lundi 27 avril 2026

Anne au domaine des peupliers de Lucy Maud Montgomery par Vincent Vallée

 


J'ai poursuivi la lecture de la saga de Lucy Maud Montgomery concernant la jeune Anne Shirley. Rappelons qu’Anne, dans le premier tome, est une orpheline adoptée par erreur par la famille Cuthbert, qui désirait un garçon pour les aider à la ferme. Anne est une jeune fille qui parle, parle, et puis qui a des rêves à foison, une imagination débordante qui envahit sa vie, se reflète sur celle des autres, elle rayonne.

Cependant, au fil des romans, je crois que l'idée, le projet de Montgomery s'essouffle... Dans ce tome, par exemple, on découvre les lettres qu’Anne envoie à son promis, le fameux Gilbert. Mais vous ne lirez aucune de ses réponses, Montgomery se focalise sur Anne, que sur Anne.

Aussi, et c'est le plus perturbant, la quantité de personnages qui interviennent dans le roman est incroyable et perd tout lecteur, quand bien même il serait en pleine forme et réveillé pour lire attentivement ! Ça, c'était très, très ennuyeux... On lit donc le roman pour avancer, mais on ne comprend plus rien ou si peu.

Il n'est presque pas question ici de Marilla, qui l'a adoptée, quand bien même Anne revient aux Pignons verts, sa maison d'adoption. Matthew, certes décédé dans les tomes précédents, n'est pas mentionné, oublié, lui qui aimait tant la petite Anne, la protégeait... Non, pas même une pensée.

Autre souci, Anne devient énervante. Elle se mêle d'un peu trop de vies, semble toujours avoir une explication ou une solution à tout, et c'est toujours son intervention qui résout les soucis de celles et ceux qui l'entourent. Elle est agaçante de positivité, pour la résumer rapidement.

Vous l'aurez compris, trop c'est trop. Là, j'ai eu ma dose de positivité et de "gnangnanterie", je vais passer à autre chose et, qui sait, reviendrai au tome 5 un de ces quatre.

lundi 20 avril 2026

La foi. Par Vincent Vallée

 La foi…


Qu’est-ce que la foi, si ce n’est croire aveuglément, avec passion, avec son cœur, presque comme un enfant ?

Quelque chose d’intime. De fragile.

Un secret que l’on garde en soi, comme un refuge.

On pense souvent qu’il faut parler de sa foi, la partager, la défendre.

Je crois qu’elle se protège.

Qu’elle se vit davantage qu’elle ne s’explique.

Car dès qu’on la confie, elle change.

Les autres y déposent leurs mots, leurs doutes, leurs certitudes.

Et peu à peu, ce qui était simple devient confus.

Chacun porte une foi façonnée par son histoire.

Par ses blessures, ses lectures, ses rencontres.

Et vouloir les confronter, c’est parfois les abîmer.

J’ai lu qu’un astronaute de la mission Artémis était devenu croyant après avoir vu la Terre depuis l’espace… mais qu’il refusait d’en parler.

Je comprends ce silence.

Voir notre monde de si loin…

Cette petite sphère perdue dans l’immensité…

Et savoir qu’ici, les hommes s’agitent, se jugent, se divisent, courent après la gloire ou l’argent, souffrent ou oublient de vivre…

Prendre de la hauteur ne donne pas forcément des réponses.

Mais cela change les questions.

Alors on cherche.

On veut comprendre.

On analyse, on compare, on met à l’épreuve.

Mais à force de vouloir expliquer, ne finit-on pas par fragiliser ce que l’on cherche à saisir ?

Les religions ont tenté d’apporter des réponses.

Elles ont donné des repères, des textes, des rites.

Elles ont parfois apaisé, parfois divisé.

Et surtout, elles ont rendu visible ce qui, à l’origine, ne l’était peut-être pas.

Il existe tant de religions.

Toutes portent en elles des figures respectées, des hommes que l’on dit bons : Jésus, Mahomet, Abraham…



Mais chacune raconte à sa manière, interprète, transforme, parfois déforme.

Alors je m’interroge.

Les écrits sont-ils nécessaires pour croire ?

Sont-ils fiables ? Vérifiables ?

Et surtout : sont-ils indispensables ?

Pour certains, oui.

Pour d’autres, non.

Ce qui est certain, c’est que beaucoup de pratiques, de rites, d’habitudes religieuses semblent aujourd’hui davantage issues de constructions humaines que des textes eux-mêmes.

Et cela interroge.

Prenons un exemple simple, presque banal.

Lors de la fête de Noël, on voit des figures religieuses embrasser des représentations : une statue, une figurine…

Un geste chargé de symbole.

Mais sur quelle base ?

Car dans les textes eux-mêmes, certains passages sont sans ambiguïté :

« Tu ne te feras pas d’image taillée…

Tu ne te prosterneras pas devant elles. »



Alors que faut-il comprendre ?

Interprétation ? Tradition ? Habitude ? Besoin humain de rendre visible ce qui ne l’est pas ?

Je ne prétends pas avoir la réponse.

Mais la question mérite d’être posée.

Car au fond, la foi a-t-elle besoin d’être montrée ?

D’être incarnée dans un objet ?

D’être validée par un geste ?

Ou suffit-il de la ressentir ?

Je ne sais pas dire précisément en quoi je crois.

Mais je sais ce que je ressens.

Quand je regarde le monde, j’y vois une forme d’équilibre.

Une précision troublante.

Le corps humain.

Les cycles de la nature.

Le rôle des abeilles.

Les plantes qui soignent.

L’intelligence humaine qui transforme tout cela en médecine, en savoir, en progrès…

Rien ne me prouve qu’il y a un créateur.

Mais tout me donne l’impression qu’il y a du sens.

Et puis il y a ces instants simples.

Une forêt.

Le silence.

Un lever de soleil.

Une fleur qui pousse à travers le béton.

Là, il n’y a plus de débat.

Plus de texte.

Plus de doctrine.

Juste un sentiment.

Alors faut-il nommer cela ?

Choisir une religion ? Une voie ?

Peut-être.

Ou peut-être pas.

Mais une chose me frappe.

Nous vivons sur une terre qui nous donne tout.

Et nous la maltraitons.

Nous polluons, nous détruisons, nous bétonnons.

Comme si tout cela nous était dû.

Et pourtant…

Les arbres continuent de pousser.

Les abeilles de butiner.

La nature de reprendre ses droits.

Même sous le béton, une fleur finit par apparaître.




Fragile, tordue… mais vivante.

Sans haine. Sans reproche.

Comme si quelque chose, en elle, persistait à donner malgré tout.

Alors je me demande :

N’est-ce pas là une forme de foi ?

La plus simple.

La plus silencieuse.

Celle qui ne s’impose pas.

Celle qui ne juge pas.

Celle qui existe, simplement.

Nous sommes peut-être les seuls à compliquer ce qui pourrait rester simple.

Je crois.

Tu crois.

Nous croyons tous, d’une manière ou d’une autre.

Mais en quoi ? Et pourquoi ?

La réponse est peut-être déjà là.

Sous nos pieds.

Autour de nous.

Dans ce que nous voyons chaque jour sans vraiment le regarder.

Pour ma part…

Un jour, je marcherai seul dans un bois.

Sans bruit. Sans attente.

Je poserai ma main sur un arbre.

J’écouterai.

Et dans ce silence, peut-être,

je toucherai du doigt ce que certains appellent Dieu.





mercredi 8 avril 2026

Le cœur lourd de Alain Finkielkraut par Vincent Vallée

 



Le cœur lourd… Un titre qui évoque bien des choses, bien des sentiments, bien des peines et quelques rancœurs.


Tout d’abord, le choix d’écriture. C’est compliqué pour moi, qui aime et ne lis que des romans. Ici, il s’agit d’une interview : qui suis-je pour juger du style ? Ce qui m’amène d’ailleurs à regretter que Finkielkraut ne soit pas romancier. J’aurais aimé le lire, lui.


Nous voici donc face à une interview écrite, et donc maîtrisée : personne pour l’interrompre, personne pour le contrarier dans le développement de sa pensée.


Je ne dirais pas que tout y passe, loin s’en faut, et c’est d’ailleurs un regret. On s’attarde beaucoup, trop sans doute, sur la cause juive, Israël et ce qui entoure ces sujets. Ma foi, on connaît déjà la position de Finkielkraut sur ces questions, et je suis assez d’accord avec lui. Même si, à mon goût, il ne dénonce pas suffisamment le fait d’avoir acculé, colonisé le peuple palestinien à la force des armes, au prix du sang qui a coulé, qui coule et coulera encore.

Finkielkraut critique certains décideurs juifs, certes, mais ne les met pas assez face à ce qu’il maîtrise le mieux : une pensée profonde, subtile, et une analyse qui se voudrait impartiale. C’est peut-être là le nœud du problème : peut-il l’être, lui-même concerné, souvent cible d’un antisémitisme qui reste, à mes yeux, une forme de racisme aussi pathétique que n’importe quelle autre.


On ressent très fortement la nostalgie du philosophe, notamment lorsqu’il évoque l’école et la langue française. Sur ce point, je le rejoins, avec quelques nuances.


J’aime la belle langue française, j’aime qu’elle soit bien utilisée, j’aime les formulations justes. Mais je ne suis pas opposé à son évolution. Certaines expressions “jeunes” m’horripilent, parce qu’elles ne veulent rien dire, ou si peu : genre, à la base, du coup, mais pas que, etc.


Finkielkraut s’interroge aussi beaucoup et s’inquiète même, face à l’émergence de l’IA. Elle s’impose partout. C’était annoncé dans les pires romans de science-fiction, et pourtant, nous y sommes.

Pour ma part, j’y vois aussi un filtre : un moyen de trier le bon grain de l’ivraie. Car je le constate, l’IA reste reconnaissable, prévisible, et les impostures finissent par se voir.


Qu’elle soit un outil, oui. Refuser de s’y adapter, ce serait rester sur la touche. Mais je veux le faire intelligemment : mon cerveau, ma capacité à créer, ne seront pas remplacés.


Enfin voilà. J’ai lu cet ouvrage assez rapidement, je l’admets. Et je n’en sors ni ravi, ni déçu. C’est assez plat, rien de bien nouveau dans cet exercice où le philosophe peut développer sa pensée à loisir.

J’aime l’écouter pour son éclairage, pour son opinion, mais cet ouvrage ne m’a pas appris grand-chose de plus que ce que je savais déjà.


Alors, pour quand un roman cher monsieur Finkielkraut ?


Alain Finkielkraut (né en 1949 à Paris) est un philosophe, essayiste et académicien français. Fils de survivants de la Shoah, il développe une œuvre centrée sur la culture, l’identité, l’école et la transmission. Ancien élève de l’École normale supérieure, il enseigne la pensée contemporaine et devient une figure médiatique à travers ses essais et ses interventions radiophoniques.

Élu à l’Académie française en 2014, il est reconnu pour ses prises de position souvent controversées sur les évolutions de la société.