mercredi 25 novembre 2015

Et puis Paulette...






Et puis Paulette... Voila un bouquin que je voulais partager avec vous. L'auteur Barbara Constantine aime parler de la vieillesse, raconter des histoires tendres et gentilles. J'ai été séduit par Tom, petit Tom, tout petit homme Tom, lors des rendus des swap, on en reparlera sans doute d'ailleurs.

C'est l'histoire de Ferdinand veuf et perdu dans sa grande maison et de Marcelline qui vit ou plutôt survit dans une maison vétuste avec le toit qui fuit.

Cette histoire commence avec Marcelline puis d'autres personnages attachants apparaissent, le tout fait de ce récit une jolie histoire d'amitié et de solidarité qu'il vous faut lire au bout de 100 pages, car dès le départ, on n'a plus envie de quitter le récit.

Je vous partage quelques extraits du début du bouquin histoire de voir la plume de B. Constantine, moi je suis tombé sous le charme et je vous le recommande vivement.

"Le ventre bien calé contre le volant et le nez sur le pare-brise, Ferdinand se concentre sur sa conduite. L'aiguille du compteur collée sur le cinquante. Vitesse idéale. Non seulement il économise de l'essence, mais ça lui laisse tout le temps de regarder défiler le paysage, d'admirer le panorama. Et surtout, de s'arrêter à la moindre alerte, sans risquer l'accident.
Justement, un chien court, là, devant lui. Réflexe. Il écrase la pédale de frein. Crissement de pneus. Le gravier vole. Les amortisseurs couinent. La voiture tangue et finit par s'immobiliser au milieu de la route.
Ferdinand se penche à la portière.
- Où tu vas comme ça, mon gars ? Traîner la gueuse, j'parie ?"


"Oh... Y a quelqu'un ?... Pas de réponse. Il regarde autour. Personne. Il pousse la porte. Au fond, il distingue dans la pénombre une forme allongée sur le lit. Il appelle. Rien ne bouge. Renifle. Ça pue là-dedans... Il renifle encore. Ouh la ! Ça pue le gaz ! Il court vers la cuisinière, revisse la mollette de la bouteille de butane, s'approche du lit. Madame, madame ! Il se met à tapoter les joues de la dame. Au début, doucement, mais comme elle ne réagit pas, il y va de plus en plus fort. Le chien jappe en faisant des bonds autour du lit. Ferdinand s'affole aussi, se met à la gifler à toute volée. Lui crie de se réveiller. Cris et aboiements mélangés. Madame Marceline !"

Un récit qui se dévore comme une friandise et le livre est tel un de ces bonbons à l'emballage aussi succulent que la friandise elle-même.



Ce n'est pas de la grande littérature mais j'adore B. Constantine car elle écrit simplement et avec envie, c'est le genre de bouquin qu'on commence à lire et qu'on ne lâche plus.





mardi 24 novembre 2015

La petite fille de Monsieur Linh.




Voici un roman court, un roman sur l'exil, la solitude, l'intolérance, un roman sur l'amour, l'amitié.

Monsieur Linh a quitté un pays en guerre,
avec sa petite fille.

Il laisse un village en ruines et ravagé par la guerre,
pour un ailleurs autrement plus étrange.
Une ville, immense, où l'on parle une langue différente de la sienne.

C'est en se baladant dans les rues de la ville
qu'il fait la connaissance d'un homme, Monsieur Bark.
Entre eux deux, une bienveillante relation s'établit, une jolie amitié presque silencieuse...
Ils ne parlent pas la même langue,
et pourtant s'apprécient...

On est immédiatement pris par le récit, et par la plume écorchée de Philippe Claudel, qui évoque ici des thèmes universels, comme l'amitié, la compassion.
Un roman inspirant et délicat, un roman d'espoir, à lire d'une traite.

C'est ce que j'ai fait.

Ce roman m'a donné plein de sensations différentes, j'ai envié la culture de Monsieur Linh sa vision des choses.

Tout au long du récit on a quelques doutes sur certains faits qui sont décrits mais rien ne permet de se douter de la chute de l'histoire on ne peut plus surprenante selon moi.


Un extrait que j'ai aimé particulièrement :



« Une voiture les emmène dans les rues qu'il n'a jamais vues. C'est la première fois que Monsieur Linh monte dans une voiture. Il est effrayé. Il se blottit dans l'angle du siège, presse sa petite fille contre lui. Elle ne paraît pas inquiète. Sa belle robe brille sous les reflets du jour. Pourquoi la voiture va-elle aussi vite? A quoi cela sert-il? Monsieur Linh se souvient du rythme des charrettes tirées par les buffles, du long et souple balancement, qui fait parfois dormir, parfois rêver, et du paysage qui change avec une lenteur précieuse, une lenteur qui permet de regarder vraiment le monde, les champs, les forêts, les rivières, et de parler avec ceux que l'on croise, d'entendre leurs voix, d'échanger des nouvelles. La voiture est comme un coffre jeté d'un pont. On y étouffe. On y entend rien d'autre qu'un sourd et inquiétant rugissement. Le paysage tourbillonne au-dehors. On ne peut rien en saisir. On a l'impression qu'on va s'écraser bientôt. »






Le vieux qui lisait des romans d'amour.

Hello vous tous,



"Le vieux qui lisait des romans d'amour" de LUIS SEPULVEDA.










Je ne vais pas refaire un résumé de ce si joli récit mais bien vous recopier quelques passages du livre qui m'ont plu.

Comme ceux-ci :

"La femme, Dolores Encarnacion, portait des atours, qui, eux avaient existé et existaient toujours dans ces recoins obstinés de la mémoire ou s'enracine le chiendent de la solitude..."


"C'est vrai que tu sais lire, camarade?
- Un peu.
- Et tu lis quoi ?
- Un roman. Mais tais-toi. Quand tu parles tu fais bouger la flamme et moi je vois bouger les lettres.
L'autre s'éloigna pour ne pas le gêner, mais l’attention que le vieux portait au livre était telle qu'il ne supporta pas de rester à l'écart.
- De quoi ça parle ?
- De l'amour.
À cette réponse du vieux, il se rapprocha, très intéressé.
- Sans blague ? Avec des bonnes femmes riches, chaudes et tout ?
Le vieux ferma le livre d'un coup sec qui fit trembler la flamme de la lampe.
- Non. Ça parle de l'autre amour. Celui qui fait souffrir."


"Il savait lire.
Ce fut la découverte la plus importante de sa vie. Il savait lire. Il possédait l'antidote contre le redoutable venin de la vieillesse. Il savait lire. Mais il n'avait rien à lire."


Mais le plus beau passage, le voici selon moi:

"Alors il appuya sur la détente. L'animal s’arrêta en l'air, son corps se tordit, et il tomba lourdement, le poitrail ouvert par la double décharge.
Antonio José Bolivar Proano se releva lentement. Il s'approcha de l'animal mort et fut ému de voir que le coup l'avait déchiqueté.
Sa poitrine n'était qu'une immense plaie, et des débris de tripes et de poumons lui sortait du dos".



Ce passage est le plus émouvant : il traque cette bête durant des jours et, à ce moment, il l'a tuée mais au lieu d'être fier et orgueilleux, il pleure devant la beauté de l'animal...

Céline: voyage au bout de la nuit.

J'avais ce bouquin dans ma bibliothèque car on m'avait dit de lire Voyage au bout de la nuit, que c'était un incontournable, un grand classique, mais je n'ai jamais su, pu ? m'y mettre.

Cet auteur avant tout, Céline, Louis-Ferdinand Céline, mais aussi le docteur Destouches, car avant d'être un auteur à succès et controversé - j'y reviendrai ensuite - il fut un médecin, c'était sa grande passion la médecine, il avait une seule bibliothèque chez lui à Meudon ou il vivait presque reclus, cette bibliothèque n'était garnie que de livres de médecine : il ne lisait rien d'autre.





Une mère confectionneuse de dentelle riche et un père lettré, correspondancier très épris des mots, Céline a vécu dans une ambiance monotone et rigide. Il dit que chaque soir sa mère faisait des nouilles car les nouilles ne sentent pas et pour la dentelle, l'odeur est une obsession, donc pas de poisson ni viande, juste des nouilles...

Il lui est reproché à Céline ses prises de position envers les juifs, c'est un antisémite chevronné et il l'a affirmé, écrit et prouvé, en cela je ne le rejoins pas bien entendu, cela lui valut d'ailleurs d'être descendu en flèche par les littéraires de l'époque.









Soldat engagé, prisonnier de guerre, et prisonnier au Danemark on peut dire qu'il en a vu des horizons mais il a pourtant fini sa vie comme un ermite à Meudon dans une maison modeste avec un grand jardin pour ses chiens disait-il, là il écrivait toute la journée et une partie de la nuit. Il mangeait peu, dormait peu, il travaillait sur son "établi" comme il disait ; sur des feuillets qu'il assemblait, reliait avec des pinces à linge...

C'était un génie le terme est juste, il avait senti venir la guerre de 40-45, il avait même dit comment il allait mourir, il ne s'est pas trompé, et puis il avait un style.


Son oeuvre la plus lue et éditée encore aujourd'hui car le reste se vend pour la plupart sous le manteau tant c'est critiqué et critiquable de part les idées qu'il y véhiculait, c'est donc Voyage au bout de la nuit que je viens de finir et j'en ressors changé, interloqué, par sa manière d'écrire et son style : il écrit comme les gens d'en-bas parleraient, banalement mais si bien et si profondément.







Voyage au bout de la nuit est le récit de Bardamu qui s'engage sur un coup de tête pour une guerre sombre, violente et noire, c'est ainsi que Céline la décrit avec justesse, il dépeint les hommes sombrement et les décrit avec ce qu'ils ont de plus sale et noir en eux.
Le roman se divise en deux grandes parties. De façon très simpliste, la première relate les errances et les égarements de Bardamu, le narrateur, à travers le monde et la seconde son retour à Paris et sa carrière de médecin. Céline utilise sans retenue les données de son expérience de soldat et de médecin pour doter sa prose d'un style particulier, qui fera de Voyage un tel chef-d'œuvre. A la simple lecture de l'incipit du roman, on plonge déjà dans l'univers et la langue de Céline.

Je ne peux m’empêcher de vous citer des extraits :

« Avec les mots on ne se méfie jamais suffisamment. »

« Ne croyez donc jamais d'emblée au malheur des hommes. Demandez-leur seulement s'ils peuvent dormir encore ? ... Si oui, tout va bien. Ca suffit. »

« Il n'y a de terrible en nous que ce qui n'a pas encore été dit.»







"Le procés" de Kafka.

J'ai choisi de vous partager un extrait du bouquin que je viens de terminer Le Procès de Kafka, un bouquin dans lequel on plonge en se posant quelques questions, et la première de celle-ci est de se demander:

Mais de quoi est donc accusé K., le personnage principal du bouquin ? Celui-ci, banquier de profession, et réveillé un beau matin par les forces de l'ordre qui lui signifient qu'il est en état d'arrestation et qu'un procès est intenté contre lui.




Tout au long du récit K. vas se battre pour prouver son innocence alors qu'il ne sait même pas lui même de quoi on l'accuse...

Lors d'une invitation à une audition, celui-ci va plaider sa cause en tentant de démonter le système judiciaire auquel il est confronté. Voici l'extrait que je vous propose:






Il ne fait pas de doute que tous les agissements de ce tribunal (ainsi, dans mon cas, l'arrestation et la présente instruction) dissimulent une vaste organisation. Une organisation qui n'emploie pas seulement des gardiens corrompus, des inspecteurs et des juges imbéciles dont le mieux qu'on puisse espérer est qu'ils soient modestes, mais qui entretiennent de surcroît des magistrats de haut rang, voire du plus haut rang, avec tout un train innombrable et inévitable d'huissiers, de greffiers, de gendarmes et autres subalternes, peut-être même des bourreaux, je n'ai pas peur du mot. Or quel est, messieurs, le sens de cette vaste organisation ? C'est d'arrêter des personnes innocentes et d'engager contre elles des procédures absurdes et généralement (...) sans résultat. Face à une telle absurdité de tout l'appareil, comment éviter que tous les fonctionnaires succombent à la pire corruption ? C'est impossible, le premier magistrat de la hiérarchie n'y parviendrait même pas pour son propre compte. Voilà pourquoi les gardiens cherchent à dépouiller de leurs vêtements les personnes arrêtées, pourquoi les inspecteurs pénètrent par effraction chez des inconnus, pourquoi des innocents, au lieu d'avoir droit à un interrogatoire, sont traînés dans la boue devant des assemblées entières. Les gardiens ont seulement parlé de dépôts où l'on placerait ce qui appartient aux personnes emprisonnées, je serais curieux de voir ces dépotoirs où pourrissent les fruits d'un labeur acharné, quand ils ne sont pas dérobés par des employés voleurs.





Avez-vous lu ce bouquin ? Vous inspire-t-il ?

Livres de notre enfance-adolescence.

Cet hiver, je me suis remis à lire des bouquins de mon enfance et aussi de ceux que je n'avais pas encore lus, comme Tom Sawyer, par exemple, ou Jonathan le goéland, pour n'en citer que deux.

Quand on est gosse, lire un roman pour l'école, même imagé, paraît parfois une contrainte, car à coté de ça il y a les BD : c'est bien plus distrayant..

Et puis, à l'école on nous impose des lectures, ce qui selon moi en dégoûte plus d'un de la lecture justement.

Aujourd'hui je constate que dans le secondaire, au lycée, on laisse de plus en plus le libre choix aux enfants pour les lectures : c'est bien mieux. Mon fils a lu ce qu'il aimait l'année dernière pour sa première année, il a beaucoup aimé : bien sur, il reste fan de BD, mais je le laisse faire, le principal c'est qu'il lise.

Moi, perso, je n'avais pas des parents qui lisaient à la maison et là je dévore les bouquins du plus simple au plus compliqué.

Je relis des bouquins de mon enfance et d'autres pour rattraper le temps que j'estime perdu ; je crois qu'on a besoin de lectures simples et divertissantes pour aimer lire et relire.


Tom Sawyer






Ce gamin du Mississippi élevé par sa tante, évoluant dans une Amérique ou les noirs sont encore esclaves des blancs.
Tom est un garnement plein d'ambitions pirates et de recherches de trésors inestimables.
Avec son ami Huck Finn, il part la nuit vivre des aventures près des cimetières, histoire de se donner une épopée nocturne lugubre et courageuse : c'est là qu'ils vont être témoin, lui et son ami, d'un meurtre qui va les emmener dans une aventure passionnante.

Jonathan le goéland.








La passion du vol entraîne le jeune Jonathan à transgresser tous les interdits, et surtout les lois du Clan. Cela va le conduire à mener une existence littéralement extraordinaire, où les périodes sombres alternent avec les matins où "l’or d'un soleil tout neuf tremblait sur les rides d'une mer paisible".


Stoner John Williams.






Voilà un bouquin très agréable à lire, Stoner ce petit gamin fils de paysans qui deviendra, au grand désarroi de ses parents, un étudiant qui poussera ses études plus loin que lui-même ne l'aurait imaginé. A son époque d'avant-guerre, il a eu pourtant une certaine chance et des parents aimants, qui veulent le meilleur pour leur fils.
Oui, bon, les études c'était aussi pour mieux gérer l'exploitation agricole qui finira par les tuer, mais ils ne pouvaient pas savoir que leur fils serait passionné par la littérature. Il se débrouillera pour continuer ses études, tombera amoureux, malheureusement pas de la bonne personne - qui lui donnera quand même une fille. Son épouse est une personne frustrée, voire méchante, qui passera tout son temps à lui pourrir l'existence.
Il connaîtra l'amour, le vrai, l'intense, une relation extra-conjugale et en même temps la jalousie de certains collègues. Il accepte son destin en courbant souvent le dos, se demandant pourtant si sa vie est digne d'être vécue. Cet homme avance, quoiqu'il arrive et pour cela il accepte chaque situation. Il ne s'est jamais rebellé, comprend même l'alcoolisme de sa fille malheureuse. Sa fin de vie sera à l'image de sa personnalité, toujours dans l'acceptation. Une belle leçon de presque bonheur de la vie ordinaire d'un homme extraordinaire.

William Stoner est à l'image de ces capitaines qui voguent à la découverte de nouveaux territoires, motivent leur équipage à coup de passion, de dévouement, d'idéal, et qui essuient mille tempêtes sans jamais ciller. Rien ne peut lui faire abandonner son navire, et rien ne peut lui faire rebrousser chemin. On trouve à ses côtés un vrai système de valeur et de morale.

Et pourtant, ceci n'est pas un récit d'aventure, c'est une histoire comme tant d'autres, au goût presque insipide relevé par l'amour de la culture, l'amour coûte que coûte. Tout part à vau l'eau régulièrement, et on se demande rapidement ce qu'il va rester de la motivation de cet homme. Il y a beaucoup de dureté là-dedans, mais une vraie passion pour les livres, la langue, les mots, le partage, l'apprentissage, à une époque où les études sont encore une valeur précieuse pour avancer, évoluer, se faire valoir, pour acquérir une force de pensée.

On y voit toutes les ficelles de la manipulation, poussée par un ennui mortel de la vie, provoquée par un manque de sens à l'existence, que lui a pourtant trouvé. On assiste à deux guerres, vidant l'université de ses jeunes têtes, malgré lesquelles on tente quand même de continuer à prôner l'intelligence plutôt que la violence. On y voit des personnages martelés par la dureté du labeur, des riches familles dépouillées par le manque d'amour, des professeurs aveuglés par la rivalité, montrant ainsi tout un panel de gens pour qui la vie n'est qu'un mauvais moment à passer, et si elle est pimentée de temps en temps, ce n'est que pour mieux donner par la suite beaucoup d'aigreurs d'estomac.

C'est selon moi, un livre-hommage à la vocation d'enseigner, de se consacrer corps et âme à une activité et un domaine qui vous passionne, dans le cas présent, la Littérature.


Aussi ce récit m'a fait penser au " Cercle des poètes disparus " et j'ai tout au long du récit imaginé Robin Williams dans son rôle et il lui aurait été à merveille. Les mots sont encore ici un refuge, un exutoire et j'adore cela car c'est aussi un peu mon cas, ça m'aide à avancer dans une vie, certes pas parfaite, mais où je me sens bien malgré tout, comme Stoner...