mercredi 8 avril 2026

Le cœur lourd de Alain Finkielkraut par Vincent Vallée

 



Le cœur lourd… Un titre qui évoque bien des choses, bien des sentiments, bien des peines et quelques rancœurs.


Tout d’abord, le choix d’écriture. C’est compliqué pour moi, qui aime et ne lis que des romans. Ici, il s’agit d’une interview : qui suis-je pour juger du style ? Ce qui m’amène d’ailleurs à regretter que Finkielkraut ne soit pas romancier. J’aurais aimé le lire, lui.


Nous voici donc face à une interview écrite, et donc maîtrisée : personne pour l’interrompre, personne pour le contrarier dans le développement de sa pensée.


Je ne dirais pas que tout y passe, loin s’en faut, et c’est d’ailleurs un regret. On s’attarde beaucoup, trop sans doute, sur la cause juive, Israël et ce qui entoure ces sujets. Ma foi, on connaît déjà la position de Finkielkraut sur ces questions, et je suis assez d’accord avec lui. Même si, à mon goût, il ne dénonce pas suffisamment le fait d’avoir acculé, colonisé le peuple palestinien à la force des armes, au prix du sang qui a coulé, qui coule et coulera encore.

Finkielkraut critique certains décideurs juifs, certes, mais ne les met pas assez face à ce qu’il maîtrise le mieux : une pensée profonde, subtile, et une analyse qui se voudrait impartiale. C’est peut-être là le nœud du problème : peut-il l’être, lui-même concerné, souvent cible d’un antisémitisme qui reste, à mes yeux, une forme de racisme aussi pathétique que n’importe quelle autre.


On ressent très fortement la nostalgie du philosophe, notamment lorsqu’il évoque l’école et la langue française. Sur ce point, je le rejoins, avec quelques nuances.


J’aime la belle langue française, j’aime qu’elle soit bien utilisée, j’aime les formulations justes. Mais je ne suis pas opposé à son évolution. Certaines expressions “jeunes” m’horripilent, parce qu’elles ne veulent rien dire, ou si peu : genre, à la base, du coup, mais pas que, etc.


Finkielkraut s’interroge aussi beaucoup et s’inquiète même, face à l’émergence de l’IA. Elle s’impose partout. C’était annoncé dans les pires romans de science-fiction, et pourtant, nous y sommes.

Pour ma part, j’y vois aussi un filtre : un moyen de trier le bon grain de l’ivraie. Car je le constate, l’IA reste reconnaissable, prévisible, et les impostures finissent par se voir.


Qu’elle soit un outil, oui. Refuser de s’y adapter, ce serait rester sur la touche. Mais je veux le faire intelligemment : mon cerveau, ma capacité à créer, ne seront pas remplacés.


Enfin voilà. J’ai lu cet ouvrage assez rapidement, je l’admets. Et je n’en sors ni ravi, ni déçu. C’est assez plat, rien de bien nouveau dans cet exercice où le philosophe peut développer sa pensée à loisir.

J’aime l’écouter pour son éclairage, pour son opinion, mais cet ouvrage ne m’a pas appris grand-chose de plus que ce que je savais déjà.


Alors, pour quand un roman cher monsieur Finkielkraut ?


Alain Finkielkraut (né en 1949 à Paris) est un philosophe, essayiste et académicien français. Fils de survivants de la Shoah, il développe une œuvre centrée sur la culture, l’identité, l’école et la transmission. Ancien élève de l’École normale supérieure, il enseigne la pensée contemporaine et devient une figure médiatique à travers ses essais et ses interventions radiophoniques.

Élu à l’Académie française en 2014, il est reconnu pour ses prises de position souvent controversées sur les évolutions de la société.