Quand le ciel vous tombe sur la tête, que le monde s’écroule sous vos pieds, que la tempête souffle sur votre vie, saccage tout ce que vous avez construit, tous vos projets, et envoie voltiger vos rêves vers les méandres d’un horizon inatteignable, plus rien ne compte, plus rien n’a de valeur. Aucun mot ne peut vous ramener sur terre, car oui, vous valdinguez avec tout ce qui s’envole, vous êtes englouti avec tout ce qui s’écroule.
Je me rappelle des mots prononcés par un médecin, comme un écho lointain dans le fracas de ma vie qui se fissure… mais qui n’est pas encore brisée.
Je me souviens de mes mains encore jeunes, d’avoir craqué au volant de ma voiture, de m’être assis dans mon canapé, la tête entre les mains, et d’avoir avoué ma condamnation à mon compagnon. Jamais il ne m’a lâché.
Je me souviens de mes enfants, encore petits, des larmes du plus jeune, de mes mots rassurants alors que je ne croyais plus en rien, alors que j’avais envie de pardonner au monde entier comme si j’étais coupable de quelque chose.
Mais devant eux, l’oiseau blessé a relevé la tête. Soit je reste au sol, soit je me relève.
Pour se relever, il faut un moteur, et il était là : dans les larmes de mon fils, dans le courage de mon compagnon, dans le regard posé sur mes mains encore jeunes.
Alors il ne restait qu’une chose à faire : se battre jusqu’au bout, franchir le ruban ou tomber.
Des semaines, des mois, une opération, une convalescence, une chimiothérapie qui a failli m’envahir et me clouer au sol. Mais elle ne savait pas. Elle ne savait pas comment je m’appelle, ni mes valeurs, ni d’où venait ma force, puisée dans leurs yeux. Soit je perds, soit elle gagne. Je déteste perdre.
Je n’ai jamais aimé écrire sur cette période, mais je le fais pour les autres, une fois, une seule, parce que j’ai gagné et que toi aussi tu peux, tu dois gagner. Tu peux décider qu’il n’est pas encore l’heure.
Observe tes mains…
©Illustration Albert Sottiaux