lundi 6 juillet 2026

Une bête en moi - Hommage à Sylvester Stallone par Vincent Vallée

 


Le temps passant, la trotteuse cheminant, je m’dis que si on reste quelque part longtemps dans la vie, on fait partie des murs. C’est un peu comme s’ils tendaient l’oreille, s’imprégnaient des ondes qu’on envoie se fracasser sur eux. Ils encaissent, retiennent et respirent notre histoire, parfois même une fois qu’elle est terminée…

 

Tu sais, le tour du cadran, on l’fait qu’une fois, après ça, on les essuie, les cadrans, non ? On vire à rien si on ne reste pas vigilant à garder le tempo de la vie, de nos vies. On court pour fuir la faucheuse, je crois… Rien que d’y penser, j’suis mal viré

 

On devrait s’empêcher d’essayer des trucs à cause de deux ou trois bougies de trop, semble dire certains. Moi, je crois qu’il n’y a pas d’âge pour faire, pour apprendre, pour découvrir, pour rêver, pour vivre sans calculer et sans regarder l’horloge… À quoi bon ? Elle ne s’arrêtera pas, tu sais. Elle nous mettra au défi sans cesse, en disant : Ouais, ça se rapproche ! T’es prêt ?

 

J’ai arrêté de penser comme les autres depuis longtemps, sinon je n’aurais rien accompli, rien gagné, rien surmonté, relevé aucun défi, parce que j’vieillis… Alors j’pense plus, non… depuis longtemps…

 

De nos jours, et depuis la nuit des temps, on entend les jeunes dire que les choses sont différentes. Non, c’est les fringues qui sont différentes, l’homme, il ne change pas. Il vit, apprend, espère, réalise, surmonte, rêve, déchante, souffre, rit, pleure, hurle… et il meurt. Habille-le comme tu veux, il ne change pas, il fait tout pareil…

 

Et puis quoi, tu sais, le temps nous rattrape toujours, un jour ou l’autre. Ouais, mais il va plus vite si on quitte la course. Alors il faut avancer, marcher, courir, ralentir, réfléchir, songer, calculer, profiter, s’ennuyer, recommencer, et le tout en boucle. La vie, c’est une alliance, un anneau, t’es marié avec dès ta naissance et c’est l’infini recommencement…

 

Oui, le temps s’écoule comme le sable d’un sablier, et un beau jour, on s’réveille en se disant : J’ai encore des trucs pas rangés dans ma cave… Alors l’appétit revient, l’instinct te redresse sur tes jambes et, à nouveau, tu te surprends à recommencer, autrement, mieux, avec d’autres, mais avec TOI ! Plus âgé, plus réfléchi, plus expérimenté, mais avec TOI.

 

Parfois j’arrive même plus à respirer, j’ai l’impression qu’il y a une bête en moi... Elle se forme avec le temps, s’installe pour te rappeler que le défi, c’est toi, et que toi. Tu te bats toute ta vie contre un seul et unique ennemi : TOI !

 

On grandit, on aime, on découvre, on fait des enfants, on leur apprend ce qu’on sait, maladroitement parce que y’a pas de méthode… et on s’dit soudain : Je n’aurais jamais cru que ça aurait été aussi dur, c’était pas comme ça que c’était prévu… Parce qu’on idéalise sans cesse. Parce qu’on rêve, on se projette sur une image, mais l’image, ce n’est pas la réalité. La réalité, elle est déformée, et c’est ça qu’est sympa, parce qu’il faut tâcher de se rapprocher au plus près de l’image de départ. Ouais, c’est ça, le défi de la vie : tâcher de se rapprocher de l’image…




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