mercredi 31 décembre 2025

James de Percival Everett par Vincent Vallée





Dire que je suis sorti enthousiasmé de cette lecture serait mentir. L’idée d’un esclave cultivé constitue, à mes yeux, un pied de nez à l’œuvre originale, mais un pied de nez insuffisamment creusé. La réécriture d’un texte appartenant au panthéon de la littérature américaine est en soi un geste étrange; l’attribution d’un prestigieux prix littéraire à cette entreprise ne l’est pas moins. J'ai d'ailleurs craqué car ce prix fut décerné autrefois à Norman Mailer pour "Le chant du bourreau" et ce roman (énorme) m'a mis le pied à l'étrier de la lecture. 


Le livre se lit agréablement, à l’image de l’œuvre fondatrice. Pourtant, la question centrale, celle de la culture de Jim, ne parvient jamais vraiment à percer. 

Les rares interrogations suscitées par ce que l'on peut nommer « curiosité » restent en surface : elles sont peu développées, trop peu présentes dans un récit qui demeure étonnamment sage dans sa mise en abyme d’un esclave fugitif mais cultivé, figure pourtant déjà abondamment explorée par la littérature.


La dissociation entre esclavage et culture, pourtant prometteuse, n’est pas assez mise en valeur ; les questionnements qu’elle pourrait engendrer restent trop peu nourris pour réellement troubler le lecteur. Le langage "négro" que l'auteur prête à Jim pourrait être intéressant mais il s'avère un peu inutile, superflu, compliquant la lecture et sa fluidité.


J’ai lu Mark Twain il y a longtemps ; il me manque sans doute certains points de comparaison, mais le sentiment dominant demeure celui d’une faim non assouvie.


Percival Everett est pourtant un écrivain dont l’œuvre s’est souvent distinguée par une liberté de ton et une audace narrative bien moins respectueuses des codes. Ici, il gagnera sans aucun doute en notoriété grâce à cet opus à la filiation prestigieuse.


Ce roman demeure une lecture plaisante, mais frustrante.

jeudi 18 décembre 2025

Le Journal d’un prisonnier, de Nicolas Sarkozy – lecture et analyse par Vincent Vallée

 




Le Journal d’un prisonnier, de Nicolas Sarkozy – lecture et analyse par Vincent Vallée

 

Pourquoi lire le dernier ouvrage de l’ancien président Nicolas Sarkozy?

 

La curiosité a été la plus forte. En tant que romancier depuis plus de seize ans, je mesure ce que représente l’écriture d’un livre: un temps long, une discipline, une énergie constante. Même enfermé vingt-trois heures sur vingt-quatre, je doute de pouvoir produire, en trois semaines, un texte de cette ampleur manuscrit de surcroît. Il serait donc naïf de nier lintervention active de la maison Fayard. Mais après tout, cest aussi le rôle dun éditeur: accompagner, structurer, corriger, mettre en forme.

 

À la découverte du titre, ma première réaction a été une certaine réserve: Le Journal dun prisonnier sonne immédiatement très fort, peut-être trop. Doù un second sentiment, plus diffus: celui dune possible déconnexion entre certaines élites et la réalité vécue par «ceux den bas». Je me compte moi-même parmi ces derniers, sans intention péjorative. Pourtant, la curiosité la emporté. Vingt euros plus tard, le livre était entre mes mains.

 

Nicolas Sarkozy y raconte ce qui l’a conduit – selon ses propres mots – à une «descente aux enfers»: son incarcération à la prison de la Santé. Certains lecteurs espéraient y trouver une repentance; ils y liront plutôt une série de confessions maîtrisées. Lancien président évoque son rapport au luxe sans jamais vraiment le nommer, tout en décrivant un univers carcéral quil juge gris, bruyant, hostile, sinistre. Il reconnaît dailleurs explicitement que la situation est bien pire pour nombre dautres détenus et qu’il en a pleinement conscience.

 

Sur le fond judiciaire, Nicolas Sarkozy affirme son innocence. Juridiquement, et tant que les procédures ne sont pas définitivement closes, il bénéficie encore de la présomption d’innocence pour l’affaire qui l’a conduit en prison. Il revient sur ce dossier, mais sans s’y attarder longuement. Il répète – avec une ténacité qui lui est propre – qu’il n’a rien à se reprocher. Il s’appuie notamment sur l’expression «probablement faux», utilisée par la juridiction à propos dun document publié par Mediapart, censé étayer l’hypothèse d’un financement libyen de sa campagne de 2007. Sarkozy souligne que, lors de la dernière audience, plusieurs chefs d’accusation ont été écartés: pas de financement établi, donc pas de complicité ni de détournement de fonds.

 

Rappelons toutefois les éléments factuels, indépendamment du récit de l’auteur:

 

Condamnation

– Association de malfaiteurs dans le cadre d’une tentative de financement libyen de la campagne présidentielle de 2007 (cinq ans de prison, peine en cours d’appel).

 

Relaxes / chefs non retenus dans ce dossier

– Corruption, détournement ou mésusage de fonds libyens, financement illégal de campagne.

 

Autres condamnations antérieures (affaires distinctes)

– Affaire des écoutes (corruption et trafic d’influence).

– Affaire Bygmalion.

 

Une question demeure, et elle dépasse largement la personne de Nicolas Sarkozy: comment comprendre quune condamnation subsiste lorsque plusieurs chefs daccusation sont écartés? Comment interpréter le rôle dun document jugé «probablement faux» dans le déclenchement dune enquête, et pourquoi ce faux na-t-il pas, à son tour, fait lobjet dinvestigations approfondies? En mettant de côté les passions que suscite Sarkozy entre rejet viscéral et soutien fervent , ces interrogations ne sont-elles pas, en elles-mêmes, légitimes?

 

Revenons au récit. Sarkozy décrit son entrée en prison, loin des caméras et de l’agitation médiatique. C’est sans doute là que se situe l’intérêt principal du livre. Voir une figure politique majeure, habituée aux plus hautes fonctions de l’État, quitter brutalement son univers de pouvoir pour rejoindre un lieu que personne ne souhaite connaître: la prison. Il est passé par la mairie, les ministères, l’Élysée. Le contraste est violent.

 

Il décrit avec précision le quotidien carcéral: le lit dur «comme une table», la fenêtre grillagée, le mobilier fixé au sol, le miroir placé bas en raison dune cellule adaptée aux personnes à mobilité réduite, la salle de sport confinée, le tapis de course mécanique, le bruit incessant, les cris nocturnes, les bagarres, les alertes. Une description sobre, sans lyrisme excessif, mais efficace.

 

À ce titre, la comparaison avec Dostoïevski s’impose presque d’elle-même. Dans Souvenirs de la maison des morts, l’écrivain russe explorait la prison comme un lieu de déshumanisation mais aussi de révélations morales. Sarkozy, bien sûr, n’est ni Dostoïevski ni un forçat sibérien du XIX siècle. Son expérience est plus courte, plus protégée, plus consciente de ses privilèges. Et il le reconnaît.

 

Il admet bénéficier d’un traitement particulier et dit éprouver de la compassion pour les autres détenus. Il raconte notamment une nuit entière passée à entendre un évadé, rapidement repris, hurler, pleurer, se lamenter. Il confesse avoir ressenti une profonde tristesse face à la détresse de cet homme, sans même connaître les faits qui l’avaient conduit là.

 

C’est sans doute dans ces moments-là que le livre trouve sa justesse: lorsque le politique sefface brièvement au profit dun homme confronté, comme tant dautres avant lui, à lenfermement et à la perte brutale de repères.

Mais là encore, prenons de la distance afin d’éviter toute caricature et de ne pas heurter inutilement les détracteurs de Nicolas Sarkozy. Par la force des choses, l’homme a longtemps été déconnecté de la réalité ordinaire, au même titre qu’une vedette de la chanson, du cinéma ou toute autre personnalité politique de premier plan. Il ne s’agit ni de l’excuser ni de l’accabler, mais de tenter une analyse à hauteur d’homme, sans injure ni haine, et sans ces jeux de mots faciles qui tiennent davantage de la raillerie que de la réflexion.

J’avoue toutefois avoir souri devant certaines caricatures circulant en ligne — notamment celle représentant le sommet de la chevelure de Nicolas Sarkozy dépassant à peine de son plateau à la cantine. Parenthèse refermée : ce sourire n’est pas une moquerie revendiquée, mais le rappel que l’humour existe aussi comme soupape collective. Pour le reste, je ne céderai ni à l’insulte ni à sa complaisance. Ce serait me rabaisser, et je n’en vois ni l’intérêt ni la nécessité.

Le premier échange autour de ce livre sur ma page Facebook a suscité un nombre de réactions qui m’a surpris. Cela m’a conduit à m’interroger sur la manière même de chroniquer cet ouvrage. J’essaie ici d’être juste et impartial. Il s’agit d’une critique littéraire, non d’un manifeste politique, encore moins d’une entreprise de réhabilitation ou de condamnation anticipée. Ce livre n’efface rien, pas plus qu’il ne préjuge de l’issue définitive des procédures judiciaires en cours, lesquelles pourraient, le cas échéant, s’ajouter aux condamnations déjà prononcées.

Je n’ai, par ailleurs, jamais compris — ni admis — l’intervention militaire française en Libye sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Le chaos durable dans lequel le pays est plongé depuis lors interroge nécessairement les responsabilités politiques de l’époque. Dès lors, les hypothèses abondent : Sarkozy serait-il victime d’un complot, d’un acharnement judiciaire, d’une vengeance dont les acteurs resteraient dans l’ombre ? Paierait-il aujourd’hui les conséquences de décisions prises hier, ici ou ailleurs ? Faut-il invoquer le karma, une cabale, une vendetta ? Toutes ces questions peuvent être posées. Aucune ne s’impose comme une évidence. Libre à chacun de se forger son opinion.

Ce qui m’a véritablement intéressé dans Le Journal d’un prisonnier, c’est moins le nom de son auteur que la situation qu’il décrit : celle d’un homme puissant, habitué à un monde où tout est accessible, où le confort est la norme, projeté brutalement dans l’univers carcéral. Peu importe, au fond, qu’il s’appelle Nicolas Sarkozy ; ce qui compte, c’est ce déplacement radical, même si l’auteur demeure — et il le reconnaît lui-même — un détenu privilégié.

Je reste toutefois conscient des limites du récit. Sarkozy force parfois le trait, accentue certains aspects, et demeure, malgré ses efforts, partiellement déconnecté de ce que vivent la majorité des détenus ordinaires. Cette distance affleure régulièrement dans le texte et en constitue, paradoxalement, à la fois la faiblesse et l’intérêt : elle rappelle que l’expérience racontée n’est ni universelle ni transposable, mais située, subjective, façonnée par une trajectoire hors norme.

Merci de m’avoir lu.

 

©Vincent Vallée, romancier.

https://vincentvallee.blogspot.com/

mardi 2 décembre 2025

Le magicien d'Oz de Lyman Frank Baum par Vincent Vallée




Un conte...

Mais alors, autant lire un classique !

Pour le coup, c’est à l’occasion de l’anniversaire de mon fils que j’ai été amené à me procurer ce conte pour lui.
Je me suis dit : « Pourquoi pas en acheter deux ? »

Voilà qui est fait.

Le Magicien d’Oz, c’est l’histoire surréaliste — oui, c’est un conte — de Dorothy et Toto, son fidèle chien, qui vont se voir emportés par une tempête alors qu’ils vivaient au Kansas, chez Tante Em, et se retrouver au pays d’Oz.

C’est alors que Dorothy va chercher comment rentrer au Kansas et marcher pour trouver la cité d’Émeraude.

Une longue marche qui va les amener à rencontrer un épouvantail qui aspire à devenir intelligent, un bûcheron en fer-blanc qui veut un cœur capable d’aimer, et un lion timide qui rêve d’être un héros.

Une histoire gentille : on y trouve les personnages loufoques dignes d’un conte surréaliste, et on ne s’ennuie pas, malgré les répétitions parfois un peu lourdes.

Bon, j’avoue également que je m’attendais à beaucoup mieux, même si j’ai aimé.
Mais on nous explique que c’est une des histoires les plus lues et populaires aux U.S.A., donc j’avais de grands espoirs.

Cependant, je me répète : l’histoire est sympa, le conte fonctionne bien et, bien entendu, le public visé est plutôt jeune.

Petit plus : cette collection est de qualité, un bel ouvrage pour faire un cadeau de Noël !