mercredi 20 mai 2026

Dans la forêt de Jean Hegland par Vincent Vallée

 


Une fois n'est pas coutume, partons nous promener dans les bois.


C'est avec l'écrivaine Jean Hegland que nous allons prendre part au quotidien de Nell et Eva, deux jeunes filles qui vont se retrouver livrées à elles-mêmes au cœur de la forêt. Ne cherchez pas le lieu, cela demeure flou dans le récit, et c'est d'ailleurs très bien ainsi puisque le contexte est celui d'une dystopie.


En effet, le monde a cessé de tourner comme autrefois. Petit à petit, l'électricité a été coupée et Nell et Eva, dans un premier temps toujours en compagnie de leurs parents, vont se retrouver de plus en plus isolées puisqu'elles vivent dans les bois par choix.


Cette fiction va conduire les deux jeunes filles à faire face au pire : la survie, la mort, puis à nouveau la vie, pour conclure. C'est ce contexte qui m'a poussé à lire ce récit. Les bois, un presque huis clos, la survie… Tant d'ingrédients qui me séduisent.


C'est un roman un peu lent et difficile à contextualiser parce qu'il aurait gagné à être plus imprégné, plus décrit. On ne sait pas exactement ce qu'il s'est passé, les ambitions des deux jeunes filles sombrent dans l'oubli par la force des choses, elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes au milieu de la forêt, qui va devenir de plus en plus hostile au fil des pages. J'ai simplement déploré quelques passages un peu malsains, mais assez cohérents avec l'histoire malgré tout.


J'ai parfois été lent à lire car le récit l'est également. Cependant, j'ai gardé l'envie de savoir où l'autrice allait nous conduire. Je ne suis pas déçu, il y a de quoi garder un bon souvenir du roman de Hegland.


Et puis, chez moi, une histoire dans les grands espaces verts, perdus, loin du monde et du tumulte, ça fonctionne toujours, même si ce roman me semble imparfait.

vendredi 15 mai 2026

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait… par Vincent Vallée

 


Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Un p’tit gars v’nu de nulle part qui, sans bagage, sans filon ou passe-droit, parvient à provoquer tant d’adjectifs ? Mais oui.

Faut-il être rat, demeurer épars, en voyage dans les pages sans horizon. Il le doit sinon… terminé l’apéritif. Mais oui.

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Il déteste les chiffres, il les fuit, s’enfuit à leur approche, s’éloigne, se cache. Parmi les mots il se réchauffe, il est encore bancal.

Mais il s’accroche, sort les griffes, rien d’autre ne lui semble plus proche, tentant.

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Les histoires l’empoignent, l’ébouriffent, il est si amorphe à sa vie d’enfant…

Être enfin reconnu, diantre, qui ne s’en émoustillerait pas pour lui ?

C’est la danse des faux-culs, s’empourprer, lui dire que rien n’est écrit ?

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

Ces pathétiques, les mêmes qui plus tard écrivent des hommages, raniment les mémoires…

Ces égoïstes, blêmes et blafards pour peaufiner leur ramage, subliment leur grimoire…

Mépris ? Jalousie ? Déni ? Peur ? Un peu tout ça qui sait…

 

mardi 12 mai 2026

Le gosse, là, il ne pense pas... de Vincent Vallée


 

Mini moi vers 1985, à la côte belge...

Où donc est partie l'insouciance...

Avec elle, les espoirs grandioses, les rêves faramineux, les envies de voyages et de grandeur !!! Oui, devenir un grand...

Un grand homme, un grand écrivain, un grand, etc.

Et puis courir, jouer, faire comme si de rien n’était. Oui, allez, on disait que…

Vite se dépêcher de manger pour aller jouer, rejoindre mon meilleur ami, vivre avec lui des aventures débutées le matin, que l’on continuerait le lendemain, et si ce n’était pas fini, on continuerait encore, et encore. Chiche !

Courir derrière un ballon qui m’échappera toujours, courir et chuter, pédaler et me faire dépasser, et pourtant, Dieu que ça me manque d’être le second d’un autre… Parce qu’en réalité, je m’en fichais bien, je m’amusais, on s’amusait.

Après avoir subi les chiffres à l’école venait le temps des mots, des lectures, de l’écriture. Et avec eux, ma renaissance, celle de ma confiance, celle de mes sourires, celle des étoiles dans mes yeux face aux mots qui, eux, me caressaient l’âme. Écrire, lire, tourner les pages… Rien que d’écrire ces mots me fait ressentir la sensation magnifiquement magique de ces instants uniques.

L’odeur du papier, la vision des pages jaunies, cornées, et ces histoires qui m’élevaient au-dessus de la vie, des contraintes, des examens, des maths…

Les BD, je les dévorais, à défaut de dévorer les bonbons qui m’étaient interdits. Les BD étaient sucrées aussi, acidulées également, douces au palais (de l’esprit), tellement… Je ne pourrais pas toutes les citer ici, je serais bien trop long. Il ne faut pas s’éterniser en écriture, n’est-ce pas ?

Mais pourrait-on éterniser l’enfance ? Éterniser l’innocence ? Juste continuer de… rêver.

Le gosse, là, il ne pense pas, on ne l’ennuie pas avec des chiffres et des factures, il n’a aucun souci, il vit, son esprit est libre, il vagabonde dans les bulles de BD, il y est enfermé pour son plus grand bonheur.

Qu’il serait bon, magique, rêvé d’y demeurer.

 


dimanche 3 mai 2026

Observe tes mains… De Vincent Vallée





Quand le ciel vous tombe sur la tête, que le monde s’écroule sous vos pieds, que la tempête souffle sur votre vie, saccage tout ce que vous avez construit, tous vos projets, et envoie voltiger vos rêves vers les méandres d’un horizon inatteignable, plus rien ne compte, plus rien n’a de valeur. Aucun mot ne peut vous ramener sur terre, car oui, vous valdinguez avec tout ce qui s’envole, vous êtes englouti avec tout ce qui s’écroule.


Je me rappelle des mots prononcés par un médecin, comme un écho lointain dans le fracas de ma vie qui se fissure… mais qui n’est pas encore brisée.


Je me souviens de mes mains encore jeunes, d’avoir craqué au volant de ma voiture, de m’être assis dans mon canapé, la tête entre les mains, et d’avoir avoué ma condamnation à mon compagnon. Jamais il ne m’a lâché.


Je me souviens de mes enfants, encore petits, des larmes du plus jeune, de mes mots rassurants alors que je ne croyais plus en rien, alors que j’avais envie de pardonner au monde entier comme si j’étais coupable de quelque chose.


Mais devant eux, l’oiseau blessé a relevé la tête. Soit je reste au sol, soit je me relève.


Pour se relever, il faut un moteur, et il était là : dans les larmes de mon fils, dans le courage de mon compagnon, dans le regard posé sur mes mains encore jeunes.


Alors il ne restait qu’une chose à faire : se battre jusqu’au bout, franchir le ruban ou tomber.


Des semaines, des mois, une opération, une convalescence, une chimiothérapie qui a failli m’envahir et me clouer au sol. Mais elle ne savait pas. Elle ne savait pas comment je m’appelle, ni mes valeurs, ni d’où venait ma force, puisée dans leurs yeux. Soit je perds, soit elle gagne. Je déteste perdre.


Je n’ai jamais aimé écrire sur cette période, mais je le fais pour les autres, une fois, une seule, parce que j’ai gagné et que toi aussi tu peux, tu dois gagner. Tu peux décider qu’il n’est pas encore l’heure.


Observe tes mains…


©Illustration Albert Sottiaux