jeudi 21 août 2025

Conversation avec Amélie Nothomb de "Autrement" par Vincent Vallée

 



Conversation avec Amélie Nothomb est un moment de lecture sympathique, court, vite lu et je crois, c'est le principe.
Amélie revient surtout sur son rapport avec la France, son autre pays adoptif après le Japon et la Belgique. Elle évoque ce qui l'a séduite chez nos amis français, ce qui lui déplait un peu plus comme cette culture de la victoire, de "l'écrasement" de l'adversaire. Ce qui l'a toujours mise mal à l'aise mais s'en accommode.
Amélie parle de lectures, d'écriture, cite ses parents, sa sœur. Sans oublier son amour du champagne, des truffes, du caviar...
Amélie n'oublie pas ses lecteurs, et la correspondance qu'elle entretient avec eux depuis parfois quinze années !

Un parallèle qui, parfois, ressemble plus a un gouffre qu'autre chose, entre la France et la Belgique son pays natal; c'est le fil conducteur de cet entretien. 
On n'apprend pas énormément de choses sur qui est Amélie Nothomb, et pour ses lecteurs c'est un peu du réchauffé mais on ne s'en lasse jamais. Amélie on pourrait autant l'écouter que la lire des heures durant !

mercredi 20 août 2025

Les garçons de la rue Pál de Ferenc Molnár par Vincent Vallée

 



Ce qui m'a en premier lieu attiré pour acheter ce roman, c'est sa couverture. Un roman qui parle d'une bande de copains, directement ça me parle et on lit la joie de vivre au travers de la simplicité de l'enfance sur leur visage.


Les garçons de la rue Pál, c'est ce genre de roman dont on décroche difficilement, tant durant la lecture qu'après.


Ce roman est le plus lu en Hongrie et est paru en 1907. L'histoire paraît simple et pourtant, le sujet abordé est sensible, surtout de nos jours : la conquête de territoires.


Il est question d'une bande de copains qui jouent, dirait-on, mais eux sont sérieux, très sérieux. Ils ont des grades, des procédures, et un code d'honneur. Leur terre ? Un terrain vague, qui est pour eux :


"... un petit bout de terre pestois, stérile et inégal, cette lande miniature coincée entre deux immeubles qui, dans leurs âmes enfantines, signifiait l'infini, la liberté; qui le matin figurait les prairies américaines; l'après-midi la Grande plaine; sous la pluie, la mer; en hiver, le pôle Nord; bref, qui était leur alliée et se transformait en ce qu'ils désiraient, juste pour les divertir..."


"Les garçons de la rue Pál" sont ceux que l'on va découvrir, apprendre à connaître, et face à eux "les chemises pourpres" qui convoitent le terrain vague car ils ne savent plus jouer là où ils ont l'habitude de se retrouver. C'est donc après espionnage, contre-espionnage, et déclaration de guerre que va se mettre en place le jour de la grande bataille !


Lors de la lecture, on va attendre ce fameux jour avec espoir et crainte. L'un des garçons de la rue Pál, Nemecsek de son nom est le plus chétif, le moins chanceux de tous, il finit souvent dans l'eau au point de se demander s'il est une grenouille... Cependant, sous des airs de légèreté, ce roman est bien plus lourd de sens, profond, grave.


La bravoure des enfants, leur sérieux à défendre leur bien, leur drapeau est touchant, émouvant. Mais par-dessus tout, leur amitié m'a fait frissonner. La bande adverse, les "chemises pourpres" sont à première vue les méchants de l'histoire, mais on ressent de l'empathie pour eux, de l'indulgence, voire de la peine.


Il y a deux chefs, Boka pour "Les garçons de la rue Pál", et Feri Ats pour "les chemises pourpres"; ils se conduisent en véritables héros à la tête de leur petite armée, ils sont fiers et respectés et pourtant, au travers du drame de ce roman, ce ne seront pas les héros de la fin... L'issue du roman m'a laissé triste, ému et sans voix...


Ce roman était un coup de cœur !



Ferenc Molnár, de son vrai nom Ferenc Neumann, est un écrivain hongrois du XXe siècle. En France, ses écrits ont parfois paru sous le nom francisé François Molnar.

Ferenc Molnár est issu d'une famille juive aisée de Budapest. Son père est médecin. Il débute dans le journalisme avant de poursuivre des études de droit à Budapest puis à Genève. Il prend alors le pseudonyme de Molnár (« meunier » en hongrois), en référence à un personnage d'une de ses premières pièces.

BIO: (Source Wikipédia)

jeudi 14 août 2025

Ah, Coxyde... Par Vincent Vallée


Ah Coxyde, ou Koksijde ce sera comme bon vous semblera. 
Moi, je me souviens du Coxyde des années 80-90... Ce temps où les commerces nous faisaient de l'œil. 
les gaufres de chez Zizi... à côté du Malouin, Maddy et Lolypop... la glace moka de chez Verdonck près du célèbre feu rouge qui était bien trop long face à notre impatience de soit rejoindre la plage, soit de nous ruer chez le glacier. 

Sans oublier l’Amiraute et le Barbu, ou encore les fameux cuistax de Marcel (place des Zouaves)… avec lesquels on filait à toute allure à coup de sonnettes parmi les mollets des touristes sur la digue. 
Et puis la plage et son horloge qui était le point de ralliement, le repère pour les enfants, le coin pipi aussi... 
Une plage vaste et jaune de sable avec ça et là de petits arbustes qui servaient de "coupe vent". Des talus de sable s'y formaient sur cette belle plage, bien pratiques pour s'appuyer quand on s'y installait.




 


Je me souviens en particulier de l'odeur chaude de la crème solaire mélangée à l'odeur marine qui nous caressait le visage. 
Du cri des mouettes qu'on surveillait si on mangeait un sandwich... Et ce fameux cri: "Friiiisssskooooooo" sur la plage, parmi les ballons de volley, foot, les volants, les cerfs volants, les parties de boules colorées et en plastique avec papy, papa ou le tonton... 




Avec impatience, on attendait la marée basse en espérant que des mares se forment et que l'on puisse y patauger, ou encore s'exercer avec notre canot pneumatique avant de s'essayer à entrer dans la mer.

On devait bien souvent attendre d'avoir digéré pour aller dans l'eau, c'était la règle. Impossible d'y déroger... On avait très souvent mangé un beau morceau de poisson du poissonnier situé dans la grand rue, accompagné d'une casserole qu'on demandait au friturier d'emplir pour l'accompagner.


Parfois, on se faisait juste quelques tartines pour les manger sur la sable à l'abri d'un coupe vent qu'on avait dressé avec peine et un marteau en bois. 

On avait également une glacière avec des boissons fraîches et quelques biscuits. Mais l'odeur des gaufres au sucre ou de Liège nous appelait au détriment des biscuits devenus insignifiants. 

Les ballons gonflés à la bouche roulait bien trop vite à cause du vent, et les enfants se perdaient bien souvent en courant derrière eux. Mais les maîtres nageurs étaient là pour veiller et nous offraient un son mémorable avec leur "corne" d'alerte. Drapeau rouge, jaune, vert pour signaler les baignades autorisées ou non...
Coxyde et ses dunes où mon grand-père aimait aller se perdre, les mains dans le dos, près du magnifique moulin de bois.


Cependant, il y avait bien d'autres endroits à Coxyde que la plage, il y avait la grand rue avec son petit carrousel à son début, les restaurants et les bistrots comme "Le chalet des bains" et tant d'autres tout du long de la rue principale. 

L'odeur du poulet grillé, les poissonniers qui nous concoctaient de petits plats préparés exposés en vitrine et sur lesquelles on louchait... 
La librairie où l'on s'achetait le journal de notre région le matin, après avoir acheté du pain frais, des croissants, des pains au chocolat frais et fumants...

Le restaurant "La mouscronnoise" tenu et géré par deux frangins avec sa multitude d'assiettes aux murs et ses délicieuses moules à toutes les sauces.

Le marchand de légumes qui vendait des fraises énormes, le terrain de tennis et sa cendrée rouge où les cris des joueurs remontait vers la rue avec ses coups de raquettes.

Ah Coxyde... L'appartement loué ou la villa, comme celle appelée "Le Kitoko", près du mini golf, et ses parcours compliqués pour les plus jeunes... 

Les promenades le soir au sein du village, parcourant ainsi les rues avec ses trottoirs où le sable empiétait un peu. 
Et ensuite, rentrer à l'appartement en longeant la digue pour admirer le coucher de soleil digne des plus belles cartes postales... Rentrer, se doucher, mettre son pyjama et lire un "Bob et Bobette" sur le balcon ou face à la fenêtre qui donnait sur la mer ou la ligne du tram qui sillonnait la côte d'un bout à l'autre.

Coxyde de mon enfance, Coxyde de mon adolescence avec ses amours non avoués, fantasmés... 
Il est loin ce temps là, il est loin ce Coxyde là, et il est loin l'enfant que j'étais...

©Vincent Vallée 2025.

La traversée de Paris de Marcel Aymé par Vincent Vallée

 



J'avais envie de découvrir la plume de Marcel Aymé et quand j'ai découvert qu'il avait écrit ce que je ne connaissais qu'à travers le célèbre film avec Gabin et De Funès, je me suis dit que cela pourrait être sympa à lire.

On peut dire que, sauf pour la fin, le scénario du film a bien respecté le roman. Bien entendu, impossible de retirer le visage des acteurs lors de ma lecture...

Un boucher véreux de Paris, Monsieur Jamblier,  va confier à un homme, Martin, un cochon découpé et stocké dans 4 valises pour un client habitant du côté de Montmartre. 

Martin, dans un bistro, fera la connaissance d'un homme un peu taiseux, mystérieux juste avant de se rendre chez Jamblier. 

L'homme regrettera d'avoir partagé ce travail de transport de marché noir à travers Paris à un pur inconnu, qui s'avèrera être tout le contraire de son apparence.

C'est un beau roman court, l'idée d'évoquer l'occupation de cette façon est intéressante. Je regrette juste de ne pas avoir plus de cliché du Paris occupé, ses rues, son ambiance. Si ce n'est cette évocation de la place du Tertre nue avec pour seul compagne, la lune qui l'éclaire de sa blancheur...

samedi 2 août 2025

La lumière de la pluie sur son visage de Manuel Verlange par Vincent Vallée



L'écrivain nous relate, avec une plume légère et poétique, l'histoire d'un jeune garçon, un petit bonhomme qui vit avec sa maman dans une précarité toute relative. La maman de Manuel fait de son mieux pour garder la tête hors de l'eau, elle travaille ici et là, tantôt comme vendeuse de canapés par correspondance, tantôt comme laveuse de vitres. Mais surtout, elle se bat et garde Manuel sous son aile de mère protectrice, trop peut-être ?


Manuel est un jeune homme attachant et qui a du caractère. Dans le fait de manger tous les jours, il est rassuré par les pirouettes de sa mère concernant les repas peu appétissants et peu diététiques, et finalement, le menu kebab ou autres "crasses" du même acabit passent avec le sourire. "Un peu de ketchup pour les légumes..."

Il y a un fil conducteur dans ce roman, et après lecture on pourrait dire que c'est la littérature, les mots, les grands auteurs, mais non. Le fil conducteur, c'est l'amour. 
Un homme ne vit qu'un seul et véritable amour durant toute sa vie, c'est celui de sa mère. De "La promesse de l'aube", j'ai retenu ce passage déchirant qui illustre très bien la perte d'une maman: "On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné".

Le petit Manuel donc, est l'auteur d'une nouvelle qui a fait sensation, impressionné son professeur de français. Depuis, sa mère l'encourage à écrire, comme elle... Chaque jour qui passe, la mère de Manuel écrit mais ne divulgue rien, non, elle encourage.

Manuel lui, est paralysé par l'amour, sa plume est gelée de tendresse pour sa mère. Malgré ses efforts, il ne parvient pas à écrire le grand roman que sa maman lui réclame à coups d'encouragements.

Rien n'y fait. Manuel essaie pourtant, écoute sa mère et l'observe, prend exemple sur elle qui, en plus, travaille pour subvenir à leurs besoins mais rien, pas une ligne ne s'écrase sur le papier.

Et puis un beau jour, Manuel va se faire voler sa mère par les grands auteurs et leurs œuvres, les livres. En effet, c'est dans une bibliothèque, un univers bien à propos, que la mère de Manuel va s'imposer. La libraire est âgée et va compter de plus en plus sur sa recrue passionnée par les livres. Et puis, Manuel va se faire dérober sa mère par La Rochelle, une ville où la vieille libraire ouvre un autre temple du livre. C'est la mère de Manuel qui est chargée de donner vie à la librairie naissante. Cependant, un vilain air conditionné va faire tousser la maman de Manuel, les travaux liés aux premiers pas de la librairie vont durer et durer encore, et la mère de Manuel sera privée de son fils, et inversement, longtemps. Très longtemps, trop longtemps...


Roman édité chez : LE LION Z'AILE


Manuel Verlange :





Biographie


L'auteur a passé son enfance à Nantes, France. Très tôt, il marque une aspiration vers la littérature. Celle-ci se transformera en passion, avec les années. Férue de lettres et d'écriture, auteure de poésies, sa mère le confortera dans cette voie. Après ses études, il part enseigner la langue française à Tokyo, puis en Belgique. Il vit aujourd'hui près de Bruxelles, où il travaille à l'écriture de ses romans

(Source biographie : https://www.manuelverlange.com ).

 

samedi 26 juillet 2025

Les secrets de la femme de ménage de Freida McFadden par Vincent Vallée


Après avoir lu La femme de ménage, le premier opus de Mc Fadden, j’ai entamé Les secrets de la femme de ménage. Il faut d’abord savoir que dans ce roman, on ne découvre aucun secret lié à Millie, la femme de ménage en question. Le ton est donné. Il lui fallait un titre quoi... accrocheur tant qu'on y est.


Car, tout en lisant, j’ai compris que là, on avait affaire à du réchauffé, de l’insistance littéraire. Forte de son succès, Mc Fadden a été tentée — ou peut-être obligée, par son éditeur, que sais-je — d’écrire un second tome. Mais c’est en partie loupé à mon sens. Le premier souci est qu’il n’y a aucune liaison avec le premier roman... Jamais on ne reparle des Winchester et des mésaventures du premier roman où l'on fait la connaissance de Millie. Elle a tout de même été l’otage, la victime d’un homme cruel et sans pitié, qui enfermait son épouse au grenier. Rien, on retrouve Millie qui cherche du travail à nouveau, dans le même domaine, car elle a repris des études pour devenir assistante sociale.


Il s’avère que notre femme de ménage va encore atterrir chez des gens riches, encore... dont l’un des deux est cinglé, et forcément pas celui que l’on voit dans le déroulé de l’histoire...


Il y a beaucoup de clichés, du style feuilleton de l’après-midi à l’eau de rose : Millie est agaçante, le mot est lâché ! Elle se mêle de tout, elle fouine, et s’occupe de ce qui ne la regarde pas. De plus, elle se sent importante, regardée, désirée tout le temps... À cela, on peut ajouter qu’elle se sent constamment espionnée, comme dotée d’un don qui lui donne des frissons dans la nuque chaque fois que c’est le cas... Ben tiens...


Quoi qu’il en soit, c’est de nouveau, semble-t-il, une femme battue qui se cache derrière la porte de la chambre d’ami de la maison où Millie est employée. Et voilà, ce fait va devenir la « mission » de SUPER Millie.


Il y a une quantité d’incohérences dans ce roman, c’est hallucinant !


ATTENTION, SPOIL POUR LA SUITE :


L’épouse de l’homme qui engage Millie est décrite comme maigre, émaciée. Or, il va s’avérer qu’elle est le monstre de notre histoire, la prétendue bourreau, la victime. On a la sensation que l’auteure tente de rattraper des détails que le lecteur pourrait relever, en leur donnant rapidement des explications. Aussi, la véritable tortionnaire va se faire exploser la tête par son complice, jouant le rôle du mari aux yeux de Millie, afin de donner du réalisme à leur mise en scène grâce à ses talents de maquilleuse pour feindre coups et bleus sur son visage et son corps. On se demande ce qu’elle fait, car, à part des moyens dignes d’un tournage de film, il faut être très habile pour simuler de tels coups et bleus. Sinon, Mille s'avère être vraiment idiote, ce qui est évident au fil des pages, je crois.


Sa blessure, à notre monstre qui se fait passer pour la victime durant les 3/4 du roman sera incohérente lorsqu'elle va finalement retrouver son véritable époux. En effet, c’est après s’être fait exploser la tête par son amant et complice — qui s’avère être une vraie loque, ce mec — on se demande ce qu’une femme aussi riche et intelligente lui trouve de charmant. Le fameux mari donc, ne s’interroge pas sur l’état de sa femme, alors qu’elle a la tête fracassée. Là encore, l’auteure n’a rien trouvé pour rattraper le coup (c’est le mot)...


Millie est amoureuse d’un homme parfait, avocat, qui lui propose logement, repas, tout ce qu’il faut. Mais non, Millie préfère galérer et vivre dans un deux-pièces. Franchement, il faut vraiment être conne, non ? Certes, elle n’est pas vraiment amoureuse, elle ne sait pas, ben, on se dit que forcément, car leur histoire ne débute jamais, elle est bien trop occupée à tomber dans un piège, encore un, et sa curiosité insupportable la pousse à y céder.


Enfin, vous l’aurez compris : ce roman est un cliché du début à la fin. L’histoire précédente n’est jamais évoquée, il y a une grande méchante — ce n’est pas celle que l’on nous décrit —, et puis, la cerise sur le gâteau : un beau chevalier blanc arrive sur son cheval pour sauver notre chère Millie ! Ben tiens...


Vous l’aurez compris, je ne lirai plus Mc Fadden.


Bye, Mc Fadden.


lundi 21 juillet 2025

Le rebelle et l’éternelle silencieuse. De Vincent Vallée



Le rebelle et l’éternelle silencieuse

Je ne t'ai jamais rencontré, tu es mort bien avant ma naissance. Mais je te connais depuis plus de 30 ans... Tu es celui. Celui... On connaît tous le grand amour une fois, une seule fois dans notre vie, et je crois que tu l'as connu, n'est-ce pas ? Toi pourtant, le convoité, la star du "Coron d'en haut", ton quartier. Le fils du brasseur mais aussi, le fils de l'acteur de théâtre patoissant. Toi, le marginal, le rebelle et l'admiré des filles autour de toi.


Le grand amour, tu l'as pourtant connu, et ce n'est aucune de ces filles qui te dévoraient des yeux et pouffaient entre elles à ton passage, qui fut l'élue. Ah, tu étais un cœur tendre, un grand timide, c'est vers la plus discrète que tu es allé, la plus réservée, celle qui se tenait à l'écart. Aujourd'hui encore, elle se tait à ton propos mais ne t'oublie pas. Aujourd'hui encore, elle ne vous raconte pas ou très peu...



Né durant les années 40, tu aurais aujourd'hui pas loin des 80 ans. Qui se souvient de toi ? Qui pense encore à toi ? Il faut croire que tu fus populaire, car au moins deux personnes pensent encore à ce que tu représentais. Pour l'une d'elles, tu étais son grand, son seul, son unique amour. Pour l'autre, tu es celui qui a failli l'effacer, si tu ne t'étais pas bêtement tué sur la grande route allant de Boussu à Quiévrain.


J'ai entendu parler de toi la toute première fois, alors que j'étais encore un gosse. C'est près du terril, non loin du "Puits sentinelle" autrefois où tu allais retrouver ton élue. Il y avait un pont sur lequel passaient les trains chargés de charbon, c'est sur un flanc de ce pont que toi et ton amour avez gravé vos initiales...


Alors, qui étais-tu ? Je n'arrive pas à le savoir, car elle ne te raconte pas, elle ne dit rien ou si peu. Oui, le peu que je sais, je le couche ici. Son cœur demeure un écrin, tu y est enfermé, à jamais je crois...



Lui as-tu offert des bleuets ? Es-tu allé jusqu’à la demander en mariage ? Pour qu’aujourd’hui encore elle pense à toi, je veux croire que tu l’aimais vraiment, qu’elle était dans ton sang, tes pensées, ton cœur. Et puis, une fin brutale. Toi, le rebelle, tu avais une moto, forcément, tu n’avais peur de rien, tu te croyais indestructible. Toi, le marginal populaire, le fils de l’acteur patoisant du "Coron d’en haut". Tu l’aimais, et elle t’aimait tant...


Elle se souvient de tout, je le sais, mais elle ne m’a pas tout raconté, pas encore... Est-ce qu'un jour l'écrin s'ouvrira? Elle se souvient de ta mort, jeune, trop jeune, à l’aube d’une vie commune, en plein amour passionné. Un dérapage, un autre véhicule ? Tu t’es tué à hauteur de Hainin alors que tu rendais visite à ta maman.


Quand elle t’a revu, tu étais allongé sur le carrelage, habillé, et le visage impeccable, si ce n’est un bleu à peine visible. La mort n’avait pas réussi à t’ôter ton charme, ta beauté, ta popularité. Car tu es parti en star. Tu as eu de grandes funérailles populaires, toute la ville était là, bourgmestre en fonction et anciens en tête. L'article de presse révèle l'émotion palpable autour de la levée du corps, les pleurs et les sanglots qui éclataient çà et là. L'énorme couronne de fleurs portée par les anciens de ton école, l'école du centre de Boussu. 


Une seule était à l’écart, la plus importante pour toi. Rien n’avait été officialisé, donc elle ne figure pas sur l’article de presse qui parle de ta mort stupide. C’est comme si vous n’aviez pas existé, mais pourtant... Oui, tu étais celui. Tu étais l’élu, son élu, celui de son cœur, celui de sa vie, son amour, son grand amour...


C’était gravé sur le flanc d’un pont, n’est-ce pas ? C’était gravé dans ton cœur et ton âme, toi, le rebelle au cœur timide.


Ta place fut prise quelques années plus tard, et je suis là. Sans ta mort, je n’écrirais pas ces lignes, et pour je ne sais quelle raison, tu me fascines, votre histoire me passionne. Ca vaut bien une trace, un écrit n'est-ce pas ?


Le populaire et la plus réservée... C'était vous deux. Celle que tu aimais, et qui fut certainement détestée de beaucoup, jamais ne t'as oublié. Elle n’avait rien fait, rien dit, mais tu lui avais volé son cœur. C’était ma mère, mais tu ne seras jamais mon père, cher Michel, tu resteras jeune et rebelle à jamais...