre une bulle mobile précieuse. Mais il éloigne légèrement de la densité de lecture qu’offre le papier. Chaque support a sa légitimité, et l’essentiel reste de continuer à lire et à s’évader.
On entame le tome trois ?
Bien entendu.
Petite citation du roman que j'ai relevé:
"Qu'il est beau le royaume que l'imagination dévoile"
Cette simple citation résume à elle seule, l'esprit de la plume de Montgomery.
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